Interview de M. Eric Besson, ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique, à "RTL" le 22 février 2011, sur l'impact de la crise libyenne sur l'approvisionnement en pétrole, sur la direction de la filière nucléaire en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Eric Besson, ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique, à "RTL" le 22 février 2011, sur l'impact de la crise libyenne sur l'approvisionnement en pétrole, sur la direction de la filière nucléaire en France.

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique

ti : J.-M. Aphatie.- Bonjour, E. Besson.

Bonjour, J.-M. Aphatie

Vous avez quitté Paris, hier soir, pour Ryad où vous vous trouvez ce matin pour une réunion avec les représentants des pays producteurs de pétrole. Et justement, ce matin, il y a beaucoup d’inquiétude sur le pétrole à cause de la crise libyenne. Double inquiétude : d’abord, les prix ça flambe. C’est un péril pour notre économie, E. Besson ?

Péril ? Je ne sais pas. Une difficulté ? Bien évidemment. Mais vous avez raison : ici à Ryad au Forum International de l’Energie avec une centaine de ministres de l’Energie, les producteurs et les consommateurs, c’est l’un des sujets que nous allons aborder : comment stabiliser les prix ? Comment leur donner une visibilité ? Comment lutter contre la volatilité des prix ? C’est l’objet de notre réunion de ce jour en Arabie Saoudite.

Avec la crise libyenne, y a-t-il un péril sur les approvisionnements, E. Besson ?

Non. Aujourd’hui, tout le monde est d’accord : il n’y a pas de péril sur les approvisionnements. Maintenant ce que seront les semaines et les mois qui viennent en fonction de l’évolution du monde arabo-musulman, je ne sais vous le dire. Mais aujourd’hui, clairement, non il n’y a pas de péril.

Pourquoi le Gouvernement français n’organise-t-il pas de rapatriement des ressortissants français qui se trouvent aujourd’hui en Libye ?

C’est une question qu’il faudrait poser à la cellule de crise du Quai d’Orsay qui, seule, apprécie minute par minute, la situation. Si j’ai bien compris, le Quai d’Orsay a commencé le rapatriement des Français, leur offre la possibilité de rentrer s’ils le veulent. Il doit estimer, pour l’heure, qu’il ne faut pas obliger entre guillemets les Français à rentrer.

Vous avez l’air un peu distant par rapport à cette cellule de crise ? Appréciez-vous la situation différemment, E. Besson ?

Non, absolument pas. Simplement, c’est une responsabilité... Non, je ne suis pas distant, du tout. Simplement, quand on n’a pas les leviers il faut être prudent dans le commentaire.

Energie, toujours. Le Figaro annonce, ce matin, que le prix du gaz augmentera de 5% au 1er avril prochain. Vous le confirmez ?

Non, je ne confirme pas. C’est quelque chose qui est à l’étude et qui sera annoncé dans les semaines qui viennent.

Vous avez participé, hier, E. Besson, à l’Eysée hier après-midi avant de vous envoler pour Ryad, sous la présidence de N. Sarkozy, à un conseil de politique nucléaire, censé mettre de l’ordre dans un secteur dominé par les chamailleries entre les deux champions français : EDF et Areva. La question est simple : qui d’EDF ou d’Areva désormais sera le chef de file quand un pays étranger lancera un appel d’offre pour s’équiper d’une centrale nucléaire ?

D’abord, au-delà des chamailleries, la France dispose de cinq grands champions mondiaux et pas seulement deux : ceux que vous avez cités : EDF, Areva, mais aussi GDF-Suez, Alstom et le CEA, et à un moment où le marché mondial du nucléaire va connaître une très forte croissance. Pensez, par exemple, que la Chine va se doter d’une centaine de réacteurs nucléaires. La réponse précise à votre question, elle est très simple. Lorsque la France est sollicitée pour une offre globale, ce qu’on appelle une prestation d’architecte ensemblier, le leader, clairement ce sera EDF. Mais il peut arriver qu’un certain nombre de pays ne demandent pas ce qu’on appelle la compétence d’architecte ensemblier et demandent des îlots nucléaires à Areva des turbines à Alstom et à ce moment-là, ces entreprises pourront répondre directement ; et c’est pour ça que nous allons créer un comité stratégique de l’énergie nucléaire que je vais présider avec le président d’EDF, H. Proglio...

Qui sera vice-président. Donc, qui aura la main sur la filière finalement. Ce sera lui le patron, avec vous ?

De toute façon, c’est le premier producteur d’électricité au monde, et c’est le champion français du nucléaire. Lorsqu’on s’adresse à la France pour une offre globale avec cette prestation que j’appelais d’architecte d’ensemblier, c’est à EDF qu’on pense ; mais en même temps, tous les acteurs de la filière seront associés comme nous les associons à la gamme de produits. Vous savez que nous avons décidé, hier, d’enrichir la gamme de produits de réacteurs français. Nous avons le fer de lance, l’EPR qui est le plus beau fleuron de la filière nucléaire française, mais nous allons donner à Areva avec EDF-GDF la possibilité de développer, de certifier un réacteur de moyenne puissance : l’Atmea. Nous allons donner à EDF la possibilité de travailler avec les Chinois au développement d’un réacteur dit de troisième génération, c’est-à-dire très sûr, et nous créerons un groupe de travail pour étudier l’opportunité de réacteurs de faible puissance. Donc, voyez grande puissance, moyenne puissance, faible puissance... La France va se doter d’une gamme de réacteurs adaptés au marché mondial, adaptés à la situation des différents pays potentiellement acheteurs.

Vous allez sans doute le démentir, E. Besson, mais l’ensemble de ces arbitrages ressemble bien à un désaveu pour A. Lauvergeon, P-DG d’Areva ?

Absolument pas.

J’en étais sûr !

Vous étiez sûr ; mais je démens fortement.

Voilà.

Réaffirmer que l’EPR est un produit phare, dire très clairement qu’EDF va participer à la certification de l’Atmea, organiser la filière nucléaire française puis pour que son fleuron, notamment l’EPR, soit valorisé à l’Export, je ne vois pas où est le démenti pour Areva, d’autant que personne n’a envie de le faire. Et nous allons même donner à Areva les moyens d’être plus puissants dans la mine et dans l’exploitation d’uranium puisque nous lui demandons de filialiser l’activité Exploitation d’uranium pour pouvoir s’ouvrir, apporter, trouver d’autres capitaux pour exploiter davantage de mines et renforcer ainsi la sécurité d’approvisionnement de la filière nucléaire.

Allez-vous confirmer A. Lauvergeon à la tête d’Areva, E. Besson ?

Je ne confirme rien. Il y a une procédure qui a été lancée que vous connaissez. Son mandat arrive à échéance en juin. Le président de la République a lancé une procédure. Le président du conseil de surveillance et R. Ricol doivent proposer une liste de vingt candidatures dans les jours ou les semaines qui viennent. Ca sera traité normalement et c’est le président de la République qui, en dernier ressort, choisit le chef d’entreprise publique comme ça se fait régulièrement.

Je le disais, vous êtes à Ryad. Avez-vous pris auprès des autorités saoudiennes des nouvelles de Z. Ben Ali, le Président, l’ancien Président tunisien ?

Non, Jean-Michel Aphatie ; non je suis arrivé au beau milieu de la nuit...

Vous prendrez de ses nouvelles ?

A trois heures du matin. Ça n’est pas l’objet de mes réunions de travail. Vous avez ouvert l’interview en évoquant la situation du pétrole, les perspectives de production. Là justement entre l’offre et la demande, c’est vraiment la principale préoccupation que j’ai... Puis...

Vous n’en profiterez pas pour prendre des nouvelles de l’ancien Président tunisien. On dit qu’il est dans le coma, qu’il l’a été ?

Non, ce n’est pas ma préoccupation première aujourd’hui, J.-M. Aphatie !

Vous manquez de curiosité, E. Besson !

Probablement. C’est pour ça que je ne suis pas journaliste comme vous !

C’est bien dit ! Bonne journée à Ryad.

Source : Premier ministre, service d’Information du Gouvernement le 4 mars 2011

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