Conférence de presse de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur les priorités du minstère de la culture et de la communication pour le budget 2011, Paris le 29 septembre 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur les priorités du minstère de la culture et de la communication pour le budget 2011, Paris le 29 septembre 2010.

Personnalité, fonction : MITTERRAND Frédéric.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Présentation du projet de budget 2011

ti : Mesdames, Messieurs,
Chers ami(e)s,


L'an dernier j'évoquais devant vous le frisson d'inquiétude qui parcourt les comédiens le jour de la première d'une pièce importante. Je suis aujourd'hui face à vous dans un tout autre état d'esprit : depuis plus d'un an, depuis ma nomination rue de Valois, nous avons échangé, nous avons dialogué, nous avons aussi appris à nous connaître.

Je suis donc particulièrement heureux d'être parmi vous aujourd'hui pour ce moment que je sais très attendu : la présentation du budget 2011 du Ministère de la Culture et de la Communication.

C'est aussi l'occasion de dégager les orientations générales et les grandes priorités que je compte donner à mon action à la tête du Ministère.

Notre pays connaît une crise profonde de ses finances publiques ; rarement le contexte a été aussi dur, aussi exigeant pour la négociation du budget du Ministère. Comme je l'ai dit au cours de l'été à nombre d'entre vous, que j'ai rencontrés à l'occasion de mon « tour de France » des festivals, je me suis engagé et battu pour maintenir notre ambition culturelle et pour préserver cet « Etat culturel » parfois décrié ici, souvent admiré en Europe et dans le monde.

Le résultat est là : le budget de la Culture et de la Communication pour 2011 est un bon budget, en hausse de 2,1 %, soit 154 millions d'euros de plus que cette année. Le budget de la mission Culture augmente de 1,1 % et celui des Médias, du livre et des industries culturelles de 2,8 % (y compris les recettes de la contribution à l'audiovisuel public, ex-redevance). C'est la traduction d'engagements clairs et d'une ambition réaffirmée en faveur de notre patrimoine, de notre création et de nos médias.

Alors que la plupart des pays européens ont choisi de tailler, parfois massivement, dans les budgets de la Culture, la France a fait un choix différent. Le gouvernement a décidé de préserver et de sanctuariser les crédits de ce Ministère. C'est un résultat dont je suis particulièrement fier pour ce Ministère pour ses agents, pour ses établissements.

Comme l'a dit le Président de la République à l'occasion de l'inauguration du Centre Pompidou-Metz en mai dernier, l'offre culturelle est un élément déterminant de notre attractivité et de notre développement économique.

Elle est créatrice d'emploi, elle pérennise des savoir-faire et une expertise sollicités par de nombreux partenaires.

Comme je l'ai rappelé la semaine dernière à l'occasion de la conférence de presse aux cotés de la Secrétaire d'Etat à l'Economie numérique, Nathalie Kosciusko-Morizet, la culture est bien un investissement d'avenir. Développer l'offre numérique légale, valoriser les contenus culturels présents sur le net, favoriser la R& D, c'est créer une filière économique culturelle, c'est développer l'emploi culturel de demain.

Dans ce nouveau paysage culturel mouvant, les défis sont multiples. Permettez-moi d'en citer quelques uns : Comment répondre à l'individualisation de l'accès aux biens culturels ? Comment prendre le tournant de la numérisation ? Comment répondre à la fracture générationnelle et sociale afin de promouvoir une culture mieux partagée ?

II est de ma responsabilité de répondre mais aussi d'anticiper ces évolutions de nos modes de vie et de nos pratiques culturelles. C'est dans cet esprit et notamment afin de promouvoir ce que j'appelle la « Culture pour chacun » que j'entends :
- préserver et valoriser notre patrimoine
- accompagner les mutations considérables que connaîtra la création artistique avec l'essor du numérique et le poids grandissant du marché
- donner corps à ce que deviendront les industries culturelles, notamment les médias dans 30 ans voire plus

C'est pourquoi j'ai défini les huit priorités qui mobiliseront le budget du ministère et animeront mon action au cours de l'année à venir :
- Mettre en valeur notre patrimoine parce qu'il est un facteur de développement culturel et touristique en régions
- Poursuivre les grands projets culturels et architecturaux, parce qu'ils contribuent à la création et à la rénovation d'équipements à forte visibilité internationale
- Accompagner les mutations des grands secteurs de la création : spectacle vivant, arts visuels, photographie
- Relever le défi de l'enseignement et de la transmission - Promouvoir la culture numérique
- Soutenir les industries culturelles et créatives
- Pérenniser les soutiens apportés à la presse
- Accompagner enfin le secteur audiovisuel public.

Pour l'ensemble de ces priorités, une attention forte sera accordée à la politique culturelle menée dans les régions ultra-marines, auxquelles je tiens particulièrement.

C'est donc guidé par ces chantiers et ces objectifs prioritaires que je vous présente aujourd'hui les grandes lignes du budget de mon Ministère pour l'année 2011.

Dans le domaine des Patrimoines, le soutien de l'Etat est une fois encore renouvelé avec plus de 868 Millions d'euros consacrés à ce secteur, soit une augmentation de 1,6%. Mettre en valeur notre patrimoine, ce n'est pas seulement nourrir le « culte des monuments » cher à Aloïs Riegl, entretenir la religion des vieilles pierres, c'est aussi renforcer l'attractivité de nos territoires. La notion de Patrimoines - au pluriel - est à cet égard significative : le patrimoine n'est pas figé, il est ouvert sur les dynamiques de la société, il se façonne et se construit dans le présent. De l'archéologie à l'architecture en passant par les grands sites industriels, mais aussi la langue française et les langues de France, les patrimoines sont une richesse vivante. Par ailleurs, la valorisation de ces patrimoines est créatrice d'emplois : elle valorise les métiers d'art et permet le développement du tourisme culturel. C'est pourquoi un effort particulier est réalisé au profit des crédits déconcentrés en régions.

Conformément au souhait du Président de la République, les moyens alloués aux Monuments historiques sont maintenus au niveau du budget de 2010, soit 375 Millions d'euros, incluant les 10 millions d'euros de taxe sur les jeux en ligne affectés au Centre des Monuments nationaux (CMN).

L'effort réalisé en faveur des crédits d'entretien est consolidé. Il permettra de poursuivre une véritable politique préventive. A terme, cet effort constitue évidemment une source d'économie en matière de restauration : « mieux vaut prévenir que guérir » et entretenir plus aujourd'hui, c'est investir pour avoir moins à restaurer demain.

L'effort réalisé en 2010 en faveur des Monuments Historiques n'appartenant pas à l'Etat était sans précédent. Il se poursuit en 2011 pour atteindre 53 % de la dotation des crédits alloués aux Monuments Historiques en général. C'est un signal à l'attention des collectivités locales, c'est aussi un engagement permettant de soutenir le secteur des entreprises qui opèrent dans le domaine des Monuments Historiques.

Le budget 2011 se caractérise également par le démarrage du « Plan musées », que j'ai annoncé il y a quelques semaines. C'est une priorité forte que j'ai affichée ; elle mobilisera près de 70 millions d'euros sur le projet de loi de finances 2011-2013. A l'aube du XXIe siècle, faciliter cette rencontre et offrir à chacun, dans chaque territoire, une part d'un patrimoine universel, doit être une ambition renouvelée pour mon ministère.

Ce plan entend assurer un rééquilibrage territorial, renforcer les projets les plus aboutis - sur le plan du projet scientifique, de l'ambition culturelle et de l'engagement des collectivités territoriales. Il concerne 79 établissements - rénovations, extensions, constructions - répartis sur l'ensemble du territoire. Dans ce dispositif, l'Etat joue pleinement son rôle d'incitateur : il s'agit de créer un effet levier favorable au développement de l'attractivité des territoires.

Mais cette ambition pour les régions ne doit pas faire oublier notre engagement en faveur des grands établissements publics, acteurs majeurs de la politique patrimoniale à l'échelle nationale et internationale. En témoigne la construction du MUCEM par l'architecte Rudy Ricciotti, mais aussi le projet du musée Picasso.

Ces deux projets immobiliers sont emblématiques de la politique de grands projets du ministère que je poursuis. Ils apportent ainsi leur contribution à l'excellence architecturale de notre pays : ils sont une vitrine et un vecteur de rayonnement pour la création.

La Maison de l'Histoire de France, annoncée par le Président de la République à Lascaux le 9 septembre dernier s'inscrit dans cette ambition. C'est un grand projet qui permet d'apporter un nouvel élan pour des musées nationaux dont les collections sont exceptionnelles. Elle sera un pont naturel entre l'histoire et le grand public. La Maison de l'Histoire de France sera mise en place dans le courant de l'année 2011 ; elle s'installera auprès des Archives nationales à Paris, confirmant le rôle central de ces dernières dans la mémoire de la nation et dans le développement de la recherche historique.

Je veux m'attarder un instant sur les Archives nationales car beaucoup de contre-vérités sont dites ces derniers jours à ce sujet. Sur le programme Patrimoines, le budget 2011 permet d'achever la construction du nouveau Centre des archives de Pierrefitte. Le bâtiment dessiné par Massimiliano Fuksas sera livré, comme prévu, à la fin de l'année 2011. Je souhaite, à cet égard insister sur l'effort exceptionnel fait par le ministère sur le budget 2011, tant en crédits (50 M d'investissements en 2011 pour achever euros un projet d'un coût total de 244 Meuros) qu'en emplois. La cible d'un effectif de 515 à l'ouverture du site de Pierrefitte est confirmée alors que les archives partaient d'un effectif de 370 emplois fin 2006 ! Dans le contexte actuel de la RGPP et du non remplacement d'1 fonctionnaire sur 2 partant à la retraite, l'ouverture de ces recrutements est un signal fort.

Ce centre sera le plus vaste et le plus moderne d'Europe, il proposera sur 62 000 m2 plus de 320 km linéaires d'archives et une salle de lecture de 350 places pour les documents postérieurs à 1790.

C'est ce grand projet pour les Archives à Pierrefitte, priorité de mon budget pour 2011, qui explique la décision d'accueillir la Maison d'Histoire de France sur le site parisien des archives - dans le quadrilatère de Rohan-Soubise - après le déménagement d'une partie des fonds d'archives à Pierrefitte programmé en 2013.

Tant le projet de Pierrefitte que la maison de l'Histoire de France expriment donc une grande ambition pour nos archives, ces fonds où reposent le passé de tous - célébrités comme anonymes - ces fonds où se côtoient les chercheurs expérimentés et les «historiens du dimanche » (Philippe Ariès). C'est la manifestation d'un engagement profond en faveur de notre mémoire collective ; c'est aussi la volonté de mettre en lumière le travail réalisé, souvent dans l'ombre, par les conservateurs des archives.

Le secteur de la création est clairement consolidé. Il bénéficie d'un budget de 736 millions d'euros, soit une hausse de 1,7 %, qui permet notamment la pérennité des budgets pour le spectacle vivant en région et le lancement des travaux du Palais de Tokyo.

Le spectacle vivant en régions bénéficiera d'un budget de 276 millions d'euros, soit une enveloppe préservée par rapport à 2010. Je me suis beaucoup engagé pour garantir cette priorité, dans un contexte difficile en matière de finances publiques et de réorganisation du rôle de l'Etat. Contrairement à ce que j'entends parfois, il n'y a donc aucun désengagement de l'Etat. Nous maintenons notre soutien en faveur de la création et de l'émergence de jeunes créateurs. Nous garantissons également le soutien aux grandes institutions dédiées à la création et à la diffusion de la danse, de la musique, du théâtre, des arts de la rue et du cirque.

Conformément aux conclusions des Entretiens de Valois, le ministère poursuit la réforme du secteur du spectacle vivant. Ce dossier avance : le nouveau cahier des charges des missions et des labels est prêt à être mis en oeuvre en 2011. Une circulaire d'application est en cours de diffusion. L'année 2011 sera également caractérisée par la mise en oeuvre de la réforme des aides destinés aux équipes artistiques, avec de nouvelles modalités de fonctionnement pour les Comités d'experts. Cette stabilisation des crédits exige de la part des opérateurs et des établissements responsabilité et dialogue : les attentes des publics ont changé, les formes du spectacle vivant ont évolué. Dans un contexte marqué par le métissage des formes, dans un paysage européen en pleine évolution, ne pas transformer le panorama de la création aujourd'hui, ce serait mettre en péril les formes d'expression de demain.

Dans le domaine des arts plastiques, je souhaite souligner le chantier de rénovation des espaces inférieurs du Palais de Tokyo, qui bénéficiera de près de 15 millions d'euros en 2011. Il est un élément central de l'offre culturelle nationale dans le domaine des arts plastiques. Les nouveaux espaces qui ouvriront au printemps 2012 permettront de présenter la création artistique dans toute son amplitude, des talents émergents aux artistes plus confirmés, notamment de la scène française. Parallèlement, je souhaite engager une véritable réflexion sur notre politique de promotion de l'art contemporain en région, dans le cadre du dialogue renouvelé que j'entends mettre en oeuvre avec les collectivités locales.

Je souhaite également renforcer la place et l'attractivité de Paris sur le marché de l'art et consolider la France dans le monde, comme le souhaitent beaucoup d'acteurs de la création contemporaine. Pour la dimension internationale - dimension essentielle dans un monde ouvert et connecté par de multiples réseaux - le budget du Ministère de la Culture et de la Communication est mis au service de l'accueil des cultures étrangères en France, de la promotion de notre expertise auprès des professionnels de la Culture, enfin du soutien aux créateurs et aux industries culturelles à l'international. Le Ministère contribuera ainsi à l'organisation de l'année du Mexique en France, à l'année Liszt, au festival culturel estonien. Je m'engagerai pleinement dans cette stratégie de rayonnement, aux côtés du Ministère des Affaires étrangères et de l'Institut français, actuellement en phase de constitution.

Le partenariat repensé et modernisé avec les acteurs territoriaux exige de poursuivre le chantier prioritaire de la transmission des savoirs et de la « culture pour chacun ».

Je pense en premier lieu à l'éducation culturelle et artistique. La réussite de ce projet repose sur l'assimilation des outils facilitant l'accès à la culture dès le plus jeune âge, c'est-à-dire au sein même du système scolaire. Des pas très importants ont déjà été faits en partenariat avec Luc CHATEL, mon collègue de l'Education nationale. La diffusion d'un enseignement d'histoire des arts à tous les niveaux scolaires est aujourd'hui bien avancé : depuis 2008 en primaire, depuis 2009 au collège, et enfin depuis la rentrée au lycée. Je souhaite que le caractère obligatoire de cette nouvelle discipline soit confirmé chaque année davantage. Car nous devons avoir à l'esprit qu'il ne peut y avoir de démocratisation culturelle sans agir sur les conditions d'appropriation des oeuvres par le public, par tous les publics.

Je souhaite également rassurer les établissements d'enseignement supérieur qui dépendent du Ministère : le budget qui leur est consacré est en hausse de 3% soit 225,5 M , Nos écoles euros d'architecture, le Conservatoire national supérieur de Paris, celui de Lyon, la Fémis, les Beaux-Arts, la Villa d'Arson, l'Ecole du Louvre, pour citer quelques exemples, sont des écoles dont l'excellence est reconnue et qui forment quelque 36 000 étudiants dont le taux d'insertion professionnelle à trois ans du diplôme est de plus de 75 %. Je veux rassurer leurs directeurs et leurs enseignants : leurs emplois seront sanctuarisés, la règle du non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux ne les concernera pas.

Cette priorité attachée à l'enseignement supérieur et à l'éducation artistique et culturelle appartient à une politique globale de transmission des savoirs et d'accessibilité renforcée, notamment à destination des publics les plus éloignés de l'offre culturelle : les quartiers, les personnes handicapées, les territoires ruraux. C'est toute l'ambition que je porte de la Culture pour chacun, une offre respectueuse de la diversité de la société française, une offre accessible à chacun et en tout lieu, une offre adaptée aux nouveaux modes de consommation permettant de réduire la fracture entre les générations et de renforcer le « vivre ensemble ». Les crédits pour l'éducation artistique et culturelle et l'accès à la culture seront augmentés de 3 M pour atteindre 77 M , ce euros euros qui nous permet de préserver tous les dispositifs en faveur des publics spécifiques, d'accélérer la numérisation des contenus culturels mais aussi de lancer de nouveaux appels à projets. D'importantes manifestations prévues en 2011 comme « L'année de l'Outre Mer » participeront de cette ambition en faveur de la diversité et du dialogue entre les cultures du monde. Autre illustration de cette orientation forte, des Etats généraux du multilinguisme se tiendront à Cayenne à la fin de l'année 2011.

Nos industries culturelles sont aujourd'hui placées devant le défi de la concurrence mondiale et devant les enjeux technologiques liés au développement de la numérisation et de la circulation des contenus et des oeuvres sur internet. C'est un continent immense, ce doit être aujourd'hui la « nouvelle frontière » de notre action permettant de construire l'économie de la culture de demain.

J'entends réaffirmer, dans ce budget 2011, un puissant soutien aux industries culturelles.

Les priorités accordées au cinéma et à l'audiovisuel sont réaffirmées en 2011.

Dans le domaine du cinéma, j'ai conduit personnellement une bataille pour préserver les financements de la filière économique du cinéma, dans le cadre de la discussion budgétaire sur les niches fiscales. L'arbitrage du Président de la République traduit une exigence forte : la préservation du système français de financement de la création cinématographique et audiovisuelle, qui est partie prenante de l'exception culturelle française en Europe.

Les soutiens mis en oeuvre par le CNC progressent en 2011. Les moyens alloués au fonds de soutien atteindront 750 millions d'euros.

La numérisation des salles de cinéma constitue un autre chantier stratégique et prioritaire. Un effort financier sans précédent de 125 Meuros sur trois ans sera consenti par les pouvoirs publics dans le cadre du plan de modernisation de notre parc en faveur de l'équipement des salles et des circuits itinérants. L'aide au numérique s'ajoutera, bien sûr, au maintien des dispositifs d'aide à l'exploitation existants : aides automatiques et sélectives à l'investissement et au fonctionnement dont le montant dépasse 80 Meuros annuels. C'est bien plutôt l'expression d'une volonté politique qui reconnaît le rôle du cinéma dans la culture de notre pays, telle qu'elle s'est forgée au cours de l'histoire.

Les dispositifs fiscaux viennent compléter les soutiens directs du CNC : le crédit d'impôt international en faveur des tournages étrangers - instrument incitant les productions internationales à réaliser leurs tournages et leurs prestations techniques dans notre pays - les crédits d'impôt cinéma, audiovisuel et jeux vidéo seront pérennisés.

Le chantier de la numérisation du patrimoine français de films est également engagé. Il s'agit de rendre les chefs-d'oeuvre du cinéma accessibles sur les nouveaux réseaux et dans les salles numérisées, sur tous les supports du futur : projection numérique, DVD Haute définition, VOD, etc. À cette fin, il est prévu, comme je l'ai confirmé il y a quelques jours, d'avoir recours aux « Investissements d'avenir », pour venir en appui des investissement privés des détenteurs de catalogue. Cette numérisation va concerner plus de 3 000 titres de longs métrage et, je l'espère, le continent immense du cinéma muet.

La politique du livre et de la lecture, maillon important de la politique culturelle, doit être soutenue tout le long de la chaîne du livre.

L'action en faveur du développement de la lecture est essentielle. C'est pourquoi j'ai annoncé en mars dernier 14 propositions pour le développement de la lecture en direction des partenaires : collectivités territoriales, associations. Ces propositions s'inscrivent dans une dynamique pluri-annuelle et elles donneront lieu en 2011 pour la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou, à la signature du Contrat Territoire-Lecture avec des collectivités territoriales et à l'accroissement des moyens accordés aux associations qui oeuvrent au développement de la lecture.

J'ai eu l'occasion d'évoquer assez longuement la question de l'édition et du tournant numérique à l'occasion de la conférence de presse consacrée aux « investissements d'avenir ». Je serai donc bref. Dans le domaine de l'écrit, au regard de la stratégie de numérisation lancée par Google, l'objectif est de faire une proposition nationale, légale et concertée. Ce projet unique en Europe consiste à numériser les livres indisponibles du XXe siècle sous droits, à partir d'un consortium associant partenaires publics - je pense bien entendu à la BNF, déjà engagé dans un important programme de numérisation - auteurs et éditeurs. A terme, ce sont près de 400 000 livres qui seront numérisés et auxquels nous donnerons une nouvelle vie. Avec environ 70 000 livres numérique sur les 600 000 livres en version papier, l'offre française est encore embryonnaire, mais elle est appelée à se développer : elle est à même de créer une filière économique et une expertise française. Dans ce domaine, je fais partie des convaincus : le livre numérique est la aujourd'hui la « nouvelle frontière » de l'édition et qu'il sera demain un univers commun.

Dans cette perspective, le rôle du Centre National du Livre est réaffirmé dans le budget 2011 : il permettra aux éditeurs, quelle que soit leur taille, de bénéficier d'une nouvelle politique numérique et poursuivra son action vis-à-vis des libraires traditionnels et des libraires en ligne.

Le soutien à la librairie, vecteur essentiel de la diversité éditoriale repose notamment sur la création du label « librairie indépendante de référence ». 406 librairies ont jusqu'alors été labellisées et constituent autant de lieux de contacts et de rencontres entres auteurs.

Enfin, je veux réaffirmer mon attachement au prix unique du livre, loi de régulation fondamentale, qui a permis de préserver dans notre pays la diversité éditoriale et les librairies qui la font vivre. Le vote d'un projet de loi sur le prix unique du Livre numérique est un sujet d'actualité sur lequel les directions de mon Ministère travaille en lien avec les Parlementaires.

La loi dite HADOPI illustre notre volonté de régulation des marchés, notamment sur Internet. D'autres pays européens (le Royaume Uni, la Suède) sont désormais prêts à adopter ce dispositif pédagogique, qui repose sur une réponse graduée, sur des messages d'avertissements adressés aux internautes. Il ne s'agit pas de surveiller et punir mais bien de contrôler et de garantir, en d'autres termes de « civiliser » internet. Dotée d'un budget de 12 millions d'euros en 2011, la Haute Autorité est désormais une réalité, elle est en ordre de marche, sous la conduite de sa Présidente, Marie-Françoise Marais. Les crédits alloués lui permettront de favoriser le développement de l'offre légale, de garantir la protection des oeuvres contre le téléchargement illégal mais aussi d'observer les usages licites et illicites.

La culture est en effet pleinement inscrite dans l'économie mondiale et je veillerai aussi à réguler et soutenir le marché des médias, à favoriser la création, à protéger la notion d'oeuvre.

Il s'agit de favoriser l'épanouissement de nos médias et de nos productions culturelles dans le cadre d'une offre diversifiée et pluraliste.

Dans le sillage des états généraux de la presse de 2009, j'ai décidé de confirmer l'aide exceptionnelle en faveur de la presse.

Avec un budget de 420,5 millions d'euros, l'Etat confirme ses engagements contractuels à l'égard du secteur. Il n'y a aucun désengagement. Nous entendons accompagner les mutations d'un secteur profondément touché par la crise. Par cet effort financier qui reste exceptionnel malgré le contexte économique le gouvernement veut plus que jamais garantir le pluralisme des idées, la vitalité du débat démocratique mais aussi la qualité des contenus et la spécificité du métier de journaliste.

Au cours des dernières années, le gouvernement a pleinement joué son rôle de pilote du changement : il a identifié, avec les professionnels, les grands enjeux industriels du secteur. Je pense à la distribution de la presse, à la révolution numérique. Le budget 2011 confirme l'engagement en faveur de l'innovation et de l'investissement, grâce notamment au fonds d'aide aux services de presse en ligne. Je rappelle qu'il est doté du même montant que celui affecté au développement industriel et au plan massif d'aide au développement du portage.

La contribution massive destinée à repenser les modèles économiques de la presse à l'issue des Etats généraux n'a cependant pas affecté le dispositif des aides. Il l'a en revanche rendu plus complexe, moins lisible.

Présenté le 8 septembre dernier le rapport Cardoso invite à une remise à plat de la philosophie du système des aides à la presse. Il confirme l'engagement profond de l'Etat en faveur du pluralisme des opinions dans la longue durée. Il ne s'agit en aucun cas d'un désengagement de l'Etat, bien au contraire. Le vrai problème n'est pas tant le montant des aides que leur destination. Ce vers quoi nous devons nous projeter, c'est une intervention de l'Etat qui puisse pleinement jouer son rôle de levier. Ce vers quoi nous devons aller, ce sont des entreprises d'information fortes, indépendantes, capables d'enrichir durablement le débat public. Nos priorités sont et resteront les mêmes avant ou après Cardoso : garantir la liberté de la presse et assurer sa transition vers un modèle d'avenir.

Cette ambition en faveur d'une démocratie vivante et pluraliste, c'est aussi celle qui détermine le soutien renouvelé à l'audiovisuel public, dont le budget progresse de 3,4% en 2011 pour atteindre près de 4 milliards d'euros, en additionnant le budget général et les ressources de la contribution à l'audiovisuel public (ex redevance).

La réforme de la télévision publique décidée par le Président de la République s'est traduite par la loi du 5 mars 2009. La suppression progressive de la publicité sur France Télévisions et la rénovation de son organisation, donnent au groupe les moyens de son ambition éditoriale. Cette loi transforme également profondément le modèle économique du groupe France Télévisions, lui permettant une approche stratégique plus fine. La télévision publique, forte de ses valeurs, doit à présent développer une offre de programmation ambitieuse, en termes de culture, de connaissance et de création permettant un rajeunissement des publics. « Etrange lucarne » à ses origines, elle est aujourd'hui un sismographe des tendances et des évolutions de la société et à cet égard porteuse d'une mission de citoyenneté et d'une certaine idée du « vivre ensemble ».

Le projet de loi de finances prévoit donc une dotation de 2,1 milliards d'euros, issue de l'ex-redevance audiovisuelle), en progression de 2,6%. A cela s'ajoute une dotation de 0,4 milliards d'euros, issue du budget général, qui complète le financement des missions de service public du groupe. Le montant global de ressource publique qu'il est proposé d'accorder à France Télévisions en 2011 est donc de 2,5 milliards d'euros.

C'est une dotation révisée eu égard au plan d'affaires 2009/2012, du fait du dynamisme des recettes commerciales. Toutefois, elle ne remet nullement en cause l'objectif d'un résultat équilibré en 2011 ainsi que les ambitions éditoriales et technologiques du Groupe, notamment le haut niveau d'investissement dans le domaine de la création audiovisuelle et cinématographique française et européenne.

Outre France Télévisions, les dotations 2011 destinées aux autres organismes de l'audiovisuel public sont en progression. Elles permettent de financer leurs orientations stratégiques tout en respectant les contrats d'objectifs et de moyens signés avec l'Etat : ARTE France (+9,9 millions d'euros, +4,1%) : Il s'agit de favoriser un effort soutenu en faveur de l'extension de la diffusion de la chaîne Cette progression doit aussi lui permettre de jouer pleinement son rôle de diffusion de la culture et de financement d'un cinéma plus exigeant.

Radio France (+22,7 millions d'euros, +3,9%,) : Cette progression, conforme au COM 2010-2014 signé en juillet dernier, vise à appuyer le renforcement de l'offre des antennes - notamment France Bleu et le Mouv' - mais aussi à permettre le développement des nouvelles technologies, notamment le podcast, auquel les auditeurs des différentes stations ont massivement recours.

L'INA (+4,6 millions d'euros, +5,4%) : conformément au COM 2010-2014, il s'agit de favoriser la poursuite du plan de sauvegarde et de numérisation, de permettre la mise en oeuvre du dépôt légal du web et de garantir le développement d'INA Sup, pôle d'excellence en matière d'enseignement supérieur et de recherche dans le domaine de l'image.

Je veux enfin évoquer les crédits alloués à la société en charge de l'Audiovisuel extérieur de la France. Ils sont en hausse de 5,3%, soit une augmentation de 16,8 millions d'euros. L'augmentation des ressources publiques inscrite au budget pour la société AEF témoigne du soutien de l'Etat à la stratégie proposée.

RFI, France 24 et TV5 Monde, sont désormais engagés dans une dynamique commune et dans une ambition partagée. Je pense par exemple à la rédaction arabe, qui travaille désormais en commun avec celle de France 24 et fait bénéficier la télévision internationale d'information en continu de son expertise et de ses talents. Elles sont une fenêtre sur la France et sur sa culture presque partout dans le monde ; ce sont aussi des « regards français » qui proposent des clefs pour comprendre le monde contemporain.

Le passage à la télévision numérique terrestre (TNT) est l'un des défis majeurs que nous avons à relever au cours de l'année 2011 : c'est une véritable « révolution de l'image» qui attend les téléspectateurs. C'est un défi exaltant, c'est une chance exceptionnelle, notamment en termes de qualité d'image et de vision.

D'ici le 30 novembre 2011, la diffusion analogique hertzienne traditionnelle laissera progressivement place à la TNT sur l'ensemble du pays. Les bénéfices de ce passage à la télévision tout numérique sont multiples : il permettra tout d'abord d'achever la couverture du territoire par la TNT, et de multiplier ainsi par 3, avec 18 chaînes nationales gratuites, l'offre de services de télévision diffusés par voie hertzienne terrestre.

Pour la majorité de nos concitoyens qui reçoivent la télévision par une antenne classique et souhaitent continuer à bénéficier de la télévision gratuite, l'opération d'équipement pour recevoir les chaînes de la TNT est dans la majorité des cas simple et peu coûteuse. Les téléspectateurs les plus âgés et les foyers les plus modestes seront accompagnés dans cette mutation équivalente à ce que fut le passage à la couleur il y a quelques années.

Pour accompagner cette transition historique, le Ministère de la Culture et de la Communication engagera un effort considérable en 2011 d'un montant de 131 millions d'euros, ce qui porte à 333 millions la somme consacrée en 3 ans à ce « saut technologique ». Ces sommes financeront une campagne nationale d'information au bénéfice de l'ensemble de la population, un fonds d'aide au bénéfice des foyers les plus démunis ainsi que les frais de fonctionnement du Groupement d'intérêt public (GIP) « France télé numérique ».

Vous savez la place très particulière que les radios associatives occupent dans le paysage radiophonique français. Seul média audiovisuel de proximité qui couvre l'ensemble du territoire national, elles s'adressent en priorité à des populations isolées ; elles ont une mission d'intégration sociale et sont au coeur du « vivre ensemble ».

Le Fonds de soutien à l'expression radiophonique locale (FSER), dont les aides bénéficient à plus de 600 radios, bénéficiera de 29 millions d'euros, soit de 2 millions d'euros de plus qu'en 2009.

Cette nette progression permettra de tenir compte de l'augmentation du nombre de radios associatives autorisées par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) en FM.

Comme vous le voyez, ce budget mes permettra de conduire l'ensemble des chantiers que j'ai lancés et que je poursuis : : il sont nombreux, ils sont intimement liés à l'attractivité et au développement de notre économie, ils ont prise sur les défis de l'économie mondiale et de l'ère numérique. Plus que jamais, ce ministère doit être le garant de « l'exception française » et d'une certaine idée de l'oeuvre, de l'auteur et des métiers de la culture et de la communication.

Toute mon ambition consiste à préserver son périmètre d'action, mais aussi à favoriser l'ouverture de nouveaux « territoires » pour nos artistes et nos créateurs, en d'autre terme anticiper ce que deviendra la Culture française au XXIe siècle. C'est tout l'enjeu des investissements d'avenir et de mon choix résolu en faveur de la numérisation. Il s'agit bien de projeter nos créateurs et nos industries culturelles vers l'horizon mondial, vers l'économie d'aujourd'hui et les marchés de demain.

Dans le même temps, ne nous y trompons pas, rien ne remplacera le contact visuel, sensible, charnel avec un tableau, avec une symphonie, avec un corps en mouvement sur une scène de théâtre. Je crois à la puissance d'évocation des lieux qui furent habités par l'histoire, par les illustres comme par les sans grades, par les grands hommes comme par le peuple. Je crois à la sauvagerie indomptable de la création artistique, à l'instant suspendu pendant lequel le rideau s'ouvre et la lumière s'efface. Je crois également que l'écran individuel - aussi pratique et tactile soit-il - ne remplacera jamais la puissance poétique de l'image projetée sur le grand écran d'une salle de cinéma, l'émotion collective qu'elle provoque et le frisson qu'elle suscite.

C'est fort de cette conception exigeante que j'entends défendre l'action de ce Ministère : ce budget 2011 le manifeste. Si les pratiques culturelles internationales se diversifient et s'appuient sur des réseaux de moins en moins institutionnels, je suis persuadé que le modèle français de développement culturel reste pertinent, à condition de se transformer et de miser sur l'innovation et la création. C'est toute l'ambition qui guide mon action rue de Valois afin de faire du « petit ministère » créé il y a un peu plus de 50 ans le conservatoire par excellence de la Mémoire, d'un rapport au monde où, pour reprendre la formule de Malraux, « l'art est un anti-destin » - mais aussi le grand Ministère ouvert à la nouvelle création, à l'innovation et au dialogue entre les cultures.


Je vous remercie.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 30 septembre 2010

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