Déclaration de M. Eric Besson, ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique, sur le développement des téléviseurs connectés, Paris le 28 avril 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Eric Besson, ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique, sur le développement des téléviseurs connectés, Paris le 28 avril 2011.

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique

Circonstances : Ouverture du colloque sur les téléviseurs connectés, à Paris le 28 avril 2011

ti : Monsieur le président du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel,
Mesdames, Messieurs les Conseillers,
Mesdames et Messieurs les présidents et directeurs,
Mesdames, Messieurs,


Je voudrais tout d’abord remercier le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, et son Président, Michel Boyon, pour leur invitation à venir ouvrir ce colloque consacré aux téléviseurs connectés.

L’année 2010 a vu la convergence entre l’audiovisuel et l’Internet se poursuivre, et cette convergence va s’intensifier en 2011. Elle s’est développée autour de trois axes.

Premièrement, autour des réseaux. L’époque où le spectre hertzien était dédié à la diffusion audiovisuelle et les fils du téléphone au transport de la voix est définitivement derrière nous. Aujourd’hui, les réseaux mobiles et les réseaux fixes transportent de plus en plus de données et de contenus audiovisuels. 7 millions de français sont aujourd’hui équipés de téléphones intelligents, des « smartphones », offrant un accès internet mobile et capable d’afficher des contenus multimédia, contre un million il y a deux ans.

Deuxièmement, autour des services. Les offres « triple play », qui ont stimulé le marché du haut débit en France, nous permettent aujourd’hui d’accéder à des services à valeur ajoutée comme la vidéo à la demande ou la télévision de rattrapage. Sur les 19 millions d’accès ADSL, plus de la moitié offrent un service de télévision via internet !

Ces innovations technologiques font évoluer les usages : on accède désormais aux contenus audiovisuels sur plusieurs supports de réception – fixe ou mobile – indifféremment du mode de diffusion. Les modes de consommation deviennent individualisés, instantanés, délinéarisés, mobiles.

Troisièmement, autour des terminaux. En 2010, nous avons vu apparaître en France les premières télévisions connectées, qui opèrent la jonction entre le monde de la télévision et celui d’internet. Plus d’un téléviseur sur cinq vendu l’année dernière en France était connectable à Internet. Aux Etats-Unis, c’est près d’un téléviseur sur trois. Ces téléviseurs sont au cœur du colloque organisé aujourd’hui.

Présentés pour la première fois au public en 2008, ils arrivent aujourd’hui massivement sur le marché. Selon le Syndicat des Industries des Matériels audiovisuels électriques (SIMAVELEC), plus de 2,5 millions de téléviseurs connectés devraient être vendus en 2011, et près de 5 millions en 2012. Certains grands constructeurs prévoient que 90% de leurs produits commercialisés cette année seront connectables à Internet.

Ces terminaux promettent au téléspectateur non pas de remplacer l''ordinateur, mais d''enrichir considérablement l''offre de la télévision en accédant par un même écran à une diversité de services, au-delà de ceux existant aujourd’hui comme la télévision de rattrapage ou la grille interactive des programmes. Les études récentes ont confirmé l’attente et l’utilisation déjà courante de ces services, par près d’un internaute téléspectateur sur deux en Europe.

D’ici peu, nous pourrons être encore plus actifs et commenter sur un réseau social un match de football tout en le regardant sur son téléviseur, lire les détails d’une recette de cuisine tout en suivant l’émission qui l’illustre, ou encore acheter en ligne des produits depuis son écran de télévision.
La convergence entre le monde de la télévision et celui d’internet avait déjà été initiée en France il y a quelques années. Elle a déjà permis à de nombreux foyers d’accéder à des services de vidéo à la demande depuis leur écran de télévision. Les téléviseurs connectés marquent une nouvelle étape de cette convergence, dont ils vont constituer un accélérateur.

Les principaux facteurs de réussite de la télévision connectée semblent aujourd’hui réunis.

D’une part, Internet s’est généralisé. Deux milliards d’individus sur notre planète y ont désormais accès et 80% d’entre eux regardent des vidéos en ligne. La vidéo devrait représenter 50% du trafic internet total en 2012, et pourrait augmenter à plus de 90% à horizon 2014. Par ailleurs, le téléviseur reste le premier terminal pour la consommation des média, largement devant le PC. Les modes de consommation actuels semblent donc prêts à accueillir l’offre de la télévision connectée !

D’autre part, certains acteurs majeurs de l’univers du numérique – constructeurs de téléviseurs mais aussi acteurs internet – commencent à proposer des solutions de convergence.

Personne ne peut aujourd’hui prédire précisément l’impact à venir de ces services mais il est certain que de profonds bouleversements accompagneront leur déploiement. C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de lancer, avec Frédéric Mitterrand, une mission sur les télévisions connectées dont nous attendrons les premières conclusions pour cet été.

Cette mission aura pour objet d’identifier les dispositions à prendre au niveau national, voire les actions à engager au niveau européen le cas échéant, pour faire de cette innovation une chance pour notre économie.

Elle clarifiera les enjeux que pose l’arrivée de la télévision connectée, et qui apparaissent au moins au nombre de trois.

Premièrement, la fragmentation de l’accès aux contenus : dans la mesure où une énorme masse de contenus sera disponible et que chacun pourrait d’une certaine manière « construire » sa propre chaîne TV, c’est la question de l’audience des chaînes qui est posée. Cette fragmentation de l’offre de contenus et de services risque d’être renforcée par les choix technologiques des constructeurs de téléviseurs ou les éventuels accords d’exclusivité qu’ils signeront avec des éditeurs de services. Il faut plutôt encourager des choix technologiques standardisés et je salue à cet égard la norme européenne HbbTV qui ouvre la voie à de tels choix.

Deuxièmement, la désintermédiation : les fournisseurs de services vont pouvoir amener des contenus directement aux téléspectateurs sans être obligés de passer par une chaîne. Cela peut avoir un impact rapide et important sur la répartition de la valeur entre des acteurs provenant d’univers très différents, le financement de la création audiovisuelle et la diversité culturelle, ainsi que sur le modèle des fournisseurs d’accès à Internet et du financement des réseaux. Ces points ne sont pas sans lien avec dans le débat sur la neutralité d’internet.

Le développement de nouveaux usages et de nouveaux modes d’accès aux contenus média est un enjeu majeur pour les éditeurs de média mais également pour les opérateurs de réseaux de distribution et de stockage, les acteurs de l’internet, les concepteurs d’équipements, le secteur publicitaire, et bien sûr, la production audiovisuelle et cinématographique. Menace pour les uns, opportunités pour d’autres, parfois au sein d’une même activité. L’enjeu industriel, que représentent cette évolution pour l’emploi et l’activité économique en France, sera au cœur de la mission. C’est un enjeu d’autant plus fort qu’il faut veiller à préserver les acteurs européens, à l’heure où les constructeurs sont majoritairement asiatiques, et les fournisseurs de services et acteurs de l’internet principalement américains.
Il n’existe en effet aujourd’hui pas encore de projet structurant dans la télévision connectée associant des industriels, des éditeurs ou des diffuseurs nationaux ou européens.
J’invite en conséquence les acteurs français à se mobiliser largement autour de cette opportunité. Je suis à cet égard prêt à évaluer, en liaison avec le Commissariat Général à l’Investissement, dans quelle mesure les investissements d’avenir pourraient en accompagner le financement.

Enfin, troisièmement, la mission analysera l’enjeu en termes de réglementation des média, de régulation des contenus audiovisuels, qui n’est pas identique selon le réseau de distribution utilisé – radiodiffusion ou internet. La persistance de la situation actuelle pourrait en effet conduire à une concurrence durablement inéquitable entre les acteurs.

En conclusion, comme toute révolution, celle des téléviseurs connectés est source d’interrogations, mais également de formidables opportunités. Et déjà certains de nos acteurs prennent des initiatives pour se positionner sur ce marché prometteur. Nous devons encourager le développement des téléviseurs connectés, de leurs services associés, et saisir cette occasion de renforcer la compétitivité de notre économie et le rayonnement de la culture française.


Je vous remercie de votre attention.


Source http://www.minefe.gouv.fr, le 4 mai 2011

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