Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre des solidarités et de la cohésion sociale, à RMC le 11 mai 2011, sur la polémique créée par les propos de Laurent Wauquiez sur le RSA et l'assistanat. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre des solidarités et de la cohésion sociale, à RMC le 11 mai 2011, sur la polémique créée par les propos de Laurent Wauquiez sur le RSA et l'assistanat.

Personnalité, fonction : BACHELOT-NARQUIN Roselyne.

FRANCE. Ministre des solidarités et de la cohésion sociale

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN Notre invitée ce matin, Roselyne BACHELOT, ministre des Solidarités et de la cohésion sociale. Merci d'être avec nous.
 
ROSELYNE BACHELOT Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bonjour Roselyne BACHELOT. Alors, Laurent WAUQUIEZ a dénoncé les dérives de l'assistanat comme le cancer de la société française ; le cancer de la société française, les dérives de l'assistanat ?
 
ROSELYNE BACHELOT Non, le cancer de la société, c'est les difficultés qu'ont des Français à s'insérer dans une société de plus en plus technique, qui recherche la performance, et c'est justement pour ça que le président de la République a voulu créer le revenu de solidarité active, et véritablement, pour apporter un revenu minimum, bien sûr, aux personnes en difficulté, les insérer dans un véritable parcours de retour à l'emploi, parce que nous croyons à la valeur travail, et pour faire un vrai différentiel entre ceux qui travaillent et ceux qui reçoivent un revenu dit de subsistance. Donc l'écart est tout à fait important…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, on va entrer justement…
 
ROSELYNE BACHELOT Entre le revenu d'inactivité, si je puis dire, et le revenu d'activité. Et Jean-Jacques BOURDIN, je vous ai amené les chiffres…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Eh bien, on va les donner…
 
ROSELYNE BACHELOT Dans toutes les configurations familiales, avec les écarts…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Eh bien, on va les donner, mais, alors, on va les donner, justement, soyons concrets, parce que nous aimons cela, au-delà des débats, première proposition de Laurent WAUQUIEZ, la fameuse droite sociale de Laurent WAUQUIEZ : contraindre les bénéficiaires du RSA à assumer cinq heures hebdomadaires de service social. Vous soutiendrez ou pas cette idée ?
 
ROSELYNE BACHELOT Cette idée pose de très grandes difficultés de faisabilité, il s'agirait de mettre dans des collectivités territoriales ou dans des associations 1.200.000 personnes. Il y a des personnes qui ne peuvent pas d'ailleurs assumer ces heures comme cela, elles ont besoin de récupérer leur santé, de se mettre dans un parcours d'insertion, cela coûterait d'ailleurs extrêmement cher aux collectivités territoriales. Que sur le mode du volontariat, et que dans un parcours de formation et d'insertion, on offre la possibilité de faire un stage, moi, je n'y vois que des avantages, mais en faire une obligation, c'est évidemment tout à fait impossible, et ça ne pourrait se comprendre qu'avec un salaire à la clef, une rémunération à la clef. Donc cette idée n'est pas acceptable sur le plan juridique, et infaisable sur le plan opérationnel.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je reprends les propos de Laurent WAUQUIEZ, je cite : aujourd'hui, un couple qui est au RSA, en cumulant les différents systèmes de minima sociaux, peut gagner plus qu'un couple dans lequel il y a une personne qui travaille au Smic, ça, c'est la société française qui tourne à l'envers, dit-il. Vrai ou faux ?
 
ROSELYNE BACHELOT Si c'était vrai, ce serait inacceptable, mais c'est faux. Je vous ai amené les chiffres, un couple avec un enfant au RSA : 1.067 euros, salarié au Smic : 1.607 euros. Il y a donc 600 euros de différence, et c'est pour cela que nous avons créé le RSA, d'ailleurs, il y a 600 euros de différence entre un couple qui est au RSA, couple avec un enfant, et un couple qui a un revenu au Smic…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ce qui veut dire que Laurent WAUQUIEZ dit des mensonges ?
 
ROSELYNE BACHELOT Des inexactitudes à tout le moins, je pense qu'il n'est pas le ministre en charge du dossier, et peut-être n'a-t-il pas assez creusé ces chiffres, et que même si on ajoute certains droits connexes, qui peuvent être amenés par une collectivité territoriale qui vous donne une carte gratuite de transport, par exemple…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, par exemple, oui…
 
ROSELYNE BACHELOT Tout ça évidemment ne va pas creuser la différence, ne va pas creuser ces chiffres de manière substantielle. Donc avec la réforme voulue par le président SARKOZY, qui est de donner, qui est d'installer ce RSA, nous avons justement installé un système où il est intéressant de travailler et où l'écart est important entre l'inactivité et le travail.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Laurent WAUQUIEZ dit : il faut plafonner le cumul de tous les minima sociaux à 75% du Smic, pas plus.
 
ROSELYNE BACHELOT Ah, mais là, en l'occurrence, c'est bien inférieur à 75%, puisque l'écart, par exemple, je reprends le couple avec un enfant, le ménage qui travaille touche 51% de plus, donc ça n'a pas lieu d'être.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça n'a pas lieu d'être. Donc tout cela, ce sont des élucubrations.
 
ROSELYNE BACHELOT Ce sont des…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais pourquoi, pourquoi ces idées, selon vous ?
 
ROSELYNE BACHELOT Alors, je crois que le débat a un avantage, c'est de faire un minimum de pédagogie, parce que ça, c'est une chose – je m'en suis rendu compte en discutant – c'est une chose que beaucoup de gens croient, parce qu'ils sont dans l'ancien système, ils sont persuadés que, on peut gagner plus avec des revenus de remplacement. Et ce débat nous permet de clarifier les choses.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu'en France il y a trop d'assistanat ? Il y a trop d'assistés, oui ou non, Roselyne BACHELOT ?
 
ROSELYNE BACHELOT Il y a toujours trop d'assistés, parce que ça veut dire que notre société n'est pas suffisamment inclusive, mais un pays comme le nôtre, on doit au contraire être fier des systèmes de filet social qu'il a installé. Vous savez, si on a mieux résisté à la crise, que d'autres pays, si des gens n'ont pas été jetés dans les rues, à habiter sur des cartons, comme on l'a vu aux Etats-Unis, c'est aussi parce que nous avons institué un système de solidarité sociale, et nous avons voulu le renforcer. Nous avons augmenté de 25% l'allocation d'adulte handicapé pendant le quinquennat de Nicolas SARKOZY, augmenté de 25% le minimum vieillesse, mais attendez, c'est un fantastique succès de cette majorité. On ne va pas s'excuser d'avoir apporté une aide aux plus démunis d'entre nous, on ne va pas le regretter. Moi je revendique ce bilan social.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais Roselyne BACHELOT, pardon, mais ça vient, dit-on, de l'Elysée, l'offensive de Laurent WAUQUIEZ.
 
ROSELYNE BACHELOT Je ne le crois pas.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous ne le croyez pas. Vous êtes suffisamment fine politiquement, Roselyne BACHELOT…
 
ROSELYNE BACHELOT Merci Jean-Jacques BOURDIN.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous savez très bien que le débat est en train d'être lancé sur l'assistanat dans la perspective de la présidentielle de 2012. Roselyne BACHELOT.
 
ROSELYNE BACHELOT Eh bien je défendrai, et je sais que Nicolas SARKOZY, qui a voulu ces réformes, les défendra, et je serai à ses côtés pour les défendre.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais enfin, le débat sera ouvert. Il faudra ouvrir le débat sur l'assistanat ou pas ?
 
ROSELYNE BACHELOT L'ouverture du débat a un avantage, c'est qu'il tort le coup à un certain nombre de contrevérités.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais est-ce qu'il faut revenir sur certaines aides qui sont accordées, certaines aides sociales qui sont accordées ?
 
ROSELYNE BACHELOT Non, il ne faut pas revenir sur les aides, il faut par contre se dire que notre système social a sans arrêt besoin de corrections. Regardez ce système du RSA, il est extraordinairement complexe. On doit le simplifier. Je prends un exemple.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Allez-y.
 
ROSELYNE BACHELOT La partie sociale de la réinsertion est gérée par les départements, la partie insertion professionnelle est gérée par Pôle Emploi, les services de l'Etat. C'est un maquis épouvantable pour les bénéficiaires du Revenu de Solidarité Active, il faut simplifier cela. C'est pour ça que nous installons, avec les départements, des pactes territoriaux d'insertion, pour que vraiment les bénéficiaires soient en face d'un guichet unique. Il y a seulement 50% des départements qui ont signé des pactes territoriaux d'insertion, moi je veux qu'il y en ait dans tous les départements. Un autre exemple, Jean-Jacques BOURDIN, si vous me permettez.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Allez-y.
 
ROSELYNE BACHELOT Une femme, mère isolée, avec des enfants, n'est pas prioritaire pour installer ses enfants dans une crèche. Ce sont les femmes qui travaillent qui sont prioritaires. Comment voulez-vous demander à une femme, mère isolée, avec des enfants, de retourner vers l'emploi, si on ne lui donne pas une place en crèche ? C'est pour ça qu'avec les Caisses d'Allocations Familiales, je suis en train d'imaginer des systèmes qui permettront à ces femmes qu'on prenne leurs enfants en garde. Voilà, moi c'est des choses concrètes que je veux faire pour les gens.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors revenons sur le concret, politiquement. Il paraît que la réunion des députés UMP a été un peu mouvementée, c'est vrai Roselyne BACHELOT ?
 
ROSELYNE BACHELOT Oui, elle a été vive disons.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Elle a été vive, et vous avez même dit, « j'ai entendu des propos de beaufs et on rapporte des discussions de comptoirs. » C'est vrai ou pas ? Vous avez dit cela ?
 
ROSELYNE BACHELOT J'ai dit cela. J'ai dit cela parce que, je ne visais d'ailleurs absolument pas les parlementaires…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, enfin vous avez été reprise… si je puis dire, par des députés UMP, qui vous ont dit, « mais moi, dans ma circonscription, c'est ce que j'entends. Trop d'assistanat en France et trop d'assistés. »
 
ROSELYNE BACHELOT Mais je suis d'accord sur le fait qu'on l'entend, cela, et c'est pour ça que je suis ici, que j'ai accepté votre invitation, justement pour remettre les choses en place et pour dire que tout cela fait partie, j'allais dire d'une idée largement répandue, mais qui correspond à l'ancien système de l'assistanat qui était dans notre pays. Nous, justement, avec le président de la République, sur les indications de Martin HIRSCH, Nicolas SARKOZY a voulu creuser la différence entre les revenus d'activité et les revenus de l'assistance. Et je vous en amène les chiffres et les preuves.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. « 8 millions de pauvres en France », dit Marine LE PEN, « ne les oublions pas. » Vous avez vu qu'elle s'est saisi de ce sujet.
 
ROSELYNE BACHELOT Voir madame LE PEN, et le Front national, qui a toujours attaqué le système social français, véritablement se mettre en avant sur ce sujet, a quelque chose d'indécent. Moi ce que je veux dire c'est que je suis fière d'être dans un pays, comme la France, qui prend à bras-le-corps ces questions de pauvreté, et je suis fière d'être cette ministre de la Cohésion sociale qui défend une des principales avancées sociales du quinquennat de Nicolas SARKOZY, le Revenu de Solidarité Active.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, j'au vu, Jean-François COPE, Xavier BERTRAND, tous soutiennent Laurent WAUQUIEZ, vous avez vu cela, vous avez entendu cela, Roselyne BACHELOT.
 
ROSELYNE BACHELOT Justement, le débat aura…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça part en vrille, ou quoi, à l'UMP ?
 
ROSELYNE BACHELOT Le débat aura l'avantage de remettre les chiffres, les vrais chiffres, et non pas des idées fausses, aura l'avantage de remettre les vrais chiffres en avant.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Il paraît que François FILLON est devenu tout rouge hier.
 
ROSELYNE BACHELOT Il n'est pas devenu tout rouge, parce que j'ai rarement vu François FILLON perdre son calme, je ne me souviens pas de l'avoir vu perdre son calme, mais il a été très ferme, et il a eu l'occasion de le redire aux questions au gouvernement.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Il a eu raison de le redire ?
 
ROSELYNE BACHELOT Oui. Bien sûr.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN « Un ministre n'a pas à prendre position sur un sujet qui n'est pas de sa compétence » a-t-il rappelé. C'est vrai ?
 
ROSELYNE BACHELOT Oui, effectivement.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Que Laurent WAUQUIEZ reste à sa place quoi !
 
ROSELYNE BACHELOT Je comprends que ça peut avoir quelque chose de frustrant, parce qu'un ministre est une personnalité politique qui aurait vocation à s'exprimer sur tous les sujets, mais si on veut qu'une équipe gouvernementale marche, je crois qu'il vaut mieux courir dans son couloir.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C'est la division ça ?
 
ROSELYNE BACHELOT Non.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN L'initiative de Laurent WAUQUIEZ ça divise la majorité ?
 
ROSELYNE BACHELOT A l'évidence, oui.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN A l'évidence, oui. Roselyne BACHELOT on va parler de la dépendance dans un instant. Il est 8H46, autre sujet majeur que vous portez, la dépendance, et le financement de la dépendance.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Roselyne BACHELOT est notre invitée. Dans ce débat autour du RSA, est-ce qu'on ne désigne pas les plus pauvres comme des tricheurs ?
 
ROSELYNE BACHELOT Il faut combattre, il faut combattre les fraudes, mais ça représente très peu les fraudes, on estime le montant total des fraudes aux prestations sociales – je le rappelle – qui représentent soixante milliards dans notre pays, on les chiffre au maximum à 800 millions et on récupère 90% du montant de ces fraudes ; c'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai désigné treize Caisses d'Allocations Familiales qui font actuellement une opération coup de poing de quatre mois pour lutter contre les fraudes, et au vu des résultats, on étendra ce dispositif à toute la France. Nous luttons véritablement très fort contre les fraudes, parce que si nous voulons que notre système social soit accepté, il faut 1°) : dire la vérité aux Français, je viens de le faire sur les montants, et puis, combattre les fraudes qui sont limitées, mais qui entraînent effectivement une perte de confiance dans notre système social.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Le financement de la dépendance, maintenant, les débats dans les départements sont organisés, interdépartementaux même dans les régions françaises, Roselyne BACHELOT, dans les vingt-six régions françaises, à la fois en métropole et…
 
ROSELYNE BACHELOT Et j'irai en Outremer, bien sûr…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et en Outremer. Alors, débats ouverts, il faut financer cette dépendance. Comment ? Des pistes sont avancées, certaines ont été écartées, alors, je vais en prendre quelques-unes : transformation des capitaux d'assurance-vie, c'est une idée ça ?
 
ROSELYNE BACHELOT Alors, il faut d'abord savoir ce qu'on veut financer, Jean-Jacques BOURDIN, parce que ce n'est pas la même chose…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, c'est vrai, c'est vrai…
 
ROSELYNE BACHELOT De faire une réforme à 500 millions ou de faire une réforme à cinq milliards…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C'est une réforme à combien alors ?
 
ROSELYNE BACHELOT Alors, on va d'abord donner cela à l'arbitrage du président de la République, parce que tout est possible. Moi, ce que je dis, c'est qu'il faut d'abord financer des choses urgentes, et à mon avis, il y a plusieurs choses urgentes, d'abord, le reste à charge qui peut être extrêmement élevé dans certaines maisons de retraite, vous savez, c'est en moyenne 1.500 euros, ce qui veut dire qu'il y a des gens qui paient 2.000 ou 3.000 euros, et même avec une bonne retraite, je vous assure que c'est très, très lourd. Donc là, il y a une première série de mesures. La deuxième série de mesures, c'est aider les aidants, il y a des gens qui sont totalement épuisés, c'est la première chose qui survient, et faire des structures de répit, des accueils de jour, permettre aux gens de souffler quand on a un malade d'Alzheimer chez soi, vous savez, c'est très, très dur, et puis, développer un certain nombre de structures intermédiaires, parce que, entre le domicile et la maison de retraite très médicalisée, on voit qu'on a besoin de structures intermédiaires avec des vrais appartements, où on puisse vivre, et une palette de services communs. Alors, le président de la République fixera le curseur, ce que je vois, il faut…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Pas de cinquième branche de la Sécurité sociale ?
 
ROSELYNE BACHELOT Nous verrons, nous verrons…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ce n'est pas encore décidé ça ?
 
ROSELYNE BACHELOT Ce n'est pas encore décidé. Je crois que ce qui apparait comme exclu, c'est, comme l'ont dit certains, de privatiser la prise en charge de la dépendance, la prise en charge de la dépendance, elle est solidaire, vingt-cinq milliards sur les trente milliards que coûte la dépendance, nous resterons sur un socle de solidarité…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Pas d'assurance dépendance obligatoire ?
 
ROSELYNE BACHELOT Mais, enfin, je pense que ce n'est pas la voie retenue. Donc un socle massif de solidarité. Alors, ensuite, toutes les pistes sont ouvertes, je vois toutefois une piste qui commence à bien s'écarter, c'est le recours sur succession.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça, terminé ça ?
 
ROSELYNE BACHELOT Parce que, il y a vraiment un consensus massif là-dessus…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Quelles sont les pistes privilégiées aujourd'hui ?
 
ROSELYNE BACHELOT Alors, la piste privilégiée, c'est certainement de ne pas rejeter sur les générations futures, c'est l'endettement, c'est le refus total de l'endettement, et de faire peser une charge supplémentaire sur le travail, parce que notre pays sort de la crise, et il ne s'agit pas d'augmenter les charges sur les entreprises, alors, ensuite, tout est ouvert…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, où trouver le financement ?
 
ROSELYNE BACHELOT Oh, il y a beaucoup de pistes, Jean-Jacques BOURDIN…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Suppression d'un nouveau jour de congé ?
 
ROSELYNE BACHELOT Alors, la deuxième journée de solidarité…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous y êtes favorable ?
 
ROSELYNE BACHELOT Je ne vais certainement pas, moi, ministre des Solidarités et qui gère ces débats, préempter cela, et vous ne me ferez pas bouger de ma ligne…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais c'est une bonne idée ou pas, non ?
 
ROSELYNE BACHELOT Alors, il y a la deuxième journée de solidarité, elle a un défaut, c'est qu'elle ne s'adresse qu'aux salariés et qu'aux actifs…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Exact, exact…
 
ROSELYNE BACHELOT Et que c'est une question de solidarité globale…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Pour les salariés qui vont payer…
 
ROSELYNE BACHELOT Et il serait quand même tout à fait indécent que certains touchent des allocations et que pour autant, ils n'y contribuent pas par le biais de cette journée de solidarité. C'est donc un problème. Il y a 0.1 point de CSG, ça rapporte 1,3 milliard, 0.1 point de CSG, une taxation sur le patrimoine, il faut…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Augmenter la CSG des retraités ?
 
ROSELYNE BACHELOT Aligner, bon, enfin…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C'est la CFDT qui défend cette idée…
 
ROSELYNE BACHELOT C'est la CFDT qui défend cette idée, elle est versée au dossier, je donnerai les pistes au président de la République. Il y a donc toute une palette de solutions…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Transformer l'assurance-vie en rente dépendance.
 
ROSELYNE BACHELOT Ce n'est pas une mauvaise idée, ça, mais encore faut-il avoir une assurance-vie, Jean-Jacques BOURDIN, et moi, ce que je veux régler, je veux régler le problème pour tous les Français et pas seulement pour ceux qui se sont déjà constitués une épargne.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Supprimer certaines niches fiscales aussi.
 
ROSELYNE BACHELOT Oui, ça peut être une solution. Donc voyez, il y a toute une palette de solutions…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Taxer les patrimoines, certains patrimoines…
 
ROSELYNE BACHELOT Donc je dirai au président de la République ce que ça rapporte, et l'acceptabilité pour les Français…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Quand est-ce que vous rendrez votre…
 
ROSELYNE BACHELOT Fin juin…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Fin juin…
 
ROSELYNE BACHELOT Pour que les décisions soient prises dans le courant du mois de juillet. Ça va venir très vite.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et la loi ?
 
ROSELYNE BACHELOT Alors, la loi, les mesures financières seront contenues dans les lois de financement de la fin de l'année pour prendre effet dès 2012.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Dans le budget 2012.
 
ROSELYNE BACHELOT Dans le budget 2012, pour 2012…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, le budget, oui…
 
ROSELYNE BACHELOT Et puis, nous avons plusieurs possibilités : une petite loi, une grande loi programme, tout dépendra des arbitrages qui, eux, seront faits par Nicolas SARKOZY…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Tout sera réglé avant la fin de l'année ?
 
ROSELYNE BACHELOT Tout sera réglé avant la fin de l'année.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes sur RMC et sur BFM TV. Charles MAGNIEN.
 
CHARLES MAGNIEN Bonjour. Une question de Thierry qui est dans l'Hérault et qui vous dit, vous avez été ministre des Sports, auriez-vous exigé des sanctions contre Laurent BLANC ?
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Franchement ?
 
ROSELYNE BACHELOT Non, je n'aurais pas exigé des sanctions contre Laurent BLANC. Je me suis fait porter le verbatim de la réunion, dont on fait référence dans cette affaire, et il n'a pas tenu de propos racistes. Moi ce qui le fait de la peine dans cette histoire, je vous le dis, c'est que, vous savez, ce ne sont pas les gosses de riches qui rêvent de faire du football et d'entrer dans l'équipe de France, ce sont des gosses des banlieues, qui jouent au football au pied de leur immeuble. Et vraiment, d'avoir laissé croire à travers ce débat, qu'on pourrait, qu'on aurait l'idée saugrenue de faire des quotas, et qu'une fois de plus on exclurait ces gosses de la possibilité de rentrer dans une équipe de foot, ces gosses ils ont l'impression que toutes les portes se ferment devant eux et qu'on va encore leur claquer la porte à la figure.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça veut dire que c'était une bêtise cette réunion ? C'était une bêtise ?
 
ROSELYNE BACHELOT Je ne sais pas si c'est une bêtise, mais en tout cas que cette affaire, que la mise ne exergue de cette affaire, ait pu laisser croire que certains pouvaient avoir l'idée saugrenue de mettre des quotas, c'est un crime comme la jeunesse.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Un crime contre la jeunesse. Question politiquement concrète. Sur la prostitution, est-ce qu'il faut, vous maintenez, il faut fonctionner le client ?
 
ROSELYNE BACHELOT Vous savez, il y a une chose qui m'énerve, et même chez vous Jean-Jacques BOURDIN.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Allez-y Roselyne BACHELOT, dites-moi.
 
ROSELYNE BACHELOT C'est que quand on interroge sur la prostitution on nous montre toujours, sur vos écrans, une prostituée à mi-chemin entre Irma la douce et Mireille DARC dans « Le téléphone rose. » La réalité de la prostitution ce n'est pas ça. Quand on fait appel aux services d'une prostituée, on est complice d'un réseau, d'un trafic d'êtres humains, de traite d'êtres humains. 90% des prostituées qui travaillent sur notre sol c'est des filles qui sont vendues par leurs parents, séquestrées, violées, droguées, on leur vole leurs papiers, on les empêche de retourner chez elles, on leur prend leur argent, c'est de la traite d'êtres humains. Moi ce que je dis, c'est que dans la loi de sécurité intérieure, le racolage passif est puni de 2 mois d'emprisonnement et de 3500 euros d'amende. Le trouble à l'ordre public, je dis, il est aussi bien chez la prostituée que chez le client. Je demande que les deux parties soient traitées de la même façon. C'est tout.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Merci Roselyne BACHELOT d'être venue nous voir ce matin.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 12 mai 2011

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