Déclaration de M. Henri de Raincourt, ministre de la coopération, sur l'aide au développement en faveur des pays les moins avancés, à Istanbul le 9 mai 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Henri de Raincourt, ministre de la coopération, sur l'aide au développement en faveur des pays les moins avancés, à Istanbul le 9 mai 2011.

Personnalité, fonction : RAINCOURT Henri de.

FRANCE. Ministre de la coopération

Circonstances : Déplacement en Turquie à l'occasion de la 4ème conférence des Nations unies sur les pays les moins avancés, les 9 et 10 mai 2011

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,


La France s'associe à la déclaration qui a été prononcée au nom de l'Union européenne par le président Barroso.

La crise financière et économique mondiale de 2008 a marqué la fin d'un monde : celui d'une mondialisation instable et injuste. Le printemps des peuples auquel nous assistons dans le monde arabe marque également la fin d'autres certitudes, et démontre que la démocratie n'a pas besoin pour éclore d'être précédée par le développement.

Un nouveau monde s'ébauche donc sous nos yeux. Il a besoin de nouvelles idées. Et pour autant, existe-t-il une idée plus neuve que celle qui dès 1971 affirmait que pour des raisons d'équité aussi bien que d'efficacité, toute une partie de l'humanité ne pouvait être laissée sur le bord de la route et que les pays les moins avancés avaient besoin d'un traitement spécifique ?

Si de grandes avancées ont été accomplies depuis cette date, force est de constater que les PMA continuent de concentrer des fragilités qui rendent particulièrement difficile l'atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement. C'est le constat que nous avons renouvelé lors du sommet des OMD à New York, et c'est la conviction qui oriente toute la politique de coopération française.

La France est en effet le troisième plus important contributeur au profit des PMA en matière d'aide au développement avec 2,3 milliards d'euros. Nous consacrons par ailleurs la plus grande part de notre aide, près de 55 %, à l'Afrique subsaharienne, où est concentrée la majorité des PMA.

Ces sommes démontrent l'attachement de la France au soutien des pays plus pauvres, mais cette vision comptable ne résume pas tout. Il est en effet nécessaire de mieux prendre en compte les réalités locales et les particularités de ces pays. A cet égard, la France a organisé à New York le 9 mars dernier, un colloque sur les vulnérabilités spécifiques des PMA. Il a notamment mis en lumière la nécessité d'accorder nos ressources en fonction des besoins et non des seules performances.

Il est à ce titre essentiel de privilégier les subventions et de promouvoir l'intervention du secteur privé.

Dans ce contexte, notre engagement pour les financements innovants part d'un constat simple : la mondialisation a grandement bénéficié à certains secteurs économiques tels que le transport aérien ou la finance internationale. Il s'agit désormais de mettre à contribution ces secteurs au profit du développement économique et social des pays les plus vulnérables. Eu égard à l'ampleur des besoins présents et à venir, la France rappelle que ces sources de financement n'ont nullement vocation à se substituer à l'aide traditionnelle mais doivent venir en complément de celle-ci, notamment dans des secteurs où les défis sont majeurs et prioritaires tels que l'agriculture, la santé, l'éducation et la lutte contre le changement climatique.


Monsieur le Président,

Ce Sommet qui se tient tous les 10 ans coïncide cette année avec la présidence par la France du G8 et du G20. Nous sommes particulièrement attachés à ce que les Nations unies conservent un rôle prééminent sur les questions de développement. Les décisions qui doivent être prises en la matière doivent l'être par les enceintes universelles qui seules sont dotées de la légitimité nécessaire.

Je souhaite néanmoins vous indiquer trois priorités principales sur lesquelles nous estimons qu'une impulsion donnée par le G20 peut permettre, avec le soutien des Nations unies, de réaliser des avancées au profit des PMA.

D'abord, le commerce.

Les PMA souffrent d'une érosion de leurs préférences commerciales. Un large octroi du régime «ni droits ni quotas» en leur faveur constituerait une réelle avancée pour ces pays. Cet avantage ne doit pas se limiter aux économies européennes qui l'ont octroyé dans le cadre de l'initiative «Tout Sauf les Armes» lors de la 3ème Conférence des Nations unies pour les PMA. 10 ans après Bruxelles, de nombreux autres partenaires doivent s'engager également dans cette voie et nous souhaitons voir ce point figurer dans la déclaration finale.

Ensuite, la sécurité alimentaire.

Les émeutes de la faim en 2008 ont tristement révélé des carences dans nos réponses collectives de lutte contre la volatilité des prix des matières agricoles. La France, au sein du G20, œuvre à la fois pour la mise en place de mécanismes de réaction aux chocs liés à la volatilité des prix et pour un accroissement des capacités de résistance à ces chocs dans les pays à faible revenu.

L'institution de réserves alimentaires d'urgence, sans visée de régulation des marchés, ou la définition de règles collectives sur les restrictions aux exportations de biens alimentaires, pourraient être des solutions durables pour éviter que des millions de personnes ne soient frappées par de nouvelles crises alimentaires. Pourquoi ne pas s'engager à exempter les PMA importateurs nets de denrées alimentaires des mesures d'interdiction d'exportation ?

Enfin, la qualité de l'aide est fondamentale. Les PMA doivent concentrer l'aide plus concessionnelle, c'est-à-dire les subventions et les prêts très concessionnels des banques multilatérales et bilatérales de développement. Je souhaite pour ma part que l'Europe, les banques multilatérales de développement mais aussi les agences des Nations unies s'engagent plus fortement à prendre en compte les PMA comme cibles prioritaires d'allocation de leurs financements les plus concessionnels.


Monsieur le Président,

La France souhaite réaffirmer la nécessité d'apporter un soutien aux pays les plus marginalisés. Toute l'action que nous menons au titre de notre présidence du G8 et du G20, au sein des enceintes des Nations unies et en mobilisant les organisations internationales compétentes vise à créer les conditions d'une mondialisation plus juste, plus durable et qui sache enfin placer l'homme au cœur de ces préoccupations, une mondialisation plus humaine qui ait l'ambition d'éradiquer la pauvreté.

Je vous remercie.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 13 mai 2011

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