Déclaration de M. Henri de Raincourt, ministre de la coopération, sur les élèves étrangers de l'ENA, à Paris le 28 avril 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Henri de Raincourt, ministre de la coopération, sur les élèves étrangers de l'ENA, à Paris le 28 avril 2011.

Personnalité, fonction : RAINCOURT Henri de.

FRANCE. Ministre de la coopération

Circonstances : Remise des diplômes du cycle international long de la promotion "Jean-Jacques Rousseau" de l'Ecole nationale d'administration, à Paris le 28 avril 2011

ti : Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Directeur de l'ENA,
Mesdames et Messieurs les Élèves du Cycle international long de la promotion « Jean-Jacques Rousseau»,
Mesdames et Messieurs,


C'est avec beaucoup de plaisir que je vous accueille au nom du gouvernement pour vous remettre vos diplômes. C'est un moment fort pour vous et vos proches, mais soyez persuadés que c'est aussi un moment auquel la France attache une grande importance. Il est donc naturel que le Quai d'Orsay prête un peu de la solennité de cette Grande salle à manger, où se sont déroulés tant d'épisodes de la vie diplomatique, à cette cérémonie qui est aussi un moment convivial et sympathique.

Vous parvenez aujourd'hui à la complète réalisation du projet que vous vous étiez fixé voici de nombreux mois. Je vous adresse mes plus vives félicitations pour être parvenu au terme de ce parcours d'effort et d'excellence. Vous pouvez mesurer aujourd'hui avec fierté tout le chemin parcouru depuis le jour où vous avez pris vos premiers contacts avec les ambassades de France dans vos pays d'origine.

Le premier acquis de votre scolarité à l'École nationale d'administration est cet accomplissement personnel que vous avez mené à bien durant ces 16 mois. En choisissant ce Cycle long, vous avez fait le choix de l'immersion totale dans un univers totalement nouveau : un autre pays, une autre langue, une plongée au cœur de réalités administratives souvent complexes et une exigence de tous les instants. Aujourd'hui vous pouvez témoigner que vous avez surmonté tous les obstacles : l'éloignement d'avec vos proches, la rigueur de l'hiver strasbourgeois, l'aridité de certaines matières enseignées, l'humeur parfois fluctuante des élèves français, préoccupés de leur rang de sortie.

Votre scolarité à l'ENA vous a permis de vous découvrir en situation de responsabilité dans des contextes très différents, qu'il s'agisse des différents stages ou des travaux du «séminaire». Durant ces mois écoulés, vous avez certes acquis de nombreuses connaissances techniques, mais vous vous êtes surtout découverts vous-mêmes. Testées sur un plan académique aussi bien que pratique, vos capacités ont connu l'épreuve du feu. Vous savez désormais que vos qualités personnelles vous permettront d'occuper avec distinction les hautes fonctions auxquelles vous pouvez prétendre. Mais vous avez aussi appris, durant toutes les étapes de cette formation exigeante, combien l'humilité est l'indispensable compagne de l'ambition.

Durant cette immersion, vous avez été amené à découvrir la France. Vous la connaissiez parfois auparavant, mais votre scolarité à l'ENA vous a fait participer de l'intérieur à la vie administrative de notre pays. Vous avez pu mesurer combien l'Etat compte pour les Français, sur le plan de leur vie quotidienne comme sur celui des représentations politiques ou symboliques. Vous avez constaté combien l'administration française, cet instrument façonné par les siècles, cherche à s'adapter en permanence pour répondre aux nouveaux besoins de nos concitoyens, tout en veillant à préserver sa réputation d'excellence dans l'exercice des fonctions régaliennes.

Vous avez touché du doigt aussi toute la difficulté de ce processus de modernisation permanente qu'imposent les évolutions rapides de notre temps. Les débats sur la décentralisation, sur la réforme des finances publiques, sur l'équilibre entre les territoires, sur la gestion des effectifs de la fonction publique, sont autant d'exemples, parmi de nombreux autres, de la manière dont les administrations, dans tous les pays du monde, doivent désormais se remettre en question afin de maintenir la qualité du service public dans un monde en perpétuel changement.

Vous avez aussi découvert, notamment durant votre stage du module territoires, ce que recouvrait cette notion de «modèle français», qui repose sur le rôle protecteur que nos concitoyens confient aux pouvoirs publics. Il fut un temps où il était de bon ton de critiquer ce modèle. Mais la crise économique et financière mondiale a réhabilité ces préoccupations, en particulier la dimension sociale de la mondialisation, à laquelle les Français sont très attachés. De même, le printemps des peuples arabes nous rappelle combien est nécessaire au pacte social de tous les pays du monde l'existence d'une administration impartiale, efficace et juste, à défaut de laquelle s'installent si facilement l'arbitraire, la corruption et finalement l'oppression.

Le diplôme qui va vous être remis marque la fin de cette étape dans votre parcours. Il ouvre aussi un nouveau chapitre en vous faisant membres de la communauté des anciens élèves de l'École. Comme vous le savez, plus de 3.000 anciens élèves répartis dans le monde entier partagent avec vous ce socle d'expérience commune. Nombreux sont ceux qui sont amenés à revenir en France, notamment les diplomates, et je sais que les ambassades présentes à Paris comptent fréquemment des anciens élèves de l'École, dont certains sont revenus en France comme chefs de poste. Vous avez par ailleurs un accès désormais privilégié à l'administration française, dont vous connaissez les structures et les hommes. Je ne peux que vous inciter à préserver et développer tous ces contacts, qui vous seront utiles dans la suite de vos parcours professionnels et qui profiteront à vos pays comme à la France.

En tant que ministre chargé de la Coopération, permettez-moi aussi de me réjouir que vous ayez choisi l'ENA parmi l'éventail des offres existantes au plan international auxquelles vous aviez accès. C'est là un signe fort pour l'attractivité de notre système de formation et de notre pays dans son ensemble. Il est donc naturel que le ministère des Affaires étrangères et européennes soit mobilisé pour la réussite de ce programme, y compris en apportant sa contribution financière. Même si cette formation ne concerne que des effectifs réduits, elle contribue de manière indéniable au rayonnement de notre pays, par l'influence que les anciens élèves de l'ENA ne manquent pas d'avoir dans leurs pays respectifs.

Vous avez désormais de la France une connaissance intime, que peu d'étrangers peuvent revendiquer. En ce sens, l'ENA continue de servir le dessein que lui avait fixé le général de Gaulle au lendemain de la seconde guerre mondiale : être le creuset d'une forme d'excellence française qui favorise le rayonnement de notre pays et de ses valeurs. Et si jamais la France mérite quelque peu la vocation universelle qu'on lui prête, ce n'est que parce qu'elle sait s'enrichir des apports du monde et s'ouvrir en permanence à de nouveaux talents et de nouvelles idées. Votre présence en France nous a beaucoup apporté, soyez-en remerciés, et je suis sûr que le lien qui a été créé à cette occasion prouvera avec le temps toute sa force, qui n'est autre que celle de l'amitié.


Je vous remercie.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 mai 2011

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