Déclaration de M. Gérard Longuet, ministre de la défense, sur la formation des officiers dans l'armée française, à Paris le 24 mars 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Gérard Longuet, ministre de la défense, sur la formation des officiers dans l'armée française, à Paris le 24 mars 2011.

Personnalité, fonction : LONGUET Gérard.

FRANCE. Ministre de la défense et des anciens combattants

Circonstances : Clôture du séminaire interarmées des grandes écoles militaires, à Paris le 24 mars 2011

ti : Pourquoi avoir instauré ce rassemblement de jeunes officiers et de jeunes de grandes écoles qu'est le SIGEM ?

Le SIGEM est né il y a 10 ans, en 2001, avec pour ambition de faire découvrir puis de développer le lien interarmées. Il vient appuyer la formation spécifique dispensée dans vos écoles respectives pour la replacer dans un contexte plus vaste, celui des armées au service de la France dans toutes ses composantes.

Apprendre à se connaître, à s'apprécier, à se respecter pour mieux travailler ensemble, entre futurs cadres civils et militaires.

Dans quelques mois ou quelques années, vous rejoindrez vos affectations pour exercer le métier que vous avez courageusement choisi et pour lequel vous vous êtes ardemment préparés.

Les occasions futures de vous rencontrer - opérations, Ecole de Guerre, états-majors - ne manqueront certainement pas mais connaître dès aujourd'hui, à l'aube de votre carrière, la complémentarité de vos métiers est primordiale. Car c'est elle qui vous permettra, demain, de coordonner votre action avec celle des autres pour apporter une réponse globale aux défis auxquels vous serez confrontés.

Cela vaut entre militaires mais cela vaut aussi avec les civils.

C'est pourquoi ce séminaire, destiné au départ à chaque élève-officier des grandes écoles de la défense et de la gendarmerie nationale, s'est désormais ouvert aux grandes écoles civiles [ENSP, ESSEC, IEP, ENSAM], à des écoles étrangères de formation d'officiers, invitées pour l'occasion, mais aussi aux médias à travers la participation d'une école de journalisme [IEJ, institut européen de journalisme]. Il s'agit de développer auprès des futurs cadres ce même esprit d'appartenance au service de la nation, tout en faisant valoir que le commandement est inséparable de la communication dans nos sociétés fortement médiatisées.

Ce premier contact doit être pour chacun l'occasion de développer sa curiosité de l'autre, de favoriser l'ouverture d'esprit, de faciliter la compréhension mutuelle et d'encourager les échanges futurs.

« Commander aujourd'hui », un enjeu commun à tous.

Le thème qui vous réunit cette année a fait couler beaucoup d'encre : de MACHIAVEL au Général de GAULLE, en passant par le Chevalier de FOLARD, le Maréchal de France LYAUTEY, Carl Von CLAUSEWITZ ou John KEAGAN, tous ont mis en avant des comportements, des caractères, un charisme : celui du chef.

A la place qui sera la vôtre, le commandement sera une lourde responsabilité que vous aurez tous à exercer.

Comme futurs officiers en opérations ou en unité combattante ou non, votre formation l'implique et malgré toutes les différences inhérentes à vos corps, ce SIGEM est l'occasion de mettre en évidence les nombreux aspects communs qui vous lient, y compris vis-à-vis de nos camarades étrangers, voire civils. A l'heure où le collège interarmées de défense est devenu l'Ecole de guerre, cela prend d'ailleurs un sens tout particulier.

Commander, aujourd'hui, c'est :

- d'abord, un esprit de décision pour ses hommes, pour son pays.

La défense des intérêts vitaux de la nation vous seront confiés. De votre engagement, de vos choix et de vos succès dépendront sa survie. Il s'agira de ne pas perdre de vue les priorités et les objectifs réels qui vous auront été fixés, de donner des ordres clairs, méthodiquement réfléchis, arbitrés, pesés.

C'est, ensuite, et cela va de pair, un sens des responsabilités sans faille.

Commander, ce n'est pas être un simple exécutant des ordres reçus, c'est être quelqu'un qui s'engage par les choix qu'il fait et les ordres qu'il donne. Prendre ses responsabilités, c'est faire le rapport des risques et du résultat, et juger que le résultat vaut le risque et avancer en conséquence.

Ce sens des responsabilités ne s'exerce pas sans une éthique. A l'heure de la mondialisation, il est sain que de jeunes officiers aient des repères historiques, moraux et sociétaux solides. Le monde bouge, évolue, mais la liberté totale ne doit pas nous séparer de la rigueur morale qui fait la noblesse de l'officier français, et qui fonde la confiance de toutes les forces politiques, quelle qu'elles soient, et de la Nation, plus encore.

Les vertus individuelles sont indispensables à une époque où la hiérarchie ne suffit plus à fonder l'obéissance. Celles du chef résident dans sa capacité à s'attirer la confiance des subordonnés par sa compétence reconnue, son comportement exemplaire et sa capacité à donner à tous le sens de leur solidarité et de leur égalité devant la tâche dont ils sont responsables.

La guerre sera l'expression la plus extrême de votre sens des responsabilités, de votre sens de l'éthique et de la solidarité indéfectible qui vous lie car elle est aussi l'expression la plus extrême de la volonté politique, celle de la violence légitime d'Etat. Deux exemples de commandement dans notre actualité sont frappants : la Tunisie où l'armée au service de la nation protège sa population et la triste Libye, où l'armée au service d'un dictateur massacre ses enfants.

J'ajouterai que ce sens des responsabilités et cette capacité à décider doit s'accompagner d'une véritable énergie, d'une envie de faire et de réaliser. Vos métiers sont passionnants, ils sont exigeants, ils sont motivants. L'ambition est belle mais la vraie ambition n'est pas celle que l'on s'applique à soi, c'est celle que l'on déploie pour construire.

Aussi, commander nécessite trois qualités fondamentales qu'il vous appartient de développer :

- une disponibilité, d'abord, de tous les instants, envers votre hiérarchie, mais aussi et surtout envers vos hommes ;

- la discipline, ensuite : être discipliné, c'est trouver, dans son esprit, la possibilité de réaliser les ordres et, dans son caractère, l'énergie d'assumer les risques de leur exécution [FOCH] ; Cela passe aussi, au quotidien, par une culture générale solide. Par elle, la pensée est mise à même de s'exercer par ordre, de discerner dans les choses l'essentiel de l'accessoire ; bref, de s'élever à un degré où les ensembles apparaissent sans préjudice des nuances ;

- l'exigence de soi, enfin, car par-dessus vous devrez monter l'exemple. On ne peut exiger des autres que si l'on exige d'abord beaucoup de soi-même. C'est en se remettant en cause en permanence que vous devrez remplir les missions qui vous seront fixées par le France, dans le maintien de la paix et de la justice comme en Libye, ou dans les catastrophes humanitaires comme au Japon.


La Lorraine qui m'est chère, a chèrement payé le prix de l'impréparation de ses armées dans l'entre-deux guerre. Je constate, aujourd'hui, que nos armées sont au rendez-vous que lui fixe la France.

Vous pouvez être fiers de votre présent comme vous pouvez être confiant en votre avenir. Votre engagement vous honore. Il vous oblige aussi. Il vous appartiendra de suivre et d'être à la hauteur de cet héritage.


Source http://www.defense.gouv.fr, le 4 avril 2011

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