Interview de Mme Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l'outre-mer, dans le journal "Le Quotidien de la Réunion" du 20 mai 2011, sur le développement des énergies renouvelables, l'application du Protocole de Matignon, le renforcement de la filière fruits et légumes, les contrats aidés et l'accès à l'internet à très haut débit. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Marie-Luce Penchard, ministre chargée de l'outre-mer, dans le journal "Le Quotidien de la Réunion" du 20 mai 2011, sur le développement des énergies renouvelables, l'application du Protocole de Matignon, le renforcement de la filière fruits et légumes, les contrats aidés et l'accès à l'internet à très haut débit.

Personnalité, fonction : PENCHARD Marie-Luce.

FRANCE. Ministre de l'outre-mer

ti : - Au cours de votre visite à La Réunion, vous allez passer un long moment sur les énergies renouvelables. Mais entre les ambitions (faire de La Réunion une référence en la matière) et la réalité, l'écart semble se creuser. Quelle évaluation faites-vous de cette politique ?

En matière de développement des énergies renouvelables, le gouvernement a affiché ses ambitions : faire en outre-mer des territoires pionniers d'expérimentation pour démontrer la faisabilité du "tout renouvelable". La loi Grenelle 1 et le Conseil interministériel de l'Outre-mer ont fixé un objectif d'autonomie énergétique. Les Outre-mer sont aujourd'hui en avance quant à la part d'énergies renouvelables dans leur mix énergétique : 56% en Guyane, 34% à la Réunion, 25% en Polynésie française.

Au-delà du développement du photovoltaïque, par nature intermittent, il faut innover et trouver des moyens stables de production d'énergie. Le potentiel de développement est conséquent et de nombreuses recherches sont conduites dans l'ensemble des territoires d'Outre mer : géothermie, biomasse, énergie solaire avec stockage, énergies marines.

La Réunion s'illustre particulièrement dans ce domaine à travers le projet GERRI. Elle expérimente depuis plus d'un an une batterie d'1 MW. J'irai au cours de mon déplacement à Saint Pierre voir l'avancement du projet houlomoteur que nous avons largement contribué à financer. La récente signature de la délégation de service public pour le système de climatisation par eau de mer des communes de Saint Denis et Sainte Marie illustre bien la maitrise de la demande en énergie.

- Dernièrement, le président de la Région Réunion a critiqué "l'irresponsabilité du gouvernement" s'agissant de la remise en question du soutien au développement du photovoltaïque. Comment évolue ce dossier ?

Le développement du photovoltaïque a été victime de son succès. Au niveau national, des tarifs d'achat très avantageux ont créé un afflux considérable de projets. De plus, les dispositifs fiscaux d'aide au secteur photovoltaïque ont créé des effets d'aubaine, déséquilibré l'utilisation des aides fiscales et créé des conflits d'usage du foncier notamment vis-à-vis des terres agricoles. Une remise en ordre était inévitable. S'y ajoute une limite du réseau électrique pour les îles, qui ne peuvent techniquement pas accueillir plus de 30 % d'énergies intermittentes. Et ce seuil est prêt d'être atteint à La Réunion.

Pour autant, le photovoltaïque reste un élément déterminant du développement des énergies renouvelables ; il doit évoluer techniquement, par exemple en associant du stockage, en développant des réseaux plus performants, et en privilégiant des petits projets créateurs d'emplois plutôt que des grandes fermes. Les modalités du soutien à la filière n'étaient plus adaptées, il fallait les changer. L'adaptation du nouveau dispositif au contexte de l'Outre mer est l'enjeu des réflexions menées dans le cadre de la Commission Baroin, co-présidée par René Paul Victoria.

- Le mouvement qui affecte le groupe Séchilienne-Sidec et EDF concernant notamment l'application du décret de 1946 qui prévoit l'alignement des primes coloniales des agents de l'électricité sur celles des fonctionnaires, fait l'objet de négociations nationales. Votre ministère intervient-il dans ce conflit privé mais qui affecte plusieurs départements d'Outre-mer ?

Ce conflit s'est noué autour d'une question d'interprétation du statut, c'est-à-dire d'une question de droit : c'est pourquoi le Conseil d'Etat a été saisi par la Séchilienne Sidec. Le Conseil d'Etat a rendu une décision qui laisse ouverte la voie à des recours de la part des salariés devant les juridictions compétentes. Au-delà de la voie juridictionnelle, qui est, je le rappelle, un élément de l'Etat de droit, je suis convaincue que c'est par le dialogue social au niveau des entreprises concernées que l'on sortira de ce trop long conflit. Je note que des propositions de négociations ont été faites sur différents sujets, notamment les problèmes liés la cherté de la vie. C'est une opportunité à saisir.

- Parmi les priorités affichées à l'occasion de votre 3ème déplacement à La Réunion en 2011, figure l'application des Accords de Matignon. Quel est justement votre analyse de cette application ?

Le Protocole de Matignon a confirmé l'engagement de l'Etat aux côtés de la région Réunion pour soutenir des projets majeurs pour l'avenir de l'île : les infrastructures aéroportuaires – en particulier l'accueil de l'Airbus A 380 – la nouvelle route du littoral et le Trans-Eco Express. J'observe avec satisfaction que les études avancent à un rythme très soutenu : les premiers travaux pourront commencer à la fin de l'année. L'Etat travaille dans un partenariat étroit avec la Région Réunion afin de respecter les calendriers prévisionnels qui ont été définis pour chacun de ses projets majeurs.

A ce jour, nous sommes en ligne avec ces calendriers : je pense par exemple à la constitution de la société aéroportuaire, étape essentielle dans la réalisation des travaux sur l'aéroport de Gillot, aux phases d'études et de concertation qui sont bien avancées sur la nouvelle route du littoral ou encore à l'identification des projets qui seront soutenus dans le cadre du Trans-Eco Express.

J'ajoute que ces calendriers prévisionnels doivent aussi être mobilisés pour que ces travaux profitent directement aux Réunionnais en anticipant les demandes d'emploi et les besoins de formation : c'est un volet transversal du protocole de Matignon auquel je suis particulièrement vigilante. Je peux vous assurer également que l'Etat et l'Europe respecteront leurs engagements financiers inscrits dans le protocole : 1 milliard 200 millions d'euros au total. C'est le principal investissement en outre-mer pour des projets structurants.

- Au cours de cette visite vous accorderez beaucoup d'attention, semble-t-il, à la filière locale fruits et légumes comme vous l'aviez fait précédemment pour la viande. Vous pensez que l'import substitution peut et doit encore beaucoup progresser, notamment dans ce domaine ?

Je suis persuadée que la filière fruits et légumes constitue un atout majeur pour l'agriculture réunionnaise. Plus de 500 producteurs assurent déjà près de 70 % de la consommation de la Réunion. Cependant, leurs débouchés se concentrent sur les petits marchés car la filière n'est pas suffisamment structurée. Elle ne parvient pas à approvisionner de manière régulière les grandes surfaces et les industries de transformation, qui se tournent vers les importations. Pour être précise, les industriels doivent importer 92 % de leurs matières premières !

Les marges de progression sont donc très importantes. Il faut retenir un chiffre clair : diviser par deux les importations de produits frais végétaux signifie la création de 5 000 emplois nouveaux en 7 ou 8 ans ! Le projet que je vais présenter avec les professionnels et le Commissaire au développement endogène est bien de structurer la filière fruits et légumes.

Je vous annonce la création de deux postes opérationnels au sein des organisations professionnelles, touts deux financés par les crédits du Conseil interministériel de l'Outre-mer (CIOM). Cet objectif devrait également avoir un effet favorable sur les prix, comme c'est le cas pour les produits issus de l'élevage. Au-delà de cet effort, la proposition du Commissaire au développement endogène consiste à favoriser l'émergence d'une nouvelle structure de transformation. L'Etat accompagnera les professionnels dans la définition et dans la mise en œuvre de ce projet.

- Un sujet à la fois économique et social est récurrent lors de vos visites à la Réunion : les contrats aidés. L'Etat en finance sensiblement moins en 2011. Fin 2010 vous aviez promis de veiller personnellement à ce que La Réunion obtienne gain de cause lors de l'attribution des enveloppes régionales. Quel bilan peut-on dresser des contrats aidés à La Réunion aujourd'hui ?

Les contrats aidés participent effectivement à la stratégie du Gouvernement en matière de lutte contre le chômage. La Réunion, qui est confrontée à un taux de chômage particulièrement élevé, est prise en compte. Pour répondre à la crise, les enveloppes consacrées aux contrats aidés ont été augmentées en 2010 en métropole comme pour les DOM. En 2011, le Gouvernement poursuit ses efforts de soutien à l'économie et à l'emploi. Depuis le début de l'année, ce sont 27 650 contrats qui ont déjà été mis à la disposition des DOM, y compris Mayotte et de Saint-Pierre-et-Miquelon.

S'il est exact que ce nombre est en léger recul par rapport à 2010, j'observe que le poids de l'Outre-mer dans la répartition de l'enveloppe nationale a, lui, légèrement progressé en proportion passant de 8 % en 2010 à 8,6 % en 2011. Ce pourcentage représente plus du double du poids économique de l'Outre-mer, ce qui démontre bien que les besoins de ces départements en matière de lutte contre le chômage sont pris en compte.

L'année passée, la Réunion a d'ailleurs consommé à elle seule 62 % des contrats d'accès à l'emploi conclus dans les départements d'Outre-mer. Cette année, pour La Réunion, seules les enveloppes correspondant au premier semestre sont connues : 9 621 contrats dits "non marchands", c'est à dire hors secteur privé, ont été ouverts ainsi que 3 000 contrats dits "marchands". Une nouvelle enveloppe sera notifiée à chaque département dans les premières semaines de juillet : je veillerai à ce qu'elle soit à la mesure de la situation du marché du travail réunionnais.

Mais, je l'ai déjà indiqué, une approche purement quantitative n'est pas satisfaisante : un contrat aidé, c'est avant tout un outil pour permettre à un demandeur d'emploi ou à un allocataire de minimas sociaux de se rapprocher d'un emploi durable. Cela passe par l'accompagnement par les employeurs des personnes en contrat aidé, par des formations et par des phases d'immersion. Le Préfet a constitué une commission sur la transparence des contrats aidés qui s'est réunie le 15 avril dernier : cet objectif qualitatif est inscrit parmi ses priorités.

- Les besoins en formation, notamment, nécessitent le départ d'un grand nombre de jeunes Réunionnais. Dernièrement, le président de la Région Réunion se félicitait de ce que plus de 40 000 Réunionnais aient déjà bénéficié des aides accordées dans le cadre de la continuité territoriale. Comment jugez-vous ces performances ?

Depuis la relance de la continuité territoriale en août 2010, plus de 42 000 Réunionnais ont bénéficié de l'aide au voyage, quel que soit son mode de financement : ce succès démontre que la réforme voulue par le Gouvernement était adaptée et qu'elle répondait à une attente de nos compatriotes. L'Etat et la Région Réunion ont développé un partenariat remarquable pour la définition et la gestion de ces aides : ces résultats exceptionnels ont été obtenus, je le rappelle, après seulement dix mois d'application. La Réunion a d'ailleurs été victime de son succès et le nombre de dossiers déposés, notamment pour les remboursements, a largement dépassé les attentes. Je sais que des Réunionnais ont attendu trop longtemps le remboursement des sommes qu'ils avaient dépensées pour pouvoir voyager. Grâce à une mobilisation des équipes de LADOM et de la Région Réunion, les paiements sur les dossiers de 2010 sont pratiquement tous effectués et ceux de 2011 sont à jour. Et je peux vous confirmer également que, la continuité territoriale étant un droit, l'Etat assumera pleinement ses engagements, notamment sur le plan budgétaire

- La continuité territoriale, c'est aussi Internet. Qu'en est-il du fonds de continuité territoriale et du très haut débit sur l'île ?

Vous avez raison de dire que l'accès à l'internet, c'est aussi la continuité territoriale. Chacun, où qu'il habite, en Outre-mer ou en zone montagneuse, doit pouvoir bénéficier d'un accès à l'internet au même titre que les habitants des grandes villes. Le déploiement d'infrastructures de communications électroniques à très haut débit représente un enjeu majeur pour la compétitivité et l'aménagement numérique de notre pays. L'internet haut débit doit permettre de développer de nouveaux services innovants pour les entreprises et pour les citoyens.

Le Gouvernement a défini en juin dernier un programme national en faveur du très haut débit, mobilisant 2 milliards d'euros dans le cadre des investissements d'avenir. La Réunion est éligible à l'intégralité du programme national, par le biais de prêts aux opérateurs pour stimuler l'investissement, et de subventions pour soutenir les initiatives des collectivités territoriales. Je sais que la Région Réunion souhaite s'engager fortement dans ce domaine, et elle pourra le faire très rapidement puisque le guichet du fonds national pour la société numérique sera ouvert à compter de cet été.


Source http://www.outre-mer.gouv.fr, le 20 mai 2011

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