Point de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur l'actualité internationale, notamment la reconstruction de l'hôpital universitaire en Haïti, les pourparlers de paix israélo-palestiniens, le tribunal spécial pour le Liban, la Bosnie-Herzégovine, le processus de paix au Darfour, New York le 27 septembre 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Point de presse de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, sur l'actualité internationale, notamment la reconstruction de l'hôpital universitaire en Haïti, les pourparlers de paix israélo-palestiniens, le tribunal spécial pour le Liban, la Bosnie-Herzégovine, le processus de paix au Darfour, New York le 27 septembre 2010.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Participation de Bernard Kouchner à la 65è Assemblée parlementaire des Nations unies du 19 au 27 septembre 2010 ; voyage en Haïti les 25 et 26 septembre 2010

ti : J'ai séjourné en Haïti durant deux jours et ai eu l'opportunité, au nom d'Hillary Clinton et en mon nom propre, de donner le signal de départ de la reconstruction de l'hôpital universitaire ainsi que de l'école de médecine. C'était très émouvant car c'est l'endroit où des milliers de personnes étaient soignées durant les jours sombres. Cela prendra certainement de deux à trois ans pour reconstruire ne serait-ce que l'hôpital, mais c'est déjà bien. Ce projet est financé à la fois par les Etats-Unis et la France.

Un autre point est le centre culturel. Vous savez, nous avons besoin d'un centre culturel : les gens vivent sous des tentes et ils n'ont rien à faire. Il n'y a pas d'emplois, nous devons les créer. Donc, dans une certaine mesure la situation est meilleure, comparé à ma dernière visite il y a six mois ; mais les gens sont dans l'attente, c'est très difficile, mais nous avons versé directement 20 millions d'euros au budget haïtien.

Par conséquent, je crois que la situation s'améliore mais nous ne pouvons manifester d'impatience, ce ne serait pas convenable. Le séisme a été d'une telle magnitude qu'il faudra des mois et même des années pour améliorer la situation, même si les gens demandent constamment "quand, quand, quand ?". L'argent arrive, ainsi que l'effort de la communauté internationale, la MINUSTAH, etc. Mais cela prendra des années.


Q - Moratoire sur les nouvelles constructions dans les territoires de Cisjordanie.

R - Ne soyez pas trop inquiet. Il n'y a pas eu de panne hier, pas de gros incident, et ils poursuivent le processus de paix, dans l'attente de la réunion de la Ligue arabe.

Je pense que le président Abbas a été assez sage pour nous dire hier que ce n'était pas la fin des pourparlers de paix, des pourparlers directs ; le Premier ministre Nétanyanhou a aussi été assez sage pour prévenir les colons de ne pas trop en faire, mais ce n'est pas suffisant, je le sais. Vous savez, mon pays est très opposé aux colonies. Nous étions en faveur de la prolongation du moratoire. Il nous faut donc encore travailler, et nous travaillons d'ailleurs toujours afin que la pression internationale arrive à convaincre les protagonistes.

Q - Seriez-vous d'accord avec le président Assad pour dire que le Tribunal spécial pour le Liban est une menace pour le Liban, que son existence va déstabiliser le Liban ? Est-ce que la France partage cette vision des choses ?

R - Vous n'avez pas écouté mon discours. Nous sommes en faveur de la justice internationale. En dépit du calendrier et de l'agenda, nous y sommes favorables et j'en ai d'ailleurs été à l'origine. J'ai fait un discours à Rome le jour de la séance d'ouverture de la Cour pénale internationale. Ne nous demandez pas de renoncer à nos convictions. Ce qui est important dans le processus de paix est certainement d'aller de l'avant et nous faisons en sorte que cela continue.

Q - Dodic a affirmé qu'après la résolution sur le Kosovo, ils se dirigeront vers la sécession en Bosnie.

R - Je désapprouve complètement cette façon de voir. Je connais M. Dodic et il ne partageait absolument pas cette vision des choses. Je connais les problèmes en Bosnie, c'est très difficile. L'accord de paix de Dayton est sûrement un pas en avant. Souvenez-vous des massacres. Souvenez-vous de Srebrenica. Souvenez-vous de tout.

Ne soyez pas toujours désespéré. La communauté internationale, ainsi que nous-mêmes, nous intervenons là-bas, avec vous, avec le peuple de la paix. Et cela va mieux. Maintenant, il nous faut faire aussi une offre au peuple de la Republika Srbska, la seconde entité de Bosnie. Nous devons poursuivre notre travail. Les convaincre de s'ouvrir à l'Europe. Il y a ce problème de visas. Je suis favorable à l'octroi de visas aux Bosniaques lorsque les conditions seront remplies, parce que les Serbes vont à Belgrade avec un visa, les autres vont à Zagreb avec un visa. C'est le commencement d'un progrès et nous verrons en octobre ou novembre lorsqu'il y aura une réunion du Conseil.

Etape après étape, nous progressons. Ne parlez pas de séparation, etc. Le Kosovo était une autre affaire. Au Kosovo, ils se haïssaient les uns les autres, et le processus de paix était indispensable. Concernant le Kosovo, il y a un espoir, parce que M. Tadic a été assez sage et courageux pour accepter la résolution de l'Assemblée générale des Nations unies. C'est un grand progrès. Ne voyez pas toujours les choses négativement.

Q - Vous dites que le processus de paix n'est pas en danger au Moyen-Orient.

R - Si, il est en danger. Mais il y a quand même un espoir.

Q - Que pensez-vous de ce bateau israélien qui se dirige vers Gaza ? Vous n'avez pas trouvé un peu indécente la façon dont les Israéliens se sont conduits hier avec le lâcher de ballons et le recommencement des constructions ?

R - Je pense que c'est à eux que le Premier ministre Netanyahou s'est adressé et que c'est bien de leur dire : "arrêtez, la paix est plus importante que ce que vous appelez votre victoire. Votre victoire, au contraire, contrarie la paix nécessaire". Je crois que c'est comme cela qu'il faut voir les choses.

Quant au bateau qui se dirige vers Gaza, vous savez très bien que toutes ces manifestations visent à attirer l'attention de l'opinion publique. Ce qui compte, c'est de supprimer les causes de cette tension et, pour cela, il faut faire la paix ; et la paix, cela veut dire un Etat palestinien. Tout le monde était plein d'espoir lorsqu'il s'agissait des négociations avec le gouvernement de M. Ehud Olmert. Nous ne sommes pas revenus à ce point là, nous avons tout recommencé. L'Europe avait des réserves concernant la méthode. J'espère que tout cela sera surmonté parce que je sais que les Palestiniens et les Israéliens veulent la paix. 73% d'entre eux veulent la paix ; alors qu'attend-t-on ?

Q - Abdul Wahid Al Nur était à Paris il y a quelques temps. Il a dit qu'il était disposé à prendre part au processus de Doha, mais il ne s'est rien passé. Je me demandais donc ce que la France pourrait faire pour relancer le processus. Quel est votre avis ?

R - Dans une déclaration diffusée par Al Jazeera, Abdul Wahid Al Nur a en effet confirmé son intention de contribuer activement au processus de paix au Darfour, personnellement et par l'intermédiaire de ses représentants. Voilà où nous en sommes. Je ne reçois pas Abdul Wahid Al Nur toutes les semaines, mais, avec mes collaborateurs, nous nous entretenons souvent avec lui. Il y a un espoir.

Q - Est-il derrière les violences dans les camps de réfugiés ? La France est-elle en train d'enquêter afin de l'expulser ?

R - Les camps sont soumis à des influences diverses, mais Abdul Wahid en représente beaucoup, la majorité. Nous devons donc tenir compte de la situation et de son opinion. Mon ami Bassolé et les représentants du Qatar vont venir en France pour s'entretenir avec lui. Nous sommes en train d'essayer, tous ensemble, de lui faire accepter de participer au processus de Doha.

Q - Qu'attendez-vous des négociations sur l'Iran qui doivent débuter en octobre ?

R - Nous sommes toujours favorables aux négociations. J'espère que chacun le comprendra, je ne suis pas en faveur d'un affrontement.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 octobre 2010

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