Déclaration de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre des solidarités et de la cohésion sociale, sur les mutilations sexuelles féminines, Paris le 8 février 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre des solidarités et de la cohésion sociale, sur les mutilations sexuelles féminines, Paris le 8 février 2011.

Personnalité, fonction : BACHELOT-NARQUIN Roselyne.

FRANCE. Ministre des solidarités et de la cohésion sociale

Circonstances : Journée nationale contre les mutilations sexuelles féminines à Paris le 8 février 2011

ti : Mesdames, Messieurs,


Il est des événements qui nous rassemblent, tout en rappelant combien, hélas, certains de nos concitoyens - en l'occurrence, certaines de nos concitoyennes - se voient tenus à l'écart des libertés et des droits les plus fondamentaux.

La journée internationale contre les mutilations sexuelles féminines (MSF) est de ceux-là.

J'y vois, en effet, une occasion indispensable d'informer et de sensibiliser le plus grand nombre à ces traumatismes physiques et psychiques que constituent les MSF et qui vous ont été richement détaillés cet après-midi.

Mais cette journée est aussi, hélas, le signe que cette pratique intolérable persiste.

N'oublions pas que cette date a été fixée, en 2003, par le Comité interafricain et célébrée au niveau international à partir de 2004. Sur cette question, nul ne peut s'aventurer à parler de relativisme culturel. Il s'agit d'une cause qui dépasse les frontières et les cultures, et qui implique une coopération de tous les pays.

Les chiffres, nous les connaissons tous et vous les avez sans doute déjà évoqués : 53 000 femmes sont concernées dans notre pays.

Les travaux de l'Institut national des études démographiques (INED) et les résultats de l'enquête qui vous a été présentée aujourd'hui nous permettent de mieux cerner la réalité du phénomène et l'impact de ces mutilations sur la vie quotidienne des femmes.

Grâce à ces données, nous savons que ce qui importe avant tout, c'est que chacune de ces femmes ait accès à la parole et au choix de la réparation.

Vous toutes et vous tous qui, au quotidien, prenez en charge ces femmes mutilées, le savez bien : les conséquences sur leur santé physique et psychique et sur leur sexualité sont extrêmement lourdes. Vous les avez soulignées au cours de vos différentes interventions.

Les mutilations sexuelles sont aussi, plus largement, une atteinte à la dignité humaine. Parmi toutes les violences qui sont faites aux femmes, les mutilations sexuelles féminines sont sans doute celles qui nient le plus les droits des femmes.

En violant le droit de chacune à disposer de son corps, en violant son droit à l'intégrité, son droit au plaisir, et en assignant le corps de femme au seul corps de mère, les mutilations de cette sorte violent, tout simplement, le droit de chacune à être femme.

Elles entretiennent la domination des hommes sur les femmes, d'une façon d'autant plus effarante que ce sont des violences faites aux femmes par d'autres femmes.

Et elles sont d'autant plus difficiles à entraver que les mères souhaitent pour leurs filles le sort qu'elles-mêmes ont subi, dans une sorte de servitude volontaire et héréditaire.

Dans la lutte contre les mutilations sexuelles féminines, le rôle des pouvoirs publics, mais aussi et surtout celui des professionnels sanitaires et sociaux et des associations, qui oeuvrent sur le terrain avec un engagement et des compétences hors du commun, sont, par conséquent, essentiels.

Si j'ai tenu à participer à cette demi-journée, c'est donc d'abord pour vous exprimer mon soutien et ma reconnaissance. Et je suis heureuse de pouvoir vous rencontrer après mon intervention pour un échange plus approfondi.

Si j'ai tenu à venir, c'est aussi pour vous dire mon engagement et ma détermination, et, plus largement, celle du gouvernement, pour que cette question garde toute sa place dans le prochain plan de lutte contre les violences faites aux femmes 2011-2013.


J'aimerais d'abord, si vous me le permettez, vous rappeler l'importance d'un tel plan (I), avant d'en venir plus spécifiquement au chapitre consacré aux mutilations sexuelles féminines (II).

Ce 3e plan triennal de lutte contre les violences faites aux femmes s'appuiera sur les grandes orientations développées dans les deux précédents plans : former tous les professionnels, protéger les victimes et les accompagner dans la défense de leurs droits, éviter la récidive et engager la société tout entière contre la banalisation des violences.

Pour la première fois, il s'attaquera également aux violences sexistes et sexuelles au travail.

Vous le savez, 2010 a été une année particulièrement volontariste dans le domaine de la lutte contre ces violences, avec le label Grande cause nationale attribué par le Premier Ministre et l'adoption de la loi du 9 juillet 2010 « relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences au sein du couple et aux incidences de ces dernières sur les enfants », voté à la quasi-unanimité à l'Assemblée Nationale.

En 2011, je vous le dis donc très fermement : notre mobilisation reste entière.

Car lutter contre les violences faites aux femmes, c'est lutter contre la tyrannie ordinaire, contre le pouvoir exercé de force sur le corps et l'esprit. C'est lutter contre l'assujettissement et la privation des droits. C'est lutter pour l'égalité entre les hommes et les femmes, en ce que la question des violences est la clé de voûte des inégalités entre les hommes et les femmes.


Les mutilations sexuelles féminines, je le disais, poussent à leur paroxysme l'assujettissement de la femme et la privation de ses droits fondamentaux.

C'est pourquoi le plan triennal de lutte contre les violences faites aux femmes comporte, tout naturellement, un volet consacré aux MSF.

Sensibiliser davantage le grand public et les professionnels ; faire évoluer la législation ; et former les professionnels, afin de prévenir, de dépister et de prendre en charge : tels sont les 3 grandes orientations choisies pour les trois prochaines années.

J'aimerais m'arrêter quelques instants sur ces dernières.

Sensibiliser, d'abord.

Il est primordial, en effet, de faire sortir les mutilations sexuelles féminines de la sphère intime, privée et taboue, pour qu'elles deviennent ce qu'elles sont véritablement : un sujet de droit et une responsabilité collective, un sujet de société dont chacun de nous doit s'emparer.

Cela passe par une meilleure information à destination des professionnels, quant à la conduite à adopter en cas de mutilation avérée ou en cas de menace de mutilation.

Cela passe par une meilleure information du grand public, qui doit mieux connaître la gravité des MSF et leur impact sur la vie quotidienne des femmes.

La brochure d'information « Agir face aux MSF », actualisée en 2010, est déjà en rupture de stock. Nous ne pouvons que nous féliciter de cette large diffusion. Elle sera bien évidemment actualisée et reproduite, car elle fait partie de ces outils clairs, utiles et pertinents.

Assurer l'accès à l'information des femmes et des jeunes filles primo-arrivantes reste une priorité.

Sensibiliser, c'est aussi mieux informer les familles sur les risques encourus d'un point de vue pénal. A ce sujet, je rappellerai qu'ici encore, nous avons besoin des professionnels pour protéger les enfants, y compris de leur propre culpabilité qui les empêcherait de révéler l'excision.

Ce plan triennal propose ensuite, dans une autre de ses grandes orientations, de faire évoluer la législation.

Ainsi, afin de garantir l'efficacité de la loi du 9 juillet 2010, des instruments de suivi législatif seront mis en place pour assurer l'application des mesures prévues.

Il nous faut, en outre, aller plus loin en matière de droit. Le code pénal permet, à l'heure actuelle, de réprimer les violences physiques avec mutilation. Je souhaite qu'un qualificatif juridique spécifique pour les faits de mutilation sexuelle voie le jour. Car il est important d'indiquer de manière claire quelles sont les pratiques autorisées en France et quelles sont les pratiques interdites. « Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. »

Il ne doit pas y avoir de pudeur hypocrite sur cette question là, ni dans notre société ni dans notre législation.

Dernière orientation que je voulais évoquer devant vous : la formation des professionnels confrontés aux problématiques des violences et mutilations sexuelles.

C'est l'une des missions fondamentales du réseau des déléguées régionales et des chargées de mission départementales aux droits des femmes et à l'égalité. Je voudrais les saluer pour leur travail remarquable et leur engagement sans faille.

Cet après-midi d'échanges le prouve bien : information et formation sont inextricablement liées. J'en profite pour remercier le lycée François Rabelais et ses responsables de nous accueillir aujourd'hui.

Les formations initiales et continues s'avèrent indispensables si nous voulons permettre aux professionnels de mieux prévenir les violences, de mieux repérer et mieux prendre en charge les femmes victimes de mutilations sexuelles féminines.

Un rapport sera remis au Parlement avant le 30 juin 2010, afin de dresser un état des lieux récent et exhaustif sur le sujet, et d'adapter en conséquence la réponse des pouvoirs publics. Il doit inciter l'ensemble des acteurs à se mobiliser.


Vous le voyez, notre mobilisation contre les mutilations sexuelles féminines et, plus généralement, contre les violences faites aux femmes, se trouve réaffichée et renforcée par ce plan national.

La lutte contre les mutilations sexuelles n'en est qu'un des axes, que je tenais à vous présenter à l'occasion de cette rencontre. D'ici la fin du mois, c'est l'ensemble du plan qui sera détaillé.

La lutte en faveur des femmes et de leur liberté constitue mon plus ardent engagement. Il a jalonné mon parcours politique.

Aujourd'hui ministre des droits des femmes, c'est avec la même détermination que je mène le combat.

Je compte sur vous toutes et vous tous, sur les hommes et sur les femmes, pour faire avancer notre société tout entière.


Source http://www.solidarite.gouv.fr, le 15 février 2011

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