Déclaration de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, sur les grandes orientations de la politique en faveur du développement de réseaux de distribution d'électricité « intelligents », à Paris le 29 mars 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, sur les grandes orientations de la politique en faveur du développement de réseaux de distribution d'électricité « intelligents », à Paris le 29 mars 2011.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement

Circonstances : Colloque « Smart Energy Summit » sur le thème de la mutation énergétique, à Paris le 29 mars 2011

ti : Mesdames et Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs les Directeurs
Mesdames et Messieurs,


Je suis heureuse de participer à cette rencontre sur la nouvelle équation énergétique.

Le sujet est au coeur de l'actualité. L'accident de Fukushima et la hausse des prix de l'énergie nous rappellent à la nécessité d'une transformation profonde de notre politique énergétique. Elle doit répondre à un triple enjeu : sécurité de l'approvisionnement, protection du climat et compétitivité. Pour cela, il faut combiner un mix énergétique décarboné et diversifié, et la sobriété c'est-à-dire l'efficacité énergétique car la meilleure énergie c'est avant tout celle que l'on ne consomme pas.

Aujourd'hui, le secteur énergétique connaît trois évolutions fortes :

D'abord, une évolution rapide des usages électriques : La climatisation, les appareils audio et vidéo ou le chauffage électrique se développent et accroissent la consommation. L'apparition de nouveaux usages de consommation, telle que la voiture électrique, amplifiera cette hausse ;

Ensuite, second phénomène majeur, le développement des énergies renouvelables. L'Europe s'est engagée à porter à 20 % la part de ces énergies dans son mix énergétique. Cette transformation, nous l'avons largement engagé : en deux ans, la production éolienne a été multipliée par deux et celle du photovoltaïque par 13 ! Et ces développements se poursuivent avec des nouveaux appels à projets, comme celui sur l'éolien offshore.

Ce développement engendre une part croissance d'énergie intermittente dans le mix énergétique, qui demande une meilleure gestion du réseau, pour éviter les déséquilibres entre la production et la consommation.

Enfin, troisième phénomène : la lutte contre le gaspillage énergétique. Nous avons mis en place plusieurs mesures en ce domaine ; les évènements récents nous rappellent la nécessité de les poursuivre et les intensifier. De nouveaux gisements d'économie sont à explorer. De nouvelles technologies vertes sont à inventer.

Face à ces évolutions, les réseaux doivent évoluer pour devenir « intelligents », c'est-à-dire qu'ils doivent tirer le meilleur profit des nouvelles technologies de l'information et de la communication, à chaque étape, depuis la production de l'énergie jusqu'à son utilisation finale par le consommateur.

L'intelligence, dans cette chaîne énergétique, c'est celle qui permet au réseau d'anticiper avec précisions les variations de la demande, et celle, surtout, qui lui donne la souplesse d'y répondre.

C'est celle aussi qui permettra de sensibiliser les citoyens à une meilleure gestion de leur consommation électrique, les encourageant dans une démarche de développement durable. Les consommateurs passeront ainsi de plus en plus d'une démarche passive à une démarche active de consomm'acteur.

C'est une nécessité pour répondre aux défis du secteur, et c'est une condition impérieuse pour atteindre les objectifs climatiques.

Au-delà, les smart grids constituent un pilier important pour le développement du bâtiment intelligent ou à énergie positive (smart home, smart building), la ville intelligente ou les véhicules électriques

Le développement de l'intelligence dans le réseau est une nécessité, bien sûr, mais il est aussi une formidable opportunité.

L'intelligence, après tout, et avant que d'atterrir dans le réseau, elle vient d'abord des hommes. Mettre de l'intelligence dans le système, c'est mettre de l'entrepreneuriat et de l'innovation dans le réseau.

Le marché mondial pour les smart grids devrait atteindre plus de 100 milliards de dollars par an en 2030.

L'Europe a des cartes à jouer. Elle possède des entreprises leaders et un tissu de PME innovantes dans les secteurs électrique, énergétique, dans les capteurs ou encore dans les technologies de l'information et de la communication.

Par ailleurs, les enjeux liés au développement des Smart Grids croisent ceux des principales filières de l'économie verte (énergies renouvelables, bâtiment, véhicule électrique ou encore, stockage de l'énergie).

Pour cette raison, les smart grids sont une filière centrale de la transition écologique de l'économie mondiale. C'est du reste pour cela qu'ils sont l'un des 4 secteurs prioritaires de développement du Grenelle 2 voté le 29 juin 2010.

En la matière, le chantier est immense et la France et l'Europe doivent aller de l'avant.

Notre succès repose sur trois facteurs.

D'abord, sur l'ouverture et l'interopérabilité des standards : nombreux sont les acteurs d'où l'innovation et l'initiative peuvent venir : fournisseurs énergéticiens, opérateurs télécoms, acteurs de l'Internet ; il est donc important que les solutions mises en place soient ouvertes et interopérables.

Ensuite, le développement de collaborations entre les différents secteurs concernés : c'est par le partage des expertises et des compétences que pourront émerger des modèles économiques solides et les solutions les plus complètes, notamment sur le volet de la maîtrise de la demande de l'énergie.

Enfin, le travail avec les utilisateurs : si un travail n'est pas mené avec ceux-ci, l'introduction des technologies de gestion intelligente de l'énergie au niveau du citoyen se trouvera confrontée soit à un risque de rejet, soit de non adoption. En la matière, il faut réunir trois conditions, absolument décisives : apporter une meilleure information sur la nature des réseaux intelligents, garantir la protection des données personnelles et donner un accès aux informations sur la consommation énergétique.

L'ensemble de cette politique exige que les pouvoirs publics jouent leur rôle.

En l'occurrence, ils devront produire une régulation incitative, et soutenir le développement économique et l'innovation.

Sur le premier volet, nous avons engagé avec le Grenelle de l'environnement une transformation sans précédent. Mesures fiscales pour inciter aux travaux de rénovation thermique, tarifs d'achat favorables pour stimuler le développement des énergies renouvelables, bonus malus écologique sur les véhicules, affichage des caractéristiques environnementales des produits, nouvelle réglementation thermique sont autant d'actions emblématiques qui contribuent à opérer cette mutation.

Sur le second volet, celui de l'innovation, la France est aujourd'hui à la pointe grâce aux investissements d'avenir, qui ont mobilisé 35 Mds € sur des priorités stratégiques créatrices d'emplois. Sur ces 35 Mds, plus de 2,5 Mds sont consacrés aux nouvelles technologies de l'énergie. 250 millions doivent en particulier soutenir la réalisation de démonstrateurs sur les smart grids. Nous lancerons d'ailleurs courant avril deux appels à projets sur le smart grids et le stockage d'énergie.

1 Md € est également consacré à la mise en place d'instituts d'excellence dans le domaine des énergies décarbonées : ces instituts doivent permettre de structurer les acteurs académiques et industriels autour de ces nouvelles technologies. Le premier appel à projets s'est clos en février. Les résultats seront annoncés à l'été.

Nous avons également prévu de soutenir la réalisation de 13 grands projets d'innovation architecturale, sociale et énergétique" - les "EcoCités" - et d'au moins un "EcoQuartier" avant 2012 dans des grandes agglomérations. Ces projets devront notamment intégrer la dimension énergétique.

L'Europe n'est pas en reste avec les différents Programmes cadres de recherche et développement, et le setplan, qui vise à accélérer les progrès en matière de technologies à faibles émissions de dioxyde de carbone. Elle s'est également dotée d'une plateforme « European SmartGrids Technology » qui permettra de faire avancer le sujet au niveau européen.

En complément des technologies, il faut développer les compétences de ceux qui les déploieront et les intégreront. C'est pourquoi nous travaillons à un double-objectif : adaptation des programmes de formation, mobilisation des acteurs pour éviter que le manque de compétences ne soit un obstacle à la diffusion des innovations.

Ces actions doivent contribuer à faire émerger des solutions innovantes et créatrices d'emplois à haute valeur ajoutée en Europe.

C'est l'ambition que nous devons viser ensemble, et à laquelle vous contribuez par vos actions et vos réflexions sur ce chantier d'avenir, et prometteur.

Je vous souhaite des discussions très productives et vous remercie de votre attention.


Source http://www.development-institute.com, le 2 mai 2011

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