Interview de Mme Chantal Jouanno, ministre des sports à I Télé le 11 janvier 2011, sur la candidature d'Annecy aux Jeux olympiques d'hiver 2018, la corruption et le lobbying dans le sport et l'UMP pour les élections à la mairie de Paris. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Chantal Jouanno, ministre des sports à I Télé le 11 janvier 2011, sur la candidature d'Annecy aux Jeux olympiques d'hiver 2018, la corruption et le lobbying dans le sport et l'UMP pour les élections à la mairie de Paris.

Personnalité, fonction : JOUANNO Chantal.

FRANCE. Ministre des sports

ti :
 
 
G. Durand et M. Darmon.- Au coeur de cet "En route vers la présidentielle" n° 2, nous allons parler de la candidature d'Annecy pour les Jeux Olympiques d'hiver en 2018 en accueillant C. Jouanno qui est ministre des Sports. Merci d'être avec nous.
 
Bonjour.
 
Et T. Rey donc qui, lui, est multiple champion - alors champion olympique, champion du monde, champion d'Europe - et évidemment M. Darmon. Avant de parler de cette affaire ce matin C. Jouanno, on va réécouter les principales déclarations politiques de la matinée, suivant les voeux hier de F. Fillon. Il s'agit donc de J.-F. Copé et de C. Jacob sur RTL concernant la fameuse affaire des 35 heures. Les voici, on les réécoute.
 
J.-F. Copé : Les 35 heures, même si nous les avons grâce à l'action de N. Sarkozy beaucoup assouplies, posent plusieurs problèmes qui font que c'est intenable en l'état et donc c'est normal de se poser des questions.
 
C. Jacob : Moi, je pense que sur les 35 heures, ce débat a aussi lieu d'être. D'ailleurs on a une réunion ce soir sur ce sujet, animée par G. Longuet et H. Novelli. Il faut le prendre dans sa globalité, c'est-à-dire sur la compétitivité des entreprises.
 
Voilà les principales déclarations de la matinée. Alors est-ce que vous y trouvez, C. Jouanno, plus qu'une divergence entre Matignon justement et les patrons de l'UMP, c'est-à-dire le Parti ?
 
Il n'y a pas de divergence sur la nécessité d'avoir un débat sur le temps de travail parce qu'on a un pays qui a effectivement un temps de travail global beaucoup plus faible que les autres, qui se traduit d'ailleurs par une productivité horaire beaucoup plus forte que les autres, on le sait, donc ça c'est important d'avoir ce débat. Mais remettre aujourd'hui sur le tapis la négociation sur les 35 heures, ça n'est juste pas possible parce qu'il faudrait - il n'y a que trois parties.
 
Enfin c'est deux logiques totalement...
 
Non mais il n'y a que trois parties qui peuvent payer : les salariés par leur pouvoir d'achat, il n'en est pas question ; l'État ou les entreprises. Les entreprises ne peuvent pas le faire et le budget de l'État non plus. Donc aujourd'hui il y a des assouplissements, ils sont en place, ça a permis déjà d'améliorer la situation.
 
Mais vous ne sentez pas une sorte d'animosité qui existerait entre F. Fillon et J.-F. Copé ?
 
Honnêtement, si on ne peut plus débattre de ces sujets de fond, il faut arrêter de faire de la politique. C'est important de débattre des sujets de fond.
 
Donc Fillon a tort.
 
Non, Fillon n'a pas tort. Fillon dit juste : vous pouvez débattre mais il n'est pas question de remettre aujourd'hui sur le tapis la négociation sur les 35 heures.
 
D'accord. Nous allons parler donc de la candidature d'Annecy car c'est le sujet de cette deuxième partie avec donc les auditeurs de Radio Classique et les téléspectateurs d'iTélé. Alors la grande question c'est de savoir effectivement si l'arrivée de C. Beigbeder à la tête justement de cette candidature avec votre soutien, avec le soutien de l'Élysée, va permettre à Annecy de l'emporter face à Munich et face à la Corée. Les sportifs, en tout cas une grande partie d'entre eux, il y en a un certain nombre qui sont P. Pelen et d'autres, qui font partie effectivement de ce comité mais il y en a beaucoup qui doutent de la pertinence de la candidature d'Annecy. La grande question c'est est-ce que Beigbeder est le sauveur que vous attendiez, oui ou non ?
 
Alors déjà, un, on n'a pas un sauveur. Ce serait trop simple. Heureusement c'est une équipe. C'est Beigbeder, plus J.-P. Vidal, plus cette fameuse compétitrice suédoise - ça c'est un beau coup aussi d'avoir une Suédoise dans l'équipe - et puis toute l'équipe des sportifs qui sont avec eux.
 
Puisque la présidente de la commission d'évaluation dans quelques jours qui va...
 
Est suédoise.
 
Est suédoise. Donc une Suédoise pour la Suédoise.
 
Voilà, donc P. Wiberg est Suédoise, notre...
 
Mais pourquoi personne n'y croit à ce dossier ?
 
Attendez, je vais revenir juste après sur ce point. Deuxièmement, on a renforcé aussi. On m'avait demandé de trouver un bon directeur général, on a trouvé une perle. C'est l'ancien Datar, un préfet, P. Mirabaud, donc on a - aujourd'hui on a structuré la candidature parce que aujourd'hui il faut aussi rendre des comptes sur les dix-huit millions d'euros qui sont engagés dans cette candidature. Pourquoi personne n'y croit ? Il fallait se poser la question avant. Il est trop tard pour se poser la question. C'est une question aussi de dignité nationale, on va jusqu'au bout. Aucun pays n'a renoncé à sa candidature et puis écoutez ce qu'a dit le président du Comité International Olympique : il a dit très clairement les candidatures se jouent dans les derniers mois. Rio a gagné la dernière fois dans les tous derniers mois par un travail méticuleux.
 
Mais le mal a été fait par Grospiron qui est un sportif, qui est un champion olympique.
 
Trop facile ! Non mais c'était collectif. Le mal a été fait par tous ceux qui ont dit...
 
Mais si ! quand il sous-entend l'idée - pardonnez-moi mais quand il sous-entend l'idée, ce n'était même pas un jugement de valeur qu'il fait, il dit : avec au fond la somme qui est attribuée à la candidature française, face à Munich - trente-cinq - et face à la Corée - on ne connaît même pas le chiffre...
 
On ne connaît même pas le chiffre de la Corée mais...
 
Certains disent que ça va aller jusqu'à... Il dit : il n'y a pas l'argent, il n'y a pas le lobbying, on va à la perte. Voilà en gros l'argument de Grospiron.
 
Mais le mal a été fait par tous ceux qui depuis le départ disent que ça ne sert à rien de porter cette candidature. Mais c'est typiquement français ; on adore se tirer des balles dans le pied. Ça devrait être un sport olympique.
 
Non mais attendez, nous on est pour. On est pour la candidature.
 
Oui, mais tout le monde ne cesse de dire : on doute, on doute. Non ! Ça y est, on a les moyens.
 
On peut être pour et douter.
 
Mais regardez. On a quand même dix-huit millions d'euros. On va ajuster le budget, on sait qu'il faut entre trois et cinq millions d'euros supplémentaires. On va les trouver par des moyens privés parce qu'aujourd'hui les moyens publics, ça va me sembler difficile de demander à nos contribuables de faire plus.
 
Donc ça, ça va être le rôle de Beigbeder : trouver de l'argent.
 
Ça va être typiquement son rôle. Mais la candidature de Paris pour les JO 2012, c'était de l'ordre de vingt-cinq millions d'euros. On n'est pas obligés de faire de la surenchère.
 
Beigbeder c'est mieux que Borloo ? Pourquoi il a refusé le rôle d'ambassadeur que vous lui proposiez ?
 
J.-L. Borloo a - alors, il n'a pas refusé le rôle d'ambassadeur. Il est tout à fait d'accord pour s'impliquer, il me l'avait d'ailleurs proposé il y a déjà bien longtemps. Il a refusé pour des raisons de temps parce qu'il souhaite se consacre sans doute à l'union des...
 
Alors il a refusé ou bien il accepte, il s'implique ? Il a refusé ? On ne comprend pas.
 
Il a refusé la présidence mais il avait toujours dit qu'il souhaitait s'impliquer.
 
Et c'est lui qui est venu vous proposer au début ?
 
Au début, c'est lui qui est venu se proposer.
 
T. Rey : Le problème français, il est là. C'est qu'on est quand même dans un débat où on parle encore des personnes. On se rappelle de J.-C. Killy en 92 qui a quand même été obligé de démissionner à un moment donné pour revenir. Enfin la candidature de Paris 2012 ç'a été aussi les accusations des uns, l'État, la région, le mouvement sportif. Aujourd'hui on voit que le mouvement sportif quand même il a été un petit peu mis de côté. Non mais monsieur Massiglia, il a eu très, très envie de participer un peu plus à ça et on voit que...
 
Mais il est toujours membre du comité directeur. On a deux vice-présidents et au contraire, moi ce qui m'a semblé - ce qui était très important, c'est qu'on ait les fédérations des sports d'hiver derrière cette structuration.
 
T. Rey : Non mais ce qui prouve que le CNOSF n'a pas une puissance très importante en France et on est toujours dans des questions de personnes, de mouvement, de...
 
Ça, vous avez absolument raison. Il faut arrêter avec les questions de personnes.
 
T. Rey : C'est un vrai souci.
 
Ce qui compte c'est le projet.
 
T. Rey : Exactement.
 
Justement, on va parler de tout ça dans l'ordre. D'abord l'argent ; parlons d'abord de l'argent. Est-ce qu'on peut obtenir une candidature justement à ce niveau mondial avec une somme d'argent qui est à peu près cinq fois moins importante que les Coréens - on suppose que c'est cent millions - et au moins un tiers moins importante que les Allemands.
 
T. Rey : C'est la troisième candidature des Coréens, troisième candidature.
 
Troisième candidature des Coréens.
 
Est-ce que c'est possible ?
 
Oui c'est possible. Je vous le disais tout à l'heure : les précédentes candidatures...
 
Mais au nom de quoi justement ?
 
Alors les précédentes candidatures, c'était des budgets de l'ordre de vingt-cinq millions d'euros pour des Jeux d'été en plus.
 
D'accord, d'accord.
 
Premier point. Deuxième point, si l'olympisme c'est la course à toujours plus d'argent, il faut renoncer aux valeurs olympiques. C'est contraire aux valeurs olympiques. Et cette course à l'argent dans le sport...
 
Vous pensez que c'est le cas où vous posez la question ? Votre conviction ?
 
Malheureusement on voit de plus en plus dans le sport de course à toujours plus d'argent et ça me semble contraire, mais totalement contraire aux valeurs du sport.
 
Avec des risques de corruption ?
 
Le sport c'est un espace sacré, c'est un espace qui doit échapper à cette forme de spéculation.
 
Enfin le Qatar et la Russie récemment, on se doute bien que c'est à cause de l'argent qu'ils ont obtenu les différentes compétitions de football.
 
Oui, mais justement, justement ça a généré - il y a eu... Attention, parce que là vous accusez, on n'a aucun élément de soupçons.
 
Je n'accuse pas. Je lis les journaux comme tout le monde et tout le monde l'a écrit, les journaux anglais.
 
T. Rey : Oui mais il n'y a pas de raison que...
 
Oui mais il faudrait quand même répondre à la question.
 
Tous ces débats sur l'argent - tous ces débats sur l'argent font qu'aujourd'hui au plus haut niveau, à la FIFA, au CIO, il y a des questionnements internes sur toujours plus d'argent. Donc on peut gagner avec - il faut un peu plus d'argent, je vous l'ai dit, entre trois et cinq millions d'euros, mais on a toujours les moyens de gagner parce qu'il faut peut-être le rappeler aux auditeurs, c'est la seule candidature qui se passe dans une haute montagne avec de la vraie neige en permanence dans des vraies conditions de sport de montagne. Parce qu'en Corée, il n'y a pas de montagnes.
 
Alors on va en parler mais je voudrais que vous répondiez à la question de Darmon.
 
T. Rey : Et à Munich...
 
Pardon, pardon ! Je voudrais que vous répondiez à la question de M. Darmon pour qu'on mette un petit peu d'ordre parce qu'il y a donc - il faut donner le calendrier à tout le monde. La commission d'évaluation qui commence...
 
Dans un mois. Elle arrive, elle vient dans un mois.
 
Dans un mois. Les trois candidatures vont être auditionnées donc par cette fameuse Suédoise très sensible aux questions d'écologie. Et après, la décision interviendra donc au mois de juillet.
 
Alors il y a plusieurs étapes entre les deux.
 
Oui mais justement, c'est là que la question de Michael est pertinente : est-ce qu'entre les deux il va y avoir, comme on l'a soupçonné pour les grandes compétitions de football, de la corruption ?
 
Oh, écoutez ! Question un peu dure ! Honnêtement !
 
Attendez, mais est-ce que vous avez peur ? Est-ce que vous le craignez ? Vous avez le droit comme responsable...
 
Vous vous élevez, vous dénoncez les risques de corruption dans les grandes compétitions sportives...
 
T. Rey : Non mais n'exagérez pas ! Il ne faut pas exagérer ! Non mais je ne peux pas vous laisser dire ça !
 
Vous n'êtes pas ministre des Sports. C. Jouanno répond...
 
T. Rey : Non mais parce que je suis choqué en tant que sportif d'entendre ça, qu'on parle de corruption en permanence.
 
Il y a des règles très strictes au sein du CIO. Il y a des règles de surveillance très strictes au sein du CIO. 2/ La question de la corruption, elle concerne j'allais dire malheureusement tous les secteurs d'activité dès lors qu'il y a énormément d'argent en jeu. Voilà. Donc moi je m'inquiète beaucoup de la corruption avec le développement des paris en ligne sur les compétitions mais pas nécessairement d'ailleurs sur les compétitions de haut niveau. À mon avis, les risques sont plutôt à un niveau inférieur.
 
Avant qu'on revienne justement à l'aspect sportif, il y a un autre aspect de la corruption qui avait été mis en avant dans la déception parisienne et dans la candidature de Paris, c'est une autre forme de corruption qui est le lobbying. Les Anglais finalement ils ont dépensé une fortune dans le domaine du lobbying, maintenant ils sont très ennuyés parce qu'ils vont avoir les Jeux Olympiques mais la plupart des Anglais - je parle de la population - râle parce qu'ils ont dépensé trop d'argent. Donc est-ce que dans le domaine du lobbying, on est bons ?
 
Assimiler lobbying et corruption, honnêtement c'est vraiment très tiré par les cheveux.
 
C'est de la corruption légale, le lobbying.
 
T. Rey : Non, non, non ! Ça fait partie du jeu. Disons que T.Blair quand il reçoit trente-trois membres du CIO la veille du vote...
 
Dans sa chambre.
 
T. Rey : Dans sa chambre, qu'il les fait passer un par un, il joue avec les règles. Honnêtement, si vous n'allez pas voir les membres du CIO pour leur dire combien votre projet est intéressant et quelles sont ses valeurs, ce n'est pas la peine de se présenter. On est très mauvais en lobbying. On est juste très mauvais. On n'a pas tiré les leçons du tout de Paris 2012.
 
T. Rey : C'est ça le problème. C'est le problème, et d'avant.
 
On n'est repartis qu'avec une seule idée qui était que les politiques ont pris trop de place. Certes c'est vrai, donc pour la peine on n'en a pas mis, mais certes c'était très vrai, mais on n'a fait aucun débriefing après l'échec de Paris 2012. On ne sait même plus qui a porté la candidature.
 
C'est un océan d'amertume.
 
Non mais ça, c'est un problème d'organisation interne de notre administration.
 
T. Rey : Il n'y a pas de cellule de veille.
 
Il n'y a pas de cellule de veille, donc on va la créer d'ailleurs. Il n'y a pas de cellule de veille.
 
T. Rey : « L'amour des Jeux » ; notre slogan c'était « L'amour des Jeux ». Le jour où on a été battu, il n'y avait plus rien, donc on ne peut pas mentir aux gens, quoi.
 
Ça ne suffit pas.
 
Voilà. Tout à l'heure vous avez évoqué le rôle effectivement de T. Blair. Est-ce que - puisque la candidature des Anglais, elle était défendue par Sebastian COE, grand champion d'athlétisme.
 
T. Rey : Un an avant. Il est arrivé un an avant.
 
Mais au dernier moment, Michael l'a dit, il y a eu T. Blair, sa chambre et les trente-cinq personnes. Est-ce que le président de la République, N. Sarkozy dans un hôtel, à l'Élysée ou ailleurs, va recevoir au dernier moment pour vous aider justement et faire peser de tout son poids - président du G8, du G20 - est-ce qu'il va peser de tout son poids pour qu'on obtienne enfin quelque chose ?
 
Ça, on en discutera avec lui mais le président s'était déjà énormément investi dans cette candidature quand il avait déjà essayé de la sauver il y a un an à peu près, parce qu'on avait déjà eu une crise il y a un an. C'est intéressant que vous citiez la candidature de Londres parce que souvenez-vous qu'avant Sebastian COE, c'était une Américaine qui était responsable de cette candidature et qui avait démissionné. Comme quoi ! il ne faut pas non plus...
 
Un an avant.
 
Alors je voudrais qu'on rappelle justement avec Michael la manière dont ça s'est déroulé l'affaire Londres-Paris, parce que c'est quand même peut-être sur ce dossier qui fut un échec qu'on va pouvoir essayer de comprendre ce qu'on pourrait faire pour que ça avance.
 
C'est très intéressant.
 
Mais oui ! Personne n'a en fait compris ce qui s'est passé parce que tout le monde pensait que ça allait fonctionner et puis voilà, donc le sort a tranché : c'était Londres. Alors là tout le monde s'est pris la tête. D. Douillet effectivement a dit : on n'a pas assez fait parler les sportifs dans cette candidature. Il y avait trop de politiques en avant, on voyait surtout B. Delanoë et J.-P. Huchon et bien entendu, on n'a pas fait jouer les bonnes règles, c'est-à-dire les règles du lobbying - on y revient - c'est-à-dire être capable de pouvoir convaincre et de promettre sans ambages qu'il y aura des contrats, qu'il y aura des cadeaux, qu'il y aura des positions avantageuses si on vote. C'était du travail politique, économique, une vraie guerre économique qu'a mené T. Blair - on le disait encore une fois de plus - dans sa propre suite ce jour-là, et tout d'un coup les Français se sont trouvés ballots et on a à ce moment-là compris que Londres était la capitale de la modernité, la France de la morosité et c'est comme ça qu'on a perdu les Jeux.
 
Thierry, l'analyse que vous en avez-vous, qui êtes champion olympique, champion du monde, champion d'Europe ?
 
T. Rey : Non mais je pense que quand on perd à deux voix, on est hyper déçus et on tombe de l'armoire.
 
D'accord, mais ma question c'est pourquoi.
 
T. Rey : Mais pourquoi ? D'abord on n'en a pas tiré les leçons suffisamment. Quand on dit que les sportifs n'étaient pas présents, d'abord moi je dis deux choses.
 
C'est D. Douillet qui l'a dit.
 
T. Rey : Non, non mais des journalistes l'ont dit ; il n'y a pas que D. Douillet qui l'a dit, je regrette. Il y avait des sportifs. Je crois que le ministre des Sports de l'époque était double champion olympique de sabre, me semble-t-il.
 
Oui, J.-F. Lamour.
 
T. Rey : On avait une conseillère qui était une judoka qui s'appelait M.-C. Restoux ; on avait deux membres du CIO qui ont été des champions olympiques. Il y a eu toute une - c'est aussi aux sportifs de se prendre en charge. On a toujours regardé ça, nous - on a un peu le complexe de la sélection. C'est aussi aux champions olympiques de dire : voilà, on veut participer, on veut y aller, etc. Là, même dans la candidature d'Annecy, je crois que ça a été, madame la Ministre, assez compliqué de trouver des sportifs qui se mettent en avant. On voit Edgar qui a été mis et puis Vidal ça a été un petit peu dur d'arriver, on voit AMAT qui n'est pas...
 
Il y a Deneriaz, VidaL, P. Pelen.
 
Ils ont une forme de gêne, effectivement, à se mettre en avant et à participer mais c'est à nous aussi de leur donner les moyens de le faire.
 
Et maintenant sur quoi repose l'idée qu'on pourrait avoir une petite chance de l'emporter ?
 
Elle repose sur l'idée - on a une grosse, grosse valeur ajoutée sur ce dossier : c'est sa valeur environnementale.
 
Le site.
 
Et c'est le site. Alors on a un site effectivement exceptionnel, mais on est Français donc on trouve toujours que nos sites sont exceptionnels, mais c'est sa valeur environnementale. C'est une candidature qui est ramassée sur deux villes, tous les transports se font en transports en commun. On a effectivement un bon bilan carbone parce qu'on n'est pas obligés de créer de la neige artificielle. On a de la véritable, de la vraie neige.
 
Et la présidente suédoise du comité d'évaluation est très sensible à cet argument parce que les Suédois et l'écologie vont de paire.
 
Et l'intérêt de C. Beigbeder, c'est aussi qu'il s'y connaît en innovation écologique. Donc c'est un double intérêt entre la question des moyens et l'innovation écologique.
 
Donc c'est le site. Maintenant il y a les questions qui sont à caractère effectivement politique. On a évoqué le rôle du président de la République mais il y a aussi le vôtre dans cette affaire-là parce que vous récupérez le ministère des Sports. Les premiers résultats - ce ne sont pas les vôtres - mais le rugby ce n'est pas terrible ; le handball ça va commencer ; la Coupe Davis...
 
Vous êtes juste un peu mauvaise langue. Vous oubliez qu'on avait gagné à Wembley, vous oubliez qu'on avait gagné...
 
T. Rey : On sort d'un Grand Chelem en rugby, quand même.
 
Absolument, absolument.
 
On a pris une raclée monumentale contre les Australiens.
 
T. Rey : Ça arrive, ça arrive.
 
Celle-là, elle était monumentale.
 
Vous avez aussi votre compétition en tête : c'est la mairie de Paris.
 
Ah ça, c'est une belle transition ! Une adversaire à battre : R. Dati.
 
Non, mon adversaire à battre c'est la gauche parce que Rachida, malheureusement, n'est pas à la tête de la mairie.
 
Est-ce que c'est une guerre politique ou une guerre personnelle que vous menez contre madame Dati ?
 
Si la politique ça se résume à des guerres personnelles, honnêtement je rends mon tablier tout de suite. Ça n'a aucun intérêt. La politique n'a d'intérêt que par ses projets, par ses idées, par la politique. C'est-à-dire qu'est-ce qu'on répond aux Parisiens qui voient bien que la droite a un métro de retard sur tous les sujets - ou un tramway de retard, ou un Vélib' de retard, comme vous voulez. Donc ça, c'est vraiment un point fondamental. C'est vrai qu'on observe une certaine dérive dans la politique.
 
Dans la droite parisienne que vous ne supportez pas beaucoup ?
 
Je n'ai pas dit ça, non, non ! On dit parfois qu'en politique tout est permis. Honnêtement, je pense que parfois ça dépasse les bornes. Quand on joue de la rumeur, quand on joue des menaces, quand on attaque la famille, je pense que là ça dépasse les bornes.
 
Vous parlez de quoi ? Du moment où on a évoqué que vous pourriez être la maîtresse du président de la République. C'était quand même sordide toutes ces affaires-là.
 
C'était juste sordide et je pense qu'il y a la limite à franchir : c'est la famille. Ma première responsabilité, c'est ma famille. S'il faut renoncer à la politique pour ça, je le ferai.
 
Ça veut dire que R. Dati était à l'origine de tout ça.
 
Je n'ai pas dit ça parce que vous savez que sinon, elle attaque systématiquement.
 
Mais vous le pensez.
 
Comment ? Mais je n'ai pas - je ne vais pas rajouter une rumeur à la rumeur. Ce n'est pas mon mode de fonctionnement.
 
C'est un avertissement que vous lancez ce matin en disant : ça suffit, il faut rester sur les principes.
 
Ah oui, ça clairement. Parce que, honnêtement, je pense qu'en plus nos concitoyens ne comprennent pas ces modes de fonctionnement. Ça ne fait que renforcer l'idée qu'ils ont d'une politique nauséabonde.
 
Merci C. Jouanno d'être venue nous voir ce matin et on souhaite évidemment qu'Annecy l'emporte. Ce sera à la fin du mois de juillet - au début du mois de juillet.
 
Début du mois de juillet, 6 juillet.
 
Début du mois de juillet à Durban en Afrique du sud. Thierry, merci.
 
T. Rey : Mais je vous en prie. J'étais ravi.
 
Vous êtes en forme pour un retraité. Ça conserve !
 
T. Rey : Mais oui, je vais aller courir sous la pluie, tiens, ça va me faire du bien.
 
Vous avez raison.
 
Source :  Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 13 janvier 2011

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