Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à RTL le 4 mai 2011, sur la poursuite de la lutte contre le terrorisme après la mort d'Oussama Ben Laden, la situation de la sécurité à Marseille et la réduction des effectifs de la police. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à RTL le 4 mai 2011, sur la poursuite de la lutte contre le terrorisme après la mort d'Oussama Ben Laden, la situation de la sécurité à Marseille et la réduction des effectifs de la police.

Personnalité, fonction : GUEANT Claude.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration

ti : JEAN-MICHEL APHATIE Bonjour Claude GUÉANT.
 
CLAUDE GUÉANT Bonjour Jean-Michel APHATIE.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Oussama BEN LADEN est mort ; « La peur des représailles » titrait hier par exemple le journal de 20 heures de TF1. Craignez-vous des représailles sur le territoire français, Claude GUÉANT ?
 
CLAUDE GUÉANT Oussama BEN LADEN incarnait depuis longtemps le jihadisme terroriste international. Un des objectifs qui était poursuivi, c'était de le neutraliser. Cet objectif est atteint mais il n'était pas le jihadisme terroriste à lui tout seul. Al-Qaïda est une organisation très décentralisée. Les groupes qui y ont fait allégeance sont très autonomes et puis il y a des groupes dans la nébuleuse terroriste qui ne sont pas reliés directement à Al-Qaïda. Les menaces sont partout et on peut craindre effectivement que la France soit l'objet comme les Etats-Unis, comme d'autres pays amis, de représailles d'une volonté de vengeance.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Le niveau de vigilance était déjà élevé. Faites-vous face de manière particulière à cette nouvelle situation ou bien vous contentez-vous si je puis dire de maintenir le niveau de surveillance qui est actuellement en place ?
 
CLAUDE GUÉANT Nous sommes très engagés dans la lutte contre le terrorisme ou les risques terroristes. Les Français ne le savent pas forcément mais l'an dernier par exemple en France, ce sont 96 personnes qui ont été interpellées pour des actions en relation avec le terrorisme. 36 d'entre elles ont été écrouées d'ailleurs et par ailleurs, nous sommes très vigilants en terme de protection des espaces publics. Chacun connaît le plan Vigipirate. Il est depuis 2005 au niveau rouge, il n'y a plus qu'un niveau au-dessus, le niveau écarlate. Nous avons 2 000 hommes, militaires, policiers et gendarmes, qui quotidiennement sont engagés sur le plan Vigipirate. J'ai donné hier des instructions pour que les patrouilles qui sont mises en oeuvre à ce titre, les mesures de précaution soient renforcées. Nous nous adapterons bien sûr à la situation mais ce que je veux souligner, c'est que la menace existe en France, elle existe aussi contre les intérêts français et les Français à l'étranger, et à cet égard je suis particulièrement inquiet de la situation au Sahel. Malheureusement nous avons eu à déplorer plusieurs enlèvements de compatriotes là-bas. Il faut savoir que compte tenu de la situation en Libye, un certain nombre d'armes ont quitté ce territoire pour aller vers la zone occupée par Al- Qaïda au Maghreb islamique, en particulier au Mali, et cela est inquiétant.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Dans une interview au journal La Provence, Bernard SQUARCINI – c'était une interview donnée hier – Bernard SQUARCINI, directeur central du Renseignement Intérieur dit ceci à propos du Sahel, puisque vous l'évoquez Claude GUÉANT : « Il faut désormais surveiller tous les intérêts français au Sahel. Ce n'est pas bon pour nos ambassades et ce n'est pas bon pour les vols d'AIR FRANCE ». Vous demandez à la compagnie nationale de prendre des mesures particulières dans cette période ?
 
CLAUDE GUÉANT Les mesures particulières sont d'ores et déjà prises. Nous avons des fonctionnaires de police français présents dans les aéroports africains considérés comme les plus sensibles afin de seconder leurs collègues et de veiller à ce que le maximum de précautions soient prises. Nous sommes aussi très vigilants sur nos ambassades. Il faut se souvenir qu'il y a quelques semaines seulement, notre ambassade en Mauritanie a été l'objet d'une tentative d'attentat extrêmement lourde.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Donc ça c'est le volet terrorisme. Nous allons maintenant si vous le voulez bien Claude GUÉANT aborder un fait divers qui est très commenté ce matin puisque lundi, un homme de 55 ans a tiré depuis son balcon à Marseille sur un jeune homme de 15 ans qui tentait de s'introduire par effraction dans le local d'une société de gardiennage. Le jeune homme est mort, certains parlent d'assassinat, d'autres d'autodéfense. Écoutez la réaction d'un voisin du tireur ; le propos est recueilli à Marseille par Étienne BAUDU.
 
UN VOISIN DE L'AUTEUR DES COUPS DE FEU Une première fois ils sont partis avec la télévision dans les bras, avec les ordinateurs, avec toutes les affaires. Autour, tous les voisins ils se sont fait cambrioler aussi. À un moment donné, je veux dire, les gens ils craquent.
 
ÉTIENNE BAUDU Vous comprenez le tireur ?
 
LE VOISIN Je vous avoue que oui. Je vous avoue que moi-même j'ai sorti la carabine.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Comment réagissez-vous, Claude GUÉANT, face à ce fait divers ?
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, je crois que ce fait divers dramatique, que je ne commenterai pas parce qu'il s'agit d'une affaire judiciaire, révèle en réalité une situation qui à Marseille n'est pas satisfaisante. Depuis des mois, les faits divers émaillent le quotidien de cette ville. La drogue fait des ravages, les voyous tiennent des quartiers, il va falloir réagir. Je vois dans quelques jours le maire de Marseille ainsi que les principaux élus de cette ville, les parlementaires en particulier, et nous allons prendre des dispositions. Il y va de la responsabilité bien sûr de l'État, il y va aussi de la responsabilité des collectivités locales. Il faut par exemple développer sensiblement la vidéosurveillance sur Marseille. Il faut que nous trouvions les méthodes de travail adaptées. On parle bien sûr toujours des effectifs : il ne s'agit pas seulement des effectifs. Il y a près de 5 000 policiers qui sont en fonction dans les Bouches-du-Rhône, il faut aussi que nous mettions au point des méthodes de travail à l'exemple de ce qui se passe actuellement en Seine-Saint-Denis, qui de façon systématique aboutissent à la mise en cause des voyous.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Le maire de Marseille, Jean-Claude GAUDIN, vous réclame cependant des effectifs. Il n'obtiendra pas gain de cause, Claude GUÉANT ?
 
CLAUDE GUÉANT Je ne dis pas cela. Je suis certain que nous mettrons en place un certain nombre d'effectifs supplémentaires, de la même façon que la ville bénéficie du concours régulier d'appoint des compagnies républicaines de sécurité. Il y en a trois qui sont mises à disposition du préfet mais qui ne se consacrent pas qu'à Marseille. Il y aura des effectifs mais il ne s'agit pas que de cela.
 
JEAN-MICHEL APHATIE La situation est particulièrement dégradée à Marseille. Pourquoi ?
 
CLAUDE GUÉANT La situation est effectivement préoccupante à Marseille.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Pourquoi là ?
 
CLAUDE GUÉANT Bien écoutez, nous en ferons l'analyse mais c'est sûr que ce n'est pas du tout satisfaisant.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Seulement là ou ailleurs aussi dans le territoire ? Il y a des zones qui vous inquiètent ?
 
CLAUDE GUÉANT Il y a des zones qui inquiètent effectivement. Chacun sait toute l'importance que le président de la République lui-même attache au rétablissement de l'ordre républicain. En Seine-Saint-Denis un travail formidable est en cours et nous allons faire un travail de même nature à Marseille.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Le budget 2012 est en préparation. La règle veut qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ne soit pas remplacé. En sera-t-il de même pour les policiers l'année prochaine, Claude GUÉANT ?
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, je suis incapable de vous dire quelle sera la loi de finance pour 2012. Ce que je voudrais dire, c'est que je suis complètement solidaire en tout cas de la règle parce que ce qui est en cause, c'est les finances publiques de la France et la maîtrise des finances publiques de la France est absolument indispensable à la tenue du crédit. Il faut que les Français sachent que si nous ne maîtrisons pas les finances publiques, le taux du crédit pour les entreprises, pour l'achat de leur maison, pour l'achat de leur équipement mobilier bondira et ce serait dramatique.
 
JEAN-MICHEL APHATIE On pourrait se dire que dans son rôle, le ministre de l'Intérieur que vous êtes devenu, Claude GUÉANT, réclamerait une dérogation à cette règle.
 
CLAUDE GUÉANT Mais Jean-Michel APHATIE, je vous donnerais quand même une petite information de caractère général en anticipation d'annonces précises que je ferai dans quelques jours quand je serai en mesure de les faire. C'est que nonobstant cette réduction d'effectifs, nous déploierons d'ici l'automne sur la voie publique plusieurs milliers, l'équivalent de plusieurs milliers de fonctionnaires de police supplémentaires.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Donc vous n'avez pas de problèmes d'effectifs.
 
CLAUDE GUÉANT Donc je fais avec.
 
JEAN-MICHEL APHATIE La loi interdisant le port de la burqa est entrée en vigueur le 11 avril dernier. On imagine qu'elle n'est pas simple à appliquer sur le terrain. Les policiers s'en accommodent ?
 
CLAUDE GUÉANT Oui, effectivement. Beaucoup de craintes avaient été exprimées à ce propos. On disait que c'était inapplicable. En fait, il y a eu 27 ou 28 verbalisations qui sont intervenues. Ça c'est toujours passé sans problème. La dernière en date, c'était hier à Étampes et l'avant-dernière à l'aéroport de Roissy : une ressortissante américaine portait le voile intégral.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Donc c'est une loi que les policiers arrivent à appliquer sans trop de difficulté. Vous avez effectué lundi, Claude GUÉANT, un déplacement dans la banlieue de Lyon en compagnie du Premier ministre. Il y a trois ans de cela, en février 2008 – vous étiez alors secrétaire général de l'Élysée – vous expliquiez ceci dans une interview au magazine L'Express – et je vous cite, Claude GUÉANT : « Le président c'est le patron. Il considérait que c'est lui qui est mandaté pour agir, qu'il doit assumer devant les Français, avec un chef d'état-major qui l'assiste, et ce chef d'état-major c'est le Premier ministre ». Alors vous étiez avec qui lundi sur le terrain ? Avec le chef d'état-major ou avec le patron ?
 
CLAUDE GUÉANT J'étais avec le Premier ministre.
 
 JEAN-MICHEL APHATIE Et c'est qui le Premier ministre ? C'est votre patron ? C'est le chef d'état-major ?
 
CLAUDE GUÉANT C'est très simple. Le Premier ministre, c'est le patron des ministres. Cela étant, dans l'ordre institutionnel, dès lors qu'il n'y a pas de cohabitation, il est parfaitement clair que le numéro 1 c'est le président de la République, et le numéro 2 c'est le Premier ministre. Et d'être le numéro 2 de la France, je trouve que c'est une belle responsabilité.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Mais François FILLON c'est votre patron.
 
CLAUDE GUÉANT Eh bien oui.
 
JEAN-MICHEL APHATIE D'accord. Aucun doute, disait Alain DUHAMEL, sur la candidature de Nicolas SARKOZY l'année prochaine.
CLAUDE GUÉANT C'est lui qui la déclarera mais en tout cas, pour ma part, j'ai confiance qu'il la déclarera.
 
JEAN-MICHEL APHATIE Donc vous n'avez pas de doute non plus ?
 
CLAUDE GUÉANT J'ai confiance. J'espère.
 
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 6 mai 2011

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