Tribune de Gérard Longuet, ministre de la défense et des anciens combattants, dans le quotidien polonais "Rzeczpospolita" du 17 mai 2011, sur les relations franco-polonaises notamment dans le domaine militaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Tribune de Gérard Longuet, ministre de la défense et des anciens combattants, dans le quotidien polonais "Rzeczpospolita" du 17 mai 2011, sur les relations franco-polonaises notamment dans le domaine militaire.

Personnalité, fonction : LONGUET Gérard.

FRANCE. Ministre de la défense et des anciens combattants

Circonstances : Voyage officiel en Pologne, les 16 et 17 mai 2011

ti : Nous vivons dans un monde incertain, caractérisé par la multiplication des risques, par la dissémination de la violence dont sont les victimes le plus souvent des populations civiles, un monde qui doit inventer les règles du nouveau siècle qui s'ouvre.

L'élu lorrain que je suis, peut parler avec le cœur quand il s'agit de la Pologne.

Entre nous, c'est beaucoup plus que de l'amitié, une intimité historique et culturelle.

Nous, les Lorrains et les Polonais, nous savons que l'Histoire est tragique parce que nous avons été trop longtemps des terres d'invasion. Comment puis-je, en tant qu'homme politique issu de l'ancienne cité des ducs de Bar, ne pas évoquer la grande figure de Stanislas Leszczynski, dépossédé de sa couronne de Roi de Pologne par le Tsar, duc de Lorraine et de Bar puis Roi de Pologne une seconde fois ? Ce prince éclairé renforça les liens entre la Pologne, la Lorraine et la France en mariant sa fille Marie au roi de France Louis XV. Il fut le symbole de ce qui nous unit en Europe. Notre histoire commune est riche et nos destins continuent, aujourd'hui encore, d'être étroitement imbriqués, principalement depuis que la Lorraine est devenue terre d'immigration polonaise dans le premier tiers du XXe siècle, que les mineurs et les ouvriers polonais ont côtoyé leurs frères lorrains, même et surtout aux pires moments de notre histoire commune.

Ces Polonais se sont parfaitement intégrés, et des milliers de Lorrains sont aujourd'hui particulièrement fiers de leur ascendance ou de leur nom polonais.

Nous avons la chance, Français et Polonais, d'être les plus anciens alliés d'Europe.

Il est nécessaire de souligner le fait qu'il n'y a jamais eu de différend entre la France et la Pologne : c'est l'une des ententes les plus anciennes et les plus durables en Europe, y compris durant la tourmente révolutionnaire, où se détachent la figure du général Ko?ciuszko, grand ami de la France, du général Dabrowski, dont les campagnes dans l'armée de Napoléon sont célébrées par l'hymne polonais, et de Poniatowski, prince polonais et maréchal d'Empire. Aujourd'hui, notre coopération en matière de sécurité et de défense constitue l'un des volets du partenariat stratégique conclu entre nos deux pays en 2008, après l'entrée de la Pologne dans l'Alliance Atlantique et l'Union européenne. Cette coopération repose sur une vision partagée de nos intérêts et de notre avenir. La France et la Pologne ont toujours mis les questions de sécurité au cœur de leur réflexion sur l'Etat, la Nation et l'indépendance nationale. Comme le résumait Victor Hugo, « deux nations entre toutes, depuis quatre siècles, ont joué dans la civilisation européenne un rôle désintéressé ; ces deux nations sont la France et la Pologne ». Le lien étroit entre sécurité régionale et sécurité globale est l'une des réalités nouvelles de la mondialisation. Face à la complexité des menaces, aucun Etat ne se trouve à l'abri. Aucun Etat ne peut agir seul. C'est au sein de l'OTAN et de l'Union européenne que se joue notre avenir. Il est naturel que nous inscrivions nos efforts dans ce cadre. Le dernier sommet de l'OTAN à Lisbonne a abouti à trois résultats majeurs. D'abord, nous sommes convenus d'un nouveau concept stratégique. Le pacte fondamental qui nous unit demeure intangible : l'OTAN, alliance militaire défensive, repose sur la sécurité collective et le caractère indivisible de la sécurité des alliés. Ensuite, nous avons relancé notre coopération avec la Russie, face aux menaces qui nous concernent tous, telles que le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive. Les alliés ont pris la décision majeure de coopérer sur la défense anti-missile, et plus largement d'œuvrer à un partenariat stratégique renouvelé avec la Russie. Enfin, le sommet de Lisbonne a décidé de réformer les structures de l'OTAN, qui doit être une organisation militaire plus efficace et plus réactive.

Une Alliance rénovée suppose aussi une Europe plus forte. La Pologne peut compter sur le soutien sans réserve de la France lorsqu'elle prendra la présidence du Conseil de l'Union européenne au second semestre de cette année. La lettre que les ministres de la Défense et des Affaires étrangères des Etats du « Triangle de Weimar » ont adressée en ce sens, le 6 décembre dernier, à la Haute-représentante de l'UE pour la PESC, Mme Ashton, témoigne de cette volonté. Construire une défense européenne crédible, en liaison étroite avec l'Alliance Atlantique, en particulier grâce à la participation de la France aux structures de commandement de l'OTAN, passe aussi par un effort de rapprochement de nos forces et de nos moyens. C'est le sens du Traité du 2 novembre 2010 que la France a conclu avec le Royaume Uni, notamment dans le domaine nucléaire.

Dans ce contexte, il me tient à cœur de renforcer la coopération bilatérale franco-polonaise en matière de défense. La Pologne est un partenaire solide et crédible, qui a la capacité et la volonté de jouer un rôle important sur la scène internationale. En témoignent son implication dans la politique de sécurité et de défense commune de l'UE, sa contribution substantielle aux opérations extérieures et sa présence accrue au sein des structures communes (EUROCORPS, Groupement Tactique 1500). C'est également dans cette logique que s'inscrit la modernisation en profondeur de son outil de défense. Les actions de coopération entre nos deux pays visent à développer l'interopérabilité de nos forces armées et à favoriser les retours d'expérience. Dans ce domaine, la France et la Pologne, toutes deux engagées en Afghanistan, partagent déjà leurs expériences sur l'emploi des drones tactiques qui se sont révélés particulièrement indispensables sur ce théâtre d'opérations complexe. Je me réjouis du dialogue engagé entre nos spécialistes de la défense anti-aérienne et de leur rencontre prochaine sur les questions d'organisation de bulle de protection. Je voudrais également souligner la fructueuse et dynamique coopération entre nos forces spéciales. Je pense en particulier à la participation, à l'automne dernier, des forces spéciales polonaises à « Gorgone 2010 », exercice annuel organisé par la brigade des forces spéciales de l'armée de Terre française.

L'Europe de la défense ne se conçoit pas sans une base industrielle de pointe et sans investissements conséquents dans la recherche et le développement. Si nous négligeons l'industrie de l'armement, l'Europe sera reléguée dans le monde en deuxième ou troisième catégorie. Sa sécurité et ses intérêts relèveront de décisions prises par d'autres. Nous partageons avec la Pologne l'ambition de faire de l'Agence Européenne de défense un acteur principal de promotion, de développement et de maintien d'une base industrielle et technologique de défense européenne (BITDE). Dans le domaine de l'armement, la Pologne et la France ont vocation à être des partenaires industriels de long terme, à mettre à profit leurs complémentarités et leur savoir faire. Tel est le sens de nos projets dans le domaine de la défense antiaérienne et dans celui de la construction navale et des systèmes d'artillerie. Ces projets, dans lesquels l'industrie nationale polonaise a toute sa part, bénéficieraient à nos deux pays et à toute l'Europe.


Source http://www.ambafrance-pl.org, le 18 mai 2011

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