Entretien de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre des affaires étrangères et européennes, réalisé pour le quotidien égyptien "Al Ahram" le 22 janvier 2011, sur sa tournée au Proche-Orient et les propositions de la France pour le règlement de la question israélo-palestinienne et la création d'un Etat palestinien, le referendum d'indépendance au Sud-Soudan, le Darfour, la sécurité de l'Egypte pour son approvisionnement en eau du Nil et le Liban. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de Mme Michèle Alliot-Marie, ministre des affaires étrangères et européennes, réalisé pour le quotidien égyptien "Al Ahram" le 22 janvier 2011, sur sa tournée au Proche-Orient et les propositions de la France pour le règlement de la question israélo-palestinienne et la création d'un Etat palestinien, le referendum d'indépendance au Sud-Soudan, le Darfour, la sécurité de l'Egypte pour son approvisionnement en eau du Nil et le Liban.

Personnalité, fonction : ALLIOT-MARIE Michèle.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes

ti : Q - Your Excellency's tour in Middle East is the first one. Is it going to be an exploratory tour to scan out the situation or are you going to have specific proposals to break the stalemate in the region first and foremost on the Palestinian-Israeli dilemma ?

R - Il s'agit de ma première visite dans la région au titre de mes fonctions de Ministre des affaires étrangères et européennes, que j'occupe, vous le savez, depuis le mois de novembre 2010. Cela étant, mes précédentes fonctions ministérielles m'avaient régulièrement conduite au Proche-Orient. Compte tenu de l'importance stratégique de cette région et des nombreux liens d'amitié qui lient depuis très longtempsla France et le monde arabe, j'ai souhaité que ce premier déplacement intervienne aussi vite que possible dans mes nouvelles fonctions. C'est l'occasion pour moi d'adresser un message d'amitié et de solidarité à des pays avec lesquelles nous avons des relations étroites et confiantes.

Q - Your predecessor tried hard to get Israel's approval to visit Gaza and failed. In your estimation, what is the variable that took place that made Israel change its negative attitude on that respect ? Do you think that Israel is seeking someone to help her to descend a tree that she climbed up ?

R - Je suis allée à Gaza pour témoigner de la solidarité de la France avec la population gazaouie, victime du blocus. La France n'oublie pas Gaza. Les Israéliens ont adopté des mesures d'allègement du blocus en prenant conscience petit à petit de son caractère contreproductif. Nous avons salué ces mesures. Il convient qu'elles soient mises concrètement en oeuvre et prolongées par d'autres mesures permettant la reprise des exportations et la circulation des personnes. C'est ce à quoi la France et l'Union européenne appellent avec constance.

Q - What would be your country's position in case the Palestinians used their legitimate right to declare their own country on occupied territories in 1967 ? In the same context, what would be your country's position when Arab league goes to Security Council to make the Palestinian case ?

R - La France, comme l'Europe, souhaite la création d'un Etat de Palestine indépendant, viable et démocratique. Pour y parvenir, les négociations, pour y parvenir, doivent porter sur l'ensemble des éléments liés au statut final et se fonder sur des termes de référence précis. Cela doit aboutir, en 2011, comme s'y est engagé le Quartet, à la création d'un Etat de Palestine établi sur la base des frontières de 1967, à la garantie pour Israël de sa sécurité et de sa pleine intégration dans la région, et a un règlement incluant Jérusalem comme capitale des deux Etats.

Notre position sur la colonisation est claire et constante. Le Président de la République l'a encore dit très clairement lorsqu'il a reçu le Président Mahmoud Abbas à Paris en septembre dernier : la colonisation est illégale et elle doit donc cesser. Cependant, nous pensons, comme nous l'avons dit à nos amis palestiniens, qu'il est important d'avancer vers une reprise des négociations.

La convergence de vues entre la France et l'Egypte est totale sur ce point.

Q - France was one of the first countries to recognize the unilateral declaration of Kosovo's independence in spite of the fact that negotiations with Serbia lasted only five years & in disregard of U.N S.C resolutions stipulated that independence should be a result of evocation process. In the same context, came France support for south of Sudan self determination in spite of the historical fact that the North was never an occupying force to the South. In your estimation, why do you think that what fitted both the Kosovars & the South Sudanese don't fit the Palestinians in spite of the fact that their cause is more than 60 years old, half of it fighting & the other half is sterile negotiations thanks to Israel insistence on illegitimate settlement activities in West Bank ?

R - Chaque situation nationale est unique. Vous prenez l'exemple du Kosovo : son indépendance, que nous avons reconnue, est le résultat particulier d'un processus historique unique, celui de la désintégration de la République fédérale de Yougoslavie avec les effets meurtriers que l'on a vus en Bosnie, en Croatie et au Kosovo. Quant à l'indépendance du Sud-Soudan, si tel est le résultat du referendum, elle serait le fruit de l'accomplissement d'une des étapes majeures de l'accord de paix global de 2005 : la libre-détermination de son avenir par le peuple du Sud Soudan, conformément à un accord signé par les deux partenaires pour mettre fin à une terrible guerre civile.

S'agissant de la Palestine, je le répète, nous sommes déterminés à ce que l'État de Palestine soit créé, et ce dans les meilleurs délais. Mais ne serait-il pas hasardeux de décréter un Etat sans s'accorder sur ses frontières, sans avoir assuré le principe de son existence avec ses voisins, sans avoir achevé le travail de constructions de ses institutions conduit par Salam Fayyad avec une grande énergie ? La France considère, comme l'UE et comme de nombreux partenaires, que notre priorité doit aller à la reprise des négociations. Avec pour objectif résolu de parvenir à rassembler les conditions pour la création de l'État de Palestine dans le courant de cette année.

Q - There have been huge rhetoric about E.U. plans to apply the same political terms of engagement, already resulted in South of Sudan self determination, on the Sudanese Darfur in the future. How far is this rhetoric from the truth ? and for which ends for Sudan, Egypt and the region ?

R - Je sais que beaucoup d'interrogations pèsent sur l'intégrité du Nord-Soudan si la sécession du Sud est proclamée. Je le répète, le référendum intervient conformément à un accord signé entre le Nord et le Sud pour mettre un terme à vingt années de guerre civile. La situation au Darfour est dramatique. Même si elle s'améliore sur le plan humanitaire, des crimes de masse ont été commis et la France souhaite que justice soit faite. Pour autant, la France croit que l'urgence pour le Darfour est que les parties prenantes parviennent à mettre fin aux violences armées et restaurent la paix. C'est l'objet de la médiation conjointe Union Africaine - Nations Unies - Qatar, que nous soutenons, et la condition majeure pour que les Darfouris puissent retrouver une vie normale. C'est là, je crois, leur aspiration première.

Q - Egypt has been subject to attempts by some of Nile Basin countries to reconsider its Nile water quota (50 billion C.M) out of 1700 Billion C.M which is the Nile water harvest. Egypt quota represents 96% of its water needs since it is a very dry country while the rest of Nile basin countries depend on heavy rain & some on both rain & other rivers. In your Excellency's view what could France either by itself or within E.U offers to help settle this issue both technically & legally ?

R - L'importance vitale que revêt pour l'Egypte la sécurité de son approvisionnement en eau du Nil est une évidence historique, géographique et démographique. Plus qu'aucun autre, le peuple égyptien se nourrit de ce fleuve. C'est pourquoi l'Egypte et les autres pays du Bassin du Nil ont décidé de gérer ces ressources au sein d'une initiative commune. Il appartient en effet à ces pays de poser ensemble les bases d'une gestion harmonieuse de ce bien commun. La France, comme tous les autres bailleurs de l'initiative du Bassin du Nil, soutient l'Egypte dans sa détermination à trouver une solution dans la négociation. L'utilisation de ces ressources communes par les Etats riverains obéit à des principes de concertation reconnus par la communauté internationale. Nous pensons, avec les autres bailleurs, comme la Banque Mondiale, que ces principes doivent être appliqués dès que les intérêts de chacun des pays du Bassin sont mis en jeu par un projet susceptible d'affecter les ressources en eau.

Q - In light of France's special relations with Lebanon, don't your Excellency see that pushing justice in the case of the late P.M Hariri the way it is happening, might unjustly push Lebanon to a brink of civil war ? for what ends & for whom interests ?

R - Les efforts qui visent à assurer la justice internationale et ceux qui visent à préserver la stabilité au Liban sont complémentaires. Nous l'avons rappelé avec mes collègues européens dans les conclusions du Conseil des Affaires étrangères du 22 novembre. L'impunité pour un crime aussi grave, aux répercussions politiques aussi cruelles pour le Liban, ne serait pas la meilleure façon d'envoyer un message de paix au Liban et aux Libanais. Je sais que la France et les autorités égyptiennes partagent ce sentiment. Nous avons fait preuve d'un engagement constant en faveur de la justice internationale et de la lutte contre l'impunité, notamment en apportant notre soutien à l'action du Tribunal Spécial pour le Liban, créé par les Nations Unies. Le Tribunal spécial pour le Liban, comme les autres juridictions pénales internationales, travaille de façon indépendante et impartiale, conformément aux normes juridiques les plus élevées. Il doit pouvoir poursuivre son travail sans entraves. Nous pensons que chacun, au Liban et dans la région, doit respecter son indépendance et refuser toute instrumentalisation politique de ses travaux. Nous agissons, en concertation avec les principaux acteurs régionaux, pour contribuer à résoudre la crise libanaise et pour conjurer les risques de dérapage sur le terrain. Dans la crise actuelle, la France reste attachée au respect des principes démocratiques et du cadre institutionnel libanais défini par les accords de Taëf. La France rappelle aussi l'importance qui s'attache à préserver l'unité, la stabilité, et la souveraineté libanaise. Les violences doivent être bannies. C'est par le dialogue que doit être trouvée une issue à la crise.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 8 février 2011

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