Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à Europe 1 le 17 mars 2011, sur l'accident nucléaire au Japon, l'application d'un couvre-feu pour mineurs à Asnières et à Gennevilliers et le débat à propos de la laïcité. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à Europe 1 le 17 mars 2011, sur l'accident nucléaire au Japon, l'application d'un couvre-feu pour mineurs à Asnières et à Gennevilliers et le débat à propos de la laïcité.

Personnalité, fonction : GUEANT Claude, ELKABBACH Jean-Pierre.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration;

ti : JEAN-PIERRE ELKABBACH Merci d'être avec nous à Paris. La tragédie du Japon angoisse évidemment les Français. Est-ce que vous avez pris toutes les mesures de protection et de sécurité antinucléaires ici en France ?
 
CLAUDE GUÉANT La France, vous le savez, a un parc nucléaire important. Elle a 58 centrales et elle a une tradition de très grande exigence de sûreté et en même temps, ce qui compte beaucoup dans ces circonstances, une exigence de transparence. Des commissions locales d'information existent, qui se réunissent plusieurs fois par an. Le Premier ministre a décidé que des audits d'actualisation seraient faits de la sûreté de chaque centrale, sous l'égide de l'Autorité de Sûreté Nucléaire et tout cela sera donné à la population.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Très bien, mais est-ce que vous renforcez les mesures habituelles ?
 
CLAUDE GUÉANT Bien s'il apparaît qu'il convient de renforcer les mesures de sûreté, bien sûr elles seront renforcées parce que ces audits seront faits bien sûr à la lumière des retours d'expérience de ce qui se passe au Japon.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et déjà, est-ce que vous prévoyez de demander le contrôle de radioactivité des Français rapatriés du Japon ?
 
CLAUDE GUÉANT Bien sûr. Les Français rapatriés du Japon feront l'objet d'une attention médicale particulière. Ça va de soi.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et est-ce que la France est prête s'il le faut à soigner des Japonais irradiés ?
 
CLAUDE GUÉANT La France est bien sûr prête à accueillir des Japonais qui devraient être soignés et dont le Japon ne pourrait pas assurer la prise en charge. Nous avons des hôpitaux spécialisés tout à fait adaptés à cela, des services d'hématologie, l'hôpital militaire Percy qui est spécialisé. Nous sommes bien sûr à disposition.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc on est prêt. J'ai noté que cette nuit les cent sapeurs-pompiers de la sécurité civile qui avaient été envoyés au Japon ont été déplacés ; ils sont allés loin de l'endroit où ils étaient à Sendai. Pourquoi ?
 
CLAUDE GUÉANT Effectivement j'ai pris cette décision hier comme les responsables des autres pays qui ont envoyé des détachements l'ont fait, parce que le Invités du 17 mars 2011 Département Veille et Ressources d'informations – 01.42.75.54.58 3 niveau de radioactivité à 80 kilomètres pourtant de la centrale était alarmant. Ils ont donc été déplacés de 300 kilomètres.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui. Est-ce que vous restez favorable à l'énergie nucléaire en France ? Sincèrement ?
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, on n'a pas le choix de toute façon. Je rappelle que l'énergie nucléaire représente 80 % de l'électricité consommée en France ; 10 autres pourcents sont hydrauliques et 10 autres correspondent aux énergies nouvelles. Dans le même temps, la France développe beaucoup ces énergies nouvelles.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Alors on va voir à quoi ressemblera le débat national qui est engagé. KADHAFI et son fils, monsieur GUÉANT, répètent qu'ils sont prêts à tout révéler de l'argent de la Libye qui aurait servi à financer la campagne électorale de Nicolas SARKOZY. Vous qui êtes au courant de tout, est-ce que vous prenez la menace au sérieux ? Qu'est-ce qu'ils peuvent révéler ?
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, j'aurais tendance à dire que depuis le temps qu'ils le disent, qu'ils le fassent. Ce que je sais, c'est qu'une campagne électorale voit ses comptes vérifiés par le conseil constitutionnel, par la commission des comptes de campagne et la seule chose qui puisse être faite au profit d'une campagne, c'est un chèque qui est au maximum de 4 600 euros.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui, oui, mais vous êtes sûr qu'ils ne détiennent pas des pièces qui pourraient être compromettantes ?
 
CLAUDE GUÉANT Je ne vois pas comment ils pourraient en avoir puisqu'il n'y a rien de tel.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Vous connaissez bien les KADHAFI avec qui vous avez négocié au moins la libération des infirmières bulgares, n'est-ce pas ; à quel mauvais coup de leur part faut-il s'attendre ?
 
CLAUDE GUÉANT Bien écoutez, le mauvais coup malheureusement il est sous nos yeux. Il y a ce massacre épouvantable qui se poursuit en Libye après 40 ans de dictature et le président de la République française s'est distingué en voulant que la communauté internationale prenne ses responsabilités et fasse quelque chose.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH On va voir justement ce que le conseil de sécurité va faire aux demandes de la France, de monsieur Ban KI-MOON, des Anglais qui sont les seuls à réclamer une initiative urgente avec nous.
 
CLAUDE GUÉANT Avec nous et les pays arabes.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui. Et KADHAFI reconquiert son pays et réprime. Il promet de se venger de l'Europe et de la France aussi. Est-ce que vous prévoyez d'intensifier sur notre territoire la sécurité et la lutte antiterroriste ?
 
CLAUDE GUÉANT La vigilance antiterroriste est permanente sur notre territoire. Je ne pense pas qu'il faille exagérer le danger libyen.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Les maires d'Asnières et de Gennevilliers appliquent un couvre-feu pour mineurs, un couvre-feu d'une semaine, afin d'éviter les guérillas rituelles entre bandes. Il y a sur place 200 policiers environ mais comment rétablir la tranquillité, surtout supprimer la haine entre ces jeunes ?
 
CLAUDE GUÉANT Oui effectivement, il ne s'agit pas des modes urbaines en l'espèce : il s'agit de haine inexpiable entre des bandes. Mon prédécesseur avait engagé une action spécifique contre les bandes, la police veille, essaye de séparer les belligérants, y parvient. Le couvre-feu est une bonne mesure mais cet incident grave montre à quel point l'action de la police doit être étendue à une mobilisation de l'ensemble de la société pour lutter contre des phénomènes qui sont incompréhensibles par des gens normalement constitués.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais il faut donner peut-être un travail, une perspective, un espoir aussi à certains jeunes parce que certains témoignent, ils disent qu'ils ont entre 14 et 17 ans et qu'ils se tapent dessus sans autre motif que celui de se taper dessus.
 
CLAUDE GUÉANT Oui, mais c'est vrai. Mais ceci dit, j'ai l'impression que quand vous en êtes arrivé à ce degré de raisonnement, ce n'est pas la perspective d'un travail qui arrange les choses. Il faut aussi faire oeuvre éducative, il faut que les responsabilités des parents et du corps social s'exercent et c'est un prolongement de la politique de sécurité que je voudrais mettre en oeuvre.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Claude GUÉANT, l'INED, l'Institut des Études Démographiques, a annoncé hier que la France compte un peu plus de deux millions de musulmans déclarés. Alors est-ce que c'est deux millions ou six millions, trois fois plus ? Quelle est la réalité ?
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, les chiffres oscillent : il y a ceux qui se déclarent – je pense que ce sont ceux qui sont les pratiquants – et puis il y a ceux qui sont de culture musulmane, dont on dit qu'ils sont cinq à six millions.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Donc il y a cinq-six millions. Alors hier ministre des Cultes, vous avez reçu place Beauvau le CFCM, Conseil Français du Culte Musulman. Il refuse de participer au débat organisé par l'UMP et en même temps ils ne vous ont pas caché leur inquiétude. Vous ne les avez pas convaincus ?
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, je pense que nous avons trouvé un bon terrain d'entente et qu'ils ont compris quelle était la démarche suivie et que cette démarche ne stigmatiserait en aucune façon les musulmans. Cette démarche, quelle est-elle ? Elle est de faire en sorte que le principe de laïcité vive dans notre pays de façon active. Les Français y sont attachés, c'est un principe républicain essentiel. La laïcité n'est pas contre les musulmans.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui mais il peut y avoir des dérives, des malentendus comme ils disent.
 
CLAUDE GUÉANT Il peut y avoir des dérives et précisément, il faut les éviter. D'un autre coté, il faut éviter que la religion entre dans l'espace social. Ce n'est pas un hasard si le voile intégral a été interdit par la quasi-unanimité du Parlement.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire que, si on simplifie, il faut appliquer les lois de la République à l'hôpital, à la piscine, dans les cantines scolaires.
 
CLAUDE GUÉANT Voilà, exactement. Exactement.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et est-ce qu'ils sont d'accord, eux, avec ça ?
 
CLAUDE GUÉANT Il ne faut pas que les religieux pénètrent notre vie sociale. Ils sont d'accord.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Oui.
 
CLAUDE GUÉANT Et dans le même temps, je pense que ce débat et les décisions qui suivront ce débat, les décisions du gouvernement pour le coup, permettront aux musulmans de France de vivre leur religion de façon plus apaisée.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Ça, c'est le 5 avril. Et le 6 avril, est-ce qu'on passe à un autre sujet Claude GUÉANT ?
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, l'UMP a un thème, un débat chaque mois. Il y a eu un débat sur les 35 heures, il y a eu un débat sur l'application des peines. Après le 6 avril, l'UMP va préparer un débat sur l'emploi.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Claude GUÉANT, vous venez de confier au Monde, le journal : les Français veulent que la France reste la France. Ça veut dire « La France aux Français » ?
 
CLAUDE GUÉANT Ça veut dire tout simplement que les Français, à force d'immigration incontrôlée, ont parfois le sentiment de ne plus être chez eux, ou bien ils ont le sentiment de voir des pratiques – et je reviens à notre conservation d'il y a un instant – qui s'imposent à eux et qui ne correspondent pas aux règles de notre vie sociale.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Mais ça veut dire que Montpellier reste Montpellier, que Marseille reste Marseille, que la France reste la France. C'est une sorte de tautologie. CLAUDE GUÉANT Mais oui, mais c'est vrai que… Ce n'est pas une tautologie du tout, je crois que c'est une réflexion qui est importante et que nos compatriotes Invités du 17 mars 2011 Département Veille et Ressources d'informations – 01.42.75.54.58 6 comprennent bien. Nos compatriotes veulent choisir leur mode de vie, ils ne veulent pas qu'on leur impose un mode de vie.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Est-ce que les préfets vous disent que les Français demandent que Nicolas SARKOZY reste Nicolas SARKOZY ou qu'il change lui aussi un peu ? Pour être plus entendu ?
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, les préfets ne font pas de rapports sur cette question. Les préfets n'ont pas de fonction politique mais si vous voulez mon sentiment personnel, je crois que ce qu'il faut, c'est que Nicolas SARKOZY continue à faire l'oeuvre de changements de la France qu'il fait depuis 2007. C'est extrêmement important dans un monde qui bouge, tout change autour de nous et il faut que la France se réforme pour que précisément notre idéal demeure et que ce à quoi nous tenons le plus demeure, par exemple nos systèmes sociaux. Si on ne change pas les choses, on ne les maintiendra pas.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Claude GUÉANT, vous pensez que le candidat de droite, sans doute Nicolas SARKOZY, pourrait ne pas être au deuxième tour ?
 
CLAUDE GUÉANT Pour moi, c'est une évidence qu'il y sera.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Pourquoi ? Ça, c'est de l'ordre de la magie.
 
CLAUDE GUÉANT Non, ce n'est pas de l'ordre de la magie : c'est de l'ordre de l'analyse et c'est de l'ordre de la confiance dans le peuple de France.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH Et lors des cantonales, personne ne prévoit un grand succès pour l'UMP au deuxième tour. Dans les cas de duels PS contre Front National, qu'est-ce que préfère le ministre de l'Intérieur ?
 
CLAUDE GUÉANT Bien le ministre de l'Intérieur dit clairement qu'il n'y a pas de front républicain et il n'y a pas non plus de soutien au Front National.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est-à-dire on ne choisit pas.
 
CLAUDE GUÉANT Voilà, exactement.
 
JEAN-PIERRE ELKABBACH C'est ça, parce que vous craignez de renforcer le Parti socialiste ou de plaire au Front National qui est vindicatif ?
 
CLAUDE GUÉANT Non. Il s'agit simplement de gagner et puis de défendre nos idées.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 18 mars 2011

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