Interview de M. Eric Besson, ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique, à "Europe 1" le 16 février 2011, sur les raisons de la relance du débat sur la laïcité, le multiculturalisme et la pratique de l'Islam, sur la fermeté à maintenir pour l'immigration clandestine, ainsi que sur l'exploitation du gaz et du pétrole de schiste. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique, à "Europe 1" le 16 février 2011, sur les raisons de la relance du débat sur la laïcité, le multiculturalisme et la pratique de l'Islam, sur la fermeté à maintenir pour l'immigration clandestine, ainsi que sur l'exploitation du gaz et du pétrole de schiste.

Personnalité, fonction : BESSON Eric, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique;

ti : J.-P. Elkabbach.- Devant les élus de la majorité, le président de la République est en train de relancer ou de ressortir le débat sur la laïcité dans la République. Où est l’urgence ?

L’urgence c’est de répondre aux questions que se posent les Français. Hier matin, le Président...

Il ne se les pose pas ?

Si, bien sûr !

Vous vous les posez tout seul en ce moment ?

Non, non, il se les pose. Les questions de l’intégration, la bonne intégration en France de l’Islam, et du respect de la laïcité se posent. Bien évidemment, ce ne sont pas les seules. Le président de la République encourage la majorité à se saisir de tous les débats fiscaux, sociaux, mais aussi ce qu’on appelle "régaliens" : l’immigration, la sécurité, la laïcité. Et il nous dit, débattez, saisissez-vous de ces sujets qui intéressent les Français. On l’a vu lors de son émission télévisée.

Vous voulez dire que c’est lui qui est à l’origine de cette initiative ?

Bien sûr ! Bien sûr !

Est-ce de la tactique électorale liée à la montée possible du Front national ou aux changements qui sont en train de se produire dans les pays arabes et à l’immigration ?

Quand un politique répond aux préoccupations de nos concitoyens, ce n’est pas la peine d’essayer de distinguer en permanence qui relève du fond, des préoccupations électorales. Elles sont liées. Quand le peuple s’exprime, quand le peuple s’intéresse... lors de son interview télévisée la semaine dernière, on a bien vu que ces questions - sécurité, immigration, laïcité - passionnaient les téléspectateurs d’une part, et d’autre part, les Français, l’échantillon de Français qui étaient sur le plateau.

Il a reconnu l’échec d’un multiculturalisme, c’est-à-dire avec des communautés qui vivent côte à côte, qui s’ignorent et parfois se détestent. Et il a précisé : « nos compatriotes musulmans doivent pouvoir pratiquer leur foi, mais il ne peut s’agir que d’un islam de France et pas un islam en France ». Est-ce qu’il y a un risque de débordement ou de dérive aujourd’hui ?

D’abord, il faut dire très clairement qu’on peut être musulman en France, que l’islam est la seconde religion de France, et que, nous, républicains laïcs nous devons tout faire pour faciliter l’exercice du culte de ceux qui le souhaitent. En même temps, un islam de France, cela veut dire un islam qui respecte scrupuleusement les valeurs de la République, dont l’égalité hommes-femmes, dont la laïcité ; cela veut dire que la religion appartient à la sphère privée. Concrètement, cela veut dire, selon moi, que l’on ne peut pas, qu’on ne doit pas prier dans les rues, et qu’en même temps une République fidèle à ses valeurs...

Alors, comment on fait ?

...doit faciliter l’exercice du culte. Puisque il n’y a pas assez de mosquées en France pour prier, nous devons, à la fois, être intransigeants, pas de prière dans les rues, et en même temps, être fidèles à nos valeurs, ceux qui croient doivent avoir le droit de croire et de pratiquer.

Mais comment peuvent-ils pratiquer, y compris dans des mosquées, quand on sait qu’on ne peut pas financer, ou que l’Etat ne peut pas financer des mosquées ?

Chacun a sa thèse. La mienne, c’est qu’il ne faut pas toucher à la loi de 1905 qui est une loi sacrée, si je puis dire, et en même temps, il existe des moyens, des fondations qu’on peut encourager pour aller vers cet objectif.

Les 5 à 6.000 migrants tunisiens arrivés sur l’île de Lampedusa, en route vers l’Europe, relancent effectivement la question de l’immigration. Pour B. Hortefeux, "un étranger en situation irrégulière doit être reconduit dans son pays d’origine". Vous êtes d’accord avec cette fermeté ?

Ce n’est pas seulement pour B. Hortefeux, qui a raison, bien évidemment, mais pour l’ensemble de l’Union européenne, c’est le pacte qui nous lie. Il faut dire d’abord aux Tunisiens, « n’y allez pas, ça n’est pas l’Eldorado, d’abord vous risquez votre vie en traversant la Méditerranée ». Chaque année des milliers d’entre eux sombrent, des milliers de Méditerranéens sombrent dans la Méditerranée. Deuxièmement, l’Europe a ses règles, si vous n’entrez pas pour le travail, pour raison humanitaire ou parce que l’asile vous est accordé, vous allez être reconduits dans votre pays, donc il faut d’abord prévenir. Deuxièmement, il faut accompagner ces pays, la Tunisie notamment, sur le chemin de la démocratie et de la prospérité économique, d’où l’aide économique que l’Union européenne entend leur apporter.

Et que ce soit une aide substantielle.

Absolument !

D’autant plus que la question peut se poser avec les Egyptiens, les Yéménites, les Algériens et les Libyens, puisqu’il y a en ce moment des émeutes en Libye. Vous êtes ministre de l’Industrie, on entendait tout à l’heure que les bénéfices d’EDF étaient en baisse de 74 %. Est-ce que c’est l’échec du "tout nucléaire" ou un affaiblissement profond et grave d’EDF ?

Pour les bénéfices, je l’apprends à l’instant, donc difficile de commenter, si ce n’est que j’imagine que cela veut dire que EDF inclut des provisions qu’elle avait faites. Sur le fond, EDF est une très belle entreprise qui a un potentiel considérable. C’est le premier producteur d’électricité mondial. Quant au nucléaire, qu’il ne faut pas sacraliser, nous sommes aussi favorables au développement des énergies nouvelles, mais le nucléaire va connaître un formidable développement à l’international. Depuis que je suis ministre de l’Industrie, il n’y a pas une semaine sans qu’un ministre étranger vienne me voir pour parler de son programme de développement nucléaire. Y a-t-il d’autres sources d’énergie. Je vous l’ai dit à l’instant, oui, je confirme.

Alors, N. Kosciusko-Morizet a affirmé hier, et elle va le répéter sans doute aujourd’hui, que "la France n’exploitera pas le gaz et le pétrole de schiste". Est-ce qu’il faut l’interdire et est-ce vous êtes d’accord avec cette thèse-là, vous ?

Non, ça n’est pas ce que dit exactement N. Kosciusko-Morizet. Ce que nous voulons, nous avons "diligenté", comme on dit, demandé aux services une étude pour, d’abord, apprécier ce qu’est le sous-sol français, et seule l’exploration le moment venu pourra le dire : est-ce que nous avons ce potentiel qu’ont les Etats-Unis ou d’autres pays de gaz de schiste ? Deuxièmement, est-ce qu’il existe des techniques qui permettent de l’exploiter éventuellement proprement, conformément à nos valeurs et au respect de l’environnement qui doit être notre préoccupation ? Et nous attendons des réponses à ces deux questions : y a-t-il un potentiel en France ? Nul ne le sait pour l’instant. Peut-on l’exploiter proprement ? Nul ne le sait non plus.

Mais est-ce qu’on continue à explorer ?

Bien sûr qu’on continue à explorer.

Et s’il y a des résultats, on exploite ?

A ce moment-là, il y a aura une décision, qui, j’imagine, sera interministérielle et arbitrée par le Premier ministre. Mais en tout cas, je veux dire que la France n’a pas fermée la porte au gaz de schiste. Nous sommes en train de travailler pour vérifier ce qu’il en est.

Donc, pour les uns, c’est un trésor énergétique qu’il y a en France dans les ressources significatives, et pour les autres, c’est une catastrophe écologique. Vous êtes à quel endroit ?

Je voudrais revenir dans le cercle de la raison, poser la question, le potentiel. Et deuxièmement, éventuellement, l’exploitation si on a la preuve qu’elle peut...

Mais est-ce qu’il faut réviser le Code minier en France ?

Non, j’ai vu ces dernières heures que certains le demandaient. Ma thèse est que non. J’ai présenté une ordonnance avec une codification du nouveau Code minier récemment, en janvier, au Conseil des ministres. Il y aura un projet de loi de ratification devant le Conseil des ministres. Je ne vois aucune raison, personnellement, de modifier le Code minier français.

M. Alliot-Marie est à nouveau en difficulté. Ses parents ont acheté en Tunisie une société immobilière qui appartenait à A. Miled, personnage controversé sur place. N’est-ce qu’une affaire privée ? Est-ce une attaque de trop ? Est-ce que vous la soutenez ?

C’est une affaire privée, mais moi je vais vous dire, à titre personnel, je suis lassé de commenter les vacances de M. Alliot-Marie en Tunisie. Cela va faire bientôt...

Vous voulez dire qu’elle en a fait trop ?

Non, cela veut dire... Même le président de la République a été amené à dire ce qu’il en pensait. Il a dit très clairement : « si nous avions été amenés, M. Alliot-Marie et moi-même, à en parler ensemble, je lui aurais probablement suggéré de ne pas le faire, de ne pas y aller ». Les choses sont dites ! La messe, si je puis dire, la messe laïque, est dite de ce point de vue-là. On ne va pas épiloguer toutes les semaines sur quelque chose qui relève effectivement, surtout pour ses parents, de l’affaire privée.

Vous la soutenez ce matin ?

Mais la question n’est pas soutenir ou pas, elle a reconnu elle-même que si c’était à refaire elle ne le referait pas. Simplement, je suis surpris qu’elle en soit à rendre des comptes sur des agissements de ses parents. Il me semble que l’émancipation des enfants quand son père et sa mère ont 92 ans...

Vous la retrouverez tout à l’heure au Conseil des ministres. A l’UMP, tout le monde, sauf C. Estrosi, de Jacob, Copé à B. Hortefeux, en passant par B. Accoyer, C. Lagarde, tout le monde s’en prend à D. Strauss-Kahn. Est-ce que vous êtes devenus tous des agents électoraux de D. Strauss-Kahn ?

Non ! Maintenant, il arrive qu’on réponde à des questions de journalistes. Sur le fond, le président de la République est clair, il nous demande de ne pas nous préoccuper de futurs potentiels adversaires concurrents électoraux. Il nous demande de nous concentrer sur notre tâche, et personnellement je ne dirais pas un mot sur D. Strauss-Kahn.

Mais est-ce qu’il fait peur à vos amis ?

Non, il ne fait pas peur, mais vous savez comme tous les bons sportifs qu’il faut se préoccuper de son système de jeu, de sa tactique, de son organisation de jeu, et puis prendre les concurrents, les adversaires sportifs tels qu’ils viennent, prendre un match après l’autre, comme disent les grands théoriciens du sport.

Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 1er mars 2011








J.-P. Elkabbach.- Devant les élus de la majorité, le président de la République est en train de relancer ou de ressortir le débat sur la laïcité dans la République. Où est l’urgence ?

L’urgence c’est de répondre aux questions que se posent les Français. Hier matin, le Président...

Il ne se les pose pas ?

Si, bien sûr !

Vous vous les posez tout seul en ce moment ?

Non, non, il se les pose. Les questions de l’intégration, la bonne intégration en France de l’Islam, et du respect de la laïcité se posent. Bien évidemment, ce ne sont pas les seules. Le président de la République encourage la majorité à se saisir de tous les débats fiscaux, sociaux, mais aussi ce qu’on appelle "régaliens" : l’immigration, la sécurité, la laïcité. Et il nous dit, débattez, saisissez-vous de ces sujets qui intéressent les Français. On l’a vu lors de son émission télévisée.

Vous voulez dire que c’est lui qui est à l’origine de cette initiative ?

Bien sûr ! Bien sûr !

Est-ce de la tactique électorale liée à la montée possible du Front national ou aux changements qui sont en train de se produire dans les pays arabes et à l’immigration ?

Quand un politique répond aux préoccupations de nos concitoyens, ce n’est pas la peine d’essayer de distinguer en permanence qui relève du fond, des préoccupations électorales. Elles sont liées. Quand le peuple s’exprime, quand le peuple s’intéresse... lors de son interview télévisée la semaine dernière, on a bien vu que ces questions - sécurité, immigration, laïcité - passionnaient les téléspectateurs d’une part, et d’autre part, les Français, l’échantillon de Français qui étaient sur le plateau.

Il a reconnu l’échec d’un multiculturalisme, c’est-à-dire avec des communautés qui vivent côte à côte, qui s’ignorent et parfois se détestent. Et il a précisé : « nos compatriotes musulmans doivent pouvoir pratiquer leur foi, mais il ne peut s’agir que d’un islam de France et pas un islam en France ». Est-ce qu’il y a un risque de débordement ou de dérive aujourd’hui ?

D’abord, il faut dire très clairement qu’on peut être musulman en France, que l’islam est la seconde religion de France, et que, nous, républicains laïcs nous devons tout faire pour faciliter l’exercice du culte de ceux qui le souhaitent. En même temps, un islam de France, cela veut dire un islam qui respecte scrupuleusement les valeurs de la République, dont l’égalité hommes-femmes, dont la laïcité ; cela veut dire que la religion appartient à la sphère privée. Concrètement, cela veut dire, selon moi, que l’on ne peut pas, qu’on ne doit pas prier dans les rues, et qu’en même temps une République fidèle à ses valeurs...

Alors, comment on fait ?

...doit faciliter l’exercice du culte. Puisque il n’y a pas assez de mosquées en France pour prier, nous devons, à la fois, être intransigeants, pas de prière dans les rues, et en même temps, être fidèles à nos valeurs, ceux qui croient doivent avoir le droit de croire et de pratiquer.

Mais comment peuvent-ils pratiquer, y compris dans des mosquées, quand on sait qu’on ne peut pas financer, ou que l’Etat ne peut pas financer des mosquées ?

Chacun a sa thèse. La mienne, c’est qu’il ne faut pas toucher à la loi de 1905 qui est une loi sacrée, si je puis dire, et en même temps, il existe des moyens, des fondations qu’on peut encourager pour aller vers cet objectif.

Les 5 à 6.000 migrants tunisiens arrivés sur l’île de Lampedusa, en route vers l’Europe, relancent effectivement la question de l’immigration. Pour B. Hortefeux, "un étranger en situation irrégulière doit être reconduit dans son pays d’origine". Vous êtes d’accord avec cette fermeté ?

Ce n’est pas seulement pour B. Hortefeux, qui a raison, bien évidemment, mais pour l’ensemble de l’Union européenne, c’est le pacte qui nous lie. Il faut dire d’abord aux Tunisiens, « n’y allez pas, ça n’est pas l’Eldorado, d’abord vous risquez votre vie en traversant la Méditerranée ». Chaque année des milliers d’entre eux sombrent, des milliers de Méditerranéens sombrent dans la Méditerranée. Deuxièmement, l’Europe a ses règles, si vous n’entrez pas pour le travail, pour raison humanitaire ou parce que l’asile vous est accordé, vous allez être reconduits dans votre pays, donc il faut d’abord prévenir. Deuxièmement, il faut accompagner ces pays, la Tunisie notamment, sur le chemin de la démocratie et de la prospérité économique, d’où l’aide économique que l’Union européenne entend leur apporter.

Et que ce soit une aide substantielle.

Absolument !

D’autant plus que la question peut se poser avec les Egyptiens, les Yéménites, les Algériens et les Libyens, puisqu’il y a en ce moment des émeutes en Libye. Vous êtes ministre de l’Industrie, on entendait tout à l’heure que les bénéfices d’EDF étaient en baisse de 74 %. Est-ce que c’est l’échec du "tout nucléaire" ou un affaiblissement profond et grave d’EDF ?

Pour les bénéfices, je l’apprends à l’instant, donc difficile de commenter, si ce n’est que j’imagine que cela veut dire que EDF inclut des provisions qu’elle avait faites. Sur le fond, EDF est une très belle entreprise qui a un potentiel considérable. C’est le premier producteur d’électricité mondial. Quant au nucléaire, qu’il ne faut pas sacraliser, nous sommes aussi favorables au développement des énergies nouvelles, mais le nucléaire va connaître un formidable développement à l’international. Depuis que je suis ministre de l’Industrie, il n’y a pas une semaine sans qu’un ministre étranger vienne me voir pour parler de son programme de développement nucléaire. Y a-t-il d’autres sources d’énergie. Je vous l’ai dit à l’instant, oui, je confirme.

Alors, N. Kosciusko-Morizet a affirmé hier, et elle va le répéter sans doute aujourd’hui, que "la France n’exploitera pas le gaz et le pétrole de schiste". Est-ce qu’il faut l’interdire et est-ce vous êtes d’accord avec cette thèse-là, vous ?

Non, ça n’est pas ce que dit exactement N. Kosciusko-Morizet. Ce que nous voulons, nous avons "diligenté", comme on dit, demandé aux services une étude pour, d’abord, apprécier ce qu’est le sous-sol français, et seule l’exploration le moment venu pourra le dire : est-ce que nous avons ce potentiel qu’ont les Etats-Unis ou d’autres pays de gaz de schiste ? Deuxièmement, est-ce qu’il existe des techniques qui permettent de l’exploiter éventuellement proprement, conformément à nos valeurs et au respect de l’environnement qui doit être notre préoccupation ? Et nous attendons des réponses à ces deux questions : y a-t-il un potentiel en France ? Nul ne le sait pour l’instant. Peut-on l’exploiter proprement ? Nul ne le sait non plus.

Mais est-ce qu’on continue à explorer ?

Bien sûr qu’on continue à explorer.

Et s’il y a des résultats, on exploite ?

A ce moment-là, il y a aura une décision, qui, j’imagine, sera interministérielle et arbitrée par le Premier ministre. Mais en tout cas, je veux dire que la France n’a pas fermée la porte au gaz de schiste. Nous sommes en train de travailler pour vérifier ce qu’il en est.

Donc, pour les uns, c’est un trésor énergétique qu’il y a en France dans les ressources significatives, et pour les autres, c’est une catastrophe écologique. Vous êtes à quel endroit ?

Je voudrais revenir dans le cercle de la raison, poser la question, le potentiel. Et deuxièmement, éventuellement, l’exploitation si on a la preuve qu’elle peut...

Mais est-ce qu’il faut réviser le Code minier en France ?

Non, j’ai vu ces dernières heures que certains le demandaient. Ma thèse est que non. J’ai présenté une ordonnance avec une codification du nouveau Code minier récemment, en janvier, au Conseil des ministres. Il y aura un projet de loi de ratification devant le Conseil des ministres. Je ne vois aucune raison, personnellement, de modifier le Code minier français.

M. Alliot-Marie est à nouveau en difficulté. Ses parents ont acheté en Tunisie une société immobilière qui appartenait à A. Miled, personnage controversé sur place. N’est-ce qu’une affaire privée ? Est-ce une attaque de trop ? Est-ce que vous la soutenez ?

C’est une affaire privée, mais moi je vais vous dire, à titre personnel, je suis lassé de commenter les vacances de M. Alliot-Marie en Tunisie. Cela va faire bientôt...

Vous voulez dire qu’elle en a fait trop ?

Non, cela veut dire... Même le président de la République a été amené à dire ce qu’il en pensait. Il a dit très clairement : « si nous avions été amenés, M. Alliot-Marie et moi-même, à en parler ensemble, je lui aurais probablement suggéré de ne pas le faire, de ne pas y aller ». Les choses sont dites ! La messe, si je puis dire, la messe laïque, est dite de ce point de vue-là. On ne va pas épiloguer toutes les semaines sur quelque chose qui relève effectivement, surtout pour ses parents, de l’affaire privée.

Vous la soutenez ce matin ?

Mais la question n’est pas soutenir ou pas, elle a reconnu elle-même que si c’était à refaire elle ne le referait pas. Simplement, je suis surpris qu’elle en soit à rendre des comptes sur des agissements de ses parents. Il me semble que l’émancipation des enfants quand son père et sa mère ont 92 ans...

Vous la retrouverez tout à l’heure au Conseil des ministres. A l’UMP, tout le monde, sauf C. Estrosi, de Jacob, Copé à B. Hortefeux, en passant par B. Accoyer, C. Lagarde, tout le monde s’en prend à D. Strauss-Kahn. Est-ce que vous êtes devenus tous des agents électoraux de D. Strauss-Kahn ?

Non ! Maintenant, il arrive qu’on réponde à des questions de journalistes. Sur le fond, le président de la République est clair, il nous demande de ne pas nous préoccuper de futurs potentiels adversaires concurrents électoraux. Il nous demande de nous concentrer sur notre tâche, et personnellement je ne dirais pas un mot sur D. Strauss-Kahn.

Mais est-ce qu’il fait peur à vos amis ?

Non, il ne fait pas peur, mais vous savez comme tous les bons sportifs qu’il faut se préoccuper de son système de jeu, de sa tactique, de son organisation de jeu, et puis prendre les concurrents, les adversaires sportifs tels qu’ils viennent, prendre un match après l’autre, comme disent les grands théoriciens du sport.

Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 1er mars 2011









J.-P. Elkabbach.- Devant les élus de la majorité, le président de la République est en train de relancer ou de ressortir le débat sur la laïcité dans la République. Où est l’urgence ?

L’urgence c’est de répondre aux questions que se posent les Français. Hier matin, le Président...

Il ne se les pose pas ?

Si, bien sûr !

Vous vous les posez tout seul en ce moment ?

Non, non, il se les pose. Les questions de l’intégration, la bonne intégration en France de l’Islam, et du respect de la laïcité se posent. Bien évidemment, ce ne sont pas les seules. Le président de la République encourage la majorité à se saisir de tous les débats fiscaux, sociaux, mais aussi ce qu’on appelle "régaliens" : l’immigration, la sécurité, la laïcité. Et il nous dit, débattez, saisissez-vous de ces sujets qui intéressent les Français. On l’a vu lors de son émission télévisée.

Vous voulez dire que c’est lui qui est à l’origine de cette initiative ?

Bien sûr ! Bien sûr !

Est-ce de la tactique électorale liée à la montée possible du Front national ou aux changements qui sont en train de se produire dans les pays arabes et à l’immigration ?

Quand un politique répond aux préoccupations de nos concitoyens, ce n’est pas la peine d’essayer de distinguer en permanence qui relève du fond, des préoccupations électorales. Elles sont liées. Quand le peuple s’exprime, quand le peuple s’intéresse... lors de son interview télévisée la semaine dernière, on a bien vu que ces questions - sécurité, immigration, laïcité - passionnaient les téléspectateurs d’une part, et d’autre part, les Français, l’échantillon de Français qui étaient sur le plateau.

Il a reconnu l’échec d’un multiculturalisme, c’est-à-dire avec des communautés qui vivent côte à côte, qui s’ignorent et parfois se détestent. Et il a précisé : « nos compatriotes musulmans doivent pouvoir pratiquer leur foi, mais il ne peut s’agir que d’un islam de France et pas un islam en France ». Est-ce qu’il y a un risque de débordement ou de dérive aujourd’hui ?

D’abord, il faut dire très clairement qu’on peut être musulman en France, que l’islam est la seconde religion de France, et que, nous, républicains laïcs nous devons tout faire pour faciliter l’exercice du culte de ceux qui le souhaitent. En même temps, un islam de France, cela veut dire un islam qui respecte scrupuleusement les valeurs de la République, dont l’égalité hommes-femmes, dont la laïcité ; cela veut dire que la religion appartient à la sphère privée. Concrètement, cela veut dire, selon moi, que l’on ne peut pas, qu’on ne doit pas prier dans les rues, et qu’en même temps une République fidèle à ses valeurs...

Alors, comment on fait ?

...doit faciliter l’exercice du culte. Puisque il n’y a pas assez de mosquées en France pour prier, nous devons, à la fois, être intransigeants, pas de prière dans les rues, et en même temps, être fidèles à nos valeurs, ceux qui croient doivent avoir le droit de croire et de pratiquer.

Mais comment peuvent-ils pratiquer, y compris dans des mosquées, quand on sait qu’on ne peut pas financer, ou que l’Etat ne peut pas financer des mosquées ?

Chacun a sa thèse. La mienne, c’est qu’il ne faut pas toucher à la loi de 1905 qui est une loi sacrée, si je puis dire, et en même temps, il existe des moyens, des fondations qu’on peut encourager pour aller vers cet objectif.

Les 5 à 6.000 migrants tunisiens arrivés sur l’île de Lampedusa, en route vers l’Europe, relancent effectivement la question de l’immigration. Pour B. Hortefeux, "un étranger en situation irrégulière doit être reconduit dans son pays d’origine". Vous êtes d’accord avec cette fermeté ?

Ce n’est pas seulement pour B. Hortefeux, qui a raison, bien évidemment, mais pour l’ensemble de l’Union européenne, c’est le pacte qui nous lie. Il faut dire d’abord aux Tunisiens, « n’y allez pas, ça n’est pas l’Eldorado, d’abord vous risquez votre vie en traversant la Méditerranée ». Chaque année des milliers d’entre eux sombrent, des milliers de Méditerranéens sombrent dans la Méditerranée. Deuxièmement, l’Europe a ses règles, si vous n’entrez pas pour le travail, pour raison humanitaire ou parce que l’asile vous est accordé, vous allez être reconduits dans votre pays, donc il faut d’abord prévenir. Deuxièmement, il faut accompagner ces pays, la Tunisie notamment, sur le chemin de la démocratie et de la prospérité économique, d’où l’aide économique que l’Union européenne entend leur apporter.

Et que ce soit une aide substantielle.

Absolument !

D’autant plus que la question peut se poser avec les Egyptiens, les Yéménites, les Algériens et les Libyens, puisqu’il y a en ce moment des émeutes en Libye. Vous êtes ministre de l’Industrie, on entendait tout à l’heure que les bénéfices d’EDF étaient en baisse de 74 %. Est-ce que c’est l’échec du "tout nucléaire" ou un affaiblissement profond et grave d’EDF ?

Pour les bénéfices, je l’apprends à l’instant, donc difficile de commenter, si ce n’est que j’imagine que cela veut dire que EDF inclut des provisions qu’elle avait faites. Sur le fond, EDF est une très belle entreprise qui a un potentiel considérable. C’est le premier producteur d’électricité mondial. Quant au nucléaire, qu’il ne faut pas sacraliser, nous sommes aussi favorables au développement des énergies nouvelles, mais le nucléaire va connaître un formidable développement à l’international. Depuis que je suis ministre de l’Industrie, il n’y a pas une semaine sans qu’un ministre étranger vienne me voir pour parler de son programme de développement nucléaire. Y a-t-il d’autres sources d’énergie. Je vous l’ai dit à l’instant, oui, je confirme.

Alors, N. Kosciusko-Morizet a affirmé hier, et elle va le répéter sans doute aujourd’hui, que "la France n’exploitera pas le gaz et le pétrole de schiste". Est-ce qu’il faut l’interdire et est-ce vous êtes d’accord avec cette thèse-là, vous ?

Non, ça n’est pas ce que dit exactement N. Kosciusko-Morizet. Ce que nous voulons, nous avons "diligenté", comme on dit, demandé aux services une étude pour, d’abord, apprécier ce qu’est le sous-sol français, et seule l’exploration le moment venu pourra le dire : est-ce que nous avons ce potentiel qu’ont les Etats-Unis ou d’autres pays de gaz de schiste ? Deuxièmement, est-ce qu’il existe des techniques qui permettent de l’exploiter éventuellement proprement, conformément à nos valeurs et au respect de l’environnement qui doit être notre préoccupation ? Et nous attendons des réponses à ces deux questions : y a-t-il un potentiel en France ? Nul ne le sait pour l’instant. Peut-on l’exploiter proprement ? Nul ne le sait non plus.

Mais est-ce qu’on continue à explorer ?

Bien sûr qu’on continue à explorer.

Et s’il y a des résultats, on exploite ?

A ce moment-là, il y a aura une décision, qui, j’imagine, sera interministérielle et arbitrée par le Premier ministre. Mais en tout cas, je veux dire que la France n’a pas fermée la porte au gaz de schiste. Nous sommes en train de travailler pour vérifier ce qu’il en est.

Donc, pour les uns, c’est un trésor énergétique qu’il y a en France dans les ressources significatives, et pour les autres, c’est une catastrophe écologique. Vous êtes à quel endroit ?

Je voudrais revenir dans le cercle de la raison, poser la question, le potentiel. Et deuxièmement, éventuellement, l’exploitation si on a la preuve qu’elle peut...

Mais est-ce qu’il faut réviser le Code minier en France ?

Non, j’ai vu ces dernières heures que certains le demandaient. Ma thèse est que non. J’ai présenté une ordonnance avec une codification du nouveau Code minier récemment, en janvier, au Conseil des ministres. Il y aura un projet de loi de ratification devant le Conseil des ministres. Je ne vois aucune raison, personnellement, de modifier le Code minier français.

M. Alliot-Marie est à nouveau en difficulté. Ses parents ont acheté en Tunisie une société immobilière qui appartenait à A. Miled, personnage controversé sur place. N’est-ce qu’une affaire privée ? Est-ce une attaque de trop ? Est-ce que vous la soutenez ?

C’est une affaire privée, mais moi je vais vous dire, à titre personnel, je suis lassé de commenter les vacances de M. Alliot-Marie en Tunisie. Cela va faire bientôt...

Vous voulez dire qu’elle en a fait trop ?

Non, cela veut dire... Même le président de la République a été amené à dire ce qu’il en pensait. Il a dit très clairement : « si nous avions été amenés, M. Alliot-Marie et moi-même, à en parler ensemble, je lui aurais probablement suggéré de ne pas le faire, de ne pas y aller ». Les choses sont dites ! La messe, si je puis dire, la messe laïque, est dite de ce point de vue-là. On ne va pas épiloguer toutes les semaines sur quelque chose qui relève effectivement, surtout pour ses parents, de l’affaire privée.

Vous la soutenez ce matin ?

Mais la question n’est pas soutenir ou pas, elle a reconnu elle-même que si c’était à refaire elle ne le referait pas. Simplement, je suis surpris qu’elle en soit à rendre des comptes sur des agissements de ses parents. Il me semble que l’émancipation des enfants quand son père et sa mère ont 92 ans...

Vous la retrouverez tout à l’heure au Conseil des ministres. A l’UMP, tout le monde, sauf C. Estrosi, de Jacob, Copé à B. Hortefeux, en passant par B. Accoyer, C. Lagarde, tout le monde s’en prend à D. Strauss-Kahn. Est-ce que vous êtes devenus tous des agents électoraux de D. Strauss-Kahn ?

Non ! Maintenant, il arrive qu’on réponde à des questions de journalistes. Sur le fond, le président de la République est clair, il nous demande de ne pas nous préoccuper de futurs potentiels adversaires concurrents électoraux. Il nous demande de nous concentrer sur notre tâche, et personnellement je ne dirais pas un mot sur D. Strauss-Kahn.

Mais est-ce qu’il fait peur à vos amis ?

Non, il ne fait pas peur, mais vous savez comme tous les bons sportifs qu’il faut se préoccuper de son système de jeu, de sa tactique, de son organisation de jeu, et puis prendre les concurrents, les adversaires sportifs tels qu’ils viennent, prendre un match après l’autre, comme disent les grands théoriciens du sport.

Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 1er mars 2011


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