Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à Europe 1 le 3 janvier 2011, sur les enseignements liés à l'épisode neigeux de décembre, notamment dans le domaine de l'information des voyageurs. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à Europe 1 le 3 janvier 2011, sur les enseignements liés à l'épisode neigeux de décembre, notamment dans le domaine de l'information des voyageurs.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement;

ti : J.-P. Elkabbach Et bonjour.
 
Bonjour.
 
Et une heureuse année pour vous.
 
Merci.
 
...et surtout pour les usagers des services publics. La neige est annoncée, Nathalie Kosciusko-Morizet, pour la semaine prochaine. Est-ce que vous garantissez que les cafouillages de décembre ne se reproduiront plus ?
 
 Il faut faire la part entre la dimension technique et puis la partie information voyageur, et ce que je peux garantir...
 
... mais la réponse qu'elle est-elle ?
 
Ce que je peux garantir c'est qu'on fait le maximum pour qu'ils ne reproduisent pas. Sur la partie technique, il faut bien comprendre que dès qu'il y a neige il y a des risques de retards et des risques d'annulations. Et ça, c'est quelque chose qui sera indépassable. Dans un aéroport, il faut 35 mn pour dégager la piste, si l'aéroport est à flux tendu comme Roissy il y a des risques de retards et des risques d'annulations.
 
Donc, la probabilité c'est que ça recommence.
 
En revanche, en revanche on peut faire attention pour qu'il y ait moins de retards et moins d'annulations possibles. Et c'est l'enjeu, par exemple, de l'enquête que j'ai demandée sur le problème de dégivrage. Et donc, j'aurai les résultats autour du 10 janvier. On organise avec T. Mariani le 13 janvier une table ronde sur ce sujet pour en tirer les premières conclusions.
 
Une table ronde en plus !
 
Non, pas du tout !
 
Pour dire « on aurait dû, on aurait pu, il fallait ».
 
Certainement pas ! Pour en tirer les premières conclusions et voir ce qu'on peut faire de mieux. Et puis, il y a l'autre sujet, il y a l'information voyageur, parce que même quand il a retards et annulations, là je crois qu'on peut faire beaucoup mieux sur l'information aux voyageurs, c'est pas normal que les voyageurs se sentent abandonnés...
 
...alors, pour tous, N. Kosciusko-Morizet.
 
...comme le disait le Président de la République le disait le 1er janvier...
 
Puisqu'il le dit, alors...oui, il faut le croire, mais pour tous...
 
Il faut non seulement le croire mais il faut le faire.
 
Bon, et pour tous, la gestion des aéroports de Paris était médiocre et fautive. Est-ce que vous reconnaissez des erreurs, des défaillances, un manque d'anticipation ? Qu'est-ce que, vous, vous retenez et vous adressez comme reproches ?
 
Mais, il y a eu une polémique, que d'ailleurs je n'ai pas acceptée, je suis allée à Roissy leur demander d'arrêter entre entreprises publiques, précisément entre Aéroports De Paris et Air France, à l'occasion de cette crise.
 
Mais entre les deux, qui avait raison ?
 
Eh ben, c'est pour ça que j'ai demandé une enquête.
 
Mais qui avait raison ?
 
Pour savoir, par exemple...
 
A votre avis, d'après le flair que vous avez ?
 
Je n'ai pas le résultat de l'enquête. Je n'ai pas le résultat de l'enquête, et je vais vous dire j'ai précisément, sachant que j'avais cette émission ce matin, hier, appelé l'inspecteur général en charge de l'enquête qui m'a dit que le circuit de décision était tellement complexe à Roissy qu'il n'était pas en mesure encore de me dire aujourd'hui qui était responsable, mais on le saura...
 
... donc, la première décision, on va simplifier le circuit de décision.
 
On le saura et ce sera public. Il faut aussi comprendre qu'on a vécu des épisodes exceptionnels et que des problèmes il y en a eu dans toute l'Europe, parce que par exemple le liquide de dégivrage dont on a risqué de manquer, eh ben toute l'Europe en avait besoin au même moment, et les capacités de production elles sont limitées en Europe.
 
Donc, en matière d'aviation civile il faudrait qu'il y ait une politique commune aux Européens, ce n'est pas demain la veille.
 
Ah, je pense qu'il y a un travail européen à faire au moins sur l'information aux passagers et en particulier sur l'information sur l'assistance, la qualité de l'assistance qui est portée aux passagers par les compagnies aériennes, notamment les low cost.
 
Vous avez lancé une enquête et vous avez dit que l'État allait sanctionner les fautes et les incompétences. Est-ce que ça veut dire que vous le ferez à tous les niveaux ?
 
Ah ben, bien sûr ! De toute façon, les résultats seront publics. Moi, je suis pour la transparence la plus complexe sur ce sujet. Et je vous donne un autre exemple, le patron de la SNCF, G. Pepy, va me rendre aujourd'hui le rapport sur ce train qui a eu plus de 12 h de retard. Je lui proposerai que dès demain...
 
... le Strasbourg - Nice - Port Bou.
 
Voilà.
 
Alors, justement ?
 
Je lui proposerai que dès demain ce rapport soit rendu public sur le site internet. Je crois que c'est une mesure normale à l'égard de tous les Français qui prennent le train, et ils sont très nombreux, et à l'égard de tous les cheminots qui font bien leur boulot. Il y a 15 000 trains qui circulent par jour, mais voilà, quand il y a des dysfonctionnements il faut le dire, c'est une mesure aussi de respect à l'égard de tous ce qui ne dysfonctionne pas.
 
Donc, il y en a qui ne font pas bien leur travail ?
 
Écoutez, je n'ai pas encore le rapport entre les mains, mais de ce que je sais...
 
... non, mais vous l'avez lu. Est-ce que vous savez ? Alors ?
 
Je ne l'ai pas lu, mais j'en ai parlé un peu avec le patron de la SNCF, sur ce train il y a eu cinq évènements successifs qui ont fait accumuler ce retard qui paraît hallucinant...
 
... la faute à la fatalité, quoi !
 
Non ! Il y en a un en particulier qui retient mon attention, c'est le premier : le conducteur qui devait prendre la relève en gare de Belfort et qui n'est jamais arrivé. Alors, on nous a dit au début que c'était à cause de la neige qu'il n'était pas arrivé, c'est pas complètement vrai. En fait, il a été déprogrammé le matin par erreur, c'est-à-dire qu'il n'a plus su qu'il devait venir. Et il n'a plus su qu'il devait venir à la suite d'un micmac avec un retard de train qui était lié lui-même à l'enneigement et à une grève à Dijon.
 
Donc, il y a un dysfonctionnement interne à la SNCF que G. Pepy devra corriger.
 
Donc, il y a un dysfonctionnement et il y a des choses à faire. Il y a des choses à faire sur l'acheminement des équipages pour les transports et le service public en période de neige, et ça c'est quelque chose qui touche à la fois les gares et les aéroports ; et puis, il y a quelque chose à faire sur le « rebouclage » pour que...
 
... le « rebouclage », c'est-à-dire ?
 
Le « rebouclage », c'est-à-dire que chaque conducteur de TGV soit bien confirmé deux heures à l'avance qu'il doit prendre son TGV. Il semble que ce soit quelque chose qu'on fasse en période normale, et justement en période de neige avec la désorganisation que ça n'ait pas été fait, ça tombe quand même pas bien, reconnaissez.
 
N. Kosciusko-Morizet, pour l'hiver en cours les menaces demeurent. Quelles premières indications vous tirez déjà, vous, des tristes mésaventures qu'ont subies des milliers de Français et de touristes étrangers ? Quelles mesures vous recommanderiez, là, tout de suite ?
 
Alors, la première mesure que je recommande aux usagers, c'est de se renseigner à chaque fois qu'il y a des problèmes climatiques, parce que quand même quand on est mieux renseigné on peut mieux anticiper.
 
Mais pourquoi les usagers encore ?
 
Et la mesure que je me recommande à moi c'est que je pense que nous pouvons mettre mieux les usagers au centre de notre système. Je vois fonctionner mon administration, il y a des gens formidables qui font un boulot formidable, qui peut-être n'ont pas suffisamment l'habitude de prendre le point de vue l'usager. Quand je regarde la façon dont est organisé un aéroport, vous avez les responsabilités de la Direction générale de l'Aviation civile, d'Aéroports De Paris, des compagnies aériennes. Est-ce que tout ça est suffisamment bien articulé ?
 
D'accord.
 
Et c'est la raison pour laquelle à la table ronde qu'on organise le 13 janvier avec T. Mariani j'ai invité mon collègue F. Lefebvre, parce que je trouve que le point de vue des consommateurs et du tourisme...
 
...oui, mais lui, c'est un technicien aussi.
 
Non, il est chargé d'apporter le point de vue du tourisme et des consommateurs.
 
Nous sommes donc dans la démocratie des usagers.
 
Pas du tout ! Écoutez, les aéroports sont la porte de la France. On a une économie touristique qui est importante. Moi, je trouve que c'est important de pouvoir intégrer ça en amont, en quelque sorte.
 
Alors, les transporteurs routiers le 8 décembre on les a arrêté trop tard. Fin décembre, on les a arrêté trop tôt. Est-ce que tant d'incohérences étaient une erreur reconnue par vous ?
 
Rétrospectivement, le 8 décembre, on aurait dû les arrêter plus tôt, parce que en les arrêtant trop tard ça veut dire quoi ? Ca veut dire des camions qui se mettent en portefeuille, et à a ce moment-là les engins de déneigement ne peuvent plus passer, et là vous ne pouvez plus rien faire. Maintenant, on voit bien sur un sujet pareil toute la difficulté, c'est quand on les arrête trop tôt ça fait des pertes économiques considérables, et les gens ne comprennent pas.
 
Est-ce que je peux vous demander là aussi qui décide ? Vous ou B. Hortefeux ?
 
La façon dont c'est organisé c'est que toute la partie crise est gérée au ministère de l'Intérieur. Maintenant, quand il y a une crise c'est géré avec ce qu'on appelle le COGIC, c'est un centre de gestion de crise au Ministère de l'Intérieur.
 
Papapapapapapa...
 
Ben si ! Ça se fait avec les administrations et en l'occurrence sur les transports c'est la mienne. Donc, c'est nous qui recommandons ce qu'il faut faire ici ou là.
 
C'est nous, c'est eux, c'est B. Hortefeux.
 
Pas du tout ! La partie crise et la partie décentralisée...
 
... là aussi il faudra simplifier.
 
... est gérée par les préfets.
 
Il va falloir simplifier.
 
Ben, ça a plutôt été simplifié.
 
Comme dit le Président de la République.
 
Ça plutôt été simplifié en décidant que désormais toutes les crises étaient gérées à partir du ministère de l'Intérieur.
 
J'ai lu qu'à partir d'aujourd'hui, N. Kosciusko-Morizet, dans un autre domaine, les banques devraient participer à l'opération prêt à taux zéro+. Avec ça, qu'est-ce que vous voulez obtenir ?
 
Une France de propriétaires. En moyenne, en Europe, 66 % de propriétaires ; en France, 58 %. C'était dans les engagements du Président de la République. Ça a progressé, mais ça a encore trop peu progressé par rapport à ce qu'on veut réaliser avec lui. Et avec B. Apparu on lance ce prêt à taux zéro+ qui est une refonte, en fait, des systèmes existants, et qui doit permettre de servir tous ceux qui veulent acheter leur premier logement, tous ceux qui veulent acheter leur premier logement où qu'ils soient en France, et sans conditions de ressources.
 
Ça ferait combien de Français ?
 
Plus de 360 000/an. Il y en a beaucoup moins aujourd'hui. Et ce qu'on veut c'est avoir des prêts qui sont adaptés à chaque situation, ça sera différent suivant que vous êtes en zone très dense, vous êtes dans le neuf, vous êtes dans l'ancien ; qui soient adaptés aussi à la qualité environnementale de votre logement, c'est mieux si vous avez une meilleure qualité environnementale, c'est normal parce que vous aurez moins de charges et vous pourrez mieux rembourser. Et on lance un site Internet et des applications pour les téléphones mobiles pour que chacun puisse calculer ce qu'il aurait comme taux à prêt à taux zéro.
 
Vous lancez avec le Premier ministre aussi.
 
On lance avec le Premier ministre, bien sûr.
 
2011 devrait encourager les grands débats et les grandes querelles et se débarrasser des petites. R. Dati, C. Jouanno s'affrontent déjà pour Paris 2014. Est-ce à votre avis une querelle opportune et décente ?
 
Écoutez, moi, je suis...
 
... même si elle est insignifiante.
 
Je suis une écologiste convaincue et en tout, et donc, je suis pour les fruits de saison. Pas de cerises en hiver, pas de fraises en hiver, et pas de municipales 2014 à Noël 2010.
 
Avis aux amateurs ! Lors du « Grand rendez-vous » d'Europe 1, M. Valls a expliqué qu'il faudra déverrouiller les 35 h et travailler plus. S'il est suivi par le Parti socialiste, on entendait tout à l'heure J. Lang avec Marc-Olivier, vous devez reconnaître qu'il y a une conversion des socialistes au réalisme.
 
Ben, oui, il y a un renoncement à une certaine idéologie qui a été celle des 35 h. Simplement, cette idéologie elle a été portée par M. Aubry qui est aujourd'hui la patronne du Parti socialiste, donc il faut qu'ils se parlent entre eux, là.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 4 janvier 2011

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