Interview de M. Gérard Longuet, ministre de la défense et des anciens combattants, à Europe 1 le 3 mai 2011, sur la mort d'Oussama Ben Laden, la guerre en Afghanistan et la lutte contre le terrorisme. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Gérard Longuet, ministre de la défense et des anciens combattants, à Europe 1 le 3 mai 2011, sur la mort d'Oussama Ben Laden, la guerre en Afghanistan et la lutte contre le terrorisme.

Personnalité, fonction : LONGUET Gérard.

FRANCE. Ministre de la défense et des anciens combattants

ti : GUILLAUME CAHOUR Gérard LONGUET, bonjour.
 
GERARD LONGUET Bonjour.
 
GUILLAUME CAHOUR Ministre de la Défense. Avec ces 24 h, 24 dernières heures qui ont été très denses en informations, Ben LADEN est mort, 24 h après est-ce qu'on peut craindre des représailles pour la France, ou les autres pays occidentaux d'ailleurs ?
 
GERARD LONGUET Le degré de sensibilité au terrorisme est le même. Il faut être attentif. On peut imaginer dans les pays où Al Qaïda est implanté fortement au Proche-Orient des tentatives sur des cibles malheureusement exposées, des ambassades en particulier, mais il n'y a pas de risque spécifique identifié pour notre territoire national. Vigilance !
 
GUILLAUME CAHOUR Mais vous comprenez que les Américains, eux, renforcent leur sécurité. Ils sont plus exposés que les Français.
 
GERARD LONGUET Ils sont sans doute plus exposés que les Français. Je pense qu'Al Qaïda est quand même profondément désorganisé à cet instant.
 
GUILLAUME CAHOUR Aujourd'hui, est-ce que vous lancez un appel à la vigilance aux Français qui vont dans des pays potentiellement à risque ?
 
GERARD LONGUET Il y a des pays sensibles, en particulier les pays sahéliens, malheureusement, à cet instant, et la tragique affaire, le tragique attentat de Marrakech prouve que malheureusement certains peuvent être exposés. La réaction du peuple marocain est remarquable de sang-froid, et je crois qu'il faut le saluer et peut-être en prendre des leçons.
 
GUILLAUME CAHOUR L'élimination de Ben LADEN pose un certain nombre de questions. D'abord, sur le Pakistan, on s'interroge. Est-ce que c'est vraiment un partenaire fidèle ? Ben LADEN était à 50 km de la capitale, 700 m d'une caserne militaire. Il fallait du culot ou une excellente protection, ou un peu des deux ?
 
GERARD LONGUET C'est la question majeure. D'ailleurs, les Américains parlent d'AfPak (Afghanistan/Pakistan). Il y a une frontière entre les deux, elle a été tracée par les Anglais au 19e siècle. Elle ne représente la réalité historique et culturelle. Les Pachtounes sont des deux côtés, et manifestement Pakistanais et Afghans ont à s'expliquer. C'était d'ailleurs le cas, plus qu'il y a moins de dix jours le Premier ministre pakistanais était à Kaboul, peu avant que j'y sois moi-même, et j'observe, et je m'en réjouis, que les deux pays ont l'air de mieux se comprendre et de mieux se parler, ce qui est indispensable à la solution de la crise afghane. La guerre en Afghanistan c'est très largement un problème à cheval sur les deux pays, et sur la cohérence de la politique pakistanaise.
 
GUILLAUME CAHOUR La guerre en Afghanistan a commencé aussi avec la traque de Ben LADEN. Aujourd'hui, Ben LADEN éliminé, est-ce que ça veut dire que petit à petit il faut, ou brutalement d'ailleurs, il faut arrêter la guerre en Afghanistan ?
 
GERARD LONGUET Non, malheureusement… ce serait l'idéal, naturellement, malheureusement c'est un petit peu plus compliqué parce que Ben LADEN représentait une partie de l'insurrection en Afghanistan, une partie seulement, et il n'avait d'ailleurs pas autorité sur l'ensemble des autres dispositifs. Cela dit, sa disparition rappelle qu'il n'y a pas de sanctuaire pour le terrorisme, qu'il n'y a pas de base arrière protégée comme l'est le Pakistan pour d'autres, le mollah Omar par exemple. Et, s'il y a une volonté pakistanaise cohérente, solidaire, de la présidence, du Premier ministre, de l'armée, des services secrets, pour éradiquer le terrorisme et en quelque sorte faire la paix avec l'ensemble du secteur, je pense qu'on peut espérer que la transition pour 2014 sera en effet tenue. Transition 2014, ça veut dire plus de troupe de la coalition en Afghanistan.
 
GUILLAUME CAHOUR Al Qaïda c'est une organisation, c'est ce que l'on voyait tout à l'heure avec Mathieu CHARRIER, dans « Europe 1 va plus loin ». Le n° 2 va-t-il devenir le n° 1, Al Qaïda va continuer à prospérer ?
 
GERARD LONGUET Je ne suis pas le plus grand spécialiste. Je pense que la valeur symbolique de la neutralisation de Ben LADEN est plus importante, et que le système va exploser parce qu'il est confronté à une vérité, c'est qu'au fond personne dans le monde islamique arabo-musulman… manifestement, ce n'est plus Ben LADEN qui représente une espérance de changement pour ces populations. Et ce qu'il y a de finalement de plus fort, je dirais c'est la deuxième mort de Ben LADEN. La première mort c'est qu'on ne parlait plus de lui ni en Tunisie, ni en Egypte, ni au Yémen.
 
GUILLAUME CAHOUR Aujourd'hui, est-ce que vous êtes…hier, vous disiez que vous étiez plutôt optimiste pour les otages français.
 
GERARD LONGUET Oui.
 
GUILLAUME CAHOUR Est-ce qu'aujourd'hui vous l'êtes toujours alors que François FILLON, lui, hier, a fait preuve de prudence ?
 
GERARD LONGUET François FILLON a eu raison de faire preuve de prudence. Moi, j'ai fait une analyse qui était la suivante : si le Pakistan joue le jeu, comme il donne le sentiment de le jouer aujourd'hui, l'affaire afghane devrait se régler plus rapidement. C'est ma seule conclusion : si. GUILLAUME CAHOUR Et pour les autres otages qui sont au Niger ?
 
GERARD LONGUET Alors, pour l'affaire sahélienne, on a manifestement un système qui est différent du système pakistanais, et c'est la raison pour laquelle je crains qu'il n'y ait pas de changement immédiat.
 
GUILLAUME CAHOUR Et est-ce qu'il peut y avoir au contraire, là, des représailles et c'est-à-dire une sorte de vengeance d'éliminer les otages ? Ca fait partie des hypothèses ?
 
GERARD LONGUET Rien n'est à exclure, mais ce n'est pas celle que j'ai retenue à cet instant. Mais je ne suis pas nécessairement informé de tout.
 
GUILLAUME CAHOUR Pourquoi c'est pas celle que vous retenez ?
 
GERARD LONGUET Parce que je pense que ce sont deux systèmes différents et que les motivations, même si AQMI a le même nom qu'Al Qaïda, ce sont des motivations différentes de celles du Pakistan et de l'Afghanistan que nous évoquions à l'instant.
 
GUILLAUME CAHOUR Gérard LONGUET, est-ce qu'il fallait immerger le corps de Ben LADEN ?
 
GERARD LONGUET Moi, je suis assez traditionnaliste, et j'aurai…l'inhumation, c'est en terre. Au-delà, il est vrai que pour les Etats-Unis qui ont souffert 3 000 morts qui n'ont aucune sépulture, on peu comprendre que la sépulture Ben LADEN ne soit pas leur préoccupation. GUILLAUME CAHOUR Mais c'est une provocation vis-à-vis des musulmans.
 
GERARD LONGUET Trois mille morts sans sépulture !
 
GUILLAUME CAHOUR Oui, mais, bon, c'est le corps d'un homme.
 
GERARD LONGUET Voilà, c'est tout ! Comprenez ! Trois mille morts sans sépulture.
 
GUILLAUME CAHOUR Et ça justifie ?
 
GERARD LONGUET Trois mille morts sans sépulture, je crois que ça explique, en tous les cas.
 


Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 3 mai 2011

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