Extraits de l'interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à RTL le 23 mai 2011, sur l'évaluation de la situation au sein de l'espace aérien français et européen à la suite de l'irruption du volcan islandais Grimsvötn. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Extraits de l'interview de M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat chargé des transports, à RTL le 23 mai 2011, sur l'évaluation de la situation au sein de l'espace aérien français et européen à la suite de l'irruption du volcan islandais Grimsvötn.

Personnalité, fonction : MARIANI Thierry.

FRANCE. Secrétaire d'Etat aux transports

ti : Q - Les volcans islandais ont remis le couvert si on peut dire. Mais d'abord, ces dernières informations plutôt rassurantes : on évoque la réouverture du principal aéroport islandais Reykjavik dans la journée, est-ce que d'abord vous confirmez. Est-ce que cela vous rend optimiste ?

R - Je ne suis pas particulièrement inquiet. Je ne connais pas la situation des aéroports islandais. Ce qui m'intéresse, c'est la France, mais je crois pouvoir dire que les risques sur la France, à l'heure actuelle, sont extrêmement faibles.

Q - Cela veut dire quoi ?

R - Cela veut dire que, premièrement, les vents dirigent le nuage vers le nord, c'est-à-dire vers le Groenland, la Norvège et puis après la Russie. Deuxièmement, cela veut dire que ce nuage, à l'heure actuelle, est très peu concentré, et cela veut dire que les risques, aujourd'hui - on ne peut pas être à 100 % affirmatif - sont extrêmement faibles. Je m'adresse aux passagers : il n'est pas question d'annuler le moindre vol dans l'immédiat.

Q - Cela veut dire que, pour l'instant, les programmes de vols européens sont maintenus tels quels ?

R - Cela veut dire qu'en ce qui concerne la France, tous les programmes de vols sont maintenus. Nous n'avons, je le répète, aucune inquiétude particulière, au moins jusqu'à jeudi. Je dirais même que les éléments d'information que nous avons ne nous inquiète pas outre mesure.

Q - Mais qui est-ce qui décide d'ailleurs ?

R - La première question, c'est : quand est-ce que l'on décide ? On a un premier problème, celui de la météo, de l'évolution des vents. Et puis on a un deuxième problème, complètement imprévisible, celui de l'évolution du volcan. Autant on peut à peu près prévoir la météo, autant, concernant le volcan, on ne sait rien. L'éruption va-t-elle s'arrêter ? Va-t-elle redoubler ?

Q - Il semble qu'elle faiblisse.

R - Il semble en effet qu'elle faiblisse. Deuxièmement, il faut savoir que, suite à la précédente crise, il y a environ un an, l'ensemble des directions de l'aviation civile ont fait un exercice, le mois dernier, à la demande de l'OACI, l'Organisation de l'Aviation civile internationale et d'Eurocontrol, pour justement mieux se coordonner et savoir quoi faire en cas de crise. En réalité, il ne faut pas tomber dans le principe de précaution absolue et ne rien faire voler.

Q - C'est le reproche que l'on avait fait au gouvernement l'an dernier, et à l'Europe d'une manière générale parce que cela se gère au niveau européen.

R - C'est le reproche que l'on a fait à l'Europe et il était partiellement justifié. Mais notez bien que c'est la France qui, la première, il y a un an, a dit que l'on pouvait voler. Depuis l'an dernier, on a amélioré l'observation. Qu'a-t-on fait précisément ? On a passé l'ensemble des moteurs qui avaient traversé ces fameux nuages au boroscope ; il s'agit d'une technique qui permet d'observer la quantité de cendres restant dans les moteurs.

Les conditions de vol dépendent de nombreux paramètres : est-ce que le nuage est dense ou pas ? Est-ce que l'avion traverse le nuage au décollage ou à l'atterrissage ? Est-ce que l'avion vole dans le nuage pendant 40 minutes ou pendant 6 heures ?

Bref, on a nettement amélioré les instruments de coordination. Je le répète, d'après les informations dont nous disposons à cette heure-ci, les risques sont extrêmement faibles, et n'annulez pas vos vols.

Q - On va prendre le risque le plus faible que vous décrivez. Le nuage arrive, avec une concentration qui est similaire à celle que l'on a connue l'an dernier. On cloue tout le monde au sol ?

R - Il y a eu plusieurs concentrations l'année dernière. Dans le nuage actuel, on m'a rapporté que la concentration est très faible.

Q - En tout état de cause, on attend quand même l'avis des experts européens, parce que pour être très clair, si l'Europe évidemment décrète la fermeture, on n'a pas notre mot à dire.

R - Oui, sauf que je répète, l'année dernière, on a fait voler des avions et c'est la France qui, la première, a pris cette initiative. On a analysé les moteurs ensuite pour voir ce qui restait comme cendre et si c'était dangereux ou pas, c'est la fameuse boroscopie. On s'est aperçu que dans le nuage de l'année dernière, il n'y avait eu, à aucun moment, le moindre risque.

Q - En réalité, on a cloué au sol les avions qui auraient parfaitement pu voler par ailleurs.

R - Mais comme on ne savait rien, il valait quand même mieux être prudent. Aujourd'hui, on en sait un peu plus.

Q - Comme nous en savons un peu plus, pouvez-vous nous dire : « Même si le nuage arrive, on volera ».

R - Si le nuage arrive et que les fumées ne sont pas denses, que les cendres ne sont pas denses, on volera. Mais, je le répète, tout dépend de la densité….

Q - Mais vous ne mettez pas votre tête sur le billot sur ce coup-là ?

R - Nous n'avons pas les éléments à 100 %. Concernant la météo, c'est à peu près fiable, mais pour les volcans, on n'en sait rien. Si vous êtes capable de me dire quelle sera la densité de la fumée qui sortira de ce fameux volcan dans trois jours, je vous répondrai. Ce qui est sûr aujourd'hui, c'est que nous avons les instruments pour analyser.

Q - Le processus de décision sera donc un petit peu différent, compte tenu de ce que l'on a appris depuis l'an dernier, où on appliquait le principe de précaution vraiment absolue. Mais on est tributaire du volcan lui-même, de la météo, donc on ne peut rien dire de fiable pour l'instant.

R - On ne peut rien dire de fiable mais, je le répète, on a quand même des indications très fortes. Le nuage ne vient pas dans notre direction et, deuxièmement, la densité des cendres de ce nuage est, à l'heure actuelle, très faible ; donc, pas d'inquiétude absolue. La sécurité reste notre obsession, mais il ne faut pas paralyser le trafic quand c'est inutile.

Q - «N'annulez pas vos réservations», dit le Secrétaire d'Etat aux Transports.

R - Je dis : «N'annulez pas vos réservations, il n'y a pas de risque excessif».

(…).


source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 mai 2011

Rechercher