Déclaration de Mme Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l'outre-mer, sur la vie et l'oeuvre d'Aimé Césaire, à Paris le 30 mars 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l'outre-mer, sur la vie et l'oeuvre d'Aimé Césaire, à Paris le 30 mars 2011.

Personnalité, fonction : PENCHARD Marie-Luce.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

Circonstances : Conférence de presse de présentation de l'hommage solennel de la Nation à Aimé Césaire, à Paris le 30 mars 2011

ti : Monsieur le Ministre,
Monsieur le Commissaire à l'année des Outre-mer,
Mesdames et Messieurs,


Je suis particulièrement heureuse de m'exprimer devant vous ce matin à l'occasion de cette conférence de presse de présentation de l'hommage solennel de la Nation qui sera rendu à Aimé Césaire au Panthéon par le Président de la République le 6 avril prochain.
Et je veux vous dire en préambule mon émotion de présenter cette cérémonie officielle ici, au Ministère de la Culture, à vos côtés cher Frédéric.

En cette année des Outre-mer, dont je vous rappelle l'objectif principal qui consiste à changer le regard que nous portons sur nos 12 territoires ultramarins, quel meilleur symbole que l'entrée d'un français né à la Martinique dans le cercle restreint des "grands hommes" ? Ceux à qui la Patrie voue reconnaissance éternelle pour leurs mérites exceptionnels. Aimé Césaire a contribué à l'écriture de quelques unes des plus belles pages de notre histoire littéraire et politique.
Car au-delà de ce moment historique que s'apprête à vivre notre pays, je tiens à mettre en perspective l'exemple pour notre jeunesse, qui d'ici quelques jours va faire son entrée au Panthéon. Un exemple pour notre jeunesse oui. Que cette jeunesse grandisse dans les rues de Marseille, Lille, Lyon ou Paris ou bien dans celles de Basse-Pointe, Pointe-à-Pitre, Cayenne ou Mamoudzou.

Nous sommes en 1924 lorsqu'Aimé Césaire entre comme boursier au lycée Schoelcher de Fort-de-France où sa famille vient de déménager. Il y poursuit de brillantes études qui le conduiront en 1931 à quitter sa Martinique natale, ses parents et ses six frères et soeurs, pour poursuivre ses humanités au lycée Louis-le-Grand. Que l'on songe un instant à ce que cela représente de partir du cocon familial pour traverser l'océan vers la France, vers l'inconnu, vers son avenir. Aimé Césaire avait 18 ans.
Comme je suis fière de tous nos jeunes qui chaque année suivent cette voie pour se former dans les meilleures écoles et dans les meilleures universités. Je l'ai moi-même fait ; je n'avais pas 17 ans. Lors de ces années parisiennes, ce fut également la rencontre déterminante avec un autre "monument" Léopold Sedar Senghor, qui représenta fidèlement pour lui jusqu'au bout la patiente paysanne des semences à forcer et l'entêtement d'une conjuration de racines. En 1934, Aimé Césaire est reçu à la prestigieuse Ecole Normale Supérieure de la rue d'Ulm, à quelques pas du panthéon… Ce brillant parcours scolaire puis universitaire symbolise parfaitement la promotion sociale et la méritocratie que l'école permet, hier comme aujourd'hui, à tous les enfants de la République.

C'est dans cet esprit que je me suis attelée dès ma nomination rue Oudinot à la mise en oeuvre d'un plan de lutte contre l'illettrisme qui frappe si durement notre jeunesse ultramarine. C'est la mission prioritaire que j'ai assignée aux sous-préfets à l'égalité des chances installés dans le cadre du Conseil interministériel de l'Outre-mer. Leur feuille de route est claire : réduire de moitié l'illettrisme dans les départements d'Outre-mer en cinq ans. Aimé Césaire fut professeur de lettres au lycée de Fort-de-France et enseigna la littérature et la poésie à plusieurs générations d'élèves. C'est souvent la rencontre d'un instituteur ou d'un professeur qui donne le goût de la lecture et des beaux textes. Je pense aux générations de jeunes élèves à qui Aimé Césaire a donné le goût des lettres, tel un éveilleur à la beauté sensible…

Aujourd'hui, en France, comme en Europe, en passant par les Etats-Unis, Aimé Césaire connaît une audience importante, que l'on songe au programme de l'agrégation de lettres où figurait récemment ses poèmes, aux colloques qui étudient abondamment son oeuvre ou aux nombreuses publications qui lui sont consacrées de part le monde. C'est cette dimension universelle d'Aimé Césaire qui nous est apparu être le symbole révélateur des richesses culturelles des Outre-mer en cette année qui ambitionne de mieux les faire connaître. C'est dans ce cadre, riche de sens, qu'au nom des siens, Jacques Césaire m'a donné immédiatement son accord lorsque je lui ai présenté ce projet auquel nous avions pensé avec Frédéric Mitterrand. Je le remercie chaleureusement aujourd'hui.
Cet hommage solennel de la nation est un geste fort pour les Outre-mer, un geste fort pour la France.
Aimé Césaire, si discret et si humble, fuyait les honneurs. Pourtant cette reconnaissance est amplement méritée, après les funérailles nationales qui furent célébrées au moment de son décès en avril 2008. Car Aimé Césaire n'a pas été simplement un poète, un dramaturge, un romancier, un martiniquais, un français, mais un homme-monde dont l'oeuvre sut traduire ce métissage des origines qui annonçait déjà les contours à venir de la mondialisation, des échanges planétaires. Et quelle merveilleuse langue que celle d'un poète, tel un Orphée créole, qui par la puissance de sa lyre et de ses vers, su mettre des mots sur les maux et donner du souffle à l'homme debout et libre, debout à la barre, debout à la boussole, debout à la carte, debout sous les étoiles.

Je ne peux terminer mon propos devant vous sans aborder l'autre aspect de l'oeuvre d'Aimé Césaire, je veux parler de son engagement politique au service de ses concitoyens. Il est élu maire de Fort-de- France en mai 1945, puis député de la Martinique en octobre, choisi "presque contre son gré" par les forces progressistes comme emblème des forces victorieuses de la résistance au fascisme et comme symbole de l'identité antillaise fièrement affirmée contre l'assimilationnisme bourgeois et la prétendue aliénation du peuple. Il sera un élu proche des gens, dont la porte a été ouverte tant de temps, comme une parole sans cesse accueillante. Césaire renoncera à son mandat de député en 1993, après avoir été élu sans discontinuité, ce qui en fait un des plus longs mandats passés à l'Assemblée nationale. Il a été également maire de Fort-de-France durant 56 ans.
Alors que je m'envole ce soir pour célébrer aux côtés de la population la départementalisation officielle de Mayotte, je pense au discours que prononça Aimé Césaire en 1946 à l'Assemblée nationale, alors rapporteur de la Loi qui allait transformer les anciennes colonies de la Guadeloupe, de la Martinique de la Guyane française et de l'île de la Réunion en département français d'Outre-mer. Au moment où le gouvernement va prochainement présenter au parlement un texte établissant une collectivité unique en Martinique et en Guyane, comme ce sera demain le cas à Mayotte, je soumets à votre sagacité cet extrait du discours de Césaire datant de juillet 1981, au moment où les lois de décentralisation furent examinées : Ne croyez-vous pas que ce chevauchement, ou cet enchevêtrement, est de nature à créer des difficultés et des conflits ? Ne croyez-vous pas qu'il serait plus raisonnable de fondre ces deux assemblées en une assemblée unique qui, élue au suffrage universel, cumulerait l'ensemble des pouvoirs actuellement répartis entre la région et le département ? Ce serait plus clair et plus judicieux.
Quelle actualité dans ces paroles trentenaires…
Alors, vous l'aurez compris, cet hommage de la Nation à Aimé Césaire est un événement d'importance et je forme le voeu qu'il permette de mieux faire connaître les richesses de la culture ultramarine qu'il s'agisse de sa littérature ou de sa poésie.

Cette cérémonie marquera un temps fort de l'année des Outre-mer et je me réjouis que les chaînes du service public se mobilisent pour l'occasion.
Je tiens également à remercier toutes les équipes qui oeuvrent depuis plusieurs semaines pour la parfaite réussite de cette manifestation.

Enfin, puisse cet hommage solennel sensibiliser notre jeunesse de France à ce grand homme que fut Aimé Césaire et à travers lui, celui qui su abattre les murs, chanter l'humanisme, briser les préjugés, éveiller les consciences et donner la force de regarder demain.


Je vous remercie.


Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 31 mars 2011

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