Entretien de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, avec le quotidien "Al-Hayat" le 14 mai 2011, sur l'évolution de la situation dans les pays arabes, notamment en Syrie, au Liban, en Libye, au Proche-Orient, et le rôle de l'Iran dans la région. | vie-publique.fr | Discours publics

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Entretien de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, avec le quotidien "Al-Hayat" le 14 mai 2011, sur l'évolution de la situation dans les pays arabes, notamment en Syrie, au Liban, en Libye, au Proche-Orient, et le rôle de l'Iran dans la région.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes

ti : Q - Pour ma première question, je commence par les têtes de chapitres, Syrie-Liban. Dans une interview au New York Times, le cousin de Bachar Al-Assad hier, Rami Makhlouf, dit que s'il n'y a pas de stabilité en Syrie, personne ne peut garantir ce qui se passera. Si quelque chose arrive au régime syrien, il demande à l'Occident de ne pas mettre de pression sur le régime qui a décidé de se battre, dit-il. Que pensez-vous de ces propos ? Pensez-vous que le régime syrien est menacé ? A t-il toujours une légitimité ?

R - La France a vis-à-vis de ce qui se passe dans les pays arabes une position tout à fait claire et tout à fait cohérente. Nous considérons que l'aspiration des peuples à plus de liberté, à plus de démocratie, doit être prise en compte et qu'utiliser des chars pour répondre à de telles aspirations n'est pas acceptable, fût-ce au prix du principe de stabilité. Nous avons sans doute été trop longtemps sensibles à cette exigence de stabilité qui nous a amenés à fermer les yeux sur des comportements autoritaires pour ne pas dire tyranniques de la part d'un certain nombre de régimes et on a vu à quoi cela a conduit en Tunisie et en Égypte. Nous disons la même chose s'agissant de la Syrie. Bien sûr que nous souhaitons une Syrie stable mais nous pensons que la vraie stabilité n'est pas dans la répression. Elle est dans la réforme.

Q - Mais le régime syrien, est-ce qu'il a perdu sa légitimité à votre avis ?

R - Nous avons dit à de nombreuses reprises, s'agissant des événements du Proche et du Moyen-Orient, qu'un régime qui tire au canon contre sa population perd sa légitimité. C'est la raison pour laquelle nous pensons qu'il faut, si le régime ne change pas d'attitude, le sanctionner. Nous avons agi en ce sens à Bruxelles avec nos partenaires qui viennent d'arrêter une liste de responsables syriens qui feront l'objet de sanctions. Nous travaillons aussi avec les Britanniques notamment, aux Nations unies pour une résolution qui condamnerait la répression en Syrie comme nous l'avons condamnée dans d'autres pays.

Q - Monsieur le Ministre, vous, la France, avez été actifs pour mettre sous sanction le président Assad. À votre avis, que s'est-il passé ? Pourquoi n'avez-vous pas réussi ? Pourquoi y-a-t-il un désaccord au Conseil de sécurité pour arriver à un accord sur la Syrie, sur une résolution alors qu'il y a eu un accord sur la Libye ?

R - Je crois qu'il faut bien distinguer. La liste des responsables syriens sanctionnés par Bruxelles s'est limitée pour l'instant à un certain nombre de noms dans lequel ne figure pas celui du président Bachar parce que plusieurs de nos partenaires considèrent qu'il faut faire preuve à son égard de plus de patience, disons. Ce n'est pas le point de vue de la France parce que nous pensons que d'ores et déjà il est responsable d'une répression qui a fait plusieurs centaines de morts. Voilà, nous en discutons. Le texte qui a été adopté à Bruxelles laisse ouverte la possibilité d'étendre la liste. A New York c'est tout à fait différent. A New York, nous nous heurtons d'abord à la menace d'un veto russe et vraisemblablement chinois. Au nom d'un principe que l'on connaît bien, les deux pays sont allergiques à toute forme de ce qu'ils appellent l'ingérence, c'est-à-dire le fait de s'intéresser aux affaires intérieures de tel ou tel État membre des Nations unies. Voilà, cela est un principe que l'on est arrivé à contourner s'agissant de la Libye parce qu'en Libye la menace d'un massacre sur la ville de Benghazi était telle que personne n'a voulu prendre le risque de s'opposer à ce que nous proposions. Et puis, au-delà de cette menace de veto russe et chinois, nous ne savons pas s'il y a aujourd'hui une majorité des neuf voix nécessaires au Conseil de sécurité pour sanctionner la Syrie. Nous sommes dans cette situation et malgré les efforts que nous faisons, elle n'a pas pour l'instant évolué.

Q - Monsieur le Ministre, est-ce que vous avez l'impression que le régime syrien peut faire une fuite en avant dans sa position sur la situation au Liban et menacer un peu la stabilité ? Est-ce que vous avez peur de cela ?

R - Ecoutez, je m'interdis toute spéculation. Je n'agis pas par peur ou par crainte de l'avenir. Je me borne à des constats. Je constate simplement aujourd'hui que si le régime syrien ne change pas de ligne politique, s'il persévère dans son analyse, à savoir que les mouvements auxquels il est confronté sont des mouvements séditieux, plus ou moins encouragés de l'extérieur, et non pas des mouvements d'aspiration populaire, il se trompe et il va dans le mur. Voilà, c'est ce que nous lui disons. Nous avions souhaité qu'un vrai processus de réformes soit engagé, nous n'avons pas été entendus. Nous continuons à tenir ce discours et je ne veux pas aller au-delà sur ce que le régime pourrait faire ou ne pas faire.

Q - Est-ce que vous regrettez d'avoir fait cette ouverture vers la Syrie qui a été tentée par le président Sarkozy en 2008 jusqu'à il y a quelques mois. Il a quand même été très ouvert. Il a reçu le président Bachar Al-Assad, il a tourné la page et cela n'a pas réussi.

R - Ecoutez, la situation actuelle ne signifie pas qu'il ne fallait pas le faire. Il fallait le faire. Je crois que le président Sarkozy a eu raison. Ce qui a changé, ce n'est pas l'attitude du président Sarkozy, c'est l'attitude du régime syrien qui s'est mis, je le répète, à tirer avec des canons de chars sur sa population. C'est cela qui a changé, qui fait qu'aujourd'hui, naturellement, l'heure n'est pas au dialogue.

Q - Oui mais le président Sarkozy a dit dans son interview à l'Express : «la situation en Syrie et la situation en Libye sont différentes».

R - Oui, bien-sûr.

Q - Qu'est-ce qui est différent ?

R - Je vous l'ai dit tout à l'heure. En Libye, nous avions une ville d'un million d'habitants sur laquelle fonçaient des colonnes blindées avec l'annonce par Kadhafi d'un bain de sang et d'une vengeance contre tous ceux qui s'étaient révoltés contre lui. Donc c'était une première configuration. Et puis je le répète, ce qui a changé aussi c'est le contexte international. En Libye nous avons eu le soutien du Liban par exemple, qui nous a beaucoup aidés pour obtenir le vote de la résolution 1973. Nous n'avons pas eu de veto russe ou chinois. Nous avons eu une majorité de neuf voix. Toutes ces conditions ne sont pas réunies s'agissant de la Syrie. C'est cela aussi qui fait le changement.

Q - Est-ce que vous êtes sur la même longueur d'onde sur ce volet syrien avec les Américains ? Est-ce que vous avez l'impression que les Américains sont plus en arrière que vous ?

R - Vous savez, je ne veux pas me livrer à des impressions. Il est vrai qu'au Conseil de sécurité, les Américains aujourd'hui considèrent qu'il n'y a pas de possibilité de faire voter une résolution et qu'ils ne sont donc pas actifs de ce point de vue.

Q - Comment voyez-vous les événements au Liban ? Est-ce que vous craignez les conséquences de la situation en Syrie sur le Liban ?

R - Compte-tenu des liens anciens, étroits qui existent entre la Syrie et le Liban, il est bien évident que ce qui se passe en Syrie ne peut pas manquer d'avoir une conséquence sur le Liban. Notre position vis-à-vis du Liban est ancienne, constante et connue. Nous sommes très attachés à ce pays par de multiples liens, historiques, culturels, linguistiques, politiques. Nous souhaitons sa stabilité. Nous souhaitons qu'il se dote le plus vite possible d'un gouvernement largement représentatif et qu'il puisse bien-sûr assurer sa souveraineté et son intégrité territoriale.

Q - Est-ce que vous allez vous rendre au Liban, Monsieur le Ministre ?

R- C'est possible. Je n'ai pas encore programmé de voyage mais c'est possible.

Q - Parce que le président Sarkozy a fait beaucoup d'efforts lorsqu'il n'y avait pas de président Sleimane pour aider à l'élection du président. Est-ce que vous allez aider à la formation du gouvernement ?

R - Nous aidons à la formation du gouvernement en nous tenant en contact avec nos amis libanais. Et je ne peux pas vous dire à quel moment je me rendrai sur place.

Q - Si l'acte d'accusation du Tribunal international sort et si le gouvernement nouvellement formé dans lequel le Hezbollah est important refuse d'appliquer les mandats d'arrêt, que fera la France ?

R - Ecoutez, je ne veux à nouveau pas me placer dans l'avenir. Ce que je peux vous dire c'est que la France est très attachée à ce que le Tribunal spécial pour le Liban puisse faire son travail en toute indépendance. Et donc nous attendons du futur gouvernement libanais qu'il respecte l'indépendance du Tribunal et qu'il lui donne les moyens de fonctionner. Voilà notre position. Ensuite qu'est-ce qui se passera en fonction de ce que le Tribunal dira, nous verrons le moment venu. Nous souhaitons simplement que cette décision puisse être suivie d'effet.

Q - Vous avez vu M. Siniora. Est-ce qu'il vous a donné l'impression que les événements au Liban sont inquiétants ou pas ?

R - Je l'ai trouvé assez serein, bien entendu très attentif à tout ce qui se passe dans la région. Nous avons évoqué en particulier le processus de paix qui est un des facteurs-clés de la stabilisation de l'ensemble de la région.

Q - Monsieur le Ministre, vous allez bientôt en Palestine et Israël. On parle beaucoup de cette conférence sur la Palestine que vous voulez organiser. Simplement, on ne sait pas très bien qui sera à cette conférence. C'est-à-dire, est-ce que ce sont les E3 ? Est-ce que les Américains vont accepter ? Visiblement le président Sarkozy veut une conférence qui soit politique, c'est-à-dire une relance du processus de paix dans cette conférence.

R - Nous partons d'une conviction, c'est que, comme nous l'avons dit à la fois à Mahmoud Abbas et à Benyamin Netanyahu, le statu quo n'est pas tenable, pour personne et en particulier pas pour Israël. Le contexte régional s'est modifié, l'Egypte a changé, la Syrie est en train de changer donc il faut absolument tenir compte de ce contexte. Nous souhaitons tout faire pour qu'un processus de négociations s'engage à nouveau. Pas un processus visant à des dispositions intérimaires, un processus qui aboutisse à des décisions de fond en vertu des paramètres bien connus à savoir les frontières de 1967 avec la possibilité d'échanges mutuellement agréés, avec Jérusalem capitale des deux Etats et avec bien sûr des garanties de sécurité et d'intégration régionale pour l'État d'Israël. Voilà ce que nous souhaitons. Voilà ce que nous disons.

Il nous semble que le processus de réconciliation inter-palestinien qui est en cours donne une opportunité pour aller dans cette direction. J'ai eu l'occasion de le dire, cela n'a pas toujours été peut-être très bien compris en Israël, encore que le président de la République ait évoqué lui aussi cette question avec M. Netanyahou. Plutôt que de considérer que cet accord est nul et non avenu, essayons de voir quelles sont les potentialités qu'il porte en lui. Est-ce que le Hamas en particulier est prêt à évoluer dans la direction que nous demandons à savoir la reconnaissance de l'État d'Israël, la renonciation au terrorisme et la reconnaissance des accords déjà passés. Voilà, c'est une question qu'il faut aujourd'hui poser, explorer et sur laquelle on a peut-être une chance d'avancer. C'est ce que nous essayons de faire de façon à ne pas nous retrouver au mois de septembre à l'Assemblée générale des Nations unies devant la question de savoir si nous reconnaissons ou pas l'État palestinien sans qu'il ne se soit rien passé dans l'intervalle. Nous voulons qu'il se passe des choses dans l'intervalle pour que l'on se donne le maximum de possibilités de relancer le dialogue. C'est cela que nous allons essayer de faire. Si cela ne marche pas, nous en tirerons les conséquences au mois de septembre.

Q - Oui mais si vous tirez les conséquences au mois de septembre, le problème est que vos partenaires qui sont contre la déclaration de l'Etat palestinien comme l'Allemagne par exemple…

R - Chacun prendra ses responsabilités à ce moment-là. J'espère que nous arriverons à une position commune européenne et la France prendra ses responsabilités et on n'est pas en septembre. On est aujourd'hui en mai donc voila ce que nous essayons de faire sur le mois de mai.

Q - En juin, la conférence…

R - En juin avec la conférence et nous souhaitons comme vous l'avez dit que cette conférence des donateurs puisse s'élargir à un véritable agenda politique sur la relance d'un processus de négociation dans l'esprit que je viens de dire. Et c'est cela que nous essayons de faire. Alors est-ce que nous allons y arriver ? Rendez-vous fin juin.

Q - Monsieur le Premier ministre, on remarque une chose sur le processus de paix. La France essaie depuis des années de jouer un rôle très important sur ce processus. Les Américains n'ont jamais voulu vous laisser jouer ce rôle. Pourquoi aujourd'hui vous pensez qu'ils vont vous laisser faire cette conférence.

R - Parce qu'ils n'y arriveront pas tout seuls. C'est clair, la démonstration a été faite que la paix ne se fera pas simplement entre les Etats-Unis d'Amérique, Israël et l'Autorité palestinienne puisque ce processus a échoué l'an dernier. Je pense donc que d'autres acteurs comme la France et comme l'Union européenne peuvent être tout à fait utiles pour débloquer les choses.

Q - Mais si les Israéliens continuent à refuser ?

R - Ce n'est pas ce que j'ai ressenti de l'entretien de M. Netanyahou et du président de la République.

Q - Vous avez senti qu'il était prêt à participer à cet…

R - Il pense que la France et l'Union européenne peuvent avoir un rôle à jouer, oui.

Q - À part le rôle économique ?

R - Oui

Q - Ils veulent bien un rôle…

R - Y compris sur le plan politique, oui.

Q - Donc vous êtes optimiste ?

R - Optimiste c'est beaucoup dire. Nous sommes volontaristes, à défaut d'être optimistes.

Q - Monsieur le Premier ministre, pourquoi aujourd'hui tout le monde fait des pressions sur les régimes arabes et on ne fait jamais de pression sur Israël ?

R - C'est tout à fait inexact. C'est tout à fait inexact.

Q - Donnez-moi un exemple de sanction sur Israël. Il n'y a jamais eu de sanction.

R - Non, on n'a pas sanctionné les pays arabes parce qu'ils n'étaient pas revenus à la table des négociations. On sanctionne des pays arabes parce qu'ils tirent au canon sur leur population, c'est tout à fait différent. Il ne faut pas tout mélanger.

Q - Mais ils tirent sur les Palestiniens les Israéliens.

R - Nous demandons l'application des résolutions du Conseil de sécurité. La France a été très claire là-dessus. Et nous faisons des pressions sur Israël pour qu'Israël revienne à la table des négociations avec les paramètres que je vous ai indiqués, ce sont des pressions.

Q - Et vous pensez que cela suffit ? Cela fait trente ans que l'on n'est dans le même…

R - Je vous ai dit que je n'étais pas optimiste, que j'étais volontariste. Je ne peux pas vous dire si cela suffit.

Q - Monsieur le Premier ministre, les frappes de l'Otan sur la Libye ne semblent pas réussir à protéger les populations.

R - Ce n'est pas vrai. Ce n'est pas exact. Elles ont largement protégé les populations, elles ont évité en particulier un bain de sang à Benghazi. Il faut toujours revenir à cela. Si on ne l'avait pas fait, on se serait retrouvé devant une situation peut-être analogue à celle de Srebrenica ou d'autres massacres de ce type.

Q - Est-ce que vous avez des informations sur d'autres défections autour de Kadhafi ? Est-ce que vous avez des informations concernant ce que Kadhafi devient, où il en est ? Où va-t-on dans cette histoire ?

R - Nous avons une stratégie très claire. Nous souhaitons intensifier la pression militaire parce que compte-tenu de la personnalité de Kadhafi, il ne comprendra que cela, c'est-à-dire la force. C'est ce que nous essayons de faire et de ce point de vue là, au cours des derniers jours, les choses ont été intensifiées avec des frappes sur des objectifs militaires à Tripoli, avec également le soutien apporté au Conseil National de Transition.

Les dernières nouvelles en provenance de Misrata montrent que les troupes du CNT sont en train de marquer des points donc voila le premier aspect de notre stratégie, renforcer cette pression militaire.

Et puis à partir de là, convaincre les différentes parties prenantes qu'il faut se mettre autour de la table avec le Conseil National de Transition qui est l'interlocuteur de plus en plus reconnu comme incontournable mais aussi les autorités traditionnelles. Il y a une conférence par exemple des chefs de tribus qui a pris position. 25 villes viennent de faire allégeance au Conseil National de Transition et puis voir qui à Tripoli est prêt à s'associer à ce processus de dialogue national en étant convaincu que Kadhafi doit se mettre maintenant à l'écart.

Voila ce que l'on essaie de faire et les deux sont liés, cette pression militaire - ouverture politique. Et le souhait du président de la République est que tout ceci puise avancer dans les semaines qui viennent, il ne s'agit pas de partir pour des mois et des mois d'intervention en Libye, c'est une question de semaines.

Q - Vous pensez que Kadhafi est fini ?

R - Oui, j'en ai tout à fait la conviction. On ne peut pas se maintenir au pouvoir lorsqu' on a fait des milliers de victimes parmi son propre peuple. Je vous signale que la Cour pénale internationale est en train d'instruire son cas. C'est le constat de la France, c'est aussi le constat de la Ligue arabe, de beaucoup pays arabes qui nous accompagnent dans cette intervention, c'est le constat de l'Union européenne, unanime, sur cette nécessité de voir Kadhafi s'écarter du pouvoir, c'est le constat des Etats-Unis, bref, c'est un très large constat.

Q - Mais jusqu'à quand vous pouvez continuer à taper sans…

R - Je vous ai dit que c'était une question de semaines et pas de mois.

Q - Le Premier ministre sur le conseil de coopération du Golfe a dénoncé hier l'ingérence de l'Iran dans toute la région. Que pensez-vous de cette ingérence ?

R - La position de la France vis-à-vis de l'Iran est très claire et très ferme. Nous pensons que la menace de voir l'Iran accéder à l'arme nucléaire est absolument inacceptable et qu'il faut donc avoir une position d'une très forte intransigeance sur ce point c'est ce qu'on a fait d'ailleurs avec nos partenaires du groupe des six pays chargés de la discussion avec l'Iran lors de la dernière réunion qui a eu lieu à Istanbul au mois de janvier. Je viens de voir que l'Iran vient à nouveau s'adresser au groupe pour se dire prêt à reprendre la discussion. Il faudra s'assurer que ce n'est pas une nouvelle manœuvre dilatoire pour éviter de traiter du vrai sujet : le programme nucléaire iranien et le respect des résolutions du Conseil de Sécurité et de l'AIEA. En attendant, nous sommes très attachés à ce que les sanctions soient non seulement effectivement respectées mais renforcées car elles commencent à donner des effets.

Q - Sur le rôle de l'Iran dans la région du Golfe…

R - Il est très certainement en soutien de certains mouvements déstabilisateurs.

Q - Par exemple ?

R - Je ne souhaite pas en dire plus.

Q - Est-ce que vous pensez qu'ils font de la déstabilisation au Bahreïn au Liban, etc. ?

R - C'est ce que l'on entend. .

Q - Quelle est votre relation actuellement avec l'Arabie saoudite. Est-ce que vous allez y aller ?

R - Notre relation est bonne. Mon agenda n'est pas encore fixé. Je vais partir en Haïti, la semaine prochaine à Yamoussoukro, j'envisage un déplacement au Proche-Orient qui n'est pas encore calé. Bien entendu j'irai dans ces pays. Je suis ministre des Affaires étrangères depuis deux mois et demi. Nous avons des perspectives de coopération avec l'Arabie saoudite très positives.

Q - A propos de la FINUL, certains militaires demandent à quoi cela sert que la FINUL reste au Liban. Est-ce que vous pensez que la FINUL doit rester ? Les Italiens disent que leur mandat doit être… il paraît que vous en avez parlé avec Frattini.

R - Oui il me semble nécessaire aujourd'hui de bien réfléchir à l'action de la FINUL. Cette opération de maintien de la paix a été établie en 1978 et son mandat a été redéfini en 2006. Il est nécessaire de bien redéfinir les choses, l'articulation avec les forces armées libanaises et le rôle exact de la FINUL. Nous pensons que sa présence reste un élément stabilisateur pour la région et pour le Liban.

Q - Redéfinir cela veut dire quoi ?

R - Mieux préciser les rôles dans les semaines qui viennent, en liaison avec nos partenaires.

Q - L'Irak aujourd'hui connait beaucoup de difficulté. Apparemment la situation est bloquée comme au Liban, le gouvernement n'arrive pas à gouverner, la corruption est au maximum etc. Comment voyez-vous les choses en Irak, quelle est votre analyse sur ce pays ?

R - En Irak, il y a un gouvernement qui s'est engagé dans un processus difficile, c'est vrai que sur tous les plans, les difficultés subsistent y compris sur le plan de la sécurité. Je pense qu'il faut aider ce gouvernement à progresser.

Q - Comment ?

R - En le soutenant politiquement.

Q - Avez-vous une stratégie particulière de soutien ?

R - Il y a un gouvernement qui est issu d'élections, qui est légal et à la fois légitime et c'est a ce gouvernement de s'attaquer aux problèmes qui subsistent dans la société irakienne.

Q - Pensez vous que le maintien de Salam Fayyad au poste de Premier ministre palestinien serait une garantie pour la communauté internationale ? D'après ce que je comprends, Mahmoud Abbas veut le maintenir.

R - Il y a un assez large consensus dans la communauté internationale pour dire que Salam Fayyad a fait du bon travail à la tète du gouvernement palestinien actuel, notamment dans la bonne utilisation de l'aide internationale. Il me semble que le futur gouvernement palestinien qui doit sortir des accords qui ont été récemment conclus entre le Hamas et le Fatah doivent continuer à aller dans cette direction. Il appartiendra à l'autorité palestinienne de faire ses choix mais nous avons un préjugé tout à fait favorable sur l'action de M. Fayyad.

Q - Les révolutions en Egypte et en Tunisie semblent faire face à des violences. Pensez-vous que ces révolutions pour la démocratie sont irréversibles, ou craignez-vous un retour de dictatures militaires en Egypte ou en Tunisie ?

R - Les processus de transition démocratique après les révolutions sont toujours compliqués…

Q - Il y a toujours les coptes en Egypte…

R - Oui je sais qu'il y a des difficultés, mais ces processus sont bien engagés en Tunisie, j'ai vu mon homologue tunisien hier qui m'a confirmé que les élections à l'assemblée constituante devraient bien avoir lieu à la fin du mois de juillet comme prévu, il y a également un processus électoral défini en Egypte, donc tout ceci est compliqué. Ce que nous pouvons faire, c'est éviter que les difficultés économiques ne viennent compromettre la transition démocratique. C'est l'objectif que s'est fixé le président de la République au G8 en invitant ces pays, de façon à ce que les grandes puissances puissent définir des plans d'action pour les aider à réussir cette transition.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 17 mai 2011

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