Déclaration de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur le mécénat dans l'art lyrique et le financement de la culture, Paris le 20 novembre 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur le mécénat dans l'art lyrique et le financement de la culture, Paris le 20 novembre 2010.

Personnalité, fonction : MITTERRAND Frédéric.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Ouverture du gala de l'Association pour le rayonnement de l'Opéra de Paris le 20 novembre 2010

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C'est un grand honneur et un véritable plaisir d'être ici parmi vous ce soir, d'avoir pu assister à cette remarquable représentation, de dîner dans ce cadre exceptionnel, pour fêter les 30 ans de l'Association pour le Rayonnement de l'Opéra de Paris (AROP).

Vous savez combien la question du mécénat m'est chère et son essor est, à mes yeux, une dimension essentielle de l'action culturelle. Les politiques culturelles ont dans notre pays une assise très étatique : Marc Fumaroli a évoqué non sans ironie il y a quelques années « l'Etat culturel ». La nécessité s'imposait depuis longtemps de modifier ce rapport de l'artiste au Prince, pour ouvrir un dialogue confiant et fécond avec tous les acteurs économiques soucieux de s'engager dans le financement de la culture. La loi du 1er août 2003 relative au mécénat et les mesures nouvelles qui l'ont enrichie ont cherché à faire émerger dans la société civile un véritable désir, même si je mesure les difficultés rencontrées par le monde de l'entreprise au cours des derniers mois. La France a su très vite rattraper son retard et divers acteurs - particuliers comme entreprises - se sont engagés, appuyant les pouvoirs publics, dans le soutien à la culture et à la création. Vous le savez, à mes yeux, la culture est un secteur économique à part entière, elle est un investissement important, un enjeu essentiel de l'attractivité de notre territoire. Elle est, surtout, un patrimoine commun qu'il nous importe de léguer, mais aussi une expérience unique, intime, charnelle. A l'heure de la numérisation comme horizon, rien ne remplace l'expérience unique du rideau de scène qui s'ouvre, rien ne se substituera au frisson ou à l'émotion suscités par la voix de la cantatrice, rien ne modifiera l'émotion collective ressentie lorsque l'on entre dans les vaisseaux du spectacle vivant dédiés à l'art lyrique. Lieux chargés d'histoire ou lieux contemporains, ils sont souvent de ceux qui font se rencontrer l'intime et le collectif, l'enchantement et l'effroi, la puissance et le vibrato subtil : ils sont en d'autres termes des miroirs de notre condition et des lieux de ce « bonheur » irradiant dont Stendhal éprouvait déjà le sentiment à l'écoute de Rossini et de Cimarosa.

Lorsque l'AROP est née, il y a maintenant 30 ans, le mécénat était une réalité encore fragile. Parvenue aujourd'hui à l'âge de la maturité, votre association a connu un essor exceptionnel, témoignage de l'implication de ses membres toujours plus nombreux.

Elle fait véritablement figure d'exemple, pour son soutien fidèle à l'une des institutions culturelles les plus prestigieuses de notre pays, l'Opéra de Paris. Réunissant autour d'une même passion partagée les amoureux de l'opéra de toutes les générations et de tous les horizons, l'AROP est la plus importante association de mécènes dans le secteur musical. L'Opéra vous doit beaucoup, à vous, généreux donateurs, qui concourez à la réussite et à la créativité artistique de l'une des scènes d'arts lyrique et chorégraphique les plus remarquables.

Tous les partenariats que vous nouez sont une contribution essentielle au financement des productions de l'Opéra, de ses tournées en France et à l'étranger, de la restauration de son patrimoine et de ses programmes pédagogiques. Modèle original de mécénat collectif, l'AROP n'a cessé de porter toujours plus loin l'exigence sociale et culturelle du mécénat. Elle a réussi à se développer, à se renouveler, à se réinventer. Elle a su s'inscrire dans le temps long, grâce à votre engagement fidèle et constant. Elle a su également, défi majeur à l'heure où l'environnement de l'opéra devient global, à l'heure où les scènes lyriques des pays émergents s'affirment, s'imposer sur le plan international. Vous avez ainsi établi un dialogue constant avec d'autres structures étrangères, créant des liens avec vos homologues, portant toujours plus loin le rayonnement de l'Opéra de Paris. Je souhaite saluer cette association remarquable et l'assurer de mon attention et de mon fidèle soutien.

Je suis heureux de voir que nous sommes tous ici réunis ce soir autour des mêmes ambitions et des mêmes valeurs. La culture lyrique a besoin de vous, l'Opéra de Paris a besoin de votre engagement et de votre passion . Je suis en effet persuadé qu'il n'y a rien de tel pour conserver le goût du romanesque et le sentiment du sublime « qu'une vie traversée d'opéras », comme le fut celle d'Henri Bayle, comme le fut aussi la mienne à bien des égards.

Permettez-moi enfin, pour conclure, de rendre hommage à Mildred Clary dont nous avons appris la disparition aujourd'hui même. Généreuse, pleine de charme et rayonnante, Mildred Clary laissera le souvenir d'une grande dame. Luthiste, concertiste de niveau international, elle fut aussi une brillante figure des médias et de la culture musicale. A travers ses nombreuses émissions pour France Culture et France Musique, elle sut faire voyager et rêver, en véritable cartographe des continents sonores : les musiciens de l'Inde et du Japon les musiciens du XXe siècle, les chefs d'orchestre, les grands interprètes, les hauts lieux de la musique en Europe et à travers le monde. Comment oublier celle qui produisit L'ultime traversée qui célébra l'année Mozart en 1991, l'Esprit des lieux, Mille et une notes ? Soucieuse de transmettre au plus grand nombre, Mildred Clary produisit également des émissions pour la télévision : La leçon de musique pour TF1, Opus pour Arte. Avec elle s'éteint une musicienne, une musicologue, mais aussi une réalisatrice brillante et claire, au talent reconnu. Avec elle s'éteint une certaine idée de la musique et du répertoire dans les médias ; avec elle s'éteint une amoureuse de la musique qui savait découvrir mais aussi faire découvrir.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 23 novembre 2010

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