Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la république, sur l'inauguration du Centre Pompidou-Metz et sur les efforts en faveur de la région Lorraine, à Metz le 11 mai 2010. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Nicolas Sarkozy, Président de la république, sur l'inauguration du Centre Pompidou-Metz et sur les efforts en faveur de la région Lorraine, à Metz le 11 mai 2010.

Personnalité, fonction : SARKOZY Nicolas.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Inauguration du Centre Pompidou-Metz, à Metz le 11 mai 2010

ti : Madame et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Monsieur le Président du Conseil régional,
Monsieur le Président du Conseil général,
Monsieur le Président de Metz Métropole,
Monsieur le Maire,
Monsieur le Président du Centre Pompidou,
Mesdames, Messieurs,


Au fond, je vais faire quelque chose, je ne vais pas lire mon discours. Je vais vous parler très sincèrement, parce que ce qui se joue ici, avec l'inauguration de ce musée, ce n'est ni plus ni moins qu'une nouvelle renaissance lorraine.

Je viens faire l'inauguration, c'est le plus facile mais je dois me rappeler, qu'il y a quelques mois, j'ai pris des décisions qui ont pu faire souffrir la Lorraine, la Moselle, la ville de Metz, Monsieur le Maire. Je crois que le devoir d'un homme d'Etat, d'un Président de la République, c'est d'assumer ses choix et d'avoir l'honnêteté et le courage de respecter les gens et de s'en expliquer.

La Lorraine a beaucoup souffert toutes ces dernières décennies des restructurations, des mutations, des changements, le textile, la sidérurgie, les mines, le militaire. Metz, Monsieur le Maire, on en parlait, une ville de garnison. C'était certainement un élément de fierté mais qui peut penser que dans un monde qui bouge comme le nôtre, nous pouvions garder la même organisation militaire. Il a fallu faire des choix. Des choix qui ont été douloureux pour votre département et pour votre ville, puisque c'est presque un tiers des effectifs, si mon souvenir est exact, qui seront transférés. Je dois dire que je veux rendre hommage aux élus, toute tendance confondue, et à la population. On a essayé de bâtir une réponse à cette restructuration. C'est tout à fait lié à ce que nous sommes en train d'inaugurer, parce que ce musée qui est un acte culturel fort, est en même temps un élément d'une politique stratégique de développement. La culture en France est un élément d'une stratégie de développement économique.

Voilà qu'en pleine crise, avec tous les déficits, tous les problèmes, non seulement nous ne coupons pas dans ce qui a été fait -- c'est pourtant tellement facile de couper dans les investissements - mais nous les développons, puisqu'en même temps que Beaubourg est à Metz, il y aura le Louvre à Lens, il y aura la philharmonie à Paris, Monsieur le ministre de la Culture, il y aura le musée des civilisations méditerranéennes à Marseille, et tant d'autres éléments. La culture est un élément stratégique du développement de la France. Il ne s'agit pas de la marchandisation de la culture, il s'agit de comprendre que dans cet écrin extraordinaire, dans ce geste architectural extraordinaire, on va pouvoir à partir d'ici organiser la renaissance de Metz et la renaissance de la Lorraine. C'est une décision stratégique et je veux dire que c'est la fierté de la France d'être sans doute l'un des rares pays en pleine crise qui trouve les moyens de dégager des investissements de cette importance, et de ne pas les sacrifier.

Tout à l'heure, en rencontrant un certain nombre d'entre vous, on me disait « la culture, c'est bon pour le tourisme ! ». C'est vrai, mais pas simplement, c'est aussi bon pour les dizaines de milliers de jeunes lorrains qui viendront ici recueillir leurs premières émotions culturelles ! On n'est pas obligé, dans un pays de 65 millions d'habitants, de considérer que pour avoir une émotion culturelle, on doit prendre le train pour venir à Paris - même si maintenant, le TGV cela marche. Je trouve extrêmement satisfaisant que Metz soit non pas une capitale régionale, non pas une capitale nationale, mais une capitale internationale, si j'en juge par l'écho de cette inauguration dans le monde entier.

La France croit à sa culture. La France croit en elle-même. La France croit en l'art et la France considère qu'investir dans un musée, de style aussi extraordinaire que celui-ci, c'est aussi important que d'aller investir dans une université, dans un laboratoire, dans une salle blanche, dans les nanotechnologies. C'est le message de la France.

Et quelle joie également à Metz, ville de garnison comme on le disait, de voir que la culture n'appartient pas à une secte, qu'elle est une continuité et que ce musée d'art moderne, plutôt que ses collections dorment dans les sous-sols ou dans les rangements de Beaubourg, quelle chance de les voir accrochées au mur ainsi ! Je veux particulièrement rendre hommage à toute l'équipe qui a conçu le musée. Je veux, car je crois que c'est juste, rendre hommage à M. AILLAGON et à M. RAUSCH qui ont porté cette idée. Vous savez, on ne s'abaisse jamais en rendant à César ce qui est à César.

Je veux dire également que la France qui s'est tant développée autour de sa capitale, effrayée qu'elle était pour son unité, eh bien c'est plutôt un message d'optimisme de voir que la France n'a pas peur pour son unité puisqu'elle est capable d'imaginer son développement dans des lieux culturels variés sur tout son territoire. Quelle preuve fantastique de confiance !

Et puis je veux rendre hommage également à ce Président visionnaire qu'était le Président POMPIDOU, n'est-ce pas M. BALLADUR, qui a fait ce geste extraordinaire de créer Beaubourg. J'étais bien jeune à l'époque mais je me rappelle quand-même qu'il a eu contre lui, et c'est dangereux, à la fois les avant-gardistes et les conservateurs. Car les avant-gardistes considéraient que c'était presque une provocation que d'enfermer l'art contemporain dans un musée. Quant aux conservateurs, la structure tubulaire de Beaubourg, n'en parlons pas ! Il a tenu, il l'a fait. Et imaginons quand-même et c'est pour ça qu'il est si difficile et si passionnant d'être Président de la République d'un pays comme la France. Car imaginons la décision à la fin des années 60 du Président POMPIDOU, décidant de créer ce musée d'art moderne en plein coeur de Paris, faisant ce geste si choquant pour les uns et voyant ce que cette idée est devenue. Lui-même, au moment où il a pris cette décision, était-il certain que cela resterait l'une des grandes décisions de son mandat ? Mais je pourrais dire également que la décision, je le dis devant Jack LANG, de M. MITTERRAND, du Président MITTERRAND, de mettre PEI et sa pyramide du Louvre ! C'est une décision qui a régénéré le Louvre, ce musée de l'universel. C'est une grande décision et comme toutes les grandes décisions, sur le moment, ceux qui sont un peu moins grands la critiquent. De la même façon que je suis très heureux du succès considérable Mme Bernadette CHIRAC, du musée des Arts premiers. De la même façon que quand le Président Giscard d'ESTAING a eu la décision de rénover la gare d'Orsay pour en faire le musée du même nom. Eh bien, regardez comme les choses ont évolué.

Mes Chers amis de Lorraine et de Metz, dans la France d'aujourd'hui, dans la France du XXIème siècle, quand une décision de cette nature est prise, elle est prise en région, en territoire et le geste fondateur n'est plus un geste fondateur à Paris, il est un geste fondateur en région. Pour moi c'est une preuve de confiance de la France dans son unité et c'est un témoignage que nous adressons au monde entier. Il y a me semble-t-il bien peu de pays qui peuvent se dire en pleine crise : « voilà nous investissons dans l'avenir en faisant le Beaubourg à Metz et le Louvre à Lens ».

Alors je sais bien que je suis attendu - n'est-ce pas Monsieur le Maire ? - sur les infrastructures. Parce qu'à quoi servirait-il d'avoir un monument, au vrai sens du terme, de ce type, si comme toujours en France on prend la moitié d'une décision par peur de prendre la totalité de la décision ? On dit Strasbourg, capitale de l'Europe, parfait. Et trente ans après, le TGV n'y arrive toujours pas ! Honnêtement, on ferait mieux de faire moins de discours sur Strasbourg et construire plus vite le TGV.

Alors je suis venu vous dire que dans les semaines à venir, les travaux de la seconde phase de la ligne à grande vitesse Est vont s'engager effectivement, qu'il n'y aura aucune restriction de crédits sur le sujet. Et Bernadette CHIRAC avec qui je parle souvent du Limousin sait parfaitement qu'une région qui n'a pas ces infrastructures, c'est un territoire qui est condamné ! Cela fait vingt ans qu'on a une ligne de TGV qui se construit chaque année. L'année prochaine il y en aura quatre parce que cela ne peut pas attendre. Je veux également dire que l'élargissement de l'A31 qui permettra à la Lorraine de demeurer l'axe de passage le plus naturel et le plus court entre Rotterdam et la Méditerranée, nous le ferons. Il n'y a pas d'autre choix. De la même façon que je soutiens la mise au débat public d'une liaison fluviale entièrement nouvelle entre les bassins de la Moselle et de la Saône, parce que ce sont de formidables perspectives pour le transport multimodal qui s'ouvriront à travers cette région. Vous savez, ce sont des chantiers qui dépasseront de beaucoup le fait que je sois président de la République, mais nous ne pouvons pas concevoir les infrastructures comme étant exclusivement Paris-Province et de temps en temps, Province-Paris. Nous devons imaginer que votre région si proche de nos amis Luxembourgeois, à qui je veux rendre hommage, où de nos amis Allemands, peut bénéficier de toute la croissance européenne.

Je confirme également, je l'ai dis aux élus, que Metz bénéficiera de 1 500 emplois publics nouveaux, je m'y étais engagé, dont 750 au titre du pôle statistique. Alors on me dit « ah mais tu ne vas pas parler du pôle statistique à Beaubourg-Metz ! » Et pourquoi pas ? Et où y aurait-il contradiction après avoir dit combien la culture est un élément de la stratégie du développement économique ? Je ne vois pas pourquoi au moment d'une inauguration, on ne peut pas dire « vos enfants, demain, pourront développer un pôle universitaire autour de formations d'ingénieurs avec des emplois de statisticiens qui seront installés pour remplacer des emplois de militaires. Parce que vos enfants doivent avoir le choix de carrières diverses et multiples. Je veux dire également que la ville de Dieuze recevra, comme convenu, un centre de formation des Armées. Et quant à Bitche, elle conservera un régiment de taille équivalente à celle du 57ème Régiment d'Artillerie. Ne m'en veuillez pas de faire mes courses ce matin, mais je vous connais, si je n'en parle pas, on me le reprochera ! J'en parle donc. Parce que je crois aussi, je voudrais en terminer par là, que beaucoup repose sur la confiance que nous pouvons nous faire au-delà de nos différences. Il y a dans cette région, dans ce département, dans cette ville, des femmes et des hommes également dévoués à l'intérêt général qui n'ont pas les mêmes sensibilités politiques, c'est la démocratie. Mais en même temps, nous avons besoin les uns des autres pour répondre aux problèmes que suscitent la crise économique et la crise financière. Notre devoir est de travailler ensemble et c'est ce qu'on essaye de faire. En tout cas sachez que les engagements qui ont été les nôtres, qui sont les nôtres, seront scrupuleusement tenus.

J'ajoute en même temps que je crois à la à la réussite du projet d'Esch-Belval, cette agglomération transfrontalière, nouvelle, à très haute qualité environnementale. Je dis à Michel Mercier combien je lui demande de suivre ce dossier car je ne voudrais pas que la France soit en retard par rapport au Luxembourg dont le dynamisme économique nous impressionne et que nous soutenons.

Mesdames et Messieurs, vous le voyez, pour moi c'était très important d'être ici parmi vous. Je voudrais dire également alors que nous sortons à peine d'une crise européenne de grande ampleur, combien je pense à un des vôtres, Robert Schuman, qui a tellement, lui le Lorrain, lui le Mosellan, lui né allemand dans une famille francophone, lui qui a grandi au Luxembourg et qui a été député de la Moselle pendant près de quatre décennies. J'aimerais qu'ici, cet idéal européen, reste votre patrimoine et votre caractéristique. Les Lorrains sont des gens ouverts, les Lorrains ont toujours refusé le sectarisme, les Lorrains savent l'importance de nos voisins et je crois d'ailleurs qu'il va falloir qu'indépendamment des politiques nationales que nous mettons en oeuvre, nous puissions, je le dis à Pierre LELLOUCH développer des politiques frontalières pour des régions comme la vôtre qui sont tellement proches d'autres pays et qui ne peuvent supporter sans dommages définitifs des contradictions législatives ou des distorsions de concurrence qui font que vous serez les premiers à en souffrir. Je crois qu'il va falloir que nous nous disions, « l'unité de la France est faite, ce n'est pas un drame si dans les régions frontalières on peut prévoir des dispositifs adaptés, plus souples qui permettent aux élus d'imaginer, au-delà de nos frontières, des systèmes de collaboration ».

Enfin, je veux dire moi qui n'ai jamais été ministre de la Culture -- c'est mal parti pour que je le devienne ! -- combien je me réjouis de voir Jacques TOUBON, Renaud DONNEDIEU de VABRES, Jean-Jacques AILLAGON, Jack LANG, bien sûr Frédéric MITTERRAND qu'on ne peut pas oublier ! Pourquoi ? Parce que cela montre que tous les hommes qui ont porté ce ministère y ont en partant laissé une partie d'eux-mêmes. Cela prouve qu'ils ont aimé leur travail, chacun à sa manière a pris une part dans les décisions prises, et il est juste qu'ils soient remerciés de ce qu'ils ont fait.

J'ajoute que j'ai été très heureux de venir avec Bernadette CHIRAC qui n'est pas tout à fait une Lorraine mais qui est mon amie et que j'ai été heureux d'avoir à mes côtés dans cette manifestation.


Je vous remercie.

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