Déclaration de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la rentrée universitaire, les projets pour l'enseignement supérieur et la politique d'aide aux étudiants, Paris le 13 septembre 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, sur la rentrée universitaire, les projets pour l'enseignement supérieur et la politique d'aide aux étudiants, Paris le 13 septembre 2010.

Personnalité, fonction : PECRESSE Valérie.

FRANCE. Ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche

Circonstances : Rentrée universitaire 2010 à Paris le 13 septembre 2010

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Cette 4e rentrée universitaire, je souhaite la placer résolument sous le signe de la réussite étudiante.

Les réformes que nous menons depuis plus de trois ans dans l'université française, répondent à une exigence cardinale : garantir le droit aux études à tous ceux qui en ont le projet et les capacités.

Les étudiants sont au coeur de notre projet pour l'université et pour l'enseignement supérieur.

On parle beaucoup actuellement de rupture ou de fracture entre les générations. La réforme des universités est l'une des réponses majeures qu'apporte le Gouvernement à cette question centrale.

Il n'y aura plus de génération sacrifiée. Aujourd'hui, la jeunesse est prioritaire.

Et c'est la raison pour laquelle le Président de la République a, vous le savez, pris deux décisions : la première, c'est de sanctuariser la politique d'aide aux étudiants et à leur famille ; la seconde, c'est de donner un 10e mois de bourses aux étudiants boursiers.

Ces deux décisions forment un tout : elles démontrent notre volonté d'accompagner tous les jeunes qui s'engagent dans l'enseignement supérieur, en permettant que leur origine sociale ne soit en aucun cas un frein à l'accès et à la poursuite d'études.

Avec l'harmonisation européenne des diplômes, le plan «Réussir en licence» et le développement de la pratique des stages, 70 % des étudiants sont engagés désormais dans des cursus de plus de 9 mois.

Un certain nombre d'universités ont d'ores et déjà fait des efforts considérables pour étendre leur année universitaire sur 10 mois : Grenoble 3, Metz, Nancy 2, Nîmes, Rennes 2, Saint Etienne ou encore Bordeaux 1 par exemple.

Et toutes se sont engagées sur la base d'un cahier des charges que leur Conseil d'administration a voté en juillet dernier pour offrir à tous leurs étudiants un calendrier d'étude plus adapté qui laisse le temps du tutorat, du travail en bibliothèque, et de l'approfondissement.

Le dixième mois de bourses accompagnera cet allongement de l'année universitaire. Il sera mis en place en deux temps :

* un premier demi-mois de bourse supplémentaire est versé en ce moment même aux étudiants, ce qui représente une augmentation de 6 % du montant total des bourses versées aux étudiants cette année.
* un second demi-mois sera versé au cours de l'année universitaire 2011-2012, une fois que les engagements des universités sur la durée de l'année universitaire auront été tenus.

Avec la mise en place d'un demi-mois supplémentaire dès cette rentrée, au moment où les étudiants et leurs familles font face aux dépenses de rentrée, c'est un geste très fort de soutien que nous leur adressons, et ce d'autant plus que la revalorisation des bourses est, par ailleurs, 3 fois supérieure à l'inflation.

Cet effort financier en direction des étudiants boursiers prolonge l'engagement historique pris et maintenu depuis plus de trois ans par le gouvernement en faveur de l'ensemble de l'enseignement supérieur et de la recherche français qui a vu ses moyens augmenter constamment depuis 2007, à hauteur de 1,8 milliard d'euros par an.

Naturellement, les étudiants en ont été les premiers bénéficiaires. Au-delà du 10ème mois de bourse que j'évoquais à l'instant, la politique sociale étudiante s'est traduite en effet depuis 2008 par une augmentation de plus de 100000 boursiers, soit une augmentation de 20 % en trois ans.

Les bourses ont, du reste, elles-mêmes, été fortement augmentées, avec une hausse de 13 % de leur montant en trois ans, et de 20 % pour les étudiants les plus défavorisés.

Quant au logement étudiant, un seul chiffre résume à lui seul les progrès accomplis en 3 ans : 44000 chambres de CROUS ont été construites ou rénovées depuis 2007.

Par ailleurs, les internats d'excellence qu'a voulus le Président de la République accueilleront des étudiants de classes préparatoires partout sur notre territoire, notamment à Paris dès cette année.


Mais ces moyens inédits mis à la disposition de nos universités, c'est aussi à l'ensemble des personnels enseignants, chercheurs et BIATOS qu'ils ont bénéficié.

Le plan de revalorisation des carrières est d'ores et déjà largement engagé, et se poursuivra à cette rentrée avec là encore des moyens à la hauteur des enjeux : plus de 270 millions d'euros pour la période 2009-2011.

Sur la gestion des carrières, nous devons aller plus loin, en améliorant notamment la situation des personnels BIATOS dont le mérite et le travail doivent être mieux reconnus.

Mais aussi en nous penchant sur la question des quelque 15 000 PRAG et PRCE que comptent nos universités : chacun connaît le rôle qu'ils jouent dans le fonctionnement de nos universités, et notamment des premiers cycles.

Cet investissement et cette implication dans la vie universitaire, il nous faut mieux les reconnaître. J'évoquerai ces deux sujets parmi bien d'autres avec les organisations syndicales que je dois recevoir prochainement.


Vous le voyez, l'engagement du gouvernement pour l'université est total. Sur la politique sociale étudiante comme sur le chantier des carrières, les engagements financiers pris il y a trois ans ont été tenus et même dépassés. Ils sont la meilleure preuve que nos universités sont devenues une priorité nationale et qu'elles sont désormais au coeur de la politique économique de notre pays pour retrouver une croissance durable.

Et ce, d'autant plus que nos établissements bénéficient d'investissements d'une ampleur absolument inédite. Je pense évidemment à l'opération campus qui consacre 5 milliards d'euros pour faire émerger une dizaine de pôles universitaires et stimuler la recomposition entre établissements, et dont les premiers chantiers seront engagés dès la fin de l'année.

Mais je pense aussi aux investissements d'avenir qui, vous le savez, consacrent 21,9 milliards d'euros sur 35 à l'enseignement supérieur et à la recherche, 20 qui financeront des projets d'excellence scientifique et pédagogique, à fort impact sur notre économie, et qui accélèreront la mutation de nos universités.


Au coeur de cette politique d'une ambition inédite dans l'histoire universitaire française, il y a d'abord la réforme de l'université. Elle est désormais en marche : le 1er janvier prochain, 90 % des universités seront autonomes.

Une nouvelle université est en train de voir le jour, une université offensive :

* en première ligne pour relever les défis de la recherche, mais aussi de la transmission du savoir ;
* en première ligne pour relever le pari de la réussite et de l'insertion professionnelle des étudiants, de tous les étudiants.

Et cela se voit. Cela se sait. Cela se dit.

Le regard que la société française porte sur son université change. La preuve, c'est que les étudiants se tournent désormais vers l'université, qu'ils la choisissent. Les chiffres d'Admission Post Bac le montrent : le retournement de la tendance observée en 2009 se confirme avec une hausse de 1,6 % des inscriptions à l'université pour cette rentrée.

Et les chiffres d'APB sont éloquents : En 2010, 183 000 bacheliers ont placé la licence en premier voeu, contre seulement 162 000 en 2009, soit une augmentation de 13 %. Si l'on considère l'ensemble des voeux, c'est près d'1 million de jeunes, 996 500 exactement, qui ont fait le choix de l'université, contre moins de 840 000 l'an dernier.

Et si les bacheliers sont toujours plus nombreux à se tourner vers l'université, c'est parce qu'ils savent que la réussite en 1er cycle est devenue une priorité, qu'ils y trouveront désormais l'accompagnement dont ils ont besoin, en un mot, que nos formations leur conviennent mieux.

Voyez le L1 santé : grâce à la réforme de la première année des études de santé, nous allons passer d'une logique de sélection avec des taux d'échec massifs à une logique de progression et de réussite pour tous les étudiants. Il fallait en finir avec cette situation absurde et injuste des reçus collés. Désormais tous les étudiants auront une solution pour poursuivre leurs études, même s'ils ne sont pas passés sous les fourches caudines du numerus clausus.

Du même coup, les étudiants sont plus nombreux à tenter leur chance cette année dans le nouveau L1 santé.

Et ce mouvement se retrouve dans l'ensemble des filières universitaires, qui connaissent un regain d'attractivité par rapport aux valeurs sûres qu'étaient aux yeux des familles les filières sélectives du post-bac. C'est là bien entendu une excellente nouvelle pour les universités qui attirent de bons bacheliers motivés dans toutes les filières.

Désormais l'ensemble de nos étudiants, de nos professeurs, de nos chercheurs peuvent se tourner vers leur université avec fierté : la fierté d'appartenir à une communauté de la connaissance, ouverte sur le monde et inscrite au coeur de notre projet de société.


Cette fierté, je l'ai dit et je le répète, elle passe évidemment par la réussite des étudiants, en particulier dans le premier cycle. Les réalités changent, l'imaginaire collectif aussi. Et tout cela nous encourage à accentuer nos efforts.

J'ai demandé un premier bilan d'étape du Plan réussir en licence à l'Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche. Ses premières conclusions rejoignent celles du travail mené par la DGESIP dans le cadre du comité de suivi de licence.

Elles montrent que les universités françaises ont parfaitement pris la mesure du problème de l'échec étudiant en licence et se mobilisent en mettant en oeuvre les recommandations du plan.

Les bonnes pratiques se multiplient :

* le développement de dispositifs de soutien et d'accompagnement (prérentrées, enseignants-référents, tutorat étudiant, diversification des méthodes pédagogiques, « colles ») ;
* un encadrement renforcé (suppression de cours magistraux, dédoublement de TD) ;
* l'extension (voire la généralisation, comme à Avignon) du contrôle continu, qui permet de repérer très vite les étudiants en difficulté et de leur offrir un accompagnement sur-mesure ;
* la montée en puissance de la pluridisciplinarité, qui permet une spécialisation plus progressive et favorise ainsi la réussite des étudiants ;
* la préparation à l'insertion professionnelle (développement des modules consacrés au projet personnel et professionnel, création de portefeuilles d'expériences et de compétences, généralisation des enseignements d'informatique, de langues vivantes et de méthodologie) ;
* l'amélioration de l'accès aux ressources numériques (messagerie, dossier administratif, plate-forme collaborative, ressources documentaires), même si des marges de progrès subsistent en matière de ressources pédagogiques en ligne.

Toutes ces actions transforment profondément la Licence universitaire. Il reste désormais aux universités à structurer et à installer dans le temps cette nouvelle politique de formation.

L'enjeu, aujourd'hui, c'est de s'appuyer sur toutes les initiatives intéressantes pour bâtir un référentiel de formation pour le premier cycle universitaire, qui permettra d'harmoniser les pratiques et de garantir à chaque étudiant la même qualité de suivi, d'accompagnement et de formation dans chaque discipline et dans chaque université.

J'ai donc décidé d'ouvrir cette année la réflexion sur la définition de ces référentiels de formation.

Dans le cadre de chaque projet d'établissement, ces référentiels définiront par diplôme, le volume de la formation proposée, les compétences et les connaissances attendues, et les modalités d'évaluation proposées seront mieux définies.

S'il faut, pour cela, clarifier les textes règlementaires, nous le ferons.

Ce qui est en jeu, c'est à la fois plus de clarté sur la nature de la formation universitaire, plus de transparence dans l'évaluation des étudiants et des enseignants, et une lisibilité accrue pour l'ensemble de la société française sur ce que l'on peut attendre d'un étudiant diplômé d'une licence universitaire.

Ma volonté, vous le savez, c'est de faire de la licence un véritable point de repère pour les étudiants, pour leur famille, mais aussi pour les employeurs. C'est ainsi que nous ferons de la licence un véritable passeport pour l'insertion et pour la poursuite d'études.


Pour y parvenir, Mesdames et Messieurs, il nous faut également amplifier notre effort pour ouvrir et rendre parfaitement cohérente l'ensemble des filières de formation qui accueillent nos bacheliers.

La France a la chance de pouvoir compter sur de multiples filières d'entrée dans l'enseignement supérieur. Chacune d'elle a son histoire, son identité pédagogique et ses forces. Cette diversité est un atout extraordinaire : grâce aux IUT, aux STS, aux classes préparatoires, aux 1ers cycles, nous pouvons offrir à chaque jeune une solution personnalisée pour réussir.

Cette diversité devient une faiblesse à partir du moment où jouent les logiques de cloisonnement l'emportent et entraînent inévitablement la sélection par l'échec.

Mon objectif, c'est de tirer pleinement parti de cette diversité des voies, en multipliant les passerelles, les voies de réorientation et les partenariats innovants, parce qu'au sortir du baccalauréat, on ne sait pas toujours où l'on va, tout simplement.

Rapprocher nos filières pour rendre plus fluides les parcours, c'est toute la logique du cycle d'études fondamentales, dont je souhaite qu'il puisse émerger dans notre pays.

Ce cycle d'études fondamentales, ce ne sera pas, si vous me passez l'expression, un collège universitaire unique. Il ne s'agit pas de fondre les filières ou même de leur faire perdre leur identité, mais de donner réalité à ces passerelles et à ces partenariats qui permettront aux étudiants de construire progressivement leur parcours.

En un mot, nous allons élargir le champ des possibles qui s'offrent à chaque étudiant, pour lui laisser la liberté de mûrir un projet et une orientation. C'est la meilleure manière de faire de l'enseignement supérieur une voie de promotion sociale : en permettant à des parcours de se construire et en laissant la possibilité aux jeunes de tâtonner, éventuellement de se tromper et en leur offrant ainsi le temps de trouver leur voie.

Ainsi, il faut rassembler dans un même projet de réussite pour les nouveaux bacheliers, les compétences et les énergies propres de l'université, de leur IUT, et des Sections de Techniciens supérieurs.

Je l'ai dit à Créteil et au lycée Gustave Monod d'Enghien fin août, je le redirai dans chacun de mes déplacements de rentrée, dans un lycée ou dans une université. La réussite passe par la motivation et l'effort personnel de chaque étudiant, mais elle repose aussi sur des dispositifs de soutien, de réorientation et de poursuite d'études plus individualisés.

Notre devoir, c'est de faire du sur-mesure, d'innover et d'inventer au service de la réussite des étudiants.


Pour y parvenir, avec Luc Chatel, nous soutenons en particulier deux projets, aujourd'hui expérimentaux mais qui ont vocation à être généralisés.

Première expérimentation : celle mise en oeuvre par le recteur Boissinot qui a décidé de jumeler chaque classe préparatoire ouverte dans son académie avec une université. Je souhaite que ces partenariats se développent. Plus aucune classe préparatoire ne doit être créée sans un partenariat avec une université voisine.

L'excellence des filières sélectives doit se conjuguer avec celle des universités.

J'ai engagé les universités à construire de nouvelles filières d'excellence en leur sein, dès le 1er cycle avec des bi-licences, des cycles préparatoires aux concours, des classes préparatoires intégrées.

Je souhaite que cet effort se poursuive et croise la culture pédagogique des classes préparatoires, car je suis convaincue que c'est une formidable clé de réussite des étudiants qui découvrent en même temps les atouts des deux systèmes.

Nous sommes en train de faire tomber définitivement les barrières entres les universités et les Grandes écoles, et cela commence dès la prépa.

Mais pour construire ce cycle d'études fondamentales que nous voulons, à la fois fluide et cohérent, capable de répondre à la diversité des bacheliers et de s'adapter à l'évolution de leur projet, il faut y inclure résolument les sections de techniciens supérieures.

Chacun connaît le succès de cette filière de formation qui est synonyme d'insertion, mais aussi de première marche vers la poursuite d'études. Elle doit aujourd'hui s'adapter pour conduire davantage de jeunes vers la réussite, en particulier en répondant mieux à la demande d'un nombre croissant de bacheliers technologiques et professionnels de poursuivre des études supérieures.

C'est l'objet de la deuxième grande expérimentation qu'avec Luc Chatel nous lançons cette année avec la mise en oeuvre des propositions que m'a faites au printemps dernier la mission conduite par le recteur SARRAZIN.

Accompagnement personnalisé, soutien aux étudiants, délivrance de crédits universitaires ancrés dans des modules, développement de l'alternance, semestres rebond pour les étudiants qui viennent de l'université, semestres tremplins pour les bacheliers professionnels qui ne réussiront pas dans l'enseignement supérieur sans un soutien pédagogique extrêmement présent, dispositifs d'aides à la poursuite d'études des jeunes diplômés de BTS... Voilà l'ensemble des actions que les proviseurs pourront proposer à leur recteur d'académie dans le cadre de projets que ces derniers me soumettront d'ici la fin de l'année.

Et nous dégagerons 1 million d'euros dans le budget du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche pour accompagner la mise en oeuvre expérimentale de la réforme des STS.

Mesdames et Messieurs, la réussite est le corollaire de l'égalité des chances, elle ne se décrète pas, elle se construit, partout où c'est possible. Et elle suppose que les énergies se rassemblent autour de pôles de formation de proximité partout sur notre territoire.

Le pari de l'excellence scientifique qui, en ce moment, mobilise puissamment nos écoles et nos universités au travers des investissements d'avenir, ne se gagnera pas sans un socle de formation qualifiant offert au plus grand nombre de nos étudiants.

C'est l'enjeu d'une université de proximité ouverte aux autres filières du post-bac au sein de ce cycle fondamental que je souhaite voir émerger dans notre pays.

Un droit aux études partout sur notre territoire, une chance de réussite pour tous ce n'est pas seulement une exigence sociale, c'est véritablement un projet de société. Je crois qu'autour d'une université qui a retrouvé sa fierté, nous sommes en train de la mettre en oeuvre.


Source http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr, le 23 septembre 2010

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