Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, lors de la conférence de presse conjointe avec son homologue turc, Ahmet Davutoglu, sur les relations économiques entre la France et la Turquie et la position de la France concernant la Turquie et l'Union européenne, Ankara le 12 octobre 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Kouchner, ministre des affaires étrangères et européennes, lors de la conférence de presse conjointe avec son homologue turc, Ahmet Davutoglu, sur les relations économiques entre la France et la Turquie et la position de la France concernant la Turquie et l'Union européenne, Ankara le 12 octobre 2010.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Voyage de Bernard Kouchner en Turquie les 12 et 13 octobre 2010

ti : Merci Monsieur le Ministre.


Vous avez vu que nous nous aimons bien. Nous nous connaissons très bien, et rien que ce dernier mois nous nous sommes rencontrés quatre fois : au Gymnich, à l'Assemblée générale des Nations unies, ici, et jeudi nous allons nous retrouver à l'OTAN. Et je ne retire pas un mot de ce qui a été dit par le ministre Davutoglu. Si l'on considère les sujets bilatéraux, européens, ou encore plus larges qui ont été abordés la France et la Turquie sont, en général, tout à fait d'accord. Et certains donnent l'impression que nous nous entendons mal ! Ce n'est pas vrai. Nous nous entendons bien. Restent quelques problèmes européens, je le reconnais.

Alors cette visite était pour moi très importante, je tenais à venir à Ankara pour faire une visite approfondie. Et nous avons beaucoup parlé avec Ahmet, hier soir trois heures, ce matin encore et toute la journée, indépendamment de l'inauguration d'un très grand lycée, d'un très beau lycée et d'un centre culturel. Ce sont des activités qui prouvent que nous sommes ensemble dans tous les domaines. Et comment pourrait-il en être autrement quand nous avons un si bon ambassadeur, une si bonne équipe pour travailler, les deux diplomaties travaillent très bien ensemble.

La visite du président Gül, comme la visite du Premier ministre Erdogan à Paris, furent des grands succès. La Saison de la Turquie à Paris, cela a été véritablement un évènement culturel. Un évènement culturel. Bernard Emié, mon ambassadeur, que je viens déjà de féliciter une fois a beaucoup travaillé à cela.

Nous souhaitons plus d'investissements turcs en France, nous souhaitons plus d'investissements français en Turquie. Il y a des choses que nous devons améliorer bien sûr, et c'est pour cela qu'avec le Ministre Davutoglu, nous voulons faire des projets communs, des projets ensemble et en particulier en Afrique. Nous sommes ensemble dans bien des endroits. En Asie centrale, évidemment dans les Balkans, nous n'arrêtons pas d'être ensemble et je voudrais, je souhaite, et Ahmet aussi, que nous fassions ensemble de grands projets en Afrique. J'ai l'impression que les Français et les Turcs en Afrique, et peut-être avec les Anglais, pourraient réaliser de grandes choses pour les Africains, avec les Africains. Il y a beaucoup d'autres endroits dont je voudrais vous parler où nous pouvons travailler ensemble. Nous avons parlé de l'Afghanistan, nous avons parlé des Balkans où nos approches sont véritablement communes mais nous n'avons pas le temps.

Je voudrais vous dire un mot sur la lutte contre le terrorisme. C'est un combat nécessaire que nous devons mener, la Turquie et la France ensemble. Et la visite du responsable des services turcs de renseignement qui a été en France il y a quelques jours est un exemple supplémentaire de ce travail. Ce combat sera mené fermement en Turquie comme en France et avec d'autres alliés. Il faut bien que les terroristes sachent qu'ils ne nous impressionnent pas et que nous ne sommes pas enclins à nous laisser faire. Il y a des menaces ces temps-ci. Nous sommes disposés et vigilants tous les jours, toutes les nuits d'un côté comme de l'autre. D'un côté comme de l'autre, et d'ailleurs, nous sommes du même côté.

Nous sommes le deuxième investisseur étranger en Turquie. Les entreprises françaises emploient cent mille personnes en Turquie. Il faudrait quand même augmenter notre commerce bilatéral. La France et la Turquie sont des pays qui travaillent véritablement ensemble, tous les jours, avec une présence certaine et beaucoup de dynamisme.

Je voudrais finir par l'Europe. Vous connaissez la position de la France. Et nous sommes prêts, comme l'a demandé le ministre des Affaires étrangères turc, à aider. Il reste trois chapitres à ouvrir facilement, trois chapitres pour que l'Union européenne puisse se rapprocher de vous et vous de l'Union européenne. Le premier, c'est la concurrence. Ce chapitre devrait pouvoir être ouvert avant la fin de l'année. Nous en sommes partisans mais ce sont les Belges qui sont à la présidence et ils désirent le faire. Donc ça c'est un chapitre très important. Et puis il y a la politique sociale et l'emploi, qui devrait pouvoir être ouvert l'année prochaine. Et encore un chapitre sur la réforme des marchés publics. Donc il y a encore devant nous du travail pour que cela devienne une réalité. Encore une fois, nous en parlons très souvent, Ahmet Davutoglu et moi-même. Pour le moment, la balle est de votre côté. Il faut qu'un certain nombre de réformes soient accomplies par votre pays afin que ces trois chapitres puissent être ouverts, et d'abord la concurrence. Je sais que cela n'est pas facile, que vous sortez de période électorale, que vous en avez d'autres qui se préparent devant vous, mais il faut que chacun fasse cet effort-là.


Q - Je voudrais savoir si vous avez arrêté une date pour la visite de M. Sarkozy à Ankara.

R - Non. J'ai déjà répondu. Cela devait être avant la fin de l'année, cela se fera donc plutôt au début de l'année prochaine.

Q - (A propos de Chypre)

R - Nous avons beaucoup parlé de Chypre, le ministre Davutoglu et moi-même, et nous avons décidé d'une attitude beaucoup plus proactive face à ce problème qui a été, vous le savez, discuté, pris en charge, donc médiatisé très souvent.

Q - La Commission mise en place par le Comité des droits de l'Homme des Nations unies a publié un rapport sur l'affaire du Mavi Marmara. Lorsque ce rapport à été voté aux Nations unies, la France s'est abstenue. Comment expliquez-vous cette abstention de la France ? M. Davutoglu et la Turquie ont eu une réaction très virulente contre cette décision. M. Davutoglu a dit «comment ces ministres (européens) vont-ils expliquer cette décision selon leur conscience ?». Comment vous arrangez-vous avec votre conscience sur cette décision ?

R - Je vous remercie de vous intéresser à ma conscience, Monsieur. Elle survit. Oui, c'était un épisode douloureux que nous avons condamné fermement. C'est-à-dire que l'attaque de cette flottille, la façon dont cela s'est déroulé, tous ces évènements étaient très fâcheux et nous les avons condamnés, la France la première. Et d'ailleurs mon directeur de l'Information M. Bernard Valero qui le premier l'a condamné, et moi aussi, est là.

En effet nous avons décidé au Comité des droits de l'Homme que tous les pays européens s'abstenaient. Ce que nous avons fait car il y a une manière parfois de décision qui nécessite discussion et l'Union européenne est restée ferme. Cela ne veut pas dire que nous ignorions ou que nous négligions le problème de Gaza. Au contraire. Nous en avons parlé ces deux derniers jours. Et pas seulement parlé, fait aussi ! Le seul centre culturel, le seul hôpital qui existe encore à Gaza c'est la France qui le maintient. Le moins qu'on puisse dire, et Ahmet et moi y avons consacré encore les deux derniers jours, c'est que ce n'est pas un problème facile à régler, même si on en connaît toutes les solutions. Cela fait soixante ans que nous essayons de régler ce problème.

Et parfois les ministres pour régler, ou pour tenter de régler, d'apaiser les tensions, nous ne devons pas nous conduire comme des militants des droits de l'Homme. Pour certains c'est plus difficile que pour d'autres. Je fais partie de ces certains. Et si nous avions le temps, nous vous dirions, M. Davutoglu et moi, ce que nous pensons de la fragilité de la paix dans cette région et de la nécessité absolue de nous y impliquer, ce que nous avons fait tous les deux encore, hier, avant-hier etc. J'ai moi-même organisé beaucoup de bateaux pour forcer beaucoup de blocus. Est-ce que cela a participé à la paix ou au contraire compliqué les choses... Cela dépend des cas. En tout cas, je sais et le ministre des Affaires étrangères turc le sait aussi, qu'il faut un Etat palestinien au plus vite.


Merci beaucoup.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 14 octobre 2010

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