Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le bilan des échanges culturels dans le cadre de l'année France - Russie, les relations bilatérales, notamment la vente de navires de type Mistral à la Russie, et la polémique consécutive à l'épisode neigeux en France, à Moscou le 9 décembre 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur le bilan des échanges culturels dans le cadre de l'année France - Russie, les relations bilatérales, notamment la vente de navires de type Mistral à la Russie, et la polémique consécutive à l'épisode neigeux en France, à Moscou le 9 décembre 2010.

Personnalité, fonction : FILLON François, POUTINE Vladimir.

FRANCE. Premier ministre; RUSSIE. Président

Circonstances : Conférence de presse à l'issue du 15e séminaire intergouvernemental franco-russe, à Moscou le 9 décembre 2010

ti : Mesdames et Messieurs,


Je voudrais remercier Vladimir POUTINE pour la qualité de l'accueil qu'il a réservé à la Délégation française qui m'accompagne, pour cette nouvelle réunion du Séminaire intergouvernemental franco-russe. Nous avons passé près de six heures ensemble en deux jours à débattre de tous les sujets qui concernent les relations franco-russes, mais aussi des sujets concernant les relations internationales. J'ai rencontré ce matin le président MEDVEDEV. De tous ces entretiens, je retire, au fond, un seul enseignement : l'excellence de la relation franco-russe qui, depuis plusieurs années, n'a cessé de progresser en diversité, en densité et j'ai envie de dire surtout en confiance mutuelle. Et nous avons pris ensemble l'engagement de continuer à oeuvrer à l'amélioration de cette relation dans le cadre d'un partenariat sincère, d'un partenariat confiant et d'un partenariat qui n'est pas pour nous seulement lié aux résultats de nos entreprises, qui n'est pas seulement lié aux contrats que nous signons, qui naturellement sont importants pour donner du travail aux salariés en France, pour répondre aux besoins de l'économie russe. Mais à travers ce partenariat, ce que nous sommes en train de faire, c'est construire un espace européen commun, un espace européen commun où demain, circuleront librement les marchandises, les personnes, la culture et un espace européen commun qui sera un espace de sécurité. Au fond, face aux grands défis de la mondialisation qui secouent nos modèles économiques, la France, l'Europe d'un côté, la Russie de l'autre, ont tout intérêt à se rassembler, à travailler ensemble, à construire un modèle économique et social qui ne nous conduise pas à nous laisser imposer un autre modèle dont nous ne voudrions pas.

La Russie est un partenaire stratégique de premier ordre pour la France, et la France entend bien être aux côtés de la Russie dans son entreprise de modernisation comme la France attend, en retour, de la Russie, qu'elle nous soutienne sur la scène internationale. Et je pense en particulier à la présidence française du G20 et dans moins d'un mois, du G8, où nous allons porter des dossiers très importants, justement dans cette idée de régulation de la mondialisation pour lesquels nous comptons bien sur le soutien de la Russie.

Ma visite s'est inscrite dans un double contexte, vous le savez ; la clôture de l'année croisée France-Russie hier soir au Théâtre du Bolchoï - malheureusement à laquelle nous n'avons pas pu assister en raison des intempéries - et puis le 15ème Séminaire intergouvernemental franco-russe.

Les manifestations qui ont été organisées dans le cadre de l'année France-Russie, autant en France qu'en Russie, ont été un grand succès. C'est plus de 5 millions de visiteurs qui ont participé aux 350 manifestations organisées dans ce cadre ; c'est dire qu'il y a un très grand intérêt en France pour la culture russe et en Russie pour la culture française ; je voudrais citer, parmi ces événements, quelques réussites marquantes : l'exposition sur la Sainte Russie au Louvre, ou l'exposition PICASSO au Musée Pouchkine de Moscou et à l'Hermitage à Saint-Pétersbourg. J'avais moi-même eu l'occasion d'inaugurer, avec Vladimir POUTINE en juin, l'Exposition nationale russe au Grand Palais ; je crois que l'intensité de cette année croisée témoigne de cet attrait réciproque qui ne se dément pas entre nos deux pays.

Mais l'année 2010 n'a pas seulement été une année d'échanges culturels, elle a été aussi une année de contacts politiques très forts entre la France et la Russie. Le Président MEDEVEV est venu en visite d'Etat au mois de mars. Vladimir POUTINE est venu en juin à Paris. Le Président SARKOZY a participé au Forum économique de Saint-Pétersbourg. Le Président MEDVEDEV est venu à Deauville en octobre pour une rencontre tripartite France - Allemagne - Russie. Notre principal défi, d'ailleurs, ce sera de maintenir en 2011 un tel niveau de contacts politiques mais nous avons déjà bâti ensemble un programme. Je pense en particulier à l'inauguration du monument à la mémoire des soldats russes qui ont donné leur vie pour la France pendant la Première Guerre mondiale qui aura lieu au printemps et à laquelle je souhaite que Vladimir POUTINE puisse participer et à d'autres événements qui sont déjà sur notre agenda.

Et puis enfin, ce séminaire vient ponctuer une année qui a été très riche en terme de coopération bilatérale. Nos échanges économiques ont augmenté de près de 38 % sur les dix premiers mois de 2010. C'est dire si la crise économique et financière est derrière nous s'agissant de la coopération économique et des volumes d'affaire entre la France et la Russie. Je rappelle que nos investisseurs ont tenu à rester en Russie malgré la crise, notamment dans le domaine bancaire et dans le domaine automobile et on voit qu'ils ont eu raison puisque désormais, le redémarrage de l'économie russe leur ouvre de grandes perspectives. Je voudrais rappeler que la France est le 5ème investisseur étranger en Russie et qu'elle est également le 5ème fournisseur de la Russie, alors qu'en 2007, nous étions au 9ème rang et s'agissant des investissements. Nous sommes désormais devant les Etats-Unis. Je veux rappeler d'ailleurs à cette occasion que les investissements russes en France sont les bienvenus, et les accords signés par les entreprises de nos deux pays à l'instant même illustrent la dynamique ascendante qui caractérise nos échanges.

Enfin, on a parlé de modernisation et d'innovation. Nous avions décidé, lors de la réunion de Rambouillet, d'ouvrir notre coopération à de nouveaux champs. Vous avez vu, à travers les accords qui ont été signés que c'est le cas. C'est le cas s'agissant de l'efficacité énergétique, avec le Centre qui est mis en place. C'est le cas avec l'agriculture, et nous avons de grands espoirs dans la coopération en matière agricole, qui est une coopération d'avenir et pour laquelle nous avons beaucoup, les uns et les autres, à nous apporter. Et puis enfin dans le domaine financier, avec le Forum qui s'est tenu aujourd'hui même à Moscou.

Je voudrais enfin dire un mot, pour terminer, des questions internationales en me réjouissant que le Sommet de Bruxelles, qui a eu lieu avant-hier entre l'Union européenne et la Russie, ait permis des avancées très importantes, notamment la levée réciproque de l'obligation de visa de court séjour à laquelle le Sommet a donné une impulsion politique très forte. Vous savez que la France est engagée, très fortement à tout faire pour que l'on progresse sur ce point et pour qu'on parvienne, à terme, à la suppression des visas entre l'Union européenne et la Russie.

Je voudrais aussi me féliciter des progrès enregistrés dans le cadre de la procédure engagée pour l'accession de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce. Et enfin, je voudrais redire à nouveau tous mes remerciements à Vladimir POUTINE et au Président MEDVEDEV pour la position qu'ils ont prise au Conseil de sécurité des Nations unies sur la situation en Côte d'Ivoire qui va, j'en suis sûr, compter lourdement pour permettre la solution de cette crise d'une façon pacifique dans l'intérêt des populations de Côte d'Ivoire.


JOURNALISTE :
Une première question sur les intempéries en France, il y a eu une polémique sur la pagaille provoquée par les chutes de neige. Est-ce que l'Etat est préparé, suffisamment préparé ? Première question. Deuxième question à vous deux, en France comme en Russie, il y a un Premier ministre et un Président, est-ce que le Premier ministre doit être l'homme fort du système ?

FRANÇOIS FILLON, PREMIER MINISTRE :
S'agissant de l'épisode neigeux que nous avons connu hier et qui est à l'origine de mon retard de plus de trois heures à Moscou, c'est un épisode d'une violence tout à fait inhabituelle, c'est les plus fortes chutes de neige sur la capitale et sur la région capitale depuis vingt ans. Je dois dire ensuite que METEO FRANCE n'avait pas prévu cet épisode neigeux, en tout cas pas son intensité, puisque les prévisions, c'était 3 centimètres et qu'il est tombé, je crois, 12 centimètres sur Paris même et 20 centimètres sur certaines régions de la banlieue. Donc, il est incontestable que les services chargés du déneigement ont été pris au dépourvu. Je comprends tout à fait l'irritation qui a été celle de toutes les personnes qui ont été bloquées, qui ont été retardées en raison de ces intempéries. La situation est en train de revenir à la normale, tous les services de l'Etat et des collectivités locales sont mobilisés pour faire en sorte que la circulation redevienne fluide.

Dès demain après-midi, Thierry MARIANI, le ministre des Transports, tiendra, à ma demande, une réunion avec l'ensemble des services de l'Etat concernés pour qu'on tire tous les enseignements de cet épisode et qu'on s'adapte pour être capable de réagir dans de meilleures conditions la prochaine fois. Je dis simplement au passage que dans la voiture, tout à l'heure, j'évoquais avec Vladimir POUTINE cet épisode neigeux en lui disant que, nous, on n'était pas aussi habitués qu'en Russie, il me disait, en Russie, on est habitué, mais c'est quand même la pagaille à chaque fois.

Sur la deuxième question, elle est bien essayée, mais franchement, il y a des institutions en Russie comme en France, il y a une répartition des rôles qui est fixée par les institutions. S'agissant de la France, vous les connaissez bien, il y a un Président de la République élu au suffrage universel qui dirige l'action du pays et il y a un Premier ministre qui, avec son gouvernement, met en oeuvre la politique pour laquelle le Président de la République et la majorité ont été choisis. Point, à la ligne. Vous pouvez poser la question dans tous les sens, vous aurez toujours la même réponse.

JOURNALISTE :
Une question à Monsieur FILLON. Vous avez évoqué le partenariat et l'assouplissement du régime des visas, on en parlait beaucoup dans différents formats avec nos partenaires européens. Mais récemment, au Sommet Russie Union européenne à Bruxelles, vous avez dit que c'était peut-être un peu prématuré. Est-ce qu'aujourd'hui, vous avez évoqué la question ? Quelle est votre position là-dessus ? Avec votre permission, une autre petite question, est-ce que vous avez évoqué le sujet de la construction de l'autoroute Saint-Pétersbourg - Moscou ? Il y a des concessionnaires français qui y participent. Merci.

FRANÇOIS FILLON :
Sur la question des visas, il y a une négociation qui s'est engagée dans le cadre de l'Union européenne qui est compétente sur ce sujet. Puisque, nous, nous avons désormais confié la responsabilité à la police aux frontières et de la régulation des flux migratoires, dans le cadre de l'espace de Schengen, à des règlements qui sont des règlements européens. Nous devons nous inscrire dans ce cadre-là. Ce que je veux dire, c'est que les débats qui ont eu lieu hier à Bruxelles montrent que l'objectif d'aboutir à terme à la suppression des visas de court séjour entre la Russie et l'Europe est un objectif qui est partagé et sur lequel nous allons avancer, sans attendre. J'ai indiqué à Vladimir POUTINE que j'allais prendre un certain nombre de décisions au niveau français pour faire en sorte qu'on exploite au maximum les possibilités de la réglementation européenne actuelle. En particulier, qu'on puisse automatiquement donner des visas de long séjour au moment des renouvellements des visas de court séjour. On ne peut pas éviter, dans l'état actuel de la réglementation, une demande de visa de départ. Mais s'agissant du renouvellement, on va prendre toutes les mesures, avec le ministère de l'Intérieur et le ministère des Affaires étrangères, pour que le renouvellement soit automatique pour les visas de longue durée.

Sur la question de l'autoroute, c'est une question qui regarde strictement les autorités russes. Les entreprises françaises sont évidemment dans l'attente du démarrage de ce chantier. Mais ce n'est pas au gouvernement français de s'exprimer sur cette question.

JOURNALISTE :
Question d'abord à Monsieur FILLON, toujours concernant le Mistral. On comprend bien que le travail doit être fait au niveau des experts mais ne trouvez-vous pas que... ça commence à être un petit peu long, l'attente, du côté français, concernant la vente de Mistral ?

Deuxième question : les câbles diplomatiques révélés par WIKILEAKS et qui émanent d'officiels américains font une appréciation de la Russie qui se situe aux antipodes des définitions que vous appliquez à la Russie, il y a à peu près un an, lorsque vous la qualifiiez « d'Etat, de grande démocratie ». Ces câbles américains qui émanent toujours d'officiels américains font au contraire état de la corruption qui existe dans le pays et celle-ci, selon eux, étant infiltrée même au plus haut niveau de l'Etat. Je voudrais savoir si ces révélations ont modifié de quelque nature que ce soit, vos appréciations concernant la Russie, et est-ce que vous conservez, le cas échéant, une opinion parfaitement radicale de celle exprimée par vos homologues américains ? Merci.

FRANÇOIS FILLON :
Sur la première question, vous savez que je suis, je crois, l'un des tous premiers à avoir défendu l'idée que la France était parfaitement fondée à offrir la technologie du Mistral à la Russie, qui souhaitait acquérir des bâtiments de projection et de commandement. Et donc je me réjouis que la candidature de la France ait été retenue dans le cadre de l'appel qui a été lancé, appel d'ailleurs auquel - je voudrais faire remarquer - ont répondu plusieurs pays membres de l'OTAN. Ce qui montre que les critiques qui avaient pu être formulées à un moment donné - je pense au Séminaire de Rambouillet - sur la décision de la France étaient quelque peu... quelque peu hypocrites.

Aujourd'hui, on est dans une phase qui est une phase technique. Il y a une délégation de très haut niveau, russe, qui était hier à Saint-Nazaire. On discute de quoi ? On discute du prix ! Et chacun sait que Vladimir POUTINE n'est pas l'interlocuteur le plus facile sur cette question. Il y a ensuite quelques questions techniques qui doivent être réglées.

Je voudrais dire, pour avoir entendu certains commentaires sur les ondes ces derniers jours, qu'il n'y a aucune question liée au transfert de technologie, aucun problème s'agissant des transferts de technologie. Ce bâtiment, je le rappelle, est un bâtiment de transport et de commandement. Et donc nous n'avons pas l'ombre d'une difficulté sur ce sujet et donc nous sommes confiants dans l'issue de cette négociation.

Sur le seconde sujet, je voudrais dire d'abord que le gouvernement français n'a pas besoin des diplomates de quelque pays que ce soit pour se faire une idée sur ce qu'est la Russie, sur son fonctionnement, sur son évolution, d'où elle vient, où elle va. Nous sommes présents en Russie, nous avons des diplomates auxquels nous faisons confiance, qui nous renseignent. Nous avons des contacts avec Vladimir et, comme en ont beaucoup de responsables français, avec les responsables russes, qui sont des contacts étroits, des contacts denses. Nous avons des entreprises qui investissent en Russie, nous avons des chercheurs qui travaillent en Russie, nous avons des universitaires qui travaillent en Russie : nous connaissons toutes les difficultés que la Russie rencontre, nous savons tout ce qu'elle a à surmonter comme handicap, mais nous voyons aussi tous ses progrès, tout son potentiel.

Et puis enfin, je voudrais dire un dernier mot sur cette affaire WIKILEAKS. Vous ne m'entendrez jamais commenter des informations qui ont été volées. Et je pense que chacun devrait s'interroger sur l'utilisation que l'on fait de documents volés. Le vol, dans tous les pays du monde, c'est condamnable. Et le recel de vol, c'est aussi condamnable.


Source http://www.gouvernement.fr, le 10 décembre 2010

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