Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à BFM TV et à RMC le 23 décembre 2010, sur l'information des passagers bloqués dans les aéroports suite à l'épisode neigeux et le projet d'expérimentation de l'interdiction des centre-villes aux véhicules les plus polluants. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à BFM TV et à RMC le 23 décembre 2010, sur l'information des passagers bloqués dans les aéroports suite à l'épisode neigeux et le projet d'expérimentation de l'interdiction des centre-villes aux véhicules les plus polluants.

Personnalité, fonction : MARIANI Thierry, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports;

ti : T. Mariani
 
RMC Info 8h35
 
Jeudi 23 décembre 2010
 
 
J.-J. Bourdin.- Notre invité ce matin T. Mariani, secrétaire d'État aux transports. Bonjour.
 
Bonjour.
 
Merci d'être avec nous sur BFM TV et sur RMC, T. Mariani. Alors je sais la difficulté quand on est secrétaire d'État aux transports et qu'il se met à neiger. Alors vous savez ce que nous allons faire ? Là je vais être un peu sévère avec vous mais vous allez réagir après et vous allez surtout nous donner des informations. Je voudrais vous faire écouter un petit montage sonore que nous avons réalisé de plusieurs de vos déclarations ces derniers jours. Écoutez bien le premier montage sonore.
 
Déclarations de T. Mariani (montage sonore) : "S'il tombe demain 40 centimètres de neige - ce n'est pas prévu, bien sûr - mais s'il tombe 40 centimètres de neige, il y aura des problèmes". Coupure, puis : "Si demain il y a 20 centimètres de neige - ce n'est pas prévu mais on ne sait jamais - il y aura des problèmes". Coupure, et enfin : "S'il tombe 15 centimètres, il y aura à mon avis quand même des problèmes". [Rires]
 
J'ai un deuxième son, T. Mariani.
 
Je ne renie rien !
 
Mais non ! Mais non ! Un deuxième son. Écoutons.
 
Déclarations de T. Mariani (2è montage sonore) : "La nature sera toujours, j'allais dire, la plus puissante". Coupure, puis : "Quand il faut déneiger une piste, il y a forcément pendant le temps du déneigement des avions qui ne décollent pas". Coupure, enfin : "Il y a des régions où on est habitué à avoir j'allais dire une culture de la neige et d'autres régions où on a moins l'habitude."
 
Voilà T. Mariani. C'est la difficulté d'être secrétaire d'État aux transports quand il se met à neiger.
 
Il n'y a pas de contradictions au moins, là, dans les déclarations.
 
Non. Non, non. Mais T. Mariani, oui, toute la difficulté... D'abord où en est-on là, tiens, aujourd'hui ?
 
À cette heure-ci, les choses se passent normalement, c'est-à-dire qu'il y a eu des poids lourds qui ont été stockés pour éviter qu'ils obstruent certaines voies. Ces poids lourds à cette heure-ci ont quasiment tous été, si je puis dire, entre guillemets « libérés » puisque le risque ne s'est pas concrétisé. Et pour les aéroports, 20 % de vols avaient été annulés puisqu'on nous annonçait ce matin des prévisions météorologiques difficiles et finalement à l'heure actuelle, ça se passe bien. À Roissy, il y a un risque de pluies verglaçantes.
 
Alors quand on ne prévoit pas, le risque se concrétise ; et quand on prévoit, le risque ne se concrétise pas : c'est ça la difficulté d'être secrétaire d'État aux transports ?
 
Non parce que, heureusement, il y a des fois où les prévisions, hélas, se réalisent et dans ce cas-là ça ne devient pas un sujet d'actualité ; vous n'en parlez pas. Mais c'est vrai que c'est une activité, notamment l'aérien, qui est beaucoup sujette à la météo.
 
Mais franchement, ça, on va rester sur l'aérien, les aéroports, parce qu'on dit Roissy et Orly mais Londres c'est pareil, Francfort ça a été pareil, Bruxelles ça a été pareil. Franchement, il y a quand même une responsabilité. Là sur les routes, chacun doit être responsable, on est bien d'accord, T. Mariani. Mais dans les aéroports, le passager, lui, il est livré à lui-même. Il ne peut prendre aucune décision, le passager. Le passager est mal informé, pas suffisamment informé ; le passager attend des heures sans qu'on lui dise quoi que ce soit et parfois, on ne lui propose même pas de chambre d'hôtel alors que les compagnies d'aviation doivent proposer des chambres d'hôtel et un hébergement en cas de problème majeur. T. Mariani, franchement, est-ce que tout va bien là ? Est-ce qu'il n'y a pas des mesures à prendre ?
 
Si, bien sûr qu'il y a des mesures à prendre. Il y a deux choses complètement différentes : l'accueil des passagers et la navigation aérienne. L'accueil des passagers, pour être très clair, ça été totalement non satisfaisant. La navigation aérienne, si vous le voulez bien, je commence par là parce que je crois qu'on ne peut comparer les aéroports que quand ils sont, j'allais dire d'importance à peu près égale. Paris, Francfort, Londres, c'est les trois plus gros aéroports d'Europe où il y a à peu près 1 700 mouvements par jour, atterrissages et décollages. Ce qui veut dire qu'on est en flux tendu, ce qui veut dire que quand on doit fermer une piste parce que tout simplement pour déneiger, il y a un moment où il faut mettre un véhicule dessus. Eh bien à ce moment-là, effectivement, on perd par heure fermée, si je puis dire, entre 60 ou 80 vols qu'on ne peut pas rattraper dans la journée parce que, comme je l'ai dit, c'est en flux tendu. Quand on est sur d'autres aéroports, Stockholm par exemple qui est un aéroport plus au nord - et Stockholm n'a pas du tout le même nombre de mouvements - donc ça on peut éventuellement rattraper les vols dans la journée. Maintenant il y a les passagers. Les passagers, effectivement, quand les vols sont annulés il y a deux solutions : soit on a pu les prévenir à l'avance ; ce matin, 20 % des vols ont été annulés. ; normalement  si les compagnies ont fait leur job, les gens ont été prévenus à l'avance, ils ne doivent pas venir s'entasser sur les aéroports, ils ont dû recevoir un SMS ou un coup de fil disant « votre vol est reporté à telle heure ».
 
On l'espère.
 
Soit le vol est annulé à la dernière minute : alors là les problèmes et la panique commencent. C'est ce qui s'est passé effectivement la semaine dernière. Pourquoi ?
 
Et cette semaine ! Et cette semaine, jusqu'à hier.
 
Et cette semaine, mais comme les nuits sont courtes, je ne sais plus quand les semaines commencent et finissent. Cette semaine, vous avez raison. Parce que d'abord, quand on ferme la piste et que les vols sont annulés, la seule information qui intéresse le passager, c'est quoi ? C'est à quelle heure est mon avion, le prochain. Or en réalité, les plans de vol sont recalés quand la circulation aérienne reprend. Dès que la circulation aérienne peut reprendre, il y a effectivement la Direction Générale de l'Aviation Civile avec Aéroports De Paris qui met vol par vol et l'information est donnée quasiment à la dernière minute au passager, et en plus il faut rajouter que les compagnies aériennes ont eu un vrai problème - je ne suis pas là pour les défendre, je le répète : le problème a été réel et je comprends la colère des passagers.
 
Vous les avez convoqués les compagnies aériennes, Aéroports De Paris pour leur dire pour leur dire : « voilà, ça n'a pas marché » ?
 
C'est prévu. Je l'ai annoncé il y a quelques jours, c'est-à-dire dès que cet épisode neigeux sera fini et au tout début de l'année prochaine. J'ai demandé à toutes les compagnies aériennes de venir et de voir comment on peut améliorer le système.
 
Qu'est-ce qu'il faut améliorer ? La communication ? L'information donnée aux passagers ?
 
La communication et puis il y a eu des bons et des mauvais élèves.
 
Il y a eu des compagnies aériennes bonnes élèves et d'autres moins bonnes ?
 
Par exemple, j'ai téléphoné à l'une de vos consoeurs télé d'une chaîne d'information : quand j'entendais hier par exemple, avant-hier excusez-moi, trois passagers en reportage, comme par hasard c'était trois passagers britanniques, et comme par hasard par exemple, ils disaient très clairement : « la compagnie Flybe ne nous a pas informés, etc. ». Il y a des moments où il faut dire qu'il y a des compagnies qui ont fait leur boulot et il y en a d'autres qui ne l'ont pas fait. Air France n'a pas été parfait mais je constate que c'est quand même une compagnie qui certains soirs a mis jusqu'à 3 000, même 4 000 chambres d'hôtel...
 
Oui, mais enfin vous voulez que je vous raconte un témoignage d'Air France ?
 
Mais bien sûr ! Allez, je sais qu'elle n'a pas été parfaite.
 
Un passager partait pour Tunis, c'est une étudiante, on l'a entendue sur RMC, qui s'est retrouvée samedi à l'aéroport de Roissy et qui n'a eu son vol qu'hier. Cinq jours !
 
Est-ce qu'elle était vraiment sur Air France ?
 
Paris-Tunis, Air France, cinq jours.
 
Voilà, voilà. Et puis il faut voir qu'Aéroports De Paris, c'est un hub : c'est une magnifique horlogerie quand ça marche et c'est un magnifique désordre quand ça ne marche pas. Parce que tous les vols sont interconnectés et quand il y a une heure ou deux de retard, forcément après tout s'enchaîne.
 
Au-delà de ce qui s'est passé, est-ce que fameux principe de précaution qu'on a inscrit dans notre Constitution, franchement, est-ce qu'il ne nous pénalise pas un peu ?
 
 [Soupirs de T. Mariani.]
 
 ...ou ne nous déresponsabilise pas un peu ? Franchement T. Mariani.
 
Soyons honnêtes : il entraîne tout le monde à ouvrir le parapluie parce que regardez ce qui se passe. Cette nuit, on nous a annonçait effectivement des événements pour ce matin. Mettez-vous à la place de ceux qui, techniciens, doivent prendre des décisions. Il y a deux solutions : ils disent « on ne fait aucune annulation » et puis, excusez-moi, ça se passe mal dans la journée et vous-même, vous seriez en train de m'allumer en m'expliquant « comment ? Ça s'est passé il y a trois jours et vous n'avez rien fait ». Alors en ce moment, après des événements comme ceux-là, c'est évident que chacun a tendance à se surprotéger. Le principe de précaution par moment c'est excessif. Le juste milieu à trouver, ce n'est pas toujours facile. Autre exemple : chaque fois qu'on stocke des poids lourds, regardez le tout premier épisode neigeux il y a à peu près une dizaine de jours maintenant.
 
Le 8 décembre.
 
Voilà, où ça été là la pagaille sur la route.
 
 
Pagaille sur la route, grosse pagaille. Sauf hier soir, un peu moins longue. Hier soir on a battu un record d'embouteillage.
 
Oui, mais parce que les gens aussi allaient faire leurs achats de Noël, etc.
 
Oui, et aussi parce que qu'on a dit aux entreprises : « faites partir vos salariés à 16 heures parce qu'il va y avoir de la neige ». Alors embouteillage record, plus que le 8 décembre, tiens !
 
Oui mais en général regardez : les veilles de Noël, il y a toujours des embouteillages. Non mais par rapport à la neige, notamment sur la 118, on n'avait pas pris la décision à temps de stocker les poids lourds. Résultat : tout le monde a dit le lendemain : mais pourquoi vous n'avez pas stocké les poids lourds ? Et puis ensuite, les décisions de stockage de poids lourds ont été prises, on a constaté que chaque fois la circulation s'est passée correctement. Mais je reconnais qu'il y a des fois où ils ont été bloqués pour rien, ce qui veut dire que c'est des pertes économiques. C'est très difficile à gérer.
 
Est-ce que le citoyen est suffisamment responsable ? Franchement ?
 
Oui et non. C'est-à-dire comme je le...
 
Parce qu'à force de déresponsabiliser le citoyen...
 
Je crois que le citoyen d'abord il ne doit pas attendre tout des pouvoirs publics. Il y a un moment où il doit avoir lui aussi son propre jugement. Je l'ai dit et je l'ai répété : 20 centimètres de neige en Savoie, ce n'est pas 20 centimètres de neige à Paris parce qu'aussi on est en Île-de-France...
 
Ni dans le Vaucluse.
 
Ni dans le Vaucluse, vous avez raison. Dans une région où on n'a pas l'habitude de gérer ce genre d'événement et les gens ne sont pas forcément équipés.
 
Alors des pneus neige obligatoires puisqu'on parle d'équipement : oui ou non, vous y êtes favorable ou pas ?
 
Non, franchement non. C'est le cas désormais en Allemagne.
 
Oui, exact.
 
Il y a une réflexion qui est engagée pour savoir s'il faudrait des chaînes, des pneus neige, etc. Je vous rappelle que l'épisode le plus délicat, celui d'il y a une dizaine de jours, il fallait remonter à 1987 pour trouver un épisode identique.
 
Donc vous dites non ?
 
Je dis qu'à l'heure actuelle, ça ne s'impose pas.
 
Bien. Et deuxième chose, puisqu'on parle de voiture, je sors un peu de l'épisode neigeux : le ministère de l'Environnement annonce l'expérimentation dans deux ans de certaines zones en ville interdites aux véhicules les plus polluants, 4 X 4 ou autres véhicules plus polluants, la fameuse pastille verte qui revient. Vous y êtes favorable ou pas ? Sincèrement.
 
Sincèrement... C'est un des engagements, c'est une des pistes du Grenelle de l'environnement. Ça va être très difficile à gérer.
 
Non, non, mais oui ou non vous y êtes favorable ou pas ?
 
Oui, mais à condition que les automobilistes puissent être prévenus à l'avance et qu'il y ait un système quand même où tout cela se mette en place.
 
S'il y a une pastille verte, ils sont prévenus. C'est-à-dire si j'ai un véhicule pas polluant, je vais pouvoir circuler ; si j'ai un véhicule polluant, je ne circulerai pas.
 
Oui. À condition, je répète, que tout ça se mette à l'avance et que tout le monde soit bien informé.
 
Vous êtes prudent là-dessus.
 
Oui, je suis prudent parce que je n'aime pas tellement les interdictions. C'est dans mon tempérament. Et puis, vous savez, moi je vais vous dire : j'ai jamais de voiture à Paris - je pense par exemple à Paris, on a aussi des transports en commun qui sont remarquables.
 
Vous avez une voiture avec chauffeur, vous, T. Mariani.
 
J'ai une voiture avec chauffeur depuis le 14 novembre. Avant j'avais une carte de métro comme beaucoup de Parisiens. .../...)
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 27 décembre 2010

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