Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à Radio Classique et I-Télé le 16 mars 2011, sur la situation des réacteurs nucléaires de Fukushima au Japon et l'annonce d'un diagnostic sur la sécurité nucléaire en France. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à Radio Classique et I-Télé le 16 mars 2011, sur la situation des réacteurs nucléaires de Fukushima au Japon et l'annonce d'un diagnostic sur la sécurité nucléaire en France.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie, DURAND Guillaume, DARMON Michael.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement; ;

ti : GUILLAUME DURAND Bonjour. Ravi de vous retrouver. Bonjour Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Bonjour.
 
GUILLAUME DURAND Je rappelle que vous êtes ministre de l'Ecologie, et qu'on va évidemment parler de ce drame japonais. D'après les experts qui vous entourent, est-ce que les Japonais ont une chance de gagner la bataille de Fukushima actuellement, je sais bien que c'est un peu violent comme question d'entrée le matin…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Alors, d'abord, la bataille est mal engagée, et il faut comprendre que, elle est déjà partiellement perdue, dans le sens où les rejets dans l'environnement, ils existent déjà aujourd'hui. Je voudrais préciser, en fait, si vous voulez bien, parce que ce sont des sujets dans lesquels on est obligé d'être un peu technique pour être vraiment juste…
 
GUILLAUME DURAND Eh bien allons-y, on est là pour ça…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Donc les circuits de refroidissement sont en grande difficulté, à partir du moment où une centrale n'est plus refroidie, même si elle est à l'arrêt, le réacteur s'échauffe, et ça fait de la pression dans la cuve. Le cas le moins grave, mais qui est déjà grave dans ces cas-là, qui peut déjà être considéré comme un accident très grave, c'est si la cuve reste confinée, et de temps en temps, on relâche intentionnellement la vapeur, je dis que c'est déjà un accident très grave, parce que cette vapeur peut être très chargée en radioactivité. Mais ça reste seulement un accident très grave. Là où ça devient vraiment potentiellement catastrophique, c'est s'il y a un déconfinement de la cuve…
 
GUILLAUME DURAND Vous avez employé le mot…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET J'ai employé le mot, et j'emploie le mot…
 
GUILLAUME DURAND Et Bruxelles a dit apocalypse.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET S'il y a un déconfinement de la cuve, il semble qu'il y ait d'ores et déjà un déconfinement sur le réacteur numéro 2, et peut-être un début de déconfinement sur le réacteur numéro 3. Il semble aussi que le niveau de l'eau baisse dans certaines piscines de combustibles usés, les combustibles usés sont stockés dans des piscines, notamment celle du réacteur numéro 4. Si le niveau de l'eau baisse, il y a des anciens coeurs dans ces piscines, ils peuvent aussi entrer en fusion, et les piscines ne sont pas dans des espaces confinés. Donc ça, c'est de la radioactivité qui est relâchée directement dans l'atmosphère. Autrement dit, jusqu'à hier matin, on pouvait penser qu'on était dans un accident très grave, mais que l'essentiel restait confiné. Depuis qu'on sait qu'il y a des débuts de déconfinement, on a des re-largages plus importants de radioactivité dans l'environnement, et on sait qu'on peut s'acheminer vers une catastrophe. Dernier point sur lequel je voudrais attirer l'attention, c'est que tout ceci fait beaucoup de radioactivité maintenant sur le site, et les opérateurs du site qui travaillent prennent de très grands risques, ils travaillent dans des conditions extrêmement difficiles, la présidente de l'Institut de radioprotection de sûreté nucléaire hier, répondant à une question sur : mais quel est le genre de doses auquel sont exposés ces travailleurs, répondait : il s'agit de doses héroïques, ce qui dit bien ce que ça veut dire. Ce qui pose aussi un problème d'ailleurs, qui est que peut-être ces opérateurs ne pourront pas continuer très longtemps, ce qui peut… à son tour, entraine des problèmes sur d'autres réacteurs qui pour le moment sont maîtrisés…
 
GUILLAUME DURAND Mais est-ce que vous avez des informations par exemple, est-ce que les Japonais informent leurs partenaires, c'est-à-dire nous, sur ce qui se passe et sur les conséquences justement d'un… je ne dis pas d'un éventuel arrêt du travail qui est fait autour de ces centrales, mais d'une situation qui pourrait effectivement devenir totalement apocalyptique.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, ils les informent, il faut bien comprendre qu'ils sont naturellement totalement mobilisés en ce moment pour faire face à cette crise majeure. Donc parfois, on peut regretter de ne pas avoir plus d'informations, de temps en temps, on aimerait avoir des précisions, on aimerait pouvoir rentrer dans le détail de certains sujets, on peut difficilement les blâmer de ne pas être plus présents pour nous diffuser l'information. Ils ont d'abord, en terme de canaux d'information, des déclarations obligatoires à faire à l'Agence internationale de l'énergie atomique, ces déclarations obligatoires sont faites, elles sont relativement succinctes par rapport à ce qu'on peut souhaiter comme informations. Il y a aussi des contacts entre les autorités de sûreté nationale, et puis, il y a des contacts plus informels au niveau de l'attaché nucléaire de l'ambassade, par les opérateurs, les opérateurs se connaissent, des contacts interpersonnels. Donc on a plusieurs sources d'information qui permettent d'avoir une analyse, non pas complète, mais de plus en plus fine, et qui malheureusement ne porte pas à l'optimisme depuis hier, je dois dire, je le dis très clairement, et le terme de catastrophe que vous releviez tout à l'heure, je l'assume, on a un risque de catastrophe majeure.
 
GUILLAUME DURAND Alors, j'ai beaucoup de questions à vous poser. D'abord, est-ce que ces centrales japonaises, d'abord, c'est plus le tsunami, on est bien d'accord, c'est plus le tsunami que le tremblement de terre ou les répliques, qui ont lieu actuellement, qui est responsable de ce qui se passe actuellement.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, ce qu'il faut comprendre, c'est que les centrales sont conçues pour résister à de forts tremblements de terre, et semble-t-il, sous toutes réserves, on n'a pas tous les éléments, mais semble-t-il, elles ont bien résisté, notamment, elles se sont arrêtées automatiquement, ce qui est prévu. C'est compliqué d'ailleurs d'entendre que la centrale s'est arrêtée et qu'il y a quand même un problème, mais quand la centrale est arrêtée, il faut continuer à refroidir le coeur du réacteur, j'insiste. Ce qui les a abîmées, semble-t-il, c'est plutôt le tsunami, qui était vraiment… qui s'est fait vraiment… c'est des vagues très, très élevées, le tsunami a été juste dans l'axe de la centrale, ce tsunami n'avait pas été anticipé avec des hauteurs telles, et c'est ça qui a abîmé en fait les systèmes de refroidissement…
 
GUILLAUME DURAND Mais s'il y a un cas de fusion ou plusieurs cas de fusion, on fait quoi, enfin, ils font quoi ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET S'il y a plusieurs cas de fusion, il y a un nuage qui se… enfin, encore une fois, là, le sujet, c'est de savoir si la fusion est maintenue dans le confinement ou pas, le problème, ce n'est pas tant la fusion en soi, la fusion partielle des réacteurs, on sait qu'elle a lieu en ce moment…
 
GUILLAUME DURAND Absolument, mais si justement, on sort de…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Donc s'il y a déconfinement, s'il y a déconfinement de la fusion, il y a un nuage qui se forme, et il y a la dissémination de radioactivité dans l'environnement, dans des conditions très importantes…
 
GUILLAUME DURAND Et là, on est prisonnier de la météo…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ceci est très dangereux dans un périmètre de plusieurs kilomètres autour de la centrale, après, pour le reste, ça dépend un petit peu de la météo, donc on regarde avec une grande attention les vents, dans quelle direction soufflent-ils, et en fonction…
 
GUILLAUME DURAND Est-ce qu'ils vont vers le Pacifique ou est-ce qu'ils vont vers Tokyo, les grandes métropoles…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Et en fonction de leur direction, il y a des mesures de prévention à prendre…
 
GUILLAUME DURAND Est-ce qu'il y a des centrales type Fukushima en France ? Alors, ce n'est pas le même opérateur, mais est-ce qu'il y a des centrales…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Alors, techniquement, du même type technique, non, parce que ce sont des centrales à eau bouillante, et nous, nous avons des réacteurs à eau pressurisée.
 
GUILLAUME DURAND Est-ce qu'il faut qu'on rapatrie tous les Français aujourd'hui ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET  Nous recommandons, ne serait-ce d'ailleurs que pour ne pas encombrer plus les Japonais, qui ont beaucoup à faire, nous recommandons à tous les Français, qui n'ont pas de bonnes raisons de rester à Tokyo, soit, de prendre l'avion pour rentrer en France, soit, s'ils souhaitent absolument rester au Japon, d'aller un peu plus au sud, d'aller quelques centaines de kilomètres au sud de Tokyo.
 
GUILLAUME DURAND Qu'est-ce que vous répondez à ceux qui réclament, notamment parmi un certain nombre d'associations écologistes, la fermeture immédiate de certaines centrales en France, une quinzaine, comme l'a fait justement Angela MERKEL en Allemagne, ils n'ont pas un processus de contrôle, disent-ils, qui n'aboutira de toute façon à rien, on connaît la réponse, on va dire que tout va bien, circulez, il n'y a rien à voir.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Plusieurs choses, d'abord, Angela MERKEL n'a pas fermé des centrales, elle a annoncé qu'elle suspendait une extension de durée de vie des centrales allemandes, c'est autre chose. L'Allemagne est par ailleurs engagée dans un processus de sortie du nucléaire, qui n'est pas le nôtre, mais surtout, ce que je réponds, c'est que tous les débats sont légitimes, on ne peut parler de tout, mais là, on a quand même une crise qui est en cours, quand je vous dis que la présidente de l'IRSN, à la question : quelles sont les doses auxquelles les opérateurs de la centrale de Fukushima sont exposés, répond : ce sont des doses héroïques, on comprend bien ce que ça veut dire.
 
GUILLAUME DURAND On a tous compris.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Et peut-être que l'urgence, c'est de faire face à cette crise, de faire face à cette crise aux côtés des Japonais, nous leur avons proposé notre assistance, ils nous ont demandé de l'aide humanitaire, nous envoyons aussi auprès de l'ambassade de France un certain nombre de spécialistes et peut-être que l'urgence n'est pas de se concentrer sur le débat national. Ceci dit, le Premier ministre l'a annoncé…
 
GUILLAUME DURAND Non, mais l'émission s'appelle « En route vers la présidentielle », à cause de cette catastrophe qui effectivement n'est pas prête de s'arrêter pour l'instant, le débat sur le nucléaire, qui n'était peut-être pas prévu, va avoir lieu.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais c'est bien normal encore une fois, tous les débats sont légitimes, simplement, quand on appelle ici ou là un référendum tout de suite, là, demain, je trouve qu'on n'est pas dans le tempo. Par ailleurs, les Français ont le droit de savoir comment sont conçues nos centrales, et à quoi elles peuvent résister en terme de catastrophe naturelle. Alors, la façon dont ça fonctionne est la suivante : au moment de la conception, dès la conception, on recherche en fait quelles sont les catastrophes naturelles possibles pour la région dans laquelle est installée la centrale. On prend par exemple tout l'historique des tremblements de terre, tout l'historique des inondations, et on conçoit la centrale pour qu'elle puisse résister à ce genre de catastrophes naturelles, plus une marge. C'est par ailleurs un dispositif qui est régulièrement remis à jour…
 
GUILLAUME DURAND Il est où le danger en France ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ça peut être… ça dépend, ça dépend de la région, mais c'est par ailleurs un dispositif qui est régulièrement…
 
GUILLAUME DURAND Eh bien, c'est plutôt tremblements de terre dans l'est et dans le sud pour les centrales, et c'est plutôt des problèmes qui peuvent venir de la mer pour les centrales qui sont proches des côtes, que ça soit dans le nord…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Il peut y avoir, voilà, il y a le risque de séismes, il y a le risque d'inondations, on prend naturellement aussi en compte le risque terroriste. Je voudrais insister sur le fait…
 
GUILLAUME DURAND Et le risque de nos voisins, pardonnez-moi, ce n'est pas ce que je veuille vous interrompre systématiquement, mais par exemple, pour ce qui est de la connaissance historique des tremblements de terre récents, proches de nous, c'est surtout les Italiens qui nous concernent…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais c'est la raison pour laquelle nous travaillons…
 
GUILLAUME DURAND Parce que le tremblement de l'Aquila, c'était il y a très peu de temps, et les Italiens ont des centrales.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET La pratique française est de dire : le nucléaire est acceptable s'il y a le niveau maximum de sûreté, et s'il y a un niveau total de transparence. C'est une doctrine que nous, nous appliquons, et c'est une doctrine que nous souhaitons partager avec les Européens. Alors, nous recherchons…
 
GUILLAUME DURAND Et partager avec les autres partis politiques…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Nous recherchons à avoir le niveau le plus homogène de sûreté nucléaire en Europe, c'est-à-dire la France pousse systématiquement vers le haut toutes les obligations en matière de sûreté nucléaire en Europe.
 
GUILLAUME DURAND Et est-ce que toutes ces connaissances, vous allez les partager avec les principaux partis français, c'est-à-dire le Parti socialiste…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C'est l'objet du diagnostic…
 
GUILLAUME DURAND C'est-à-dire le rapport que vous allez demander…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Centrale nucléaire par centrale nucléaire, c'est l'objet du diagnostic, que le Premier ministre a annoncé, c'est un processus qui sera totalement transparent. Je crois que les Français aujourd'hui ont envie, ont besoin de savoir pour quels types de risques sont dimensionnées les centrales…
 
GUILLAUME DURAND Est-ce qu'il faut recevoir l'opposition par exemple, est-ce qu'il faut que le président de la République reçoive l'opposition avec vous, pour donner ces informations ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Par exemple, cet après-midi, j'ai été invitée par les commissions parlementaires à l'Assemblée nationale, à venir exposer le dernier état des connaissances que nous avons sur la catastrophe du Japon, mais aussi à parler de sûreté nucléaire en France, commissions, c'est multipartites, on aura une discussion avec tous les partis, naturellement, c'est un sujet qui doit transcender les partis, comme d'ailleurs la politique nucléaire en France a toujours transcendé les partis.
 
GUILLAUME DURAND Dernière question concernant justement la situation à l'étranger, KADHAFI qui massacre tranquillement son opposition, les Européens n'ont pris aucune décision. Est-ce que là, on n'est pas typiquement dans une situation de honte internationale ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On est…
 
GUILLAUME DURAND C'est vrai que ce n'est pas votre domaine d'intervention, enfin, c'est un sujet qui concerne tout le monde…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, enfin, c'est un sujet qui concerne forcément tout le monde, on souhaiterait, devant des événements de ce type, avoir des procédures internationales beaucoup plus rapides…
 
GUILLAUME DURAND Mais pourquoi on n'a pas réussi à les convaincre ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Parce qu'on ne peut pas intervenir sans les autres, on a besoin, sur une intervention de ce type, sur quelque chose d'ordre international, d'avoir un feu vert de l'ONU…
 
GUILLAUME DURAND … Mais quels sont les arguments donnés par MERKEL, les autres, en dehors de CAMERON, qui soutient SARKOZY, pour dire : on les laisse se faire massacrer ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Franchement, je me suis occupée ces trois derniers jours beaucoup de la crise nucléaire au Japon, je ne voudrais pas dire de bêtises sur la crise libyenne, je ne saurais pas dire des choses plus pertinentes que ce que je viens de vous dire là.
 
GUILLAUME DURAND Voilà. Michael, d'abord, bonjour. Bienvenu.
 
MICHAEL DARMON Bonjour.
 
GUILLAUME DURAND Et d'autres sujets évidemment d'actualité importants.
 
MICHAEL DARMON Et tout d'abord, rebondir un petit peu sur ce que vous avez dit, je vous ai entendue tout à l'heure avec Guillaume, quand vous parliez des ressortissants français, auxquels vous conseillez, mais en réalité, d'après ce qu'on comprend, la consigne officieuse, c'est de partir absolument. Est-il vrai que les rotations d'AIR FRANCE ont été augmentées sur ordre du gouvernement, parce que ça rechignait un petit peu justement du point de vue de la compagnie à augmenter les rotations, la LUFTHANSA a interrompu ses liaisons, qu'en est-il de ce point de vue-là ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Ça n'est pas une consigne au sens où nous ne donnons pas un ordre d'évacuation, il y a trente-cinq millions de Japonais qui vivent à Tokyo, ils restent, il va y avoir, il y a déjà probablement une petite élévation du niveau de radioactivité dans les alentours de Tokyo, il peut y avoir, en fonction de ce que j'ai dit tout à l'heure, une augmentation plus forte de la radioactivité, il y a un certain nombre de mesures de prévention qui sont prises par les Japonais, qui sont prises aussi pour la communauté française pour ceux qui souhaitent rester, par exemple, de la distribution de pastilles d'iode, nous leur recommandons, s'ils restent, en tout état de cause, de suivre les prescriptions des autorités japonaises, par exemple, de se confiner, d'éviter absolument de rester sous la pluie, parce que c'est la pluie qui ramène les particules radioactives, Tokyo est quand même à plus de 200 kilomètres de la centrale de Fukushima, donc ce n'est pas comme si on était dans un périmètre très, très restreint.
 
MICHAEL DARMON AIR FRANCE a dû s'adapter ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Maintenant, nous recommandons de partir. Et nous avons demandé à AIR FRANCE d'augmenter le nombre de ses rotations sur Tokyo, mais aussi sur Osaka, puisque, je le disais, un des moyens de partir, c'est d'abord de partir vers le sud, et d'aller prendre un avion à Osaka. Aujourd'hui, si vous faites la somme, je crois, des deux rotations sur Tokyo, plus la rotation sur Osaka, il y a 900 places par jour possibles au départ du Japon. Et il semble que ça corresponde à peu près à la demande.
 
MICHAEL DARMON Est-ce que la France va envoyer des équipes ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Parce qu'il y a des Français qui ne souhaitent pas partir, et c'est aussi leur choix.
 
MICHAEL DARMON Est-ce que la France va envoyer des équipes pour justement aider les gens que vous évoquiez…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, la France a d'ores et déjà… alors, la France a envoyé des équipes de sécurité civile pour aider les Japonais dans le sauvetage des rescapés du tsunami…
 
MICHAEL DARMON Oui, mais il y a une équipe qui devait partir aujourd'hui…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, il y a des équipes qui sont sur le départ. Par ailleurs, sur la partie nucléaire, la France a proposé plusieurs types d'assistance, aux Japonais, une assistance d'expertise sur les sites contaminés, sur le traitement des personnes éventuellement contaminées, une assistance aussi sur la préparation des stratégies de moyen et court termes, le moyen et le court termes, oui, sur la région contaminée, et puis, par ailleurs, nous envoyons à l'ambassade de France des spécialistes en radioprotection, pour pouvoir accompagner les équipes de l'ambassade, accompagner les Français restés sur place, et éventuellement être le meilleur conseil s'il y avait des risques d'irradiation…
 
MICHAEL DARMON J'ai une question sur la politique du nucléaire, vous avez évoqué la doctrine, tout à l'heure, française, au fond, est-ce qu'elle ne va quand même pas être obligée de bouger, parce qu'on voit bien que d'autres pays sont allés dans la mixité, l'Angleterre est à 35%, vous-même, vous avez travaillé sur le Grenelle de l'environnement, avec toutes les énergies renouvelables qui d'ailleurs ont des problèmes pour se lancer. Au fond, est-ce qu'il ne va pas y avoir quand même une évolution obligatoire de la doctrine française en matière d'infaillibilité du nucléaire ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Tous les accidents sont l'occasion d'un retour d'expérience, et éventuellement, d'une mise à niveau. Il y a pour chaque accident des enseignements à en tirer. On n'attend pas d'ailleurs, on n'a pas attendu l'accident du Japon pour le dire et pour le faire. Si vous regardez la tempête de 1999, il y a eu une remise à niveau du risque inondation dans énormément de centrales, à la suite de ce qui s'est passé à la centrale du Blayais, avec des niveaux de vagues qui n'avaient pas été anticipés, parce que le vent arrivait tout droit sur le Blayais, ces niveaux de vagues n'avaient pas été anticipés.
 
MICHAEL DARMON Mais ça, c'est de la technique, la doctrine, va-t-elle évoluer…
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, mais ça a été le cas aussi après Xynthia. Mais c'est-à-dire, chaque accident est l'occasion de mettre à jour, et éventuellement, de revoir la doctrine, de revoir la doctrine de sûreté des centrales…
 
MICHAEL DARMON Donc là, il serait bon de revoir la doctrine selon vous ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, de revoir la doctrine de sûreté des centrales, c'est-à-dire qu'on regarde s'il y a des enseignements à tirer à la suite de chaque accident. Et le Premier ministre a demandé d'ores et déjà qu'on puisse avoir une évaluation centrale par centrale des procédures de sûreté, et voir s'il y a lieu, en tirant les enseignements de cet accident très grave et de ce qui s'annonce peut-être comme une catastrophe à Fukushima, tirant ces enseignements pour nos centrales nucléaires. Maintenant…
 
GUILLAUME DURAND Mais aller plus loin, quand Eva JOLY dit par exemple : quatre parcs d'éoliennes d'ici trente ans remplacent le nucléaire, est-ce que ça parait logique ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Maintenant, est-ce qu'il faut pour autant prendre des décisions rapides sur une modification de notre mix au détriment du nucléaire, on va dire plusieurs choses, d'abord, tous les débats sont légitimes, mais compte tenu de l'intensité de la crise qui a lieu au Japon, peut-être que certains débats ne sont pas à trois jours près. Ensuite, on ne peut pas, quand on a 80% et plus d'électricité qui est produite par le nucléaire, en sortir comme ça, et ce n'est pas vrai qu'on pourrait en sortir en remplaçant tout par des énergies renouvelables. Il faudrait forcément aller vers des énergies fossiles. Il y a un moment où il faut être aussi raisonnable, enfin, il faut être aussi sérieux, il faut regarder les choses en face. On ne peut pas sortir du nucléaire de cette manière-là. Par ailleurs, est-ce que ce serait souhaitable, est-ce que le nucléaire est une énergie qu'on peut maîtriser, nous continuons à croire en France que le nucléaire est une énergie qu'on peut maîtriser en augmentant perpétuellement les niveaux de sûreté, mais j'insiste, ces débats, qui sont légitimes, peuvent attendre quelques jours, compte tenu de la crise, je pense que ça n'est pas dans cette crise, comme ça, à chaud, qu'on peut les mener au mieux.
 
MICHAEL DARMON Alors ma dernière question sera politique, parce que quand même, vous avez aussi le temps et l'obligation de regarder la situation politique, encore un sondage qui donne un duel possible entre Dominique STRAUSS-KAHN et Marine LE PEN. Vous avez appelé à un front républicain à l'envers, si je puis dire, en appelant à voter pour le Parti socialiste dans ce cas-là. Nicolas SARKOZY, lui, critique cette démarche, est-ce que vous la maintenez ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Il y a ce matin une réunion du bureau politique de l'UMP, le président de la République avait demandé que ce soit un débat qui ait lieu à l'intérieur du bureau politique de l'UMP, j'y vais juste après cette émission, et je compte développer les arguments qui, selon moi, vont dans le sens de la proposition que j'ai faite. Comprenez-moi bien, ce n'est pas dans mon esprit évidemment un vote d'adhésion, c'est une forme de moindre mal, mais ce sur quoi je voudrais insister, c'est que pour moi, il n'y a pas de continuum dans l'arc politique, on ne passe pas au Parti communiste, au Parti socialiste, au Centre, à l'UMP, à l'extrême droite, et puis, rebelote, il y a un moment où il y a une rupture, et la rupture, elle est entre les partis républicains et l'extrême droite. Et donc toutes les choses ne se valent pas.
 
MICHAEL DARMON Merci beaucoup.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 21 mars 2011

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