Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à la prospective et au développement de l'économie numérique, à France 2 le 29 octobre 2010, sur l'adoption de la réforme des retraites, la préparation à l'UMP du projet sur l'éducation et la "carte musique jeunes". | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à la prospective et au développement de l'économie numérique, à France 2 le 29 octobre 2010, sur l'adoption de la réforme des retraites, la préparation à l'UMP du projet sur l'éducation et la "carte musique jeunes".

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie, WITTENBERG Jeff.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la prospective et au développement de l'économie numérique;

ti : J. Wittenberg.- Bonjour à tous, bonjour N. Kosciusko-Morizet.
 
Bonjour.
 
Vous venez de l’entendre, au Gouvernement ce n’est pas exactement votre spécialité, mais à l’UMP en revanche, vous étiez chargée de défendre la réforme des retraites. Alors on l’a vu, la réforme est votée, la contestation est importante mais elle est en baisse. Quel est le sentiment qui domine aujourd’hui, est-ce que c’est un soulagement, est-ce que c’est une satisfaction d’avoir gagné ?
 
C’est un sentiment du devoir accompli parce que ce n’est pas facile la réforme des retraites. On savait bien que ce serait difficile en la commençant, et en même temps je crois que le courage politique imposait, compte tenu de l’état dans lequel était notre système de retraite et en même temps notre volonté de poursuivre avec un système par répartition, d’y aller et de le réformer. Et je crois qu’on a sauvé le système par répartition.
 
Vous dites le courage, est-ce que vous n’avez pas peur qu’on retienne plutôt l’inflexibilité, voire la surdité du Gouvernement face à la contestation qui a été très importante ? Et lorsqu’on regardait les études d’opinion, on voyait quand même qu’une majorité de Français était opposée à ce projet, le Gouvernement n’a rien fait dans...
 
Certainement pas, parce que le Gouvernement d’abord a été dans une posture de dialogue. Depuis le mois d’avril maintenant, il y a du dialogue, depuis le mois d’avril il y a des contacts, il y a des discussions et surtout il y a eu un certain nombre du coup de modifications du projet. Le projet il a été fortement enrichi, il a été enrichi à l’Assemblée nationale puis au Sénat à nouveau avec, par exemple, les avancées qui ont obtenues pour les mères de famille nombreuse, pour les parents d’enfants handicapés. Le projet, il a été modifié en fait tout au long du parcours. En même temps, il a été modifié dans le respect de son équilibre général parce que son équilibre général, il garantit le sauvetage du système par répartition qui protège les plus faibles parmi nous. S’il n’y a plus le système par répartition, c’est ceux qui sont le plus en difficulté qui n’auront rien, les autres auront toujours les moyens de se mettre un peu de côté, de... Et cet équilibre général, en fait, il est une victoire je crois pour l’ensemble des Français. J’ai envie de dire... moi je n’aime pas trop le mot « victoire » sur le sujet des retraites, mais si c’est une victoire de quelque chose, c’est une victoire sur nous-mêmes au sens qu’on a tellement de difficultés à se réformer en France, et là on y a réussi.
 
Vous pensez avoir convaincu la population, les citoyens, on a n’a pas cette impression encore ni dans la rue ni dans les sondages pour l’instant.
 
Moi ce qui m’a frappé sur les sondages, c’est que tout au long des débats, il y avait vraiment quelque chose qui était permanent, c’était une majorité de Français qui était convaincue de la nécessité de faire quelque chose, de réformer...
 
Une réforme mais pas celle-là, disaient-ils.
 
On avait une gauche, qui disait au début « pas de réforme » et qui, après, s’est rendue compte que les Français avaient bien compris la nécessité de la réforme parce qu’on vit beaucoup plus longtemps, il va falloir travailler un peu plus longtemps, et qui a commencé à dire « une réforme mais pas celle-là » sans toutefois proposer quoi que ce soit à la place. Une réforme, pas celle-là, mais laquelle ? De toute façon on vit plus longtemps, il faut bien travailler un peu plus longtemps, c’est le bons sens.
 
Le Parti socialiste proposait une réforme, mais au-delà de ça, par exemple J.-C. Mailly disait...
 
Le Parti socialiste proposait une réforme qui aboutissait en fait à baisser les pensions de retraite, sans le dire, mais c’était ça que proposait le Parti socialiste... Ben oui.
 
J.-C. Mailly disait hier sur France 2 que le dialogue social était plombé, est-ce votre sentiment, aujourd’hui ?
 
Moi je ne crois pas. Forcément, il y a un peu de tension, il y a même beaucoup de tension dans une réforme aussi importante que celle-là. Mais on a réussi tout au long de la réforme à avancer, à continuer à discuter sur des amendements, même si c’était parfois dans une ambiance un peu tendue. Et finalement, au bout du compte, à avoir un texte qui a été enrichi tout au long du dialogue.
 
Une dernière question sur ce sujet : beaucoup de manifestants dans les rues disaient hier qu’ils s’en souviendraient en 2012 au moment de voter. Vous craignez un effet rebond, en quelque sorte électoral de cette séquence ?
 
Je vais vous dire je ne le crains pas mais je le souhaite parce que moi, je pense qu’en 2012 les Français, ce dont ils se souviendront, c’est que ce gouvernement a eu le courage politique de faire une réforme sur les retraites. Une réforme sur les retraites, c’est une réforme que la gauche n’a jamais faite, que la droite a faite parfois mais à chaque fois c’était des réformes plus partielles. Une grande réforme sur les retraites, comme la France en a manifestement besoin aujourd’hui pour affronter les conséquences de la crise et la mondialisation.
 
Après cette réforme, F. Fillon doit rester à Matignon, comme apparemment le souhaite une majorité de Français, si on en croit un sondage BVA publié hier ?
 
Écoutez, le charme de ce sujet c’est que c’est vraiment la responsabilité du président de la République...
 
Alors ne parlons pas de responsabilité...
 
Et donc, nous n’avons pas besoin d’avoir d’opinion, c’est formidable. Et même les souhaits...
 
Oui, vous n’avez pas d’opinion ?
 
Je ne les exprime pas sur ce sujet, je trouve que ça n’a pas lieu d’être.
 
Et si c’était J.-L. Borloo à Matignon, avec qui vous aviez eu des rapports disons mouvementés lorsque vous travailliez à l’Environnement avec lui ?
 
Avec qui on a fait le Grenelle de l’environnement, avec qui on a construit plein de belles choses. On a eu des tensions à un moment. Est-ce que vous n’en avez jamais avec votre patron ? Et depuis, on travaille très bien ensemble.
 
Donc il vous irait bien comme Premier ministre. L. Chatel disait que personne n’était pas tétanisé au Gouvernement. Cela veut dire que tout le monde pense garder sa place, il n’y a pas de tension aujourd’hui ? On peut travailler sereinement ?
 
Ça veut dire qu’on a tous des missions et du boulot. Regardez ! Moi, j’ai 15 % du Grand emprunt pour le numérique : 4,5 milliards. Alors en ce moment, les journalistes ne se posent pas beaucoup de questions sur le sujet, vous non plus vous ne nous en posez pas, c’est dommage parce que derrière, il y a la fibre optique...
 
On va vous en poser.
 
...Il y a la télé-santé, il y a la e-éducation, il y a télétravail, il y a plein de trucs qui intéressent les Français, parlons-en.
 
Parlons d’éducation. A l’UMP justement, en tout cas, vous avez déjà la tête à 2012 puisqu’à l’UMP, vous êtes chargée de lancer des sortes de chantiers, si j’ai compris, un « grand rendez-vous sur l’éducation ». D’habitude, c’est plutôt la gauche qui parle d’éducation. Pourquoi vous avez fait ce choix ?
 
On prépare le projet et on a choisi d’avoir le premier événement sur l’éducation parce que, comme le dit le titre de cette réunion, tout commence par l’éducation. Parce que l’éducation, c’est à la fois une chance pour l’emploi, c’est l’ascenseur social, c’est l’insertion dans la société, mais l’éducation c’est aussi le coeur du pacte républicain, voilà. Donc on commence par là. Et puis c’est vrai que traditionnellement, c’est un sujet qui apparaît comme étant de gauche, nous on n’a peur d’aucun sujet, et surtout pas de celui-là.
 
Pardon, N. Kosciusko-Morizet, ça, c’est de grands mots, de grands concepts. Comment on fait une meilleure éducation avec moins d’enseignants puisque vous le savez, par exemple les syndicats d’enseignants, les associations de parents d’élèves vous reprochent plutôt les suppressions de postes.
 
On travaille par exemple sur la méthode. On a augmenté les moyens alloués à l’Éducation pendant des années, et en fait on n’a pas gagné en place dans le classement international, sur certains aspects on a plutôt baissé. C’est bien que le sujet il est dans la méthode, il est dans l’organisation des différents cycles. Aujourd’hui, par exemple, se pose la place du sens et de l’organisation du collège. On a travaillé sur la réforme du lycée avec L. Chatel, il y avait eu la mise en place des fondamentaux en primaire avec X. Darcos. C’est vrai que le collège est dans une espèce d’entre-deux. Se pose la question par exemple d’un collège du socle commun, rapprocher dans les méthodes de l’école primaire en évitant ce saut trop dur entre le CM² et la 6ème.
 
Alors précisément, la proposition de J.-F. Copé de créer un examen pour passer du CM² à la 6ème a fait un flop, personne n’en veut apparemment !
 
Oui, ce n’est peut-être pas forcément... ça peut être une bonne idée, ce n’est pas forcément le bon endroit pour le faire, et je pense à l’évaluation en fin de CE1. En fait ce que disent tous les pédagogues, c’est que tout se joue entre la grande section, le CP et le CE1. Quand les fondamentaux ne sont pas en place en fin de CE1, c’est là qu’on commence à prendre une tangente avec un risque d’échec. Commencer très tôt en fait à travailler, à éviter le décrochage plutôt que d’évaluer en CM² de manière un peu brutale.
 
Il nous reste une petite minute pour parler d’un sujet qui intéresse votre secrétariat d’État, à l’Economie numérique notamment. Vous avez lancé une « carte musique jeunes », dites-nous rapidement de quoi il s’agit !
 
C’est F. Mitterrand qui a lancé cette « carte musique jeunes » et je m’associe totalement à cette initiative, qui consiste à faire découvrir aux jeunes, dès le plus jeune âge, c’est à partir de 12 ans, l’offre légale de téléchargement sur Internet dans sa grande variété. Vous mettez un peu d’argent, l’Etat double la mise, les sites Internet partenaires souvent triplent ou quadruplent parce qu’ils offrent aux titulaires de la « carte musique jeune » des avantages considérables. Ce qui fait que certains d’entre eux, pour 25 € à vous, vous pouvez avoir pour 150 € de musique. Et ça vous invite à aller sur des sites variés, télécharger et découvrir la variété de l’offre française notamment. Pourquoi ? Parce que c’est plafonné, vous ne pouvez pas acheter tout sur iTunes, vous ne pouvez pas acheter tout sur les Américains avec cette carte, donc vous êtes invité à aller découvrir...
 
C’est une compensation en quelque sorte à la loi Hadopi qui empêche le téléchargement illégal.
 
Ah ! Mais c’est mieux qu’une compensation, la loi Hadopi ça ne marchera que si l’offre légale, elle est intuitive, elle est variée, elle est formidable. Et là, on vous invite à venir la découvrir et aussi, on vous invite à aider à la faire vivre parce qu’elle est en cours de lancement. Et c’est à travers vous, les consommateurs, qui l’appréciez et qui le disent, qui la découvrez avec la « carte musique jeune » qu’elle va pouvoir prendre son essor.
 
Parfait, on vous a entendue. Merci beaucoup N. Kosciusko-Morizet.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 5 novembre 2010

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