Tribune de M. Henri de Raincourt, ministre de la coopération, dans "Le Monde" du 22 janvier 2010, sur les efforts de la France en faveur de l'accés à l'eau dans les pays en voie de développement, intitulée "L'accès à l'eau est l'un des enjeux essentiels du XXIeme siècle". | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de M. Henri de Raincourt, ministre de la coopération, dans "Le Monde" du 22 janvier 2010, sur les efforts de la France en faveur de l'accés à l'eau dans les pays en voie de développement, intitulée "L'accès à l'eau est l'un des enjeux essentiels du XXIeme siècle".

Personnalité, fonction : RAINCOURT Henri de.

FRANCE. Ministre de la coopération

ti : Près d'un milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable et près de 2,5 milliards n'ont pas accès au traitement des eaux. Cinq mille enfants dans le monde en meurent chaque jour. Que nous disent ces chiffres dans leur froide brutalité ? Que l'eau reste un défi majeur du développement. Sans l'accès à une eau saine, il ne peut y avoir de progrès en matière de santé, en particulier pour les mères et les jeunes enfants. Sans eau, la production agricole ne peut progresser pour faire reculer la faim. Sans eau, l'éducation continue de paraître un luxe inaccessible. Sans gestion concertée des ressources transfrontalières en eau, la concurrence entre les Etats peut s'exacerber, jusqu'à parfois menacer la sécurité internationale.

La France n'accepte pas cette fatalité. Dès que les populations des régions les plus déshéritées accèdent à une eau saine, l'espérance de vie progresse de manière spectaculaire, la pauvreté recule, la dynamique du développement se met en place. Aussi la coopération française est-elle pleinement mobilisée pour que l'accès à l'eau, qui est au coeur des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), devienne une réalité pour tous.

Notre pays dispose d'une expertise reconnue, aussi bien institutionnelle que technique. Nos grandes lois nationales sur l'eau sont devenues des références dans beaucoup de pays, telle que celles concernant l'approche par bassin, la gestion intégrée de la ressource ou la collaboration des acteurs nationaux et locaux. De même nos entreprises nationales comptent parmi les fleurons mondiaux dans le secteur de l'approvisionnement et l'assainissement de l'eau.

C'est pourquoi notre engagement international en faveur de l'eau n'a jamais été aussi fort et nécessaire. La France accueillera en mars 2012 à Marseille le sixième Forum mondial de l'Eau. Cet événement de grande portée rassemblera plusieurs dizaines de milliers d'acteurs venus de tous les continents, élus locaux, experts, entreprises, ONG - faisant ainsi une large part à la société civile selon les principes du Grenelle de l'environnement. Le président de la République Nicolas Sarkozy a souhaité, en lançant la préparation de ce forum le 2 juin, que l'eau soit au coeur de toutes nos politiques. C'est ce à quoi je m'attacherai comme ministre chargé de la coopération. Déjà, les actions en faveur de l'accès à l'eau et à l'assainissement représentent près de 20 % des nouveaux projets de l'Agence Française de Développement. Malgré nos contraintes budgétaires, la France a augmenté de plus de 50 % entre 2008 et 2010 les montants qu'elle consacre à la coopération bilatérale sur l'eau et l'assainissement, qui s'élèvent à 677 millions d'euros.

Toutefois, malgré ces efforts résolus de la France et de la communauté internationale, le défi reste immense. La croissance démographique mondiale combinée aux effets néfastes du réchauffement climatique provoque sur la ressource hydrique une tension qui ira croissante dans les années à venir. En particulier, la situation de l'Afrique sub-saharienne est préoccupante : 300 millions de personnes n'ont pas accès à l'eau potable et 500 millions à l'assainissement. Comme l'a rappelé le président de la République, «l'or bleu» sera l'un des enjeux les plus lourds du XXIème siècle. Il nous faut donc franchir une étape supplémentaire dans la mobilisation internationale.

Pour ce faire, les progrès enregistrés sur le plan de la reconnaissance du droit à l'eau doivent désormais se traduire en solutions concrètes. La France a en effet soutenu l'adoption par l'Assemblée générale des Nations unies en juillet 2010 d'une résolution consacrant le droit à l'eau comme un droit de l'homme. Il s'agit d'une avancée de portée historique. Ce pas de géant réalisé au niveau des principes doit être suivi par des progrès importants au plan des réalisations. Je souhaiterais pour ma part que le Forum mondial qui se tiendra à Marseille soit le «forum des solutions».

Ces solutions peuvent être diverses. Par sa nature même, l'eau est une question impliquant de multiples acteurs et sur laquelle il faut tenir compte des réalités locales. C'est d'ailleurs pourquoi la coopération française sur l'eau est portée par un vaste partenariat, qui mobilise des scientifiques, des entreprises, des techniciens, des diplomates, des financiers, des organisations non-gouvernementales, et bien sûr des collectivités territoriales, très engagées via la coopération décentralisée. Sur un tel sujet, l'expression «communauté française du développement», qui m'est chère, prend véritablement tout son sens.

J'ai cependant une conviction. Les politiques du développement du XXIème siècle ne seront pas crédibles si elles utilisent les outils d'hier. Elles exigent notamment d'aborder avec franchise la question du financement. A de nouveaux besoins il faut de nouveaux financements. Mais chacun comprend aussi qu'il n'est plus possible d'alourdir encore le fardeau budgétaire qui pèse sur les contribuables de nos pays aidants. Pour rendre tangible notre ambition visant à améliorer l'accès à l'eau dans le monde, nous devons donc réfléchir ensemble à des formes de financements innovants. La France a su mettre en oeuvre au plan national un dispositif novateur avec la loi dite Oudin-Santini de 2005. Je souhaite qu'un des résultats du Forum mondial à Marseille soit de parvenir à des propositions concrètes en matière de financement innovant au profit de l'eau et de l'assainissement.

La réponse au défi mondial de l'accès à l'eau n'est pas de nature compassionnelle. Il s'agit aussi d'un enjeu diplomatique important, qui n'est pas sans implications sur la sécurité de nos concitoyens. Comment ne pas voir en effet que dans de nombreuses régions parmi les moins avancées, en particulier celles de l'arc de crise qui va du Sahel à l'Afghanistan, le manque d'eau aggrave la pauvreté, renforce la conflictualité locale et contribue ainsi à alimenter les migrations forcées et les trafics de toute nature, sur lesquels le terrorisme peut prospérer. Les actions de la coopération française en faveur de l'accès à l'eau dans ces régions contribuent donc aussi à la stabilité internationale. C'est pourquoi la France soutient la coopération régionale entre Etats pour le partage des ressources en eau, notamment à travers des autorités régionales de bassin pour les fleuves internationaux tels que le Niger, le Sénégal, ou le Mékong. De même, nous soutenons en Afghanistan les projets de coopération régionale axés sur la gestion de l'eau.

La France est considérée par beaucoup, et à juste titre, comme le pays des droits de l'Homme. Je forme le voeu que son action dans le champ de la coopération internationale lui vaille aussi d'être vue comme le pays de ce nouveau droit de l'Homme qu'est le droit à l'eau.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 janvier 2011

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