Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur les efforts de convergence de la zone euro, la lutte contre le terrorisme et la situation en Tunisie, à Londres le 13 janvier 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, sur les efforts de convergence de la zone euro, la lutte contre le terrorisme et la situation en Tunisie, à Londres le 13 janvier 2011.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Voyage officiel du Premier ministre au Royaume-Uni le 13 janvier 2011

ti : Monsieur le Premier ministre, je voudrais d'abord vous remercier

de l'entretien que nous venons d'avoir et de l'accueil chaleureux

que vous m'avez réservé.

C'est mon premier déplacement au Royaume-uni en tant que

Premier ministre, je veux dire à la presse française que ça n'est

quand même pas tout à fait un évènement historique, car je suis

déjà venu en Grande-Bretagne accompagner un Premier ministre

qui était Jean-Pierre Raffarin, je crois en 2003 et 2004, je crois

que le Premier ministre Dominique de Villepin est venu en

Grande-Bretagne en 2005.

J'ai indiqué tout à l'heure à David Cameron que je pense que

nous devons intensifier les rencontres entre nos deux

gouvernements. Nous devons d'autant plus le faire que la

qualité des relations franco-britanniques a atteint un niveau

rarement égalé, grâce en particulier au sommet

franco-britannique de Londres et aux accords historiques qui ont

été passés en matière de défense, et dont j'ai eu l'occasion de

dire à plusieurs reprises qu'ils ne pouvaient avoir lieu qu'entre

deux nations soeurs, c'est-à-dire des nations dont le niveau de

confiance est tel qu'elles peuvent mettre en commun des choses

aussi fondamentales que leur sécurité.

J'avais déjà eu l'occasion de rencontrer David Cameron à Paris

en 2008 alors qu'il était le chef de l'opposition. Et j'avais déjà pu

apprécier à cette occasion le sens des responsabilités qui

l'animait.

En le rencontrant aujourd'hui je retrouve ses qualités auxquelles

j'ajouterais le courage et la capacité de leadership. Et c'est la

première chose que j'ai dit à David Cameron tout à l'heure, c'est

que le Gouvernement français est très admiratif de la politique

économique et financière qui est conduite en Grande-Bretagne,

du courage avec lequel le Gouvernement britannique a engagé

cet effort de redressement budgétaire. Je suis certain qu'il

portera ses fruits, pour la Grande-Bretagne naturellement, mais

aussi pour l'ensemble de l'Union européenne. Et je veux dire de

ce point de vue, que c'est un réconfort pour le chef du

Gouvernement français que de pouvoir comparer les politiques

qui sont conduites en matière financière, en matière budgétaire,

en matière économique et constater que des deux côtés de la

Manche, elles sont finalement très proches.

J'ajoute que nous sommes, français comme britanniques, très

sourcilleux de notre indépendance, nous sommes très sourcilleux

de notre souveraineté nationale. Eh bien notre souveraineté

nationale passe d'abord par la réduction de nos déficits et par le

retour à l'équilibre de nos finances publiques.

Nous avons ensuite évoqué la question de l'euro. Je veux redire

de nouveau que l'euro n'a pas besoin d'être sauvé. L'euro a

besoin d'être défendu. Et pour défendre l'euro nous avons

besoin, à l'intérieur de la zone euro, de renforcer notre

coopération. Les gouvernements de la zone euro ont besoin de

mettre en place un pilotage économique de cette zone.

Nous avons besoin de rapprocher progressivement dans une

vision de long terme nos fiscalités, notre organisation du travail,

notre organisation économique. On ne peut pas imaginer sur le

long terme une zone euro avec le maintien de différences aussi

grandes en matière de temps de travail, en matière d'âge de la

retraite, en matière d'organisation économique, de fiscalité. Et

donc si on veut que la zone euro se consolide il faut

impérativement que l'on rapproche les législations dans ces

domaines. Et ce que j'ai indiqué à David Cameron c'est que nous

souhaitons que la Grande-Bretagne observe, regarde, soutienne

ces efforts avec enthousiasme parce que c'est l'intérêt de la

Grande-Bretagne que d'avoir une zone euro forte.

Naturellement je ne suis venu demander à David Cameron ni

aide ni modification de la politique de la Grande-Bretagne

s'agissant de l'euro mais un regard positif sur cet effort

d'harmonisation, de cohérence, que nous allons entreprendre.

Nous avons évoqué la question du budget européen pour

constater que nous étions complètement en ligne sur la

nécessité de ne pas augmenter le budget européen. Et sur la

nécessité de réorienter une partie des dépenses de l'Union

européenne vers des actions plus efficaces en matière de

soutien à la croissance.

J'ai en particulier évoqué trois idées que la France veut défendre

au cours de cette année 2011 : le fonds européen des brevets,

la mise en place d'un fonds de capital risque pour les PME

innovantes et l'obligation pour la Commission et pour l'Union

européenne de réaliser des études d'impact avant chaque

décision pour constater quels sont les effets des décisions

européennes, des normes décidées par l'Europe sur nos

entreprises.

Enfin, nous avons évoqué nos coopérations bilatérales et en

particulier la possibilité de rapprocher nos secteurs industriels

notamment dans le domaine nucléaire en raison de la

coopération très étroite qui existe désormais entre la France et

la Grande-Bretagne sur ces sujets.

Et puis nous avons évoqué la lutte contre le terrorisme et je

voudrais remercier David Cameron pour le message de solidarité

qu'il a adressé au Président de la République française et qu'il

vient de renouveler à la suite des dramatiques incidents qui se

sont produits au Niger et qui montrent à quel point nos

démocraties doivent s'unir pour défendre ensemble leurs

valeurs. Puisque dans ces évènements tragiques, ce n'est pas le

Gouvernement français qui est attaqué, ce sont les valeurs des

démocraties et ce sont ces valeurs-là que nous partageons.


* Réponse du Premier ministre François Fillon

La coopération entre la France et la Grande-Bretagne dans la

lutte contre le terrorisme est très étroite, elle est ancienne. Elle

n'a cessé de se renforcer et nous avons évoqué ensemble la

nécessité de la renforcer encore, notamment concernant la zone

sahélienne. L'objectif, s'agissant de la zone sahélienne, c'est

d'éviter à tout prix que ces mouvements terroristes étendent

considérablement leur influence au détriment des Etats

existants, au détriment des structures publiques qui sont déjà

très fragiles dans cette région du monde. Nous voyons bien que

nous sommes à un moment clé où ces Etats ont besoin d'être

encouragés, ont besoin d'être renforcés, ont besoin d'être aidés

dans la lutte contre le terrorisme. Et nous souhaitons y travailler

très étroitement ensemble avec la Grande-Bretagne.

S'agissant de la situation en Tunisie, puisque c'est la question

que vous posez, je veux dire que nous sommes extrêmement

préoccupés par cette situation, par la violence qui s'est

développée depuis quelques jours. Nous appelons instamment

l'ensemble des parties à faire preuve de retenue, à choisir la

voie du dialogue. On ne peut pas continuer dans cette utilisation

disproportionnée de la violence et le Gouvernement français fait

tous ces efforts pour convaincre le Gouvernement tunisien de

s'engager dans cette voie. Je note avec intérêt que des mesures

ont déjà été annoncées, en particulier la libération des

personnes qui avaient été arrêtées au début des émeutes. Il

faut absolument progresser dans cette voie. Et enfin j'ajoute

que, au-delà des problèmes politiques intérieurs à ces pays, qui

doivent être résolus par la voie la plus démocratique, il y a un

problème de développement économique. Et ces problèmes sont

liés. Et là, nous avons une action que nous pouvons conduire

ensemble, l'Union européenne, pour apporter des aides au

développement plus efficaces à cette région du Maghreb, avec

laquelle nous avons des liens historiques, que chacun connaît

bien.

* Réponse du Premier ministre François Fillon

Si votre question peut se résumer à la question suivante : est-ce

que la politique d'assimilation que j'ai toujours défendue, peut

fonctionner avec une femme anglaise ? La réponse est non.

Deuxièmement, il ne faut quand même pas exagérer les

différences entre nos deux pays. Je disais tout à l'heure qu'il y a

beaucoup de coquetterie dans la mise en avant de nos

divergences. La vérité est que depuis des années nous avons

progressé les uns vers les autres en termes d'organisation, et

même en termes idéologiques. Je pense que la Grande-Bretagne

reconnaît aujourd'hui qu'il est nécessaire parfois de donner des

impulsions pour mettre en oeuvre des filières industrielles, et la

France a fait beaucoup d'efforts pour ouvrir son marché. C'est

aujourd'hui un des pays les plus ouverts du monde, en tout cas

un des pays les plus ouverts en Europe, et j'en faisais la

démonstration ce matin en m'exprimant à la City.

Troisièmement, comme vient de le dire David à l'instant, nous

ne demandons pas à la Grande-Bretagne de rentrer dans la zone

euro. Et l'effort de cohérence, nécessaire à l'intérieur de la zone

euro, ne concerne pas la Grande-Bretagne. Ce que nous

demandons c'est que la Grande-Bretagne, comment dirais-je, ne

s'offusque pas de cet effort. Ne le considère pas comme

dangereux pour elle. Ne le considère pas comme une sorte de

différence qui pourrait s'installer entre la zone euro et les pays

qui n'y sont pas.

Nous avons fait deux choix différents. A l'époque ce choix était

très discuté dans mon pays, j'ai fait partie de ceux qui s'y

étaient opposés. Et lorsque nous nous opposions à ce choix,

avec un certain nombre de responsables politiques français,

nous disions très exactement ce qui est en train de se produire

aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on peut avoir une monnaie commune

à condition d'avoir un gouvernement économique commun, à

condition d'avoir une politique économique harmonisée, à

condition d'avoir plus de convergence fiscale et sociale.

Eh bien aujourd'hui on y est, on est devant une obligation

historique, celle de consolider cette zone euro et donc nous

devons aller vers cette convergence. Mais nous comprenons

parfaitement que les Anglais veuillent rester des Anglais. Et

encore une fois, même si nous ne le comprenions pas, nous ne

parviendrions pas à vous convaincre du contraire.

* Réponse du Premier ministre François Fillon

C'est une préoccupation pour tous les gouvernements

européens, j'ai envie de dire c'est une préoccupation pour tous

les démocrates dans nos pays qui ne peuvent pas voir d'un bon

oeil monter finalement une intolérance et une sorte de repli sur

soi qui ont toujours mené dans l'histoire à de très mauvais

résultats. Et donc nous sommes mobilisés pour lutter contre la

montée de ces extrémismes et la meilleure façon de lutter

contre la montée de ces extrémismes c'est de dire la vérité,

d'assumer les politiques que nous conduisons, d'affronter la

réalité.

C'est la raison pour laquelle à la tête du Gouvernement français

je n'ai cessé de défendre une politique de rigueur, une politique

d'assainissement des finances publiques, parce que c'est une

nécessité pour défendre la souveraineté nationale, pour

défendre l'indépendance nationale. C'est la raison pour laquelle

j'ai toujours soutenu une politique qui défende notre identité

nationale à l'intérieur de l'ensemble européen.

J'évoquais tout à l'heure les convergences nécessaires des

politiques fiscales, des politiques sociales, des politiques

économiques. Aucune de ces convergences ne revient à

remettre en cause les différences essentielles, culturelles qui

existent entre nos peuples et qui doivent s'additionner. Et enfin

j'ajoute que nous avons évoqué la lutte contre le terrorisme, la

montée de cet islamisme radical, qui vient jeter une lumière, qui

est une mauvaise lumière, sur toute une région du monde.

Notre coopération pour lutter contre la montée de cet islamisme

radical, notre coopération pour essayer d'apporter des réponses

aux conflits qui sont à l'origine de la montée de cet islamisme

radical, sont aussi des réponses à la montée de ces

mouvements extrémistes.

* Réponse du Premier ministre François Fillon

Je voudrais à mon tour dire toute ma confiance dans le

gouvernement de monsieur Socrates et indiquer à quel point il y

a un caractère irrationnel dans une partie des attaques contre

les pays de la zone euro. Comme David vient de le dire à

l'instant, la zone euro n'est pas la plus endettée du monde, et le

Portugal conduit aujourd'hui, et depuis plusieurs mois, une

politique extrêmement rigoureuse de réduction de la dépense

publique, de réorganisation de son économie, qui correspond

parfaitement aux attentes qui étaient celles de l'ensemble des

partenaires européens. Est-ce qu'il y a besoin d'argent

supplémentaire aujourd'hui ? La réponse est non. Il y a un fonds

qui a été mis en place, il y a surtout toute une série de

démarches en terme de discipline budgétaire, de surveillance de

ce que les Etats font, qui doit maintenant être réalisée.

On doit passer des déclarations, des accords de principe à la

mise en oeuvre précise des mécanismes qui vont permettre de

surveiller ce que les Etats font, et le cas échéant d'obtenir les

corrections de trajectoire nécessaires. Si demain des besoins

supplémentaires apparaissaient ce que j'ai dit, ce que le

président de la République française a dit à plusieurs reprises, et

ce que la Chancelière allemande a également répété, c'est que

nous ferons tout pour consolider l'euro, tout, absolument tout ce

qui sera nécessaire.

Par rapport à l'attitude de la Grande-Bretagne je n'ai aucune

remarque à faire sur la coopération de la Grande-Bretagne qui,

au fond, a joué pleinement le rôle qui devait être le sien depuis

le début de cette crise. Je rappelle d'ailleurs que c'est la

Grande-Bretagne et la France qui, au début de la crise

financière, ont pris les décisions, les initiatives nécessaires qui

ont permis d'éviter que la crise ne connaisse une aggravation

bien supérieure à ce que nous avons connu. Et aujourd'hui le

gouvernement de David Cameron a fait exactement ce qu'il

fallait faire, pour que la solidarité européenne soit totale, tout

en tenant compte du fait que la Grande-Bretagne n'est pas dans

la zone euro et qu'elle n'a pas les mêmes responsabilités de ce

fait.


Source http://www.gouvernement.fr, le 14 janvier 2011

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