Déclaration de M. Michel Mercier, ministre de l'espace rural et de l'aménagement du territoire, sur le développement du tourisme rural dans le cadre de la politique de l'aménagement du territoire, à Grasse (Alpes-Maritimes) le 10 juin 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Michel Mercier, ministre de l'espace rural et de l'aménagement du territoire, sur le développement du tourisme rural dans le cadre de la politique de l'aménagement du territoire, à Grasse (Alpes-Maritimes) le 10 juin 2010.

Personnalité, fonction : MERCIER Michel.

FRANCE. Ministre de l'espace rural et de l'aménagement du territoire

Circonstances : Clôture du congrès des communes et stations classées et des communes touristiques, à Grasse (Alpes-Maritimes) le 10 juin 2010

ti : Monsieur le Sénateur-Maire de Grasse, Jean-Pierre LELEUX
Monsieur le Député-Maire d’Evian-les-Bains et Président de l’Association Nationale des Maires des Stations touristiques et des communes touristiques, Marc FRANCINA
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,


C’est un plaisir d’évoquer devant vous, aujourd’hui, l’avenir des communes touristiques, à l’occasion de votre congrès, qui cette année marque les 80 ans de votre association et je vous remercie, Monsieur le Président, Marc FRANCINA, de m’y avoir invité. Nous sommes réunis à cette occasion dans une ville qui combine admirablement l’excellence des savoir faire, la beauté des paysages, la qualité des infrastructures et la chaleur de l’accueil. D’autant plus M. le Sénateur Maire que votre commune vient d’être confirmée dans un domaine bien connu de tous, la parfumerie, à travers la décision du comité interministériel à l’aménagement du territoire du 11 mai de renouveler le label pôle de compétitivité au pôle PASS, dont le siège social est à Grasse.

Je vous remercie Monsieur le Sénateur-Maire, de nous accueillir dans un environnement aussi optimal et tous vos congressistes doivent apprécier aujourd’hui un tel contexte favorable à vos travaux.

Les demandes, les goûts, les publics touristiques évoluent et nécessitent une adaptation des acteurs et des pratiques

La diversité des intervenants – élus locaux, financeurs, hôtellerie, transports…- qui se sont succédé aujourd’hui illustre, s’il en était besoin, la variété des acteurs et des métiers du tourisme.

La France est, depuis longtemps, la première destination touristique du monde. Le tourisme y représente un marché de près de 100 M€, nettement plus important que celui de l’agroalimentaire ou de l’automobile.

Mais cet atout, résultat d’une histoire, d’une culture, d’un patrimoine, n’est pas le simple fruit du hasard, il est le produit d’une volonté de tous les acteurs, nationaux et locaux, publics et privés. Ne nous trompons pas et ne prenons pas cela pour un acquis immuable. L’industrie du tourisme, pour maintenir cette position dominante, requiert une capacité d’ingéniosité, d’adaptation et d’amélioration permanente. La concurrence avec les autres pays est très forts. Beaucoup de progrès ont été faits, il reste aussi beaucoup à faire.

Il est donc utile que vous soyez aujourd’hui tous réunis pour réfléchir à vos perspectives de développement.

La réussite touristique d’un territoire, d’une ville, d’une région requiert un certain nombre d’ingrédients qui doivent être bien pensés. Nous pâtissons tous de réalisations ponctuelles, mal valorisées qui s’avèrent rapidement coûteuses en fonctionnement.

Nous devons donc nous appuyer sur une démarche concertée entre les acteurs locaux et être à l’écoute de la demande.

Ce qui intéressait le touriste rare et élitiste du XIXème siècle, celui qu’évoquait Stendhal, qui fut pratiquement l’inventeur du terme de « touriste », est désormais connu de tous. Le touriste d’aujourd’hui est à la recherche d’une destination particulière qui offre un ensemble de services devenus incontournables, qu’il s’agisse des soins, de l’accès au réseau numérique, des transports ou encore de commerces de proximité.

Une stratégie touristique réussie repose ainsi sur une bonne articulation entre patrimoine culturel, bâti, hébergement, commerces, offre de santé. Les infrastructures sont importantes : accès, qualité de l’habitat… Sans le train, et même sans les wagons-lits, la Côte d’Azur aurait elle eu l’essor qu’elle a connu au début du XXème siècle ?

L’existence d’événements porteurs, réguliers, joue aussi un rôle majeur dans le développement du tourisme. La multiplication des festivals va dans ce sens en diversifiant les publics et en les fidélisant ; cela suppose des infrastructures adaptées.

C’est surtout la conjugaison de volontés, leur convergence qui assure la durabilité du tourisme, qui permet de passer à un tourisme où l’on valorise des destinations autour d’un ensemble de critères de qualité.

C’est pourquoi, avec mon collègue et ami, H. NOVELLI, j’ai pris des engagements précis en faveur du tourisme rural lors du dernier Comité interministériel à l’aménagement du territoire. C’est un des axes importants de mon action ministérielle en faveur des territoires ruraux.

Le gouvernement fait du tourisme rural une priorité d’aménagement du territoire

Si certains lieux sont particulièrement prisés par le tourisme et Grasse, M. le Maire en fait partie, nous avons dans notre pays, un potentiel, un gisement de sites touristiques qui ne sont pas suffisamment mis en valeur et par conséquent pas assez connus.

C’est la raison pour laquelle lors du dernier CIADT, j’ai souhaité que soient renforcées les mesures en faveur des territoires ruraux et de leurs potentialités touristiques.

Nous sommes conscients des « risques » de la réussite et de la saturation de certaines zones touristiques en certaines saisons et c’est pourquoi nous avons choisi la carte de la diversité. D’où l’importance du tourisme rural, et des arrière-pays afin de donner plus d’espace, plus de possibilités aux touristes qui se concentrent sur le littoral.

Notre premier objectif est donc de renforcer la lisibilité de zones moins connues et moins fréquentées, qui peuvent cependant intéresser certaines catégories sociales.

Ainsi le CIADT a décidé la constitution d’une plate-forme nationale d’appui au tourisme rural, pour faire connaître ses atouts et ses produits.

Il s’agit de réunir les réseaux nationaux afin qu’ils mettent en commun leur expérience tant pour aider à l’émergence de nouveaux produits en lien avec les collectivités locales, que pour gagner en cohérence et en efficacité en créant des synergies entre eux.

Une première réunion de cette plate-forme devrait se tenir au début du mois prochain. Parmi ses premiers objectifs, je mentionnerai tout particulièrement :
- la définition de produits touristiques commercialisables dans les territoires ruraux et l’identification de destinations
- la mise en oeuvre d’une méthode de travail pour promouvoir ces produits touristiques.

Parallèlement et afin de faciliter la « commercialisation » de ces produits, nous avons décidé de mobiliser « Atout France » et de créer un site national de « e-tourisme » qui fera une place aux richesses des territoires ruraux. Atout France se verra ainsi confier l’ingénierie de 5 premiers contrats de destination.

Ces contrats, qui visent à structurer l’offre touristique dans un territoire pour mieux le valoriser, pourront être portés par des intercommunalités ou des conseils généraux dans le cadre des Pôles d’excellence rurale.

Enfin un centre de ressources destiné aux élus et aux porteurs de projets permettra de porter à connaissance les expériences réussies, notamment dans le cadre des pôles d’excellence rurale.

A ce titre, je voudrais insister sur la notion d’excellence, qui figure du reste dans l’intitulé de votre congrès « les communes touristiques de demain, vers l’excellence et la durabilité », en évoquant la politique des Pôles d’Excellence Rurale. Sur les 379 PER de la première génération, 159 portaient sur la thématique du tourisme et de la valorisation du patrimoine, ce qui a mobilisé 100M€ de crédits d’Etat pour des investissements de près de 500 millions d’euros. Cette année, nous avons lancé une seconde génération de PER, 20% des projets déposés au titre de la première vague ont partie liée au tourisme. Ce sont des projets innovants en matière de tourisme rural, qui s’appuient sur la dynamique des territoires et sur une vraie gouvernance locale. Certains mettent l’accent sur le tourisme vert, d’autres sur la valorisation du patrimoine et des savoir-faire locaux, tous ont à coeur de tirer le meilleur des atouts du monde rural.

Le tourisme nécessite aussi des infrastructures adaptées : le désenclavement et l’égalité d’accès sont un des premiers vecteurs de développement économique local et de tourisme.

1) le numérique profitera à tous les acteurs du tourisme local

Le développement du réseau numérique et du haut débit en zone rurale favorisera l’information et la visibilité des réalisations.

Ainsi, les principales mesures du dernier CIADT, qui visent à favoriser la compétitivité des entreprises, développer l’emploi local, favoriser la commercialisation des produits de la pêche et de la chasse, participent aussi au tourisme et à sa valorisation.

Il faut aussi renforcer l’offre culturelle: pour développer l’animation culturelle dans les territoires ruraux, un dispositif de soutien à la numérisation des salles de cinéma indépendantes devra être élaboré d’ici au 30 juin 2010.

Les préfets pourront dès maintenant, à titre d’expérimentation, cofinancer des projets d’équipement numérique des salles des fêtes (pour diffuser en directs des spectacles et manifestations culturelles ou sportives) sur la dotation globale d’équipement.

2) La desserte routière des territoires les plus enclavés, dont certains sont très touristiques sera prise en compte dans le schéma national des infrastructures de transport en cours d’élaboration.

3) Des actions en faveur des trains d’aménagement du territoire permettront le maintien de lignes et la desserte touristique. Une convention sera signée avec la SNCF dans les prochains jours pour la mise en place des conditions d’exploitation des lignes « Intercités » et « Téoz ». D’ici la fin de l’année, nous proposerons un dispositif adapté au renouvellement du matériel roulant de ces lignes d’aménagement du territoire.

4) les vélos route

Le développement de transports propres est essentiel ? et c’est la raison pour laquelle le CIADT a adopté un schéma national du réseau cyclable, des « véloroutes » et voies vertes, qui fera passer le réseau de 6000 à 20 000 kilomètres. (A ce titre, le ministère du Tourisme financera une grande campagne de communication pour mieux faire connaître ces pistes cyclables auprès des touristes français et étrangers).

Le tourisme, en particulier avec les offices de tourisme, est un facteur de lien social. Ils maillent le territoire national, dans les zones les plus connues mais aussi dans les zones rurales.

Aussi l’action que mène La Poste avec votre association me paraît extrêmement intéressante. En effet, lier les prestations et la présence de l’office de tourisme avec celles de l’agence postale communale est porteur d’une dynamique et d’une idée que je souhaite développer dans notre pays.

Il est indispensable de permettre un accès aux grands services publics en tous points du territoire. Mais pour faciliter l’accès à services, il est nécessaire de favoriser le regroupement des opérateurs. Comme l’ont fait les élus avec les maisons ou relais de service public, ou La Poste avec les agences postales communales ou intercommunales. Des choses ont été faites, il faut maintenant les amplifier.

Ce que souhaitent d’abord nos concitoyens c’est trouver à proximité de chez eux ou de leur travail un ensemble de services, dans un lieu unique. Aussi je suis très favorable aux regroupements des opérateurs, sur une base souple et adaptée aux contextes et aux besoins locaux. Se regrouper, ce n’est pas supprimer le service, c’est, au contraire, l’enrichir.

Comme cela a été annoncé au CIADT, je suis en train de négocier avec les grands opérateurs de service public un protocole d’accord national. Il sera passé entre l’Etat et EDF, ERDF, l’Assurance Maladie, les CAF, la SNCF, La Poste, Pôle Emploi…de manière à amplifier, dans toutes les régions, la délivrance de services en commun entre les opérateurs, l’Etat et les collectivités territoriales volontaires. Cet accord doit permettre aussi d’expérimenter des formules nouvelles. De manière générale, je veux que les opérateurs prennent l’engagement de travailler ensemble au service des territoires et accompagnent les initiatives des élus.

Délivrer des prestations postales dans les offices de tourisme permet d’offrir un service de qualité à des horaires adaptés et de manière pratique pour nos concitoyens et pour tous ceux qui voyagent en France. Et l’on peut imaginer, demain, que les points de contact de La Poste accueillent les prestations de l’office de tourisme. Des expériences de cet ordre sont déjà menées en Normandie.

Aussi je soutiendrai votre initiative en en faisant l’un des engagements de ce protocole national. Au bout de 18 mois, nous l’évaluerons et nous verrons, avec vous et Jean-Paul Bailly, si nous pouvons la généraliser.


Le monde rural développe de multiples activités économiques. Le tourisme est l’une des plus probantes aujourd’hui et constitue une chance pour l’avenir des acteurs de la ruralité. C’est pourquoi, j’ai tenu à vous rappeler les principales orientations qui, en matière d’aménagement du territoire, pouvaient pleinement accompagner le développement du tourisme rural. C’est aussi dans cet esprit que je vous invite à continuer à inventer, développer pour faire de la qualité de nos territoires et de leurs habitants des atouts pour notre pays. Vous élus, agents des collectivités, responsables d’associations et d’entreprises portez votre destin sur le chemin de cette croissance et sachez que le gouvernement est à votre écoute et vous soutiendra pour réussir ensemble en matière de tourisme.


Source http://www.datar.gouv.fr, le 4 novembre 2010

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