Conférence de presse de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé et des sports, sur la prise en charge sanitaire des personnes détenus, Paris le 28 octobre 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Conférence de presse de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre de la santé et des sports, sur la prise en charge sanitaire des personnes détenus, Paris le 28 octobre 2010.

Personnalité, fonction : BACHELOT-NARQUIN Roselyne.

FRANCE. Ministre de la santé et des sports

ti : Madame la ministre, chère Michèle Alliot-Marie,
Mesdames, Messieurs,


Les personnes détenues ont, comme l'ensemble de nos concitoyens, des droits imprescriptibles.

Parmi ces droits, le droit à la santé, le droit aux soins, doit impérativement être garanti.

Il y va, bien évidemment, de l'état de santé d'une population déjà fragilisée.

Et il y va, plus largement, du modèle de société que nous voulons promouvoir. Une société attentive à chacun et à tous, qui traite indifféremment - mais sans indifférence ! - personnes détenues et population générale.

Depuis mon arrivée à la tête du ministère de la santé, j'ai toujours placé le patient au coeur de mes préoccupations. C'est ce qui a déterminé mon objectif le plus constant : garantir l'accès aux soins pour tous.

C'est ce qui a déterminé, également, chacun des plans de santé publique, chacun des programmes de dépistage que j'ai mis en place et qui s'adressent à tous, et peut-être encore plus aux plus vulnérables d'entre nous.

Pourquoi, dès lors, les personnes détenues seraient-elles écartées de cette politique de santé ? Pourquoi leur infliger ce qui ressemble bien à une double peine ?

Ces réflexions ne sont pas pour moi nouvelles. Depuis longtemps, la question de la santé des détenus m'interpelle.

Ma priorité, et je dirais même ma responsabilité, en tant que ministre de la Santé, est d'assurer, à tous les Français, un égal accès aux soins et à la préservation de leur santé.

C'est la raison pour laquelle ce plan a été rédigé, en partenariat avec le ministère de la Justice. Je remercie d'emblée ma collègue, Michèle Alliot-Marie, qui, par sa présence, rappelle la collaboration étroite et renforcée de nos deux administrations.

S'il s'agit d'un plan sanitaire, dont mon ministère a la responsabilité, je suis heureuse, chère Michèle, que le monde pénitentiaire affiche à travers toi son engagement.

J'en suis heureuse, mais je n'en suis guère surprise, tant je connais la volonté des professionnels - équipes médicales, d'un côté, et personnels de l'administration pénitentiaire, de l'autre - de travailler en bonne entente, dans le respect des missions de chacun.

Cette conférence de presse me donne ainsi l'occasion de rendre hommage à ces professionnels investis au quotidien.

Au moment de vous présenter ce plan, je mesure à quel point sa réussite repose sur la détermination et les compétences de ces hommes et de ces femmes. Qu'ils trouvent ici l'expression de ma gratitude.


Ce plan, vous l'aurez compris, repose sur notre volonté commune d'améliorer la prise en charge sanitaire des personnes détenues.

Dans cette perspective, nous avons prêté une grande attention aux travaux considérables du contrôleur général des lieux de privation de liberté, fonction assurée par Jean-Marie Delarue.

Pour la première fois, une véritable stratégie est mise en place, à travers un plan d'actions qui se veut tout à la fois ambitieux et pragmatique.

Si je devais en retenir deux maîtres-mots, ce seraient ceux de cohérence et de convergence.

Cohérence donnée à un ensemble d'actions et de dispositifs existants et jusque-là éparses, auxquels sont venues s'ajouter des mesures nouvelles.

Et convergence, parce que cette cohérence est partagée, je le disais, avec le ministère de la Justice et que se trouve ainsi affirmé le rapprochement de deux cultures, de deux logiques, de deux pratiques.

Voilà pourquoi Michèle Alliot-Marie et moi-même sommes particulièrement attachées à ce plan. Je veux y voir un point d'étape, une impulsion fondamentale donnée à un mouvement appelé à se poursuivre.


Plutôt que d'en présenter le contenu ? ce que je ferai de manière elliptique (II), permettez-moi, par conséquent, de rappeler les grands principes qui ont présidé à sa rédaction (I).

Ces grands principes, il me semble important, en effet, de les souligner, car ils permettent de mieux comprendre la nécessité d'un tel plan, élaboré pour répondre à de réels besoins.

De quels constats sommes-nous partis ?

Le premier d'entre eux est le suicide en prison. Sur ce sujet majeur de santé publique, personnels de santé et équipes pénitentiaires doivent contribuer, ensemble, à améliorer l'efficacité de leurs interventions.

Je sais combien cette question te tient à coeur, chère Michèle, et vous-même savez que dans cette lutte, je suis à vos côtés.

Cette politique de prévention des suicides s'inscrit, bien évidemment, dans une logique plus large d'attention à un état de santé général, aussi bien physique que mental.

Ainsi, un autre constat absolument intolérable nous a guidésdans l'élaboration du plan : la prévalence élevée, chez les personnes incarcérées, d'un certain nombre de pathologies.

Il s'agit, notamment, des infections par le VIH ou l'hépatite C.

Il s'agit de la tuberculose, dont l'incidence, en prison, est 8 à 10 fois supérieure à la moyenne nationale.

Il s'agit encore des troubles mentaux, dont nous avons ensemble, chère Michèle, rappelé l'importance en inaugurant à Lyon, il y a quelques mois, une unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA).

D'autres constats nous ont incités à donner un nouvel élan à la prise en charge sanitaire des personnes placées sous main de justice.

D'une part, les caractéristiques sociodémographiques d'une population qui est, le plus souvent, socialement démunie.

D'autre part, l'impact de l'incarcération sur la santé, dont nous savons qu'il ne doit pas être négligé.

Ou encore celui du vieillissement progressif de la population carcérale et de l'augmentation de la prévalence des maladies chroniques.

Partant de ces différents constats, nous avons souhaité élaborer un plan qui garantisse trois grands principes :

* Premier principe : les personnes incarcérées doivent bénéficier de la même qualité et de la même continuité de soins que la population générale.

Sur ce point, j'ai affirmé, en introduction de mon propos, notre intransigeance.

* Deuxième principe : les plans et les programmes de santé publique, par exemple de lutte contre le cancer, doivent être mis en oeuvre en milieu carcéral.

Ici encore, ma réflexion liminaire sur le droit à la santé des personnes détenues trouve tout son sens.

* Troisième principe : la prévention et les soins initiés ou poursuivis pendant la période de l'incarcération doivent contribuer au maintien et à l'amélioration de l'état de santé des personnes détenues.

Dans ce domaine, les avancées ont été considérables depuis la loi du 18 janvier 1994 relative à la santé publique et à la protection sociale portée par Simone Veil, qui a réformé le système de soins en milieu pénitentiaire. Il nous fallait, cependant, aller encore plus loin.


Les mesures de ce plan découlent donc de ces impératifs.

Dans les 6 axes proposés, dans les 18 mesures, dans les 40 actions, tous et toutes définis dans une logique de cohérence et de convergence, notre vigilance porte avant tout sur le respect des droits et de la dignité des personnes concernées.

Je ne prendrai qu'un seul exemple : les actions de prévention et de promotion de la santé.

Bien sûr, les personnes placées sous main de justice ont d'abord besoin de soins et de traitement. L'accès aux soins est un axe majeur de ce plan.

Cependant, il est important que ces personnes apprennent à se réapproprier leur santé. La détention, malgré les contraintes qui lui sont propres, peut être ce temps de découverte des dispositifs de prévention et d'éducation à la santé.

Cela passe, par exemple, par des programmes de dépistage rendus plus accessibles, dans une perspective - qui m'est chère - de réduction des inégalités.

Ou par un accès à la pratique physique et sportive.

Ou encore par l'amélioration de la santé bucco-dentaire, si importante, ne l'oublions pas, au moment de la sortie de prison et de la réinsertion.

En ce sens, la réinsertion sanitaire est une étape fondamentale de la réinsertion sociale.


Avec ce plan, une dynamique est désormais lancée.

La considération à l'autre, à tous les autres ; la valorisation de la santé, paramètre auquel, jusqu'alors, la plupart des détenus ne pensaient même pas ; l'adoption de priorités communes, et même d'un discours commun à nos deux administrations ; et bien sûr l'amélioration de l'état de santé de toute une population : telles sont les grandes avancées que ce plan permettra de réaliser et auxquelles je crois beaucoup.

C'est donc avec beaucoup de fierté que je voulais vous présenter, avec Michèle Alliot-Marie, ce plan d'actions stratégiques 2010-2014.


source http://www.sante-sports.gouv.fr, le 2 novembre 2010

Rechercher