Déclaration de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, sur la mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement, au Trocadéro à Paris le 25 janvier 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, sur la mise en oeuvre du Grenelle de l'environnement, au Trocadéro à Paris le 25 janvier 2011.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement

Circonstances : Présentation des voeux à la Cité de l'architecture et du patrimoine, le 25 janvier 2011

ti : Bonjour à tous.


Je vous souhaite la bienvenue dans cette cité des villes, des demeures, du génie des bâtisseurs et de leur histoire. Le décor de mes voeux est donc Roman. Et comme vous l'avez vu en entrant, il est également forestier. L'ONF a installé toute la végétation du hall d'entrée, pour que nous nous souvenions tous, en sortant, d'ici que 2011 est l'année internationale de la forêt.

2011 est aussi l'année des outre-mer. Et elle est également celle de la chauvesouris. Le Museum en a déposé une petite centaine au fond de la salle.

Elles devraient se mettre à voler d'ici une heure.

Non, non. Ça n'est pas vrai. C'est le décor qui m'influence. En revanche, c'est bien de vérité que je voudrais vous parler.

Pour l'année qui commence, je veux former avec vous, et former pour vous, des voeux de vérité. Une vérité dont le développement durable et l'environnement ont besoin.

Commençons par le plus important : le Grenelle. Et admettons-le : il a eu un passage à vide. Soyons lucides là-dessus et ne nous mentons pas. Oui, la crise a freiné nos initiatives environnementales et elle a distrait l'attention que nous portons aux enjeux écologiques.

Oui, elle a remis sur le devant de la scène des pseudo-économistes et des climato-sceptiques, qui sont venus nous dire que l'écologie, c'est cher, que c'est un luxe. Nous avons dû de nouveau les écouter, eux qui pourtant n'ont rien compris. Comme si nous avions reculé depuis l'automne 2007.

Admettons-le aussi, les hésitations sur la taxe carbone et les difficultés de Copenhague ont-elles-aussi joué sur ce passage à vide. C'est ainsi. Mais n'en déduisons surtout pas que l'écologie ne fait pas recette auprès de nos concitoyens. Ou bien que nos politiques lui sont hostiles. Les politiques sont au point, sur ces questions.

Ils ont fait beaucoup de chemin depuis quelques années. C'est quelque chose qui est très frappant dans les débats et les commissions parlementaires. Mais il est vrai que le débat public est un peu retombé. Et que même les partis politiques qui se présentent comme exclusivement écologiques réussissent ces derniers temps à ne plus parler du tout d'environnement.

L'environnement, il faut le reconnaître, a traversé une passe difficile. Et je forme le voeu, que 2011 soit l'année de la reconquête. Une reconquête sous le signe de la vérité.

En matière d'environnement, parce que les décisions engagent toujours un grand nombre d'acteurs, nous sommes toujours engagés dans des arbitrages. Je ne vous dirai jamais qu'un arbitrage est bon ou satisfaisant s'il n'est pas conforme au Grenelle. J'en fais une question de méthode. C'est un choix qui s'est imposé dès le moment où j'ai pris mes fonctions. Un moment, vous vous en souvenez peut-être, où l'on disait que le ministère était amputé et appauvri, qu'il ne s'occuperait plus de la mer, ni du climat, ni de l'énergie.

La donne était simple. Soit je m'agitais dans la presse pour répondre à chaque bruit. Soit je faisais la fourmi.

Une fourmi avec des dents, pour aller me battre sur chaque décret d'attribution et sur chaque arbitrage. L'effort a payé. La mer est bien là, le climat est là, les énergies renouvelables aussi. C'est un choix de méthode. Et c'est celui que nous appliquerons avec Benoist Apparu et Thierry Mariani. C'est notre voeu de vérité.

Un voeu auquel je souhaite associer deux autres valeurs. Deux valeurs qui, à mes yeux, ont partie liée avec l'engagement environnemental. Il s'agit de la responsabilité et de la justice.

Notre responsabilité, avec Benoist et Thierry, c'est d'être sur le fond des dossiers. Ni sur la communication, ni sur la polémique.

Bien sûr, nous accepterons le débat. Et bien sûr, nous serons sur le terrain. Comme nous y étions cet hiver, au moment des intempéries, et en assumant nos responsabilités. Ce qui veut dire que nous refusons de jouer au jeu des boucs émissaires. Je sais, nous l'avons bien senti en décembre, que certains nous pressaient de couper quelques têtes ; que l'on se mette à la recherche de paratonnerres pour les rendre responsables des difficultés et les limoger. Nous n'avons pas joué à ce jeu-là.

Nous avons préféré travailler au sein d'une commission, pour examiner les défaillances, rappeler les obligations des uns et des autres, et chercher des solutions. Nous formons ce voeu, tous les trois : que 2011 soit une année de solutions.

La responsabilité qui me tient à coeur, elle est indissociable, dans le combat pour l'environnement, d'une exigence de justice.

De justice parce que c'est ne rien comprendre à l'écologie que d'en faire une option de luxe pour une vie bobo. Je suis maire d'une ville de 22 000 habitants, Longjumeau, qui compte plus de 30 % de logements sociaux.

Une ville populaire, où nous adoptons depuis des années des mesures écologiques. Dans les cantines, dans les équipements publics, dans les transports. Ce ne sont pas des mesures pour les riches. L'environnement n'est pas un problème pour qui peut aller à l'Ouest de la capitale là où les vents ne rabattent pas les fumées. Il ne l'est pas pour qui a les moyens de s'installer dans des endroits silencieux et de ne pas être exposé à un métier risqué. L'écologie est un enjeu pour les autres. Pour tous ceux que le marché immobilier éloigne de la capitale ; pour tous ceux qui doivent circuler et parcourir des distances.

C'est pour ceux-là, ceux sur qui pèsent les servitudes énergétiques, Pour ceux-là, pour ceux qui sont frappés par les contraintes énergétiques, l'environnement est tout sauf un luxe. Le développement durable, au travers des transports et du logement, est au coeur du quotidien et des préoccupations.

Voilà qui doit faire comprendre, très simplement, que la politique de l'environnement est par nature une politique sociale. Et c'est un point sur lequel nous aurons à progresser cette année, parce que cette évidence, malheureusement, n'est pas toujours visible. Nous aurons donc à coeur, cette année, d'être plus clairs.

Et nous devrons donc faire aussi un effort de simplicité.

Nous nous y emploierons notamment, cher Benoist, en mettant en oeuvre le programme de rénovation thermique « habiter mieux », dont vont bénéficier plus de 300 000 ménages modestes dans les six ans qui viennent. Nous nous y emploierons également, cher Thierry, avec la mise en oeuvre du schéma national des infrastructures de transport. Ces vastes programmes relèvent d'une politique de qualité, offerte à ceux sur qui la charge énergétique pèse le plus. C'est le voeu de justice que je forme devant vous.

Pour que la vérité, la responsabilité et la justice soient donc les clefs de notre méthode cette année.

Une année d'autant plus importante qu'elle est celle de la maturité du Grenelle, l'année où il va affecter et modifier la vie quotidienne de chacun d'entre nous.

Le processus entamé à l'automne 2007 atteint son terme. Après un long travail de réflexion, de débat, puis de conception législative, qui a été mené par mon prédécesseur, à qui nous devons rendre hommage, nous disposons désormais de 268 engagements, qui vont être traduits dans les faits.

Des engagements sur des points aussi divers que la défense de la biodiversité, la sobriété énergétique, la qualité de l'air, celle de l'eau. Des engagements aussi majeurs que les nouvelles normes thermiques qui s'appliqueront dans un an à tous les logements neufs, ou que les investissements publics en faveur de l'innovation industrielle et des technologies vertes.

En réalité, ce que le Grenelle esquisse au travers de ses engagements, c'est une société différente, un monde d'après. Un monde d'après la crise, d'après une époque qui aura été marquée par des modes de production et de consommation qui n'ont plus aucun avenir.

La réalisation du Grenelle va accompagner un changement radical des moeurs, des habitudes et des institutions. Elle va transformer la manière dont nous nous déplaçons ou dont nous chauffons nos appartements et nos maisons. Le Grenelle aura des effets, aussi, sur la qualité de l'air que nous respirons, sur l'énergie que nous produisons et consommons, sur celle que nous apprenons à renouveler et à mieux connaître. Dans les semaines et les mois qui viennent, les villes de plus de 50 000 habitants lanceront des bilans de leurs émissions de gaz à effet de serre. De nouveaux parcs nationaux vont voir le jour, sur le littoral et en forêt.

Nous expérimenterons l'affichage du prix écologique des produits à côté de leur prix commercial ; les actions de prévention du bruit seront renforcées. Et l'ensemble de ces mesures va également permettre de développer des filières industrielles innovantes.

C'est cela, la reconquête du projet environnemental. Le signal en a été donné ce matin même par le Président de la République, qui a défendu avec l'éolien offshore une ambition industrielle optimale. Les appels d'offres à 3Gw, quand les rumeurs sur les arbitrages promettaient qu'elles plafonneraient à 2Gw.

C'est une décision qui peut sembler très technique et très restreinte. Mais vous verrez très vite qu'elle signe une ambition politique retrouvée pour l'environnement.

Et nous avons besoin de cette ambition, parce que l'écologie appelle un changement radical, une rupture forte. Elle n'est pas consensuelle ; elle ne peut pas l'être, parce qu'elle bouleverse les habitudes et les intérêts ; et parce qu'elle refuse de s'accommoder du monde comme il va. Mais le changement qu'elle appelle est nécessaire, parce que les habitudes et les intérêts qui sont remis en cause doivent l'être.

La révolution, pour dire les choses un peu brutalement, nous n'y couperons pas.

En revanche, rien n'exige qu'elle soit elle-même brutale ou catastrophique. Nous avons moyen de nous engager dans ce que le philosophe Edgard Morin a récemment appelé du nom de « métamorphose », pour désigner une transformation positive et volontaire de notre société. Eh bien j'ai la conviction que le Grenelle est à sa façon un programme de transformation positive de notre société. C'est le voeu d'espérance que je forme et dont je sais comme vous qu'il ne se réalisera pleinement que lorsqu'il donnera du travail, qu'il créera du travail.

L'année 2011 est à la fois celle de la maturité du Grenelle et celle de la mise en oeuvre des investissements. 10 milliards d'euros sont investis, directement ou indirectement, dans le développement durable. Ils auront un effet sur l'emploi et sur la compétitivité. Et nous l'observerons. Je tiendrai un tableau de bord mensuel de la réalisation des engagements du Grenelle ; nous pourrons observer leurs effets, suivre le chemin.

C'est un long chemin. Mais nous y sommes résolument engagés.

Je vous souhaite à toutes et à tous une très belle et durable année 2011.


source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 26 janvier 2011

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