Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à La Chaîne Info LCI le 15 février 2011, sur les relations entre la France et le Mexique en lien avec l'affaire Florence Cassez, le mouvement de protestation des magistrats et la situation des immigrants tunisiens. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à La Chaîne Info LCI le 15 février 2011, sur les relations entre la France et le Mexique en lien avec l'affaire Florence Cassez, le mouvement de protestation des magistrats et la situation des immigrants tunisiens.

Personnalité, fonction : HORTEFEUX Brice, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration;

ti : C. Barbier. B. Hortefeux, bonjour.
 
Bonjour C. Barbier.
 
Le Mexique se retire de l'Année du Mexique en France. Manifestation pourtant maintenue, hier, par le président Sarkozy. Comment réagissez-vous ?
 
C'est une décision qui relève naturellement de la souveraineté des autorités mexicaines. Nous en prenons acte.
 
Vous la regrettez ?
 
Nous en prenons acte et ensuite nous ne renonçons pas. Qu'est-ce que ça veut dire ne pas renoncer ? Cela veut dire que l'action qui est engagée afin d'aider et de faire en sorte que ce qui nous apparaît juste concernant F. Cassez puisse se concrétiser. Il y a un certain nombre encore d'instruments, de moyens juridiques dont nous allons naturellement nous saisir pour aider F. Cassez avec lequel le président de la République est d'ailleurs en contact.
 
Ca veut dire quoi ? Aller devant la Cour pénale internationale, saisir d'autres pays ?
 
Oui, il y a plusieurs possibilités : il y la Cour internationale de justice, il y a une organisation aussi judiciaire propre à l'Amérique Latine. Bref, nous allons explorer toutes les possibilités juridiques. Donc, encore une fois, c'est très clair et c'est très simple, nous en prenons acte et nous ne renonçons pas.
 
Ne faut-il pas durcir le ton, rompre les relations diplomatiques avec le Mexique ?
 
Ça ne serait certainement pas le meilleur moyen d'aider F. Cassez. Donc, le seul objectif c'est d'aider F. Cassez et donc le président de la République a eu raison hier de rappeler toute l'amitié qui nous unit au peuple mexicain même si la décision qui a été rendue effectivement nous surprend.
 
Est-ce qu'il ne faut pas au moins retirer à F. Calderon la mission qui lui est confiée dans le cadre du G20 français ?
 
En tout cas, ce qui est certain c'est que vous n'obtiendrez pas de moi ce matin des mots qui compliqueraient la tâche. Je vous le dis, le Mexique a pris une décision, c'est du ressort de sa souveraineté, nous en prenons acte, mais nous allons poursuivre l'action afin d'aider F. Cassez par tous les moyens juridiques dont nous disposons.
 
Le garde des Sceaux, M. Mercier, a blanchi les magistrats dans l'affaire Laetitia en pointant néanmoins les carences du système. Bref, rien n'a marché mais c'est la faute à personne.
 
D'abord, il faut toujours revenir à l'essentiel. Nous parlons d'un drame abominable, d'un drame abominable, le meurtre de cette jeune Laetitia qui a ému, à juste titre, chacun de nous, et tous nous compatriotes. Ensuite, le président de la République s'est personnellement indigné, et étant souvent à ses côtés je peux vraiment témoigner que cette indignation ce n'était pas une indignation factice, c'était une indignation profonde. Et il a dit une chose simple : s'il y a eu des défaillances, elles doivent être corrigées, et s'il y a eu des fautes elles doivent être sanctionnées.
 
Est-ce qu'il n'a pas parlé trop tôt ?
 
Non, c'est très exactement ce qu'il a dit. Et ce qu'il a dit est tout simplement responsable et juste et je m'étonne qu'on en soit surpris. La suite de cela, avec le garde des Sceaux nous avons effectivement diligenté des enquêtes et le garde des Sceaux a indiqué sur la base du rapport qui lui a été remis, indiqué hier qu'il y avait des « carences manifestes », ce sont les mots que M. Mercier a utilisés, dans le fonctionnement des services pénitentiaires. Je dis, je le cite...
 
...alors, que faire ? Qui punir, que changer ?
 
Attendez, je cite très exactement le garde des Sceaux, et il a indiqué qu'il en tirait des leçons, donc tout à fait dans la ligne de ce qu'a demandé à juste titre, de manière fondée, le président de la République. Ensuite, concernant le ministère de l'Intérieur, deux enquêtes ont été diligentées, de l'Inspection générale de la police et de l'enquête de 'Inspection générale de la gendarmerie. Ces enquêtes ont conclu, hier - ces enquêtes qui m'ont été remis ont conclu - qu'il n'y avait pas eu de faute personnelle, pas de faute personnelle, mais des défaillances dans la transmission de certaines informations.
 
Alors, qu'allez-vous faire ?
 
D'abord, on va faire deux choses, c'est-à-dire appliquer très scrupuleusement et méthodiquement ce que nous recommande ce rapport, notamment le rapport de l'Inspection générale de la police. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ca signifie que nous allons rappeler à l'ensemble des responsables de la sécurité publique sur la totalité du territoire les consignes à suivre lorsqu'il y a un dépôt de plainte, et ensuite...c'est la préconisation de ce rapport. Deuxième préconisation de ce rapport, c'est qu'un rappel individuel à l'ensemble des acteurs de Loire Atlantique, c'est-à-dire du directeur départemental de la sécurité publique jusqu'à la personne qui a pris la déposition, c'est une jeune femme, et je rappelle qu'elle a pris cette déposition le 26 décembre, et d'ailleurs le rapport a souligné la très bonne qualité de la manière dont elle avait pris sa déposition... Attendez, y compris cette déposition venant de l'ex-compagne de T. Meilhon. Cette personne qui a été interrogée a souligné le professionnalisme, l'attention, le suivi de la personne qui avait pris la déposition. Mais en revanche, il y a effectivement un point qui a été souligné, c'est l'absence de transmission. Qu'aurait-il fallu faire ? Il aurait sans doute fallu que cette plainte soit transmise à un officier de police judiciaire, à charge pour lui de transmettre au Parquet et le Parquet aurait pris une initiative ou n'en aurait pas prise, voilà.
 
Il y a bien des fautes individuelles-là, ce sont des gens qui auraient dû transmettre.
 
Non ! Non, non, le mot exact ce sont « des manquements dans la transmission de certaines informations », je cite très exactement...
 
...certains n'ont donc pas joué leur rôle.
 
Écoutez, ce qui est important c'est que nous naturellement nous en tirions toutes les leçons. Donc, il y a les rapports concernant le ministère de l'Intérieur qui concluent à ça, je dis j'appliquerai et suivrai méthodiquement, scrupuleusement, et strictement les conclusions de ce rapport. Mais ça ne veut pas dire que rien ne peut être fait parallèlement.
 
Est-ce que vous attendez du ministère de la Justice que les services de probation, comme on les appelle, fassent l'objet d'un grand coup de balai pour qu'on remettre de l'ordre ?
 
Ecoutez, ça, c'est de la responsabilité du ministère de la Justice.
 
Oui mais les policiers souffrent de devoir parfois sur le terrain...
 
...Attendez, vous savez, nous sommes en France, dans certains pays d'Europe ou du monde il y a parfois un seul ministère de la Justice et de la Police, nous n'en sommes pas là et ne me poussez pas à empiéter sur les responsabilités du ministère de la Justice. J'observe simplement que le garde des Sceaux à juste titre a dit qu'il en tirait un certain nombre de conséquents. Mais tout ceci pour vous dire que c'et pas pour autant qu'on reste les bras ballants. On n'est pas dans de la réflexion, on n'est pas dans la proposition, nous sommes dans la décision et nous somme dans l'action. Et nous avons avec M. Mercier, à la demande du Président, demande forte, exigeante du président de la République, nous avons pris un certain nombre de mesures. Nous avons pris sept mesures immédiates, d'action immédiate. Premier élément, nous avons accéléré les procédures d'inscription au fichier des personnes recherchées. Pourquoi ? Exemple d'un dysfonctionnement : ce T. Meilhon devait donner son adresse une fois par an et c'était le 15 août, il ne l'a pas fait, il n'a été inscrit pour des raisons administratives au fichier des personnes recherchées que le 4 janvier. Donc, seront inscrits désormais les délinquants les plus dangereux, notamment dans ce domaine. Immédiatement, au premier manquement ils seront immédiatement au fichier des personnes recherchées. Ensuite, on va améliorer la coordination à l'échelon départemental police et gendarmerie en créant des cellules spécialisées, comme je l'ai fait pour la lutte contre le cambriolage. Et enfin, un office national de suivi des délinquants sexuels les plus dangereux qui mettra en partenariat la police, la gendarmerie, les services du ministère de la Justice, et la Santé. Vous le voyez, tout ceci, C. Barbier, pour vous dire que face à ces barbaries il n'y a pas de fatalité, et face à ces atrocités notre société n'est pas impuissante.
 
B. Hortefeux, 5 000 immigrants tunisiens au moins ont abordé en Italie. Est-ce que la France doit en accueillir une partie ?
 
Bon, d'abord le peuple tunisien est un peuple ami, nous avons des liens affectueux du fait de notre histoire, donc il y a un mouvement, une aspiration à la démocratie qui s'est exprimée, donc nous devons naturellement l'accompagner. Deuxième réalité, effectivement il y a plus de 5 500 migrants qui se sont rendus sur les côtes italiennes de manière extrêmement massive, essentiellement sur trois jours, vendredi, samedi et dimanche. Pourquoi, je précise 5 500 ? Parce que 5 500 depuis le 1er janvier, c'est autant que toute l'année dernière sur ces côtes tunisiennes. Pourquoi l'île de Lampedusa essentiellement ?
 
C'est le plus proche.
 
Parce que c'est une île qui est à 167 km de...
 
...alors, allons-nous en accueillir en France au nom du droit d'asile ?
 
Attendez, île que je connais, je suis allé visiter, l'Italie n'est pas capable sur cette île d'accueillir autant de monde, comme l'a dit le ministre italien. En réalité, il y a une préoccupation : cette île n'est pas capable d'accueillir autant de monde d'un seul coup ; et deuxième élément, le ministre italien a dit que profitant du trouble provisoire en Tunisie, du fait des évènements, un certain nombre de détenus de droit commun s'étaient échappés, et il suppose - le ministre italien suppose - que certains d'entre eux considérant que l'Etat de droit allait être rétabli voulaient en profiter sans doute pour fuir la Tunisie et venir...
 
...Allons-nous accueillir quelques immigrants tunisiens pour soulager l'Italie ?
 
Attendez, c'est une politique et une décision qui relèvent aujourd'hui de l'Europe.
 
Elle est défaillante.
 
Et nous prendrons des initiatives avec l'ensemble de l'Europe. Madame Ashton était hier à Tunis, c'est un sujet qu'elle a évoqué, et il y aura des réunions à l'échelon européen pour prendre des décisions. Mais je précise aussi, C. Barbier, que les autorités tunisiennes en ont parfaitement conscience. La preuve, c'est que ce flux qui se dirigeait notamment vers l'île de Lampedusa, en tout cas, selon les informations dont je disposais hier, s'est interrompu.
 
Est-ce que nous allons envoyer des policiers français et peut-être d'autres, italiens, pour aider les Tunisiens à juguler au départ ce flux ?
 
Les Tunisiens se sont exprimés sur ce sujet. Ils ne l'ont pas souhaité. Ils ont pris des mesures. Vous savez, très concrètement, ce n'est l'intérêt ni de la Tunisie, qui l'a parfaitement compris, ni de l'Europe que d'encourager les migrations clandestines.
 
C. Jacob a-t-il eu tort de dire que D. Strauss-Kahn n'était pas à l'image de la France des terroirs, de la vraie France ? Il est accusé de franchir la ligne brune, dans Libération.
 
Oui, écoutez, Libération n'est pas forcément ma référence, donc ça peut être la vôtre...
 
...P. Moscovici, B. Hamon, ont parlé de « relents moisis ».
 
 ...mais en tout cas ce qui est certain c'est que D. Strauss-Kahn qui est aujourd'hui loin de la France n'est pas forcément le mieux placé pour connaître les problèmes des Français au plus près.
 
C'est-à-dire il ne sera pas assez conscient des problèmes pour être candidat à la présidentielle de 2012.
 
Eh ben, écoutez, je peux recommencer ma phrase en la remettant en sens inverse, mais je ne changerai pas d'idée.
 
Mais la France, il la connaît.
 
En tout cas, il la connaît aujourd'hui moins bien du fait de ses responsabilités et qui l'éloignent de notre pays.
 
B. Hortefeux, merci et bonne journée.
 
Merci.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 15 février 2011

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