Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à I-Télé le 24 mars 2011, sur la lutte contre la délinquance et l'insécurité, la polémique autour l'emploi du mot "croisade" à propos de la mobilisation des Nations unies sur la Libye, les élections cantonales et l'organisation du débat sur la laïcité. | vie-publique.fr | Discours publics

Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à I-Télé le 24 mars 2011, sur la lutte contre la délinquance et l'insécurité, la polémique autour l'emploi du mot "croisade" à propos de la mobilisation des Nations unies sur la Libye, les élections cantonales et l'organisation du débat sur la laïcité.

Personnalité, fonction : GUEANT Claude, DARMON Michael.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration;

MICHAËL DARMON Alors, votre parole est très attendue, il y a beaucoup de sujets d'actualité, mais tout d'abord, on voudrait un petit peu comprendre comment vous fonctionnez maintenant en tant que nouveau ministre de l'Intérieur. Nicolas SARKOZY a dit, dans une forme de boutade, mais intéressante, j'ai tué le job pour dix ans. Alors, vous, en quatorze mois, qu'est-ce que vous pouvez faire ?
 
CLAUDE GUEANT Eh bien écoutez, il y a énormément de choses à faire, d'abord, je voudrais vous dire comment je conçois mon rôle, j'ai été pendant quarante années un fonctionnaire, pendant quarante années, j'ai servi l'Etat et mes concitoyens. Et le ministre de l'Intérieur a cette même fonction dans deux domaines qui sont privilégiés, et qui correspondent à des attentes fortes des Français, à savoir la sécurité et la lutte contre l'immigration irrégulière ; voilà la façon dont je conçois mon rôle, et il m'appartient de répondre à ces attentes des Français qui sont fortes.
 
MICHAËL DARMON Et la lutte contre les violences aux personnes, ça augmente beaucoup, ça augmente régulièrement, comment vous pouvez, concrètement, lutter contre les violences aux personnes, et puis, qu'est-ce que ça veut dire d'ailleurs ce terme, comme ça, un peu administratif ?
 
CLAUDE GUEANT Eh bien, les violences aux personnes, c'est effectivement une qualification juridique, ça veut dire les agressions contre les personnes, les brutalités contre les personnes. Alors, il n'est pas exact de dire que globalement, elles augmentent beaucoup. Il y a une partie de ces violences qui est complètement maîtrisée, par exemple, les homicides ont reculé de façon considérable. Ce que l'on peut dire, ce qui augmente, ce qu'on ne maîtrise pas bien, ce sont les violences gratuites, les agressions sans raison sur la voie publique, ce sont les violences à l'intérieur du cercle familial aussi, sur lesquelles on comprend bien que la police n'ait pas tellement de prise, même si la police a fait un effort gigantesque, comme la gendarmerie, pour que ces violences soient révélées, en faisant des procédures d'accueil des personnes, en mettant en place des psychologues, des assistants sociaux, parce que, il s'agit d'un fléau qui caractérise notre société, et pour le combattre, il faut le connaître, et il faut savoir ce qui se passe.
 
MICHAËL DARMON Et avec le temps qui reste, vous allez lutter plus contre le sentiment d'insécurité ou contre l'insécurité…
 
CLAUDE GUEANT Mais contre les…
 
MICHAËL DARMON J'ai entendu votre première déclaration : j'irai dans les villes, j'irai dans les villages, vous avez dit…
 
CLAUDE GUEANT Oui, contre les deux, Michaël DARMON. Vous avez raison de déclarer cette déclaration, parce que pour moi, la sécurité, elle doit être au bénéfice de tous les Français, on parle beaucoup des questions de sécurité dans des banlieues très difficiles, en Seine-Saint-Denis par exemple, où le préfet Christian LAMBERT fait un travail absolument formidable, pour réduire la délinquance et lutter pied à pied contre les dealers. Mais dans tous les villages de France, dans toutes les petites villes, on a droit aussi à de la sécurité. Alors, j'ai deux priorités à cet égard, la première, c'est deux axes d'action, si vous voulez, la premier, c'est de faire en sorte de faire reculer quantitativement la délinquance, elle recule année après année, elle a reculé depuis 2002 de 16%...
 
MICHAËL DARMON Comment vous faites, vous mettez plus de policiers dans la rue, parce que les gens disent : on veut des policiers ?
 
CLAUDE GUEANT Mais, ceci est le deuxième axe, le deuxième axe, c'est que je voudrais que les gens se sentent dans une société plus tranquille, plus paisible, donc que la police soit plus visible, que les acteurs de la société se mobilisent autour de la sécurité, par exemple pour agir dans le cadre de la prévention de la délinquance, la police doit agir avec des partenaires, elle ne peut pas tout faire, la sécurité, c'est aussi l'affaire de tous.
 
MICHAËL DARMON Comment vous allez…
 
GUILLAUME TABARD Avec quels partenaires…
 
MICHAËL DARMON Concrètement…
 
GUILLAUME TABARD Est-ce que vous allez faire appel à d'autres types de personnels ?
 
CLAUDE GUEANT Par exemple, les élus locaux, par exemple, les élus locaux qui disposent d'ailleurs de par la loi d'outils qui sont tout à fait considérables, les comités de prévention de la délinquance, les conseils des droits des familles, là où ça existe, ça marche très bien. Bon, alors, par ailleurs, il m'appartient aussi, dans le champ policier, de trouver des remèdes. Moi, je suis là pour apporter des réponses concrètes, des réponses pratiques à des problèmes qui se posent…
 
MICHAËL DARMON Il y a une seule réponse, les gens disent : c'est plus de policiers, vous avez aujourd'hui plus de policiers à mettre dans les rues ou pas ?
 
CLAUDE GUEANT Je peux vous dire, Michaël DARMON, que je suis en train de travailler à un plan de déploiement des policiers sur la voie publique, et que dans peu de temps, je pense qu'à la rentrée, c'est la date que je me fixe comme objectif, on verra plus de policiers dans la rue.
 
MICHAËL DARMON Combien ?
 
CLAUDE GUEANT Alors, c'est en cours de définition, mais ce sera plusieurs milliers sur l'ensemble du territoire, policiers et gendarmes. Alors, au titre des réponses concrètes d'ailleurs, j'ai été très frappé de ce que, il y avait des préoccupations extrêmement fortes de nos concitoyens, parce que les Invités du 24/03/2011 Département Veille et Ressources d'informations – 01.42.75.54.58 14 résultats quantitatifs, les succès quantitatifs ne suffisent pas, ce qu'ils veulent, c'est voir les choses, c'est qu'il y ait des actes…
 
MICHAËL DARMON Donc ils veulent voir de l'uniforme dans la rue, c'est ça ?
 
CLAUDE GUEANT Pour exemple, il y a des gens qui, dans les transports parisiens, ont peur, il y a des gens qui vont au travail ou rentrent du travail avec la boule au ventre…
 
MICHAËL DARMON Mais déjà, à l'époque…
 
CLAUDE GUEANT Bon, qu'est-ce que j'ai décidé, c'est tout de suite, dans les huit jours de mon arrivée, j'ai décidé d'augmenter, en partenariat avec la RATP et la SNCF, les effectifs de sécurité qui appartiennent aux trois institutions, et on va les augmenter de 25%. On va mettre 1.200 personnels de plus…
 
MICHAËL DARMON Monsieur GUEANT, vous rappelez ce fait…
 
CLAUDE GUEANT Ça, c'est pour l'été.
 
MICHAËL DARMON Monsieur GUEANT, vous rappelez ce fait, mais au fond, est-ce que ce n'est pas finalement un signal d'échec, parce que, moi, je me souviens aussi de ce que vous expliquiez avec Nicolas SARKOZY en 2004, quand vous expliquiez et dénonciez les gens qui traversaient le hall d'immeuble en ayant peur parce qu'il y avait des délinquants qui les empêchaient de vivre normalement. Et là, vous nous dites encore : les Français sont avec la boule au ventre dans les transports. Alors…
 
CLAUDE GUEANT Non, mais ça existe encore…
 
MICHAËL DARMON Ça existe encore…
 
CLAUDE GUEANT Oui, oui, mais bien sûr, ce n'est pas la peine de nier la vérité…
 
MICHAËL DARMON Donc c'était impossible de faire reculer…
 
CLAUDE GUEANT On n'a pas atteint la perfection, je dis : il y a eu des résultats très importants, il y a un reflux incontestable, y compris dans le domaine des violences aux personnes, mais il reste du travail à faire, il y a toujours des attentes. Prenez encore le domaine des violences, bon, il y a un motif de violences qui est très fréquent aujourd'hui, c'est les vols de Smartphones, parce qu'un Smartphone, on connaît la valeur, ça coûte à peu près 500 euros…
 
MICHAËL DARMON Oui, il y a plusieurs qui le montraient, oui…
 
CLAUDE GUEANT Et à la revente, après vol, c'est 50 euros. Bon, il y a une disposition là aussi très pratique, très concrète, qui est contenue dans la loi de sécurité intérieure, qui vient d'être approuvée par le Conseil constitutionnel, on pourra, après une plainte pour vol, désactiver complètement les Smartphones, donc il n'y aura plus de motif de vol.
 
MICHAËL DARMON Alors, je reviens un instant – Guillaume TABARD – un instant, sur l'annonce que vous faites, en disant : il y aura plusieurs milliers de policiers redéployés dans les rues à partir de la rentrée. Bon, ce qui veut dire qu'en fait, ça y est, vous êtes passé du côté des dépensiers, ministre dépensier dans le gouvernement, là, il n'y a plus de revue générale de politique publique, on n'est plus contre les déficits…
 
CLAUDE GUEANT Je le ferai…
 
MICHAËL DARMON Vous-même qui avez verrouillé tous les budgets de tout le monde…
 
CLAUDE GUEANT Je le ferai, Monsieur DARMON, à budget constant.
 
GUILLAUME TABARD C'est-à-dire, concrètement, sur ces plusieurs milliers…
 
CLAUDE GUEANT On peut avoir quelques imaginations de gestion…
 
GUILLAUME TABARD C'est plusieurs milliers de policiers et de gendarmes en plus dans les rues, là-dessus, il y aura des recrutements ou est-ce que ce sera uniquement des redéploiements de personnels existants ?
 
CLAUDE GUEANT Il y aura les deux, parce que c'est vrai que l'on peut faire en sorte que la police ou la gendarmerie soient plus présentes, par exemple par la relation que ces deux institutions entretiennent avec la population. Je crois que c'est très important que nos concitoyens sentent que la police et la gendarmerie sont à leur service, sont attentives à leurs besoins, les sollicitent, voient les organisations professionnelles, les associations. Tout ça peut se faire, et ça fait davantage de visibilité, et ça traduit une relation de confiance.
 
GUILLAUME TABARD Et la fameuse règle du 1 sur 2, c'est-à-dire, 1 départ en retraite non renouvelé sur 2 dans la Fonction publique, est-ce qu'elle continue de s'appliquer au ministère de l'Intérieur jusqu'à la fin du quinquennat ?
 
CLAUDE GUEANT Moi, j'ai une loi de finances qui s'applique, je ne peux faire que, à l'intérieur de la loi de finances, mais nonobstant, cette règle, je vous dis que dans quelques mois, à la rentrée, et progressivement, jusqu'à la fin de l'année, il y aura plusieurs milliers d'agents de plus, policiers et gendarmes, sur la voie publique.
 
MICHAËL DARMON Donc si on comprend bien, vous êtes plutôt le ministre de la proximité, plutôt que celui des faits divers, parce que, on a vu que par exemple, quand il y a eu les ennuis, les incidents très graves à Asnières et Gennevilliers, vous ne vous êtes pas déplacé, c'est le préfet qui a parlé, en revanche, vous êtes dans des endroits où vous dites : je ferai de la sécurité sur la proximité, c'est ça votre approche ?
 
CLAUDE GUEANT Moi, je veux faire de la sécurité quotidienne, le ministre de l'Intérieur est bien sûr chargé de la lutte contre le terrorisme, il est chargé de la lutte contre la grande criminalité, mais il a aussi comme préoccupation les soucis de tous les jours de nos concitoyens, qui ne sont pas ceux-là…
 
GUILLAUME TABARD La lutte contre la délinquance, etc., c'est l'objectif de tout ministre de l'Intérieur, alors, on a connu à ce poste des personnalités aussi diverses que Nicolas SARKOZY, Dominique de VILLEPIN, Michèle ALLIOT-MARIE, Brice HORTEFEUX ; quelle sera finalement la marque GUEANT, le style GUEANT ?
 
CLAUDE GUEANT Ce que je voudrais, c'est que, on se souvienne que j'ai pu créer un climat de sécurité, perçu par nos concitoyens et renforcé.
 
MICHAËL DARMON Guillaume TABARD, sur aussi le climat qui existe autour de vous depuis quelques jours.
 
GUILLAUME TABARD Oui, parce que la police, vous la connaissez bien depuis de nombreuses années, maintenant, vous êtes un ministre, donc vous êtes un responsable politique, au sens plein du terme, est-ce que vous êtes surpris par ce changement de style, et est-ce que les polémiques autour de certaines de vos phrases ne vous font pas découvrir que la vie politique, eh bien, c'est quelque chose d'un peu difficile ?
 
CLAUDE GUEANT Ah, c'est sûr que la vie politique est un peu difficile, j'aurais même tendance à dire qu'elle est un peu injuste, enfin, une polémique s'est créée autour du mot « croisade » que j'ai utilisé, par exemple, c'est peut-être à ça que vous vouliez faire allusion…
 
GUILLAUME TABARD Oui, vous avez parlé hier de manipulation à propos…
 
CLAUDE GUEANT Eh bien, je persiste à dire que c'est une manipulation pure et simple…
 
GUILLAUME TABARD Alors, Alain JUPPE, lui, a parlé de maladresse…
 
CLAUDE GUEANT Puisque j'ai dit très précisément : heureusement le président de la République a pris la tête de la croisade pour mobiliser le Conseil de sécurité des Nations Unies. Bon, j'appelle l'attention sur le fait qu'une croisade, ce n'est pas seulement une expédition guerrière, si vous prenez le dictionnaire, ça veut dire : rassemblement de l'opinion autour d'un projet, bon…
 
GUILLAUME TABARD Il faut le savoir quand même…
 
MICHAËL DARMON Oui, mais il y a la définition et l'acception…
 
CLAUDE GUEANT Non, mais, et alors on me fait dire quoi…
 
GUILLAUME TABARD Pour Alain JUPPE, lui, dit une maladresse…
 
CLAUDE GUEANT On me fait dire quoi, on me fait dire, je l'ai entendu hier à l'Assemblée nationale, j'ai lu une dépêche relatant les propos de madame AUBRY, que je prêche une croisade contre la Libye, prêche une croisade contre la Libye, et même une croisade de l'occident contre l'Orient. Moi, je dis que c'est une manipulation pure et simple…
 
MICHAËL DARMON Alors, Claude GUEANT, deux remarques…
 
GUILLAUME TABARD Alain JUPPE, lui, dit une maladresse, il ne vous a pas compris ou…
 
CLAUDE GUEANT Je viens de l'entendre à l'instant à la radio, il a dit qu'il me faisait grande confiance, mais que, il arrivait à tout le monde d'avoir des mots inadaptés. Et…
 
MICHAËL DARMON Ah, d'accord, et par inadapté…
 
CLAUDE GUEANT Et moi, je dois dire que, avec le recul, avec le recul, j'aurais pu prendre un autre mot, j'aurais pu dire : mobiliser l'opinion pour faire triompher nos thèses au Conseil de sécurité, c'est ça que ça veut dire en bon français…
 
MICHAËL DARMON Monsieur GUEANT, une dernière remarque là-dessus, je note que Laurent WAUQUIEZ vous a défendu, alors, c'est drôle, parce que Laurent WAUQUIEZ, là, il recevait il n'y a pas longtemps Nicolas SARKOZY au Puy-en-Velay, là où les croisades ont démarré, donc peut-être que lui, il avait une autre acception en tête, non ?
 
CLAUDE GUEANT Ah, ça, écoutez, demandez-le-lui, je n'en sais rien.
 
MICHAËL DARMON Vous n'avez pas le sentiment…
 
CLAUDE GUEANT En tout cas, ce n'était pas du tout dans mon esprit, il ne s'agit évidemment pas d'une croisade, il s'agit d'une action réfléchie, mûrie, concertée, sous l'égide des Nations Unies, et ce sur quoi je veux appeler l'attention, c'est que sans le président Nicolas SARKOZY, sans sa détermination, nous aurions assisté en direct à la télévision à des massacres de population en Libye, c'est ça qu'il faut retenir, c'est ça qui est important.
 
MICHAËL DARMON Alors Alain JUPPE qui dit maladresse, François FILLON qui vous regarde vous battre à l'Assemblée quand vous êtes un petit peu, comme ça, sous le feu des questions ; vous n'avez pas le sentiment d'être un petit peu sous surveillance de ces deux ministres qui ont beaucoup d'autonomie, pour le premier d'entre eux, qui en prend un peu une nouvelle, et puis, Alain JUPPE que, lui, il a toujours revendiquée, même parfois un peu contre vous, vous n'êtes pas un peu sous surveillance de JUPPE et FILLON ?
 
CLAUDE GUEANT Oh, écoutez, demandez-le-leur, je n'ai pas du tout ce sentiment. Mais ceci dit, je suis sous l'autorité du Premier ministre, c'est normal.
 
GUILLAUME TABARD Parce que le ministère Intérieur est aussi le ministre des élections, bon, le premier tour n'a pas été extraordinaire pour la majorité, quel que soit d'ailleurs le comptage des voix que l'on peut faire. Le second tour, vous vous attendez à quel type d'enseignement ?
 
CLAUDE GUEANT Eh bien écoutez, on va voir ce que ça va donner, moi, je ne peux pas préjuger de la position des électeurs. Ce que je veux souligner, cependant, c'est que des élections cantonales, ça se juge dans les cantons, c'est canton par canton qu'on analyse les résultats. Les mouvements politiques sont très difficilement analysables, vous le savez bien, parce que les candidats ont des étiquettes diverses, le jeu des personnalités compte beaucoup dans les élections cantonales, et en finale, quel sera le critère d'appréciation, le nombre de cantons gagnés ou perdus et le nombre de présidences de conseil général gagnées ou perdues. Alors quant aux résultats, bon, c'est vrai que les résultats n'ont pas été un triomphe pour la droite, cela étant, j'observe que, ils n'ont pas du tout été un triomphe pour la gauche non plus, contrairement à ce qui a pu être dit ou écrit, et quand vous comparez par exemple, Guillaume TABARD, vous êtes un analyste très fin de notre vie politique, le résultat des cantonales et puis le résultat des premiers tours des régionales l'année dernière, qui était un bon échantillon aussi, avec un taux de participation tout à fait voisin, eh bien, il y a un recul de la gauche de quatre points, et une progression de la droite, en revanche, du même niveau.
 
MICHAËL DARMON Alors l'autre marqueur justement lié aussi à ce contexte politique des élections, que vous avez voulu marquer fortement justement, vous avez dit il y a quelques jours, parlant de l'immigration non contrôlée, que les Français, parfois, ne se sentaient pas donc chez eux quand ils voyaient cette immigration non contrôlée. Donc on comprend bien que ce que vous voulez faire, c'est-à-dire, dire au fond tout haut ce que beaucoup pensent tout bas, et que la droite n'a peut-être jamais osé vraiment dire, est-ce que ça, ça n'est pas à double tranchant ?
 
CLAUDE GUEANT Non, je ne crois pas que ce soit à double tranchant, je pense, au contraire, que si on laisse le monopole de l'expression relative aux préoccupations de nos concitoyens à des partis extrêmes, eh bien, on jette nos concitoyens dans les bras de ces partis-là. Je crois qu'il y a une crise du politique dans notre pays, il faut que les responsables politiques écoutent davantage nos concitoyens, écoutent leurs souffrances, écoutent ce qu'ils ont à dire. Et c'est en cela que je pense qu'en matière d'immigration, il faut – c'est la ligne du gouvernement et c'est la ligne de Nicolas SARKOZY depuis 2002 – lutter de façon plus efficace contre l'immigration irrégulière. Les Français ne sont pas xénophobes, les Français sont un peuple accueillant, ils ne sont pas racistes, mais les Français ne veulent pas que, une immigration non régulée s'impose à eux, et ils savent bien que c'est d'ailleurs le prix de l'intégration ou de l'assimilation, on ne peut pas accueillir tous ceux qui veulent venir chez nous chercher un eldorado, ce n'est pas possible.
 
GUILLAUME TABARD Alors juste après les cantonales, il y aura à l'UMP le débat sur la laïcité, alors, on sait déjà qu'il ne sera plus question de toucher à la loi de 1905, vous avez déjà annoncé vous-même que, on ne pourrait pas interdire aux imams de prêcher en musulman s'ils le voulaient dans les lieux de culte musulmans. Finalement, que va-t-il rester de concret de ce débat ?
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, je ne peux pas préjuger un débat qui n'a pas encore eu lieu, mais enfin… non, mais effectivement, de toute façon, après un débat qui est mené par un parti politique, l'UMP…
 
MICHAËL DARMON Oui, mais lancé par Nicolas SARKOZY…
 
CLAUDE GUEANT Le gouvernement aura des décisions à prendre. Et ce que j'attends de ce débat et ce que je souhaite comme décisions après ce débat, c'est que, d'abord, les préoccupations de nos compatriotes non musulmans, qui sont froissés, qui sont troublés par un certain nombre d'irruptions de la religion sur l'espace public ou sur l'espace social, soient satisfaites, mais qu'en même temps, nos compatriotes musulmans trouvent le moyen, les moyens de vivre leur foi de façon plus paisible, plus sereine sans être les victimes d'amalgames qui leur font du tort…
 
GUILLAUME TABARD Et ça veut dire des règles strictes par exemple sur les prières de rue ?
 
CLAUDE GUEANT Eh bien, par exemple, effectivement, nous savons bien que nos compatriotes sont très choqués par l'organisation de prières dans la rue, et ce n'est pas non plus une situation qui soit facile à vivre pour le musulman, on ne pratique pas sa foi dans la voie publique, mais on la pratique dans un espace qui est réservé à cela. C'est un exemple. La question se pose aussi de la réaffirmation d'un certain nombre de règles ou de l'affirmation, de l'inscription dans les textes de règles concernant le positionnement religieux dans les services publics. Les agents des services publics évidemment ne doivent pas porter de signes religieux, manifester une quelconque préférence religieuse, mais les usagers du service public ne le doivent pas non plus, par exemple, on sait qu'à l'hôpital, il y a un certain nombre de personnes qui refusent, pour des femmes, les soins prodigués par des hommes, eh bien, écoutez, ce n'est pas admissible, un service public…
 
GUILLAUME TABARD Il faudra une loi pour dire tout ça ?
 
CLAUDE GUEANT Non, il ne faut pas une loi, il n'est pas question de faire des lois, il suffit de faire des décrets parfois, des instructions.
 
MICHAËL DARMON Une toute dernière question, Monsieur GUEANT, parce que, effectivement, le temps a avancé, et on avait tellement encore de sujets, dans la confusion qui règne dans la majorité, on a vu Nicolas SARKOZY hier prendre un coup de colère au cours du Conseil des ministres, en cas de duel FN/PS, qu'est-ce que vous votez, vous ?
 
CLAUDE GUEANT Ecoutez, le président de la République, d'abord, n'a pas pris de coup de colère, il a fait une déclaration très sereine…
 
MICHAËL DARMON On l'a entendu quand même…
 
CLAUDE GUEANT Mais claire, c'est vrai. La règle est extrêmement simple, c'est que l'UMP, la majorité, le Président n'accepteront pas que, il y ait des accords entre des candidats de l'UMP et le Front national…
 
MICHAËL DARMON Mais appeler à voter PS, c'est possible ?
 
CLAUDE GUEANT Ensuite, les dirigeants politiques ne sont pas les propriétaires des voix de leurs militants ou de leurs sympathisants. Il n'y a qu'une seule consigne qui soit donnée, il ne faut pas voter Front national.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 25 mars 2011

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