Interview de M. Benoist Apparu, secrétaire d'Etat chargé du logement, à Canal Plus le 19 mai 2011, sur la démission de Dominique Strauss-Kahn du FMI à la suite de son arrestation, la progression de Nicolas Sarkozy dans les sondages et l'augmentation des prix de l'immobilier. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Benoist Apparu, secrétaire d'Etat chargé du logement, à Canal Plus le 19 mai 2011, sur la démission de Dominique Strauss-Kahn du FMI à la suite de son arrestation, la progression de Nicolas Sarkozy dans les sondages et l'augmentation des prix de l'immobilier.

Personnalité, fonction : APPARU Benoist, BIRABEN Maïtena, ROUX Caroline.

FRANCE. Secrétaire d'Etat au logement; ;

ti : MAÏTENA BIRABEN Benoist APPARU, le secrétaire d'Etat au Logement, adjoint au maire de Châlons en Champagne, est l'invité de « La matinale ». La vie politique commence à reprendre son cours alors que Dominique STRAUSS-KAHN attend son rendez-vous devant le Grand Jury vendredi. Une épreuve qui sonne la gauche, mais qui redonne à la droite un petit peu d'oxygène. Benoist APPARU, bonjour.
 
BENOIST APPARU Bonjour.
 
MAÏTENA BIRABEN Soyez le bienvenu.
 
BENOIST APPARU Merci. CAROLINE ROUX Bonjour. C'est l'information du matin, on vient de l'apprendre, Dominique STRAUSS-KAHN annonce qu'il quitte la présidence du FMI. Est-ce que vous considérez que Christine LAGARDE doit être poussée pour prendre la suite ?
 
BENOIST APPARU Je vais peut-être d'abord réagir à ce qu'il vient de dire, à savoir sa démission. Je pense que la décision au regard de l'actualité internationale et des enjeux s'imposait. Maintenant, quand à la suite et à la succession du directeur général actuel du FMI, on en discutera dans quelques semaines ou dans quelques jours.
 
CAROLINE ROUX Christine LAGARDE sera une bonne candidate, vous pensez ?
 
BENOIST APPARU J'en sais rien ! Vous lui poserez la question. Je pense que la France a toute sa place dans les grandes institutions internationales. Aujourd'hui, on a un excellent ministre de Finances en France, je ne suis pas sûr que nous ayons, nous, intérêt en France à nous en passer.
 
CAROLINE ROUX Dominique STRAUSS-KAHN démissionne du FMI, est-ce que ça veut dire, et on va peut-être se dire les choses maintenant clairement, qu'il est discrédité pour la présidentielle ? Est-ce que c'est comme ça que vous le voyez ?
 
BENOIST APPARU Je pense que la question qui se pose avant tout, pour lui comme pour la femme qui a peut-être été violée, qui a peut-être subi une agression sexuelle, c'est de savoir si effectivement qui est coupable, qui n'est pas coupable. C'est ça la question essentielle. Les conséquences politiques, très sincèrement, elles sont importantes mais elles sont secondaires. La question qui se pose pour une femme, c'est de savoir si elle a subi ou pas un viol. La question qui se pose pour Dominique STRAUSS-KAHN c'est de savoir si oui ou non il va passer dix ans, quinze ans, ou vingt ans en prison. Il me semble que les enjeux sont tout autre que des questions purement politiques.
 
CAROLINE ROUX Vous avez raison de le préciser, c'est vraiment la question qui se pose pour lui. Et la question qui se pose pour nous parce qu'il y a une présidentielle dans un an, c'est aussi de savoir qu'elles peuvent en être les conséquences politiques. Est-ce que ce matin, vous dites, il vient de démissionner du FMI, est-ce que vous considérez qu'il est discrédité pour la prochaine présidentielle ?
 
BENOIST APPARU En tout état de cause, je suis convaincu qu'il va aujourd'hui se concentrer sur sa défense.
 
CAROLINE ROUX Ca veut dire que le sujet ne se pose pas ? C'est quoi ? Vous êtes embarrassé avec l'idée de dire, bon, évidemment… je pense que dans l'esprit des gens qui vous regardent ce matin on se dit, « je ne vois pas comment est-ce qu'il pourrait être candidat à la présidentielle ». Vous, non, vous ne vous posez pas ces questions ?
 
BENOIST APPARU Non, je me pose évidemment cette question, je dis simplement que là encore, à mon avis, l'enjeu n'est pas là aujourd'hui, ni pour lui, ni pour elle. Alors, c'est vrai que nous intéresse à d'autres choses.
 
CAROLINE ROUX Mais pour vous ?
 
BENOIST APPARU On s'intéresse aux conséquences politiques de tout ça. Ces conséquences politiques me paraissent très secondaires, là encore, par rapport aux enjeux que traversent ces deux personnes.
 
CAROLINE ROUX Alors, encore un sujet secondaire. Nicolas SARKOZY progresse dans les sondages.
 
BENOIST APPARU C'est pas secondaire ça !
 
CAROLINE ROUX Ah ben, il parait que c'est secondaire, c'est ce que vous venez de nous dire, ce sont des conséquences politiques, mais vous ne pouvez pas vous réjouir du malheur des autres, on l'a bien compris. Est-ce que vous considérez que la présidentielle s'annonce mieux pour la droite sans DSK ?
 
BENOIST APPARU Il me semble surtout que si Nicolas SARKOZY progresse dans les sondages c'est peut-être pas une relation de cause à effet avec ce qui se passe à New York. Il y a peut-être d'autres éléments. Par exemple, 1 % de croissance au premier trimestre, un chômage qui baisse depuis quatre mois consécutifs, et une situation française qui s'améliore. Il y a peut-être là aussi des relations de causalité.
 
CAROLINE ROUX Pour vous, il n'y a pas de lien de cause à effet entre ce sondage et cette embellie…
 
BENOIST APPARU …je ne crois pas, non.
 
CAROLINE ROUX …sondagière pour Nicolas SARKOZY ?
 
 
BENOIST APPARU Je ne le crois pas, non.
 
CAROLINE ROUX On continue, parce que vous savez comment on est, nous.
 
BENOIST APPARU Mais continuons, donc !
 
MAÏTENA BIRABEN Quelques sujets secondaires encore.
 
CAROLINE ROUX Oui, oui ! Est-ce que vous considérez que les candidatures AUBRY et HOLLANDE sont plus redoutables, comme on l'entend parfois dans l'entourage du président, que celle de Dominique STRAUSS-KAHN ?
 
BENOIST APPARU Moi, je ne m'occupe pas de savoir qui sera candidat au PS. Ce qui m'intéresse c'est quel sera notre bilan et quel sera notre projet, c'est ça qui m'intéresse. Je me focalise là-dessus, premier point. Second point, est-ce que HOLLANDE, AUBRY, c'est plus ou moins dangereux par rapport à je ne sais qui ? Là encore, le Parti socialiste fera son choix. C'est son problème. Et, nous, nous préoccupons de ce que nous allons faire nous. Maintenant, on est à un an de l'élection présidentielle.
 
CAROLINE ROUX C'est peu !
 
BENOIST APPARU C'est peu, mais c'est beaucoup en même temps. On vient de voir ce qui s'est passé en quinze jours. En quinze jours, toute la donne a été fondamentalement changée. Donc, savoir aujourd'hui qui sera le meilleur candidat du PS dans un an, personne n'en sait strictement rien.
 
CAROLINE ROUX Ce qui est intéressant c'est de savoir si vous pensez que ça change le climat de la présidentielle ce qui vient de se passer, ce cataclysme politique ?
 
BENOIST APPARU Mais, les tonalités seront potentiellement différentes. Si vous avez effectivement un candidat un candidat qui s'appelle Martine AUBRY, un candidat qui s'appelle François HOLLANDE, la tonalité de leur campagne sera différente. Et donc, le positionnement général des uns et des autres sera évidemment différent.
 
CAROLINE ROUX Alors, en vous écoutant on se dit, au final, il y a assez peu de conséquences politiques de ce qui est en train de se passer. Vous aviez pourtant signé une tribune très remarquée au mois d'août 2010. Je vais citer une citation qui est un peu longue, mais ça vaut la peine, « Alors même que les responsables politiques, il ne faut pas se le cacher, sont fortement décrédibilisés aux yeux de l'opinion publique, notre génération – la vôtre – a un devoir moral d'exigence, de sérieux et d'engagement ». Est-ce que vous considérez que cette affaire décrédibilise davantage la classe politique, les élites ?
 
BENOIST APPARU Non ! Non, je ne le crois pas, parce que là on est quand même sur une histoire qui est…c'est un homme qui est accusé d'agression sexuelle, c'est pas la classe politique, c'est pas la France qui est accusée. C'est un homme qui est accusé. Donc, en tirer une conséquence générale en disant, sous prétexte que un homme accusé d'agression sexuelle, tous les hommes politiques sont dans cette situation-là, ce serait, me semble-t-il, un raccourci rapide.
 
CAROLINE ROUX La presse américaine fait le procès à la presse française considérant qu'on ne se préoccupe pas assez de la vie privée. Est-ce que au regard de ce qui se passe aujourd'hui vous vous dites qu'il faudrait le faire davantage ?
 
BENOIST APPARU Mais, on n'est pas sur une question de vie privée. Ce qui se passe aux Etats-Unis actuellement c'est pas une question de vie privée. C'est une question d'agression physique envers une femme, oui ou non. La justice se prononcera. Je ne me prononce pas sur le fond. Mais on n'est pas sur une question de vie privée, là. Je ne vois pas en quoi…
 
CAROLINE ROUX …l'argument c'est tout le monde savait, vous le savez bien, c'est les journalistes savaient.
 
MAÏTENA BIRABEN La relation très particulière.
 
CAROLINE ROUX Ils auraient dû le dire, on n'en serait pas arrivé là, voilà.
 
BENOIST APPARU Attendez, très concrètement, nous savions tous que Dominique STRAUSS-KAHN aimait les femmes.
 
CAROLINE ROUX Ah ben, voilà !
 
BENOIST APPARU Ca, c'est une chose. Mais, excusez-moi, entre aimer, séduire les femmes, et violenter une femme, il y a juste une nuance absolument considérable. On ne parle pas de la même chose.
 
MAÏTENA BIRABEN A l'évidence, oui, on ne parle pas de la même chose ! Néanmoins, nos camarades à l'étranger disent qu'on pouvait faire des enquêtes et aller un peu plus loin, suite par exemple au témoignage de Tristane BANON.
 
BENOIST APPARU Ca, c'est un autre débat. Qu'il y ait des enquêtes…
 
MAÏTENA BIRABEN …mais c'est la question que vous posait Caroline.
 
BENOIST APPARU Non, foncièrement non ! Là encore, qu'il y ait des enquêtes journalistique sur des comportements dérivants, c'est une chose. Est-ce que la séduction est un comportement dérivant ? La réponse est non.
 
MAÏTENA BIRABEN Non mais, certainement pas, Benoits APPARU, certainement pas !
 
BENOIST APPARU Eh ben, voilà !
 
CAROLINE ROUX Alors, on n'en oublie pas votre dossier qui est celui du logement et celui de l'immobilier, puisque c'est un sujet de préoccupation majeure également des Français. Il ya une étude de l'INSEE qui a été rendue mardi et qui ne fait, au fond, que confirmer ce que vivent les Français au quotidien : les prix des logements ont augmenté trois fois plus vite que les revenus. Est-ce que c'est une tendance que vous confirmez, j'imagine que oui…
 
BENOIST APPARU …bien sûr.
 
CAROLINE ROUX Mais est-ce que vous avez un levier sur lequel agir pour aller à l'encontre de cette tendance ?
 
BENOIST APPARU Alors, il y a déjà un premier élément à noter, c'est que la tendance qui et évoquée par l'INSEE, effectivement confirmée par l'ensemble des statistiques que nous avons, concerne essentiellement Paris, la région parisienne, et une grosse partie de la Côte d'Azur. C'est là où on a une explosion des prix de l'immobilier. Dans onze régions sur vingt-deux, on a des prix de l'immobilier qui baissent. Donc, on a des situations très différentes sur le territoire.
 
CAROLINE ROUX C'est pour ça qu'on n'arrive pas à parler de bulle médiatique… de bulle médiatique…
 
BENOIST APPARU …de bulle médiatique, ça, c'est possible !
 
MAÏTENA BIRABEN De bulle immobilière.
 
CAROLINE ROUX Ca, ça peut arriver.
 
BENOIST APPARU Ca peut arriver aussi. En ce moment, on en vit une d'ailleurs.
 
CAROLINE ROUX De bulle immobilière. C'est pour ça qu'il y a au final des positions différentes de la part des experts, ce oui il y a une bulle immobilière, non il n'y a pas de bulle immobilière.
 
BENOIST APPARU Parce que les situations sont tellement différentes. A Châlons-en-Champagne, les prix ils baissent, ils ne montent pas, ils baissent, alors qu'à Paris les prix explosent complètement. Donc, on est dans une situation qui n'a rien à voir sur le territoire. Sur Paris et sur l'Ile de France, si on prend là où on a des hausses très fortes et très concentrées, le problème principal que nous avons c'est que l'on ne produit pas assez de logements. La seule réponse c'est produire des logements. C'est pas bloquer les loyers, c'est pas bloquer les prix.
 
CAROLINE ROUX Donc, la seule réponse c'est vous qui l'avez.
 
BENOIST APPARU Donc, la seule réponse c'est nous qui l'avons, avec l'ensemble de nos partenaires, les promoteurs, les collectivités locales : il faut produire des logements. On fait 40 000 logements en Ile de France, il faudrait en faire 70 000. Il faut qu'on double la production.
 
Source : Premier ministre, Service d'Information du Gouvernement, le 19 mai 2011
 

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