Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à France Inter le 24 décembre 2010, sur la situation des passagers bloqués dans les aéroports et les retards de trains en raison de l'épisode neigeux. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à France Inter le 24 décembre 2010, sur la situation des passagers bloqués dans les aéroports et les retards de trains en raison de l'épisode neigeux.

Personnalité, fonction : MARIANI Thierry, COHEN Patrick.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports;

ti :  
Après, je pense qu'il faudra se poser la question parce que je constate que tout le monde se renvoie un peu la patate chaude.
 
Oui. Mais enfin le commissaire européen aux transports disait il y a deux jours : situation inacceptable. Il évoquait l'idée d'un service minimum dans les aéroports européens ; il avait l'air de trouver que ce qui se passait n'était pas tout à fait normal, même avec les conditions météo qu'on a connues.
 
Le commissaire européen a entièrement raison. Ce qui se passe n'est pas tellement normal, même pas du tout normal. Simplement je ne suis pas persuadé que quand on est obligé de fermer les pistes parce qu'il neige, une circulaire règle forcément le niveau de la neige et fasse j'allais dire un service minimum.
 
Bon. Vous vous êtes rendu hier soir à Roissy.
 
Avec N. Kosciusko-Morizet.
 
Oui, dans des aérogares transformées en vastes dortoirs ; 4 000 passagers bloqués, 2 000 qui ont dormi sur des banquettes. C'est normal que des passagers bloqués passent une, deux, trois nuits voire plus sur des banquettes d'aéroport comme on l'a vu ces derniers jours ?
 
Non. Trois nuits, je vous rappelle quand même ceux qui ont passé trois nuits...
 
C'était le week-end dernier.
 
Absolument. C'était des passagers qui normalement auraient dû atterrir en Grande-Bretagne. Voilà. Quand vous me disiez « les compagnies se renvoient », je rappelle aussi que les compagnies ont le devoir d'assister, d'acheminer et de rembourser - et de rembourser éventuellement le ticket. Il y a des compagnies dans ces événements qui ont bien réagi ; il y a des compagnies visiblement qui n'ont pas assuré, pour être très clair. Donc là aussi, une fois l'événement terminé il faudra faire le point et dire clairement ceux qui ont fait le travail auprès de leurs passagers et ceux qui les ont un peu laissés en rade.
 
Et c'est ce que vous ferez en janvier ?
 
Absolument.
 
Vous communiquerez après avoir vu les responsables des compagnies ? On saura quels sont les bons élèves et les mauvais élèves ? Celles qui se sont bien comportées et celles qui ont laissé les passagers livrés à eux-mêmes ?
 
Et pourquoi je ne le ferai pas ?
 
Je ne sais pas, je vous pose la question.
 
Pourquoi je ne le ferai pas ? J'ai constaté par exemple très clairement que le dernier jour où une grosse partie de la presse a passé des interviews en disant : il y a des passagers qui sont bloqués depuis trois jours, etc. J'ai appelé certains de vos confrères en disant : « mais pourquoi vous ne traduisez pas le nom de la compagnie ? ». C'était une compagnie irlandaise qui s'appelait FLYBE, une compagnie low cost. Et en réalité, là c'était l'exemple type de passager qui n'aurait jamais dû atterrir en France, qui a atterri en France parce qu'il ne pouvait pas atterrir en Grande-Bretagne donc il est évident que le bilan, il faudra le faire honnêtement et devant les Français.
 
Bon. On passe au train, même s'il y aura sans doute des questions tout à l'heure au standard d'Inter d'auditeurs qui s'interrogent sur les conditions de circulation des avions par grand froid. Les trains, des retards à prévoir nous dit la SNCF en ce jour de grands départs, deux millions de passagers attendus jusqu'à dimanche, peut-être des trains annulés. La compagnie, à vos yeux, fait tout ce qu'elle peut ?
 
Quand le froid et quand la neige est sur les voies, les trains sont ralentis ce qui veut dire retard. Le point fait hier soir nous assurait que tous les trains circuleraient à condition aussi que le personnel puisse rejoindre les gares, etc. Mais normalement tous les trains aujourd'hui sont prévus et devraient partir avec du retard en fonction de la météo.
 
La CGT Cheminots dénonce tout de même un fonctionnement à flux tendu à cause, selon le syndicat, des réductions d'effectifs à la SNCF.
 
Ce qui est sûr, on pense à juste titre aux milliers de passagers qui sont bloqués, dont certains vont passer la nuit de Noël dans un aéroport. Je pense aussi à une catégorie de personnels qui, à la SNCF, à la RATP ou à ADP ou à Air France, font leur boulot des fois dans des conditions horaires complètement folles en ce moment, parce que quand depuis trois semaines quasiment on ne cesse de dégivrer les pistes, on a un personnel qui est aussi à bout.
 
À ce propos, on connaît depuis hier le projet de budget 2011 de la SNCF : entre 1 400 et 1 800 suppressions de postes selon les sources, et concrètement cela devrait se traduire par des fermetures de guichets. La CGT affirme que la direction veut réduire de moitié les ventes dans les guichets au profit d'Internet et des bornes automatiques. Qui a raison ?
 
Écoutez, qui a raison ? D'abord le problème c'est que les trains circulent et que les gens puissent acheter leurs billets. Ça ne change rien au problème qu'on évoque aujourd'hui. Deuxièmement, on est en 2011 - c'est dans quelques jours. Je pense que comme moi vous achetez de temps en temps soit votre billet par Internet, soit par une carte de crédit dans une machine, donc on ne va pas garder des guichets éternellement et il y a un moment où chaque entreprise doit se réformer.
 
À votre avis, il y a combien de personnes aujourd'hui qui achètent leur billet au guichet ? Le chiffre a été donné tout à l'heure dans le journal, mais c'est une colle parce que moi, ce chiffre m'a surpris.
 
À mon avis, on doit être à 90 %, 80 % au guichet.
 
Qui achètent au guichet ?
 
Oui.
 
Non, c'est 37 %.
 
Bien, vous voyez.
 
Oui, mais vous dites : on ne va pas rester éternellement au guichet. Ça veut dire que tous les...
 
Le chiffre est bien plus fort que ce que je croyais, donc raison de plus pour affirmer qu'effectivement...
 
Pour fermer les guichets.
 
Pas pour fermer les guichets, mais peut-être pour mettre un peu plus de personnel sur les voies, sur le trafic, et peut-être un peu moins sur les guichets.
 
La route, avec une même question à la une de deux quotidiens régionaux ce matin. La Montagne se demande va-t-on chasser les véhicules polluants à Clermont-Ferrand ? Nice Matin : les 4 X4 bientôt interdits à Nice ? La réponse du secrétaire d'État aux transports ce matin ?
 
Eh bien effectivement, il y a une expérience qui sera probablement faite dans quelques années, c'est une hypothèse. Il y a un certain nombre de grandes villes qui ont déjà emprunté cette piste.
 
On ne vous sent pas formidablement enthousiaste.
 
Non, non. Ce n'est pas que je ne suis pas formidablement enthousiaste ; c'est-à-dire que depuis deux nuits, je suis plutôt dans les problèmes aériens que dans les problèmes de deux ans. Ils sont forcément importants mais, non, non, je suis enthousiaste. Je pense que c'est le respect du Grenelle de l'environnement ; c'est la ligne qui a été définie et qu'on suit scrupuleusement. Mais comme je le répète, ce sera dans un certain temps, ce n'est pas demain.
 
Bon. La route encore : êtes-vous un secrétaire d'État aux transports qui veut réduire l'hécatombe des victimes de la route ? - c'est le sens de l'action menée notamment par N. Sarkozy - ou bien un ministre qui, comme dit votre ami le député J. Myard, qui dit qu'il faut arrêter d'emmerder les automobilistes - et je fais référence au débat récent d'il y a une dizaine de jours : l'assouplissement des conditions de retour des points pour ceux qui les ont perdu sur leur permis de conduire.
 
La sécurité routière est une priorité et clairement, j'allais dire, affirmée par N. Sarkozy. Aujourd'hui la route tue quatre fois plus que tous les meurtres dont on parle dans l'actualité judiciaire. Voilà.
 
Mais ce n'est pas un très mauvais signal qui a été donné par les parlementaires avec cet assouplissement des conditions du permis à points ?
 
C'est un assouplissement quand même très léger. Je vous rappelle surtout qu'il ne touche absolument pas tout ce qui est alcoolisme, grands excès de vitesse, conduite à double sens, etc. Je crois que la priorité... Il faut... La priorité doit rester au maintien de la politique de sécurité routière.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 27 décembre 2010

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