Déclaration de Mme Nora Berra, secrétaire d'Etat à la santé, sur la nécessité de campagnes de vaccination, la prévention contre les maladies supposées disparues et la prévention contre le risque sanitaire, Paris le 22 avril 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nora Berra, secrétaire d'Etat à la santé, sur la nécessité de campagnes de vaccination, la prévention contre les maladies supposées disparues et la prévention contre le risque sanitaire, Paris le 22 avril 2011.

Personnalité, fonction : BERRA Nora.

FRANCE. Secrétaire d'Etat à la santé

Circonstances : Semaine européenne de la vaccination à Paris le 22 avril 2011

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Le lancement de cette semaine européenne de la vaccination me donne avant tout l’occasion de célébrer l’immense avancée médicale qu’a constituée la vaccination depuis qu’elle a débuté avec Pasteur, et la vaccination réussie du petit Joseph MEISTER contre la rage, en 1885.

Depuis, de nombreux progrès ont été accomplis. La vaccination a progressé en efficacité, en sécurité et elle constitue un facteur clé de la prévention contre certaines maladies. Son succès a été tel que l’on a fini par croire que de nombreuses maladies avaient été définitivement éradiquées.

Or, vous le savez, il n’en est rien, hélas, et la mobilisation en faveur de la vaccination doit reprendre. Il faut interpeller les citoyens, qui s’en sont progressivement détournés, en croyant qu’elle était désormais superflue.

C’est pourquoi, depuis 2006, à l’initiative de l’OMS, une semaine européenne de la vaccination est organisée chaque année, et je me réjouis particulièrement que la France s’y soit associée, dès sa création.

Même si cette semaine européenne de la vaccination est, cette année, centrée plus particulièrement sur la rougeole, mon premier objectif, comme responsable politique en charge de la santé de mes concitoyens, c’est de m’adresser aujourd’hui directement à tous, pour pousser un cri d’alarme que chacun doit entendre : aujourd’hui, la vaccination est insuffisante dans notre pays !

Et je veux le dire avec force. Si nous ne voulons pas voir revenir ces maladies que nous pensions disparues, il nous faut donner un nouvel élan à la vaccination, car elle constitue toujours le moyen simple et efficace de se prémunir contre de nombreuses pathologies.

La réalité, c’est que les couvertures vaccinales atteintes pour de nombreuses maladies ne permettent plus aujourd’hui de couvrir convenablement la population et d’assurer le contrôle des pathologies.

Selon la loi de santé publique de 2004, les objectifs de la couverture vaccinale, pour être efficaces, doivent en effet atteindre les taux suivants :

* au moins 95% des maladies vaccinales, sauf la grippe ;
* au moins 75% dans tous les groupes cibles pour la grippe ;

Or, nous n’y sommes pas, loin s’en faut, ce qui constitue un danger en matière de santé publique, dont j’entends aujourd’hui alerter l’ensemble de nos concitoyens.

En effet, nous constatons des disparités de couverture vaccinale qui se manifestent sous au moins 4 aspects significatifs :

* 1er constat : il est d’ordre géographique, le sud de la France se vaccine moins que le nord par exemple pour la rougeole comme sa diffusion géographique nous le montre actuellement.
* 2ème constat : chez les enfants, si la couverture atteint l’objectif pour la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, et la coqueluche, elle est insuffisante pour la rougeole, les oreillons, la rubéole, l’hépatite B, le pneumocoque et la méningite C.
* 3ème constat : chez les adolescents, aucune vaccination n’atteint les 95% de couverture vaccinale. Ainsi moins d’une jeune fille sur deux en âge d’être vaccinée contre le HPV ne l’est pas !
* 4ème constat : chez les adultes, les quelques études dont nous disposons montrent des taux très insuffisants, et qui baissent avec l’âge. Je vous rappelle que seulement 61% des personnes de plus de 65 ans ont été vaccinés contre la grippe l’hiver dernier, nous sommes loin des 75% minimum qui sont notre objectif.

Cette insuffisance est d’autant plus préoccupante qu’elle concerne également les professionnels de santé, qui se font vacciner de manière inégale : leur couverture vaccinale pour les vaccins obligatoires est certes bonne : 95% pour la DTP, 91% pour l’hépatite B, et 95% pour le BCG. Mais elle est très faible 6/9 pour les vaccinations recommandées : 49,7% pour la rougeole, 29% pour la varicelle, et 11% pour la coqueluche.

L’ensemble des professionnels de santé doit aussi montrer l’exemple à nos concitoyens, pour mieux les convaincre.

Je compte aussi beaucoup sur vous, Mesdames et Messieurs les journalistes, pour contribuer à éclairer et apaiser le débat sur la vaccination qui a eu lieu ces dernières années, et qui a pu donner le sentiment, qu’au fond, se faire vacciner pourrait ne pas s’avérer utile voir dangereux. Cette idée, je dirais cette opinion plutôt, est erronée, et il faut la combattre !

Car, je le répète, n’oublions pas que les pathologies à prévention vaccinale représentent toujours un risque sérieux : il nous faut donc rétablir la raison, autant que la sérénité autour de cette question essentielle de la vaccination.

Mesdames et Messieurs, pourquoi nous mobilisons-nous aujourd’hui ?

La flambée de l’épidémie de rougeole à laquelle nous devons faire face et à laquelle cette semaine européenne de la vaccination est plus particulièrement consacrée, est un bon indicateur du danger que représente une insuffisance de vaccination.

Nous atteignons maintenant un seuil critique, avec une partie de la population qui n’est plus immunisée contre la rougeole. Cette part suffit à faire exploser cette pathologie. On estime que 1,3 millions d’enfants et de jeunes adultes âgées de 6 à 29 ans ne sont pas vaccinés. Et comme il s’agit d’une maladie à développement rapide et très contagieuse. Un cas peut en contaminer jusqu’à 20. Imaginons le danger que la rougeole représente, notamment pour nos enfants et nos adolescents !

Il est de mon devoir d’en informer nos concitoyens, car l’évolution actuelle de la rougeole peut être précurseur de ce qui pourrait survenir avec d’autres pathologies. C’est pourquoi j’ai demandé, à l’issue du bilan rougeole que je vous ai présenté en mars, qu’un état des lieux soit fait sur l’ensemble des vaccins.

J’en appelle aussi, une nouvelle fois, à la responsabilité, et je le dis, à l’esprit de solidarité et de civisme, en invitant chacun à aller vers son médecin traitant pour faire le bilan de ses vaccins et de ceux de son entourage. Regardez vos carnets de santé et faites le point sur vos vaccins et ceux de vos enfants : c’est la première chose qu’il s’impose de faire, pour chacun, pour chaque foyer, pour chaque famille.

Ensuite, j’ai décidé d’organiser avec les représentations professionnelles des médecins des travaux qui devront nous permettre de définir la meilleure stratégie à venir pour impliquer les professionnels de santé et retrouver la confiance des patients dans la vaccination.

Les syndicats de médecins libéraux seront associés à ces travaux qui devront aboutir pour la prochaine rentrée.

En parallèle, je saisirai le Haut Comité pour la santé publique afin qu’une réflexion technique sur la vaccination soit menée.

Les questions suivantes pourront par exemple être abordées : le calendrier peut-il être simplifié, le statut de certaines vaccinations peut-il évoluer ?

Mais, Mesdames et Messieurs les professionnels de santé, les acteurs des associations, les journalistes, c’est sur vous que je compte aujourd’hui pour mobiliser nos concitoyens qui vous côtoient, qui vous voient et vous entendent quotidiennement : votre rôle est primordial pour sensibiliser, informer nos concitoyens sur les dangers de la non-vaccination.

C’est ensemble que nous devons agir car ne l’oublions pas, la vaccination est un geste simple de protection individuelle pour le bénéfice de tous.


Je vous remercie de votre attention.


Source http://www.sante.gouv.fr, le 3 mai 2011

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