Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à La Chaîne Info LCI le 11 octobre 2010, sur le projet de loi sur l'immigration, la nationalité française et l'existence éventuelle d'un fichier sur les Roms. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, à La Chaîne Info LCI le 11 octobre 2010, sur le projet de loi sur l'immigration, la nationalité française et l'existence éventuelle d'un fichier sur les Roms.

Personnalité, fonction : BESSON Eric, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire;

ti : C. Barbier.- Le Président n'a-t-il pas eu tort, vendredi, de prier et de se signer ostensiblement lors de sa visite au Vatican ?
 
Je ne crois pas. Je trouve la polémique bien déplacée, bien excessive. Une laïcité, même une laïcité exigeante, n'interdit pas que le président de la République à titre privé puisse être...
 
Ce n'était pas à titre privé, c'est un chef d'Etat rendant visite à un chef d'Etat...
 
La partie où il visite la Basilique Saint-Pierre, c'est de la partie privée. Et à titre privé, il a le droit d'être croyant. Je crois d'ailleurs qu'il n'a jamais biaisé avec cela. Il l'avait dit, il l'avait même expliqué longuement dans un livre avant l'élection présidentielle. Rien de ce qu'il a fait ou de ce qu'il a dit en tant que chef d'Etat ne pourrait troubler les laïcs, même les laïcs orthodoxes parmi lesquels je me situe.
 
Le Président vous a-t-il rapporté ce que Benoît XVI lui a dit, et notamment sur les Roms ?
 
Non, et je dois même vous confesser, si je puis dire, que je ne l'ai pas vu depuis. Je le verrai pour la première fois tout à l'heure, dans quelques dizaines de minutes pour la première réunion entre nous depuis son retour du Vatican.
 
Votre loi sur l'immigration sera adoptée demain. Une quinzaine, environ, de députés UMP vont voter contre. Est-ce que vous reconnaissez qu'il y a un malaise, voire une situation d'échec ?
 
Non, je respecte leur voix, mais je ne crois pas qu'il y ait malaise au sein de la majorité. J'ai été très soutenu dans l'hémicycle. Pourquoi ? D'abord, parce que les députés de la majorité ont bien compris que l'essentiel c'est d'harmoniser progressivement les politiques européennes, notre politique à l'égard de l'harmonisation européenne : lutte contre l'immigration irrégulière, acceptation de l'immigration légale, harmonisation progressive de la politique de l'asile, et co-développement au développement solidaire. Les députés de la majorité ont bien compris les enjeux principaux de cette transposition, comme on dit en termes techniques, cette entrée de trois directives dans le droit positif.
 
D'autres enjeux sont venus polluer un peu les débats, notamment cette relance du débat sur le droit du sol ; trente-cinq députés le contestent. Être français par la volonté exprimée plutôt que par les hasards du lieu de naissance, est-ce que ce n'est pas une idée qui vous séduit quand même ?
 
Oui. Cela ne doit pas choquer les républicains, dire que pour accéder à la nationalité française il faut le vouloir et il faut le dire. Simplement, vous connaissez l'équilibre dans lequel on est en France, droit du sol, mais droit du sol, on a un mix des deux en France. Le président de la République souhaite qu'une commission des Sages, par ailleurs l'Assemblée veut elle-même se doter d'une mission d'information, pour trouver le bon point d'équilibre. Je vais être très clair : moi, je souhaite le maintien du droit du sol, mais ça n'empêche pas de mettre en oeuvre ce que le président de la République a dit à Grenoble, c'est-à-dire qu'un jeune né de parents étrangers sur le sol français et qui serait par hypothèse un multirécidiviste, un délinquant multirécidiviste, puisse se voir empêcher l'accès automatique à la nationalité française.
 
Est-ce que vous ne regrettez pas d'avoir mis tous ces débats sous le signe du "mon ministère doit fabriquer de bons Français" ?
 
Pourquoi ? Pourquoi le regretterais-je ? Je répondais à un lecteur qui me disait, mais au fond...
 
C'était dans Le Parisien...
 
Oui. Qui me disait, "mais, au fond, ce que vous voulez c'est que les étrangers qui accèdent à la nationalité française deviennent de bon petits français", c'était dit de façon péjorative, et je lui réponds, "Et alors, où est le problème ?". Si en plus, on ajoute que j'ai dit que ça n'empêchait qui que ce soit de... qu'il ne fallait pas renier sa culture, sur l'histoire personnelle, etc. Mais la fabrique de bons français ça été le rêve républicain de tous. Alors évidemment, comme en France on est obsédés par la Seconde Guerre mondiale et notre culpabilité non réglée, il y a une fois où Pétain l'utilise, mais on peut citer Marc Bloch aussi. Et quel est l'homme politique qui a parlé le plus de bons Français ? C'est probablement le général de Gaulle au moment où, justement, il veut reconstruire la République. Devenir de bons Français, d'abord ça veut dire au passage que les étrangers peuvent devenir de bons Français, donc à l'aune de la pureté théorique, très franchement je ne vois pas qui ça choque. Deuxièmement, ce que je veux rappeler, c'est qu'un bon Français c'est juste quelqu'un qui respecte l'équilibre de droits et de devoirs, et qui accepte et qui prend tout ce qui est notre histoire, notre culture, nos traditions. Je ne vois pas qui ça devrait choquer.
 
Le droit des étrangers est-il devenu en France un droit d'exception, comme le déplore le député UMP E. Pinte ?
 
Absolument pas. Et je crois avoir largement prouvé dans l'hémicycle, pendant une semaine de débats, que le droit des étrangers en situation irrégulière en France reste le plus protecteur en Europe. J'y insiste parce que souvent la caricature masque l'essentiel. L'essentiel c'est que la France reste très respectueuse des droits de l'homme. Je le redis, nulle part en Europe le droit des étrangers en situation irrégulière n'est plus protecteur des libertés individuelles qu'en France.
 
Même quand on leur interdit, parce qu'ils ont été attrapés en situation irrégulière de revenir pendant deux, cinq, dix ans, même en toute légalité ?
 
On en a là l'application de ce que je vous disais tout à l'heure. L'Europe dit, "nous sommes un espace de libre circulation mais il faut protéger nos frontières". Et quelqu'un qui est en situation irrégulière et qui refuse le délai pendant lequel il peut repartir volontairement, et qui donc a un retour forcé, ne peut pas revenir pendant un délai de trois à cinq ans, selon les pays. Voilà une application pratique de l'harmonisation européenne. Tous les pays de l'Union européenne vont adopter la même règle, y compris, pour mettre les points sur les i, les socialistes espagnols, les socialistes grecs, les socialistes portugais.
 
Si l'existence du fichier roms de la gendarmerie est confirmée, est-ce que pour vous ça sera une faute du ministre de l'Intérieur B. Hortefeux ?
 
Du ministre lui-même, probablement pas puisqu'il a dit qu'il n'en avait pas connaissance. Mais quand vous dites "si l'existence est confirmée", je note pour l'instant que les dirigeants de la gendarmerie ont dit qu'il n'existait pas. Le ministre de l'Intérieur, B. Hortefeux, a dit très clairement qu'il n'en a pas eu connaissance. Et pour aller dans le plus de transparence possible, il demande à A. Bauer et à sa commission d'aller vérifier par eux-mêmes. On peut difficilement imaginer que B. Hortefeux fasse plus clair et plus transparent que cela.
 
La semaine sociale sera rude : grèves reconductibles, possibilité de pénurie de carburant, soutien de l'opinion, soutien des lycéens. Est-ce qu'il ne faut pas suspendre l'adoption de la réforme des retraites et remettre la négociation sur la table ?
 
Mais suspendre la réforme des retraites, cela voudrait dire, à terme, suspendre le versement des pensions des retraites. Il faut quand même, et c'est à nous de l'expliquer, de faire preuve de pédagogie en permanence, dire les enjeux. Quand vos téléspectateurs nous regardent, chaque fois qu'ils sont dix dans une pièce, il faut savoir qu'il y a une retraite sur dix qui aujourd'hui est financée par la dette. Comment croire que ça puisse être pérenne ? Il suffit - on parlait d'Europe il y a deux minutes - de voyager en Europe pour voir que quasiment tous les pays européens sont sur des départs à la retraite à 65, 66 ou 67 ans. En basculant, entre guillemets, à 62 ans, la France fait très clairement moins que tous ses grands voisins. L'enjeu c'est quand même de sauver le système par répartition qui est aujourd'hui très menacé.
 
M. Alliot-Marie se tient prête, Borloo fonce ; Balkany - tiens ! - choisit Borloo à l'instant, Baroin persiste... Et vous, avec quel Premier ministre avez-vous envie de travailler ?
 
D'abord, avec celui avec lequel je travaille actuellement, F. Fillon.
 
Vous voulez le garder ?
 
Ça, ce n'est pas de mon ressort. Je vous dis simplement que je travaille avec le Premier ministre, comme beaucoup de mes collègues, que c'est bon Premier ministre. Quant à l'hypothèse du changement d'un Premier ministre, moi, je n'ai rien à dire. Vous connaissez, vous êtes un constitutionnaliste érudit, c'est le privilège et le monopole du président de la République.
 
Mais il écoute les amis...
 
Oui, mais sur ce point-là, il ne nous demande pas notre avis. En tout cas, il ne me le demande pas.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 11 octobre 2010

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