Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à Europe 1 le 9 décembre 2010, sur la gestion par les pouvoirs publics de l'épisode neigeux. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à Europe 1 le 9 décembre 2010, sur la gestion par les pouvoirs publics de l'épisode neigeux.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration;

ti : J.-P. Elkabbach. B. Hortefeux, bienvenue, bonjour, merci, d'être là, surtout aujourd'hui.
 
Bonjour.
 
Comme dirait M.-O. Fogiel, vous êtes l'homme du jour. Si ce n'était pas la pagaille, c'était quoi hier ?
 
Non, j'ai indiqué hier en milieu d'après-midi qu'il y avait des difficultés et qu'il n'y avait pas au moment où je me suis exprimé, une première fois, de pagaille. Les conditions météorologiques se sont dégradées, dégradées rapidement, c'est pour ça d'ailleurs que dans la soirée, j'ai lancé des appels réitérés à la vigilance. Pourquoi ? Parce que le phénomène météo auquel nous avons été confrontés hier et encore d'ailleurs ce matin est le plus important, le plus grave, le plus exceptionnel depuis une génération, c'est-à-dire très exactement depuis 1987, 23 ans.
 
Pour éviter des polémiques, si on vous avait posé la question à 18 heures, 18 heures 30 : « est-ce que c'est la pagaille ? » Vous auriez dit oui ?
 
J'aurais dit que les difficultés devenaient de plus en plus préoccupantes et j'ai d'ailleurs ce matin, une première pensée, naturellement immédiatement pour les conducteurs des véhicules essentiellement sur la N118 et l'A86 qui ont été bloqués. Il y a eu environ 400 véhicules qui ont été bloqués sur cette zone, donc ma première pensée va naturellement vers eux.
 
Mais vous comprenez le désarroi, la colère, l'angoisse de ceux qui étaient coincés dans leur voiture. 3.300 personnes, hébergées d'urgence !
 
Mais je le comprends, oui c'est exactement ça, c'est un des aspects qui était plus positif, puisque nous avions tiré les leçons d'un phénomène qui n'était pas aussi important, d'ailleurs mais qui avait paralysé, c'était en 2003, où là, il y avait eu notamment, autour du péage de Saint-Arnoult, sur 60 kilomètres, des passagers, des milliers de personnes qui avaient été obligées de passer la nuit, qui n'avaient pu être débloquées qu'à 3 heures du matin. Donc on avait pris des mesures...
 
Alors ça veut dire que l'expérience ne sert pas ?
 
Si précisément, l'expérience sert, puisque vous venez d'évoquer à juste titre le fait qu'il y avait des centres d'accueil, des centres d'hébergement. 78 centres d'hébergement ont été mis en place, ce qui n'était pas le cas la fois précédente. Encore une fois, je ne dis pas la situation est parfaite, je dis qu'il y a eu un phénomène météo, sans précédent, sans précédent depuis une génération, que nous avons tiré un certain nombre de leçons de 2003 et troisièmement, que naturellement j'ai une pensée et je partage le sentiment de ceux qui ont été bloqués, les 400 véhicules qui ont été bloqués sur la N118. J'étais d'ailleurs moi-même, naturellement mobilisé toute la nuit au ministère de l'Intérieur, ce qui explique d'ailleurs, les appels que j'ai lancés, tout au long de la nuit sur ces sujets.
 
Mais vous n'avez pas dormi dans votre voiture ?
 
Je n'ai pas dormi dans ma voiture, effectivement.
 
Il y en a beaucoup, on a une pensée, puisque à un moment donné, vous estimiez qu'il y en a qui ne dormiraient pas dans la voiture, ils dorment.
 
Non, j'ai dit une chose, que je conviens tout à fait, c'est que la situation n'est pas la même que celle de 2003. Pourquoi ? Parce que nous avions fait des opérations de salage dès la nuit précédente, qui ont été confirmées et renouvelées cette nuit. Parce que le préfet de police, a mobilisé dès hier matin, le PC Zone A, de circulation, afin de réguler au maximum la circulation. Parce que nous avons pris la décision d'intervenir la circulation des poids lourds en Ile de France dès 15 heures et je maintiens cela à nouvel ordre...
 
Mais ce n'était pas trop tard ?
 
Non, parce que nous avons déployé 5000 policiers et gendarmes en 2 minutes, exclusivement sur la petite couronne de l'Ile de France, parce qu'on a débloqué 240 hommes de la sécurité civile, principalement pour aller aider les personnes isolées, fragiles dans l'Essonne et les Yvelines....
 
Est-ce que vous renouvelez cet appel aux camions ? Il y en a 2500 qui sont bloqués, sans compter les milliers de voitures, est-ce que vous renouvelez cet interdiction de circuler momentanée ?
 
Bien sûr ! Cette interdiction est confirmée et maintenue jusqu'à nouvel ordre.
 
Est-ce que c'est un manque de prévisions ou une absence de moyens ? Par exemple vous avez utilisé 34 chasse-neige, est-ce qu'il y en a assez dans l'Ile de France et dans la région parisienne et à Paris ?
 
Je vais vous donner un exemple très simple, la situation météorologique a évolué très rapidement en fin de journée, et dans la nuit, puisque le mouvement neigeux, s'est déplacé vers l'Est. Mais à ce mouvement neigeux, a succédé un risque très majeur de verglas. Et j'entends d'ailleurs des auditeurs dire à juste titre : mais comment se fait-il qu'il n'y ait pas eu salage ? Il y a en réalité du salage, il y en a eu la nuit précédente, il y en a encore eu, la nuit dernière. Mais avec cette température, une fois que le salage est fait, il n'a pas une durée indéfinie. Plus il fait froid...
 
Donc le salage et le sablage ont recommencé ?
 
Bien sûr, ont recommencé...
 
On recommence.
 
Cette nuit, et on recommence sur tous les axes de l'Ile de France et d'ailleurs d'un certain nombre de départements dont celui de la Marne.
 
Avec un tel désordre, monsieur le ministre de l'Intérieur, un désordre monstre et angoissant, comment les services d'urgence de secours, par exemple les ambulances, les pompiers ont-ils pu ou aurait-il pu venir en aide à tous ceux qui avaient besoin d'eux, et qui étaient coincés ?
 
Parce que précisément, il y a ce mouvement qui a été d'ambulance qui a pu se produire. Parce que des axes principaux, ont été dégagés. Et quand on n'y a pas, quand ce n'était pas possible, j'ai fait débloquer des hélicoptères, deux hélicoptères 0C145 de la Sécurité civile qui précisément, survolait ces files, notamment en fin d'après-midi et tôt ce matin, pour débloquer ce qui devait l'être. Encore une fois, il ne s'agit pas de nier la réalité de ce phénomène qui est un phénomène grave. Ca s'est aggravé du fait des conditions météo, pour lesquelles d'ailleurs Météo France ne peut pas nous dire exactement jusqu'à quand ça durera...
 
Mais hier matin, on entendait H. Morna et L. Cabrol, ils nous prévenaient qu'il allait y avoir entre 11 heures midi de la neige.
 
Oui, oui, sur la neige bien sûr ! Mais absolument, sur la neige. Mais ça c'est tout à fait exact, c'est pour ça d'ailleurs que les opérations de salage avaient débuté la veille. Bien entendu, on est attentif à ce que dit les responsables météo d'Europe 1, mais ce qui a évolué c'est le verglas compte tenu des températures. Et à l'heure actuelle, Météo France ne peut pas dire précisément, quand les températures se réchaufferont suffisamment pour faire disparaître à la fois le verglas et surtout ces plaques de glace qui perturbent la circulation.
 
Et est-ce que vous confirmez ce qu'on entendait tout à l'heure, par le directeur des routes, que le retour à la normale est prévu pour le milieu d'après-midi ?
 
C'est ce que nous indique l'ensemble des services compétents, donc ça devrait être normal autour de l'après-midi.
 
Est-ce qu'il y a eu des risques de sécurité, d'après ce que vous savez ?
 
Oh ! Il y a eu des accidents corporels, un certain nombre d'accidents corporels, au moins une dizaine, les chiffres naturellement, à ce stade ne sont pas encore connus dans le détail. Enfin, en tout cas, je ne peux pas me prononcer sur le chiffre exact. Est-ce que c'est une dizaine, une vingtaine ? Les chiffres on les aura en milieu de matinée et d'ailleurs, je serais tout à l'heure bien évidemment au PC de la préfecture de police pour faire le point et je pourrais indiquer...
 
D'accord, mais vous allez aller sur place aussi ?
 
Bien sûr ! En se déplaçant.  
 
Si vous avez la possibilité de circuler, à moins que vous descendiez en hélicoptère ?
 
Ecoutez, je ne veux pas faire de démonstration, ça serait un peu dangereux, mais...
 
Pour qui ? Vous acceptez le danger je pense non ?
 
Bien sûr, mais la démonstration pour ceux qui regarderaient éventuellement, parce que bon ! Je ne suis pas un spécialiste de cela, mais naturellement, je me déplace, attendez ! Je serais à la préfecture de police ce matin et je me déplacerai naturellement sur place pour constater si le retour à la normale s'opère bien dans le calendrier qui est prévu.
 
Mais à 21 heures 31, votre ministère annonçait votre voyage au Maroc pour rencontrer le Roi Mohammed VI et le gouvernement. Est-ce que vous maintenez ce déplacement ?
 
Non, naturellement ! J'ai pris la décision dès la connaissance de l'évolution météorologique de reporter ce déplacement et je suis sûr que les autorités marocaines le comprennent parfaitement.
 
Est-ce qu'il y a d'autres recommandations à faire que de ne pas utiliser sa voiture ?
 
Non, naturellement, la première recommandation, c'est d'inciter les automobilistes dans la mesure du possible à ne pas utiliser leur véhicule, il y a une deuxième recommandation, c'est d'encourager les personnes fragiles, notamment les personnes âgées à être particulièrement vigilantes, dès lors qu'elles se déplacent. Je m'adresse donc aussi aux piétons parce que le verglas ce n'est pas simplement sur la chaussée, ce sont aussi sur les trottoirs.
 
Aujourd'hui, comment tous les services vont débloquer les zones qui sont encombrés ?
 
Il y a un certain nombre de véhicules qui sont ainsi déplacés. Notamment le problème se pose pour les camions, mais je voudrais préciser une chose, c'est que j'ai donné ce matin, des consignes très précises, très strictes afin qu'aucun automobiliste ne soit verbalisé, soit pour avoir laissé son véhicule, soit pour ne pas avoir respecté les règles de stationnement, dans tout le périmètre concernés.
 
Ça veut dire hier et aujourd'hui ?
 
Voilà ! Dans tout le périmètre concerné.
 
Est-ce que vous employez des moyens supplémentaires, vous avez dit, il y avait 5.000 gendarmes et policiers et qu'il y en a aujourd'hui autant ou davantage ?
 
Ils sont mobilisés naturellement tout au long de la journée et jusqu'à ce que ces intempéries, aient été dissipées.
 
Alors autrement dit...
 
Donc simplement c'est une... il y a donc, ne vous y trompez pas, il y a donc une réalité exceptionnelle dans des conditions météorologiques, mais une mobilisation sans précédent, des responsables de sécurité et de secours.
 
Parce que vous savez que l'Etat, si vous n'êtes pas maître de la pluie, du beau temps et de la neige, vous êtes en charge du bon fonctionnement des conditions de la vie quotidienne ?
 
C'est exactement, le cas, ce sont les deux aspects de la vie quotidienne...
 
Et aujourd'hui proximité, vigilance et action solidaire de terrain et sur le terrain.
 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 13 décembre 2010

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