Interview de M. Maurice Leroy, ministre de la ville à RMC le 8 juin 2011, sur la violence urbaine, dans les quartiers et les banlieues, la dépénalisation du cannabis et les zones franches. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Interview de M. Maurice Leroy, ministre de la ville à RMC le 8 juin 2011, sur la violence urbaine, dans les quartiers et les banlieues, la dépénalisation du cannabis et les zones franches.

Personnalité, fonction : LEROY Maurice.

FRANCE. Ministre de la ville

ti :
 
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Notre invité ce matin : Maurice LEROY, ministre de la Ville, du Nouveau Centre.
 
MAURICE LEROY Tout à fait.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Puisque vous êtes membre du Nouveau Centre.
 
MAURICE LEROY Oui.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On va parler de Jean-Louis BORLOO tout à l'heure mais vous êtes aussi président du conseil général de Loir-et-Cher mais c’est en tant que ministre de la Ville que je souhaitais vous recevoir avant tout ce matin. « Je vais vous débarrasser de ces racailles » : qui disait cela il y a quelques années ?
 
MAURICE LEROY D’abord bonjour Jean-Jacques BOURDIN.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, bonjour Maurice LEROY.
 
MAURICE LEROY C’est évidemment Nicolas SARKOZY.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Voilà. Et les politiques en général nous ont répété depuis des années qu’ils allaient nous débarrasser des racailles dans les banlieues, dans les villes. Tiens ! Vous êtes ministre de la Ville. Et quand je regarde les faits divers, Maurice LEROY, comme moi vous les regardez…
 
MAURICE LEROY Bien sûr.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et vous voyez ce qui se passe : des tirs à balles réelles avec des armes de guerre, des cours de récréation fermées à Sevran, ce qui s’est passé à Corbeil-Essonnes aux Tarterêts. Alors que faire ? Que faire Maurice LEROY ?
 
MAURICE LEROY Nous sommes dans un État de droit et donc dans un État de droit et dans un État républicain, il appartient à la police nationale en zone urbaine, à la gendarmerie nationale en zone rurale, sous le contrôle de la justice française, de rétablir le droit dans les quartiers effectivement là où ça se passe.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça fait vingt ans que j’entends cela, Maurice LEROY.
 
MAURICE LEROY Écoutez, oui, bien sûr mais je vous l’ai dit : on est dans un État, nous sommes dans un État de droit. Voilà.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu’on a les moyens de rétablir l’ordre ?
 
MAURICE LEROY Mais bien sûr qu’on a les moyens.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ce n’est pas ce que disent les policiers.
 
MAURICE LEROY Écoutez, en tout cas il y a une politique qui est conduite par le gouvernement. Claude GUÉANT, le ministre de l’Intérieur, a pris un certain nombre de mesures et d’actions, y compris à Sevran, y compris dans les endroits que vous évoquez, et le gouvernement se bat et agit pour rétablir l’ordre républicain et les voyous doivent être effectivement punis, poursuivis et aller en prison. Et dans un État de droit et dans la République française, ce n’est pas la population et les honnêtes gens qui doivent être punis et inquiétés : ce sont les voyous.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On est d’accord. Alors Maurice LEROY, je reprends quelques déclarations. Le secrétaire départemental du syndicat Unité SGP Police dans l’Essonne – on parlait de Corbeil-Essonnes : « Ce genre de scène (il parlait de Corbeil-Essonnes) est de plus en plus fréquent et de plus en plus violent. Sur ce type d’intervention, les délinquants savent que nous ne pouvons pas envoyer plus de deux ou trois fonctionnaires alors ils prennent confiance ». Et parallèlement à cela…
 
MAURICE LEROY Écoutez, ce syndicaliste – mais ce syndicaliste…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais il a raison ! On est en train de supprimer des forces de police dans le cadre de cette politique qui veut qu’on ne remplace pas un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, Maurice LEROY ! Vous adhérez, tiens ! À cette idée ?
 
MAURICE LEROY C’est… C’est… On n’a pas tellement le temps parce que les choses vont vite, mais…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Allez-y.
 
MAURICE LEROY Ce n’est pas tout à fait exact. Ce qui se passe, c’est qu’on a effectivement besoin de moderniser nos forces de police. Je ne suis pas le ministre de l’Intérieur, invitez Claude GUÉANT.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, mais vous êtes ministre de la Ville.
 
MAURICE LEROY Oui, mais le ministre de la Ville il va vous en parler justement de la ville. Le ministre de la Ville, son rôle c’est d’agir et je le fais, nous le faisons. C’est d’agir avec les maires, les municipalités, le tissu associatif, pour avoir justement de la cohésion sociale, retisser le lien social dans les quartiers et le gouvernement s’y emploie précisément, le gouvernement de François FILLON qui a présidé un comité interministériel des villes le 18 février dernier pour prendre des mesures à la fois sur la rénovation urbaine et sur le lien humain dans les quartiers pour conjuguer l’urbain et l’humain dans les quartiers. C’est toute cette politique-là aussi que mène le gouvernement de François FILLON sous l’impulsion de Nicolas SARKOZY et c’est ce que nous faisons, que nous mettons en oeuvre. Et d’ailleurs, la rénovation urbaine – vous parliez de Jean-Louis BORLOO – qui a été mise en oeuvre à l’initiative de Jean-Louis BORLOO à l’époque, ça marche, ça fonctionne. Ça fonctionne tellement que les maires demandent au gouvernement d’avoir un deuxième plan national de rénovation urbaine sur lequel je travaille et je ferai des propositions à François FILLON dès cet automne pour ce plan national de rénovation urbaine.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On va en parler.
 
MAURICE LEROY Donc ça, ça compte. C’est très important. Donc il y a les questions de cohésion sociale, de rénovation urbaine, de recréer le lien humain dans ces quartiers parce qu’on parle souvent de ce qui va mal – on a raison de le faire, c’est tout à fait légitime ; vous avez appelé ça les faits divers – mais jamais on montre (et ça, ça m’énerve vraiment) jamais on montre dans la banlieue toutes ces associations qui font un travail formidable, les maires, les élus municipaux qui sont en première ligne, qui habitent les quartiers.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On le dit, Maurice LEROY.
 
MAURICE LEROY Ce n’est pas Chicago ni Los Angeles dans nos quartiers, même dans celui le plus dur.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On est d’accord.
 
MAURICE LEROY Non mais on est d’accord, mais souvent on fait des reportages… Attendez, moi je suis allé aux États-Unis…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Pardon, « vous faites des reportages » : nous faisons des reportages mais c’est le ministre de l’Intérieur lui-même qui avec les caméras, qui convoque les caméras pour aller dans ces…
 
MAURICE LEROY Écoutez-moi, ne faites pas dans le corporatisme, ce n’est pas votre genre d’habitude, donc ne faites pas dans le corporatisme.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Maurice LEROY, vous savez bien.
 
MAURICE LEROY Jean-Jacques BOURDIN…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C’est le jeu habituel malheureusement auquel vous participez.
 
MAURICE LEROY À quelques encablures de la Maison Blanche, dans la première démocratie au monde, dites la première démocratie au monde…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, à Washington.
 
MAURICE LEROY Est-ce que vous savez que c’est la garde républicaine qui tient les quartiers ? Il n’y a pas ça chez nous. Il y a des difficultés, c’est vrai, mais il n’y a pas ça chez nous. Et donc, moi je fais confiance à Claude GUÉANT, au gouvernement, aux forces de police qui sont admirables pour rétablir l’ordre républicain et il faut des preuves dans un État de droit, voilà. Pour mettre des voyous en prison, il faut effectivement des preuves. Nous sommes dans un État de droit. La police, elle est sous le contrôle de la justice et il faut des preuves.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors 751 zones urbaines sensibles, 751 en France. C’est cela Maurice LEROY ?
 
MAURICE LEROY Oui, tout à fait.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Plus d’un jeune sur trois y est au chômage, 43 % des jeunes hommes au chômage, 37 % des jeunes femmes sont sans emploi.
 
MAURICE LEROY C’est vrai.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça explique aussi peut-être la situation, en partie. En partie seulement.
 
MAURICE LEROY On est d’accord, ça ne la justifie pas.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non, ça ne la justifie pas. Ce n’est pas pareil.
 
MAURICE LEROY Jean-Jacques BOURDIN, là vous citez les chiffres que la préfète Bernadette MALGORN a donnés, qui dirige l’observatoire national des zones urbaines sensibles. Effectivement d’abord il ne faut pas être surpris. Quand il y a une crise effroyable comme celle que vit le monde entier – regardez ce qui se passe en Grèce, au Portugal, partout ailleurs, bien – il ne faut pas être surpris Jean-Jacques BOURDIN que dans ces quartiers, le chômage soit plus élevé qu’ailleurs. C’est pour cette raison qu’avec Xavier BERTRAND, au comité interministériel des villes que François FILLON a présidé le 18 février dernier, nous avons pris des mesures fortes sur l’emploi, notamment pour faire en sorte qu’on ait 8 000 contrats d’autonomie supplémentaires et ça, on n’en parle jamais. C’est pourtant une bonne nouvelle, le contrat d’autonomie. Sur deux contrats, il y a une sortie positive vers l’emploi, donc c’est très important. Nous allons mettre en oeuvre 15 000 contrats d’autonomie dans ces quartiers sensibles avec le service public à l’emploi, avec les préfets, les représentants de l’État dans les départements, voilà. Et donc il y a effectivement des actions et ça c’est notre responsabilité gouvernementale avec Xavier BERTRAND. Nous allons effectivement mettre le paquet dans ces quartiers en matière d’emploi.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Maurice LEROY, il est déjà 8 heures 43 – ça passe très, très vite le temps en votre compagnie.
 
MAURICE LEROY Mais on parle de choses importantes.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Très importantes. Très, très importantes. Nous allons parler de l’idée de Stéphane GATIGNON, le maire de Sevran – nous parlions de Sevran – qui propose la dépénalisation du cannabis et Jean-Christophe LAGARDE que vous connaissez bien puisqu’il est député du Nouveau Centre.
 
MAURICE LEROY Bien sûr, c’est un ami.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Propose lui aussi la dépénalisation du cannabis. Eh bien dans deux minutes, nous saurons quelle est votre réponse. Maurice LEROY qui est ministre de la Ville est notre invité ce matin.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Notre invité Maurice LEROY, ministre de la Ville. Question claire Maurice LEROY : êtes-vous absolument opposé à la dépénalisation du cannabis ?
 
MAURICE LEROY À titre personnel, pas comme ministre de la Ville, mais à titre personnel je n’y suis pas opposé dès lors que ça viendrait après un débat national dans un vrai consensus. Parce qu’on ne peut pas faire ça un camp contre un autre : il faut que ce soit examiné par la représentation nationale.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous n’êtes pas opposé à la dépénalisation du cannabis ?
 
MAURICE LEROY Vous savez, c’est un vieux débat. Charles PASQUA à l’époque – on ne peut pas le soupçonner de laxisme – avait lui-même évoqué cette piste de travail mais j’aimais bien comment Charles PASQUA le posait en son temps : c'est-à-dire une dépénalisation mais avec un contrôle, pas de laxisme. Une dépénalisation sous contrôle, voilà.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous êtes favorable à une dépénalisation sous contrôle.
 
MAURICE LEROY Sous contrôle. Et je comprends les maires, que ce soit Jean- Christophe LAGARDE ou d’autres maires ; je comprends les maires qui disent ça parce qu’ils sont en première ligne sur le terrain.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais Jean-Christophe LAGARDE, votre ami, explique : « Pénaliser la consommation de drogue, cela crée le trafic et cela n’empêche personne de se droguer ».
 
MAURICE LEROY l n’a pas tort, il n’a pas tort. C’est une réalité sur le terrain.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN La prohibition crée le trafic et n’empêche personne de se droguer.
 
MAURICE LEROY Mais pas la dépénalisation totale.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN 4 millions, 5 millions de Français qui prennent du cannabis !
 
MAURICE LEROY Mais une dépénalisation sous contrôle et avec un débat.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui.
 
MAURICE LEROY Voilà, avec un vrai débat, une réflexion. On manque de ce genre de débat sérieux.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Voilà une mesure que vous pourriez porter auprès de Jean-Louis BORLOO ?
 
MAURICE LEROY On verra bien.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous en avez parlé avec lui ?
 
MAURICE LEROY Je n’en ai jamais parlé avec lui, non.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Jamais ? Bon. Vous ne savez pas quelle est sa position là-dessus ?
 
MAURICE LEROY Non.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On va parler de Jean-Louis BORLOO tout à l'heure mais je voudrais parler d’autre chose puisque vous êtes ministre de la Ville : les zones franches urbaines pourraient disparaître. C’est ce qu’on a dit, c’est ce qu’on a écrit le 31 décembre. Vrai ou faux ? Est-ce qu’elles vont disparaître ?
 
MAURICE LEROY Faux.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN D’abord, rappelez-nous ce que sont ces zones franches urbaines.
 
MAURICE LEROY Les zones franches urbaines, c’était dans le pacte de relance pour la ville d’Alain JUPPÉ quand Alain JUPPÉ était Premier ministre et c’est Éric RAOULT, ministre de la Ville auprès de Jean-Claude GAUDIN, qui avait mis en oeuvre ces zones franches urbaines à l’image des empowerment zones que le vice-président Al GORE des États-Unis avait mis en oeuvre.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Quel est l’avantage pour un entrepreneur qui s’installe dans une telle zone ?
 
MAURICE LEROY Et l’avantage des zones franches urbaines qui ont été beaucoup décriées par la gauche d’ailleurs et le Parti socialiste à l’époque…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et une partie de l’UMP aussi, pardon.
 
MAURICE LEROY Ce n’était pas mon propos, je ne suis pas dans…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, non mais d’accord.
 
MAURICE LEROY Mon propos visait à dire qu’à l’époque, j’étais commissaire du gouvernement auprès d’Éric RAOULT, je m’en souviens très bien. J’étais à son cabinet et j’ai travaillé sur ce dispositif avec Philippe VAN DE MAELE et d’autres et à l’époque, ç’a été très décrié par la gauche. Aujourd'hui, la gauche elle-même, François PUPPONI en tête – le maire de Sarcelles – demande la prolongation des zones franches urbaines. Donc vous voyez que ç’a été un bon dispositif.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors tout le monde le demande, cette prolongation. Alors ?
 
MAURICE LEROY Eh bien Éric RAOULT, et pour cause, doit me remettre un rapport parlementaire très prochainement. J’attends ses préconisations et j’y travaille avec lui. Mon sentiment personnel, c’est qu’il faudra effectivement faire perdurer ces zones franches urbaines.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Après le 31 décembre.
 
MAURICE LEROY Ça a marché, ça a fonctionné, c’est très important. On va être très concret – parce que je sais que vous aimez le concret et moi aussi.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Moi j’aime, oui.
 
MAURICE LEROY Quand on met un euro d’investissement public, ça rapporte six euros en termes d’investissement dans ces quartiers, donc c’est très important.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. Ce sont des entreprises, des chefs d’entreprises, des entreprises qui s’installent dans ces zones urbaines.
 
MAURICE LEROY Et qui ont des exonérations de charges sociales et des exonérations fiscales, et donc c’est vraiment un dispositif qui marche et qui fonctionne bien.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc ce dispositif va perdurer.
 
MAURICE LEROY Nous allons y travailler évidemment avec François FILLON. Nous avons évoqué avec le Premier ministre cette question en comité interministériel des villes et nous prendrons les décisions qui s’imposent.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc ça va perdurer.
 
MAURICE LEROY Selon moi, ça doit???
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Il y en a combien en France ? 100 ?
 
MAURICE LEROY Ça doit perdurer effectivement parce que…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Il y en a 100, non ?
 
MAURICE LEROY Oui, c’est ça. Tout à fait.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN 93 en métropole.
 
MAURICE LEROY Voilà. Et c’est très efficace, très efficace. Y compris d’ailleurs – tiens ! une question qu’on n’évoque jamais. La démographie médicale, ça ne concerne pas que les zones rurales mais nos zones très urbaines.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien sûr.
 
MAURICE LEROY Et ça a permis de maintenir des professions libérales dont les médecins dans les quartiers les plus populaires, donc c’est très efficace.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On en a besoin. Dites-moi, la suppression de la double nationalité proposée par certains députés UMP, vous y êtes favorable ou pas ?
 
MAURICE LEROY Non, je ne suis pas… Je ne suis pas favorable. Je veux dire, voilà, vous savez c’est ce genre de débat qu’on lance…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ce n’est pas – c’est une frange de l’UMP qui le lance. Ce n’est pas moi.
 
MAURICE LEROY Oui, très bien, mais je n’ai pas dit le contraire. Mais peut-être qu’il faudrait un peu qu’on arrête de lancer des débats tous azimuts. On est dans l’action, le gouvernement et la majorité sont dans l’action. Sincèrement, si on pouvait arrêter tous les quatre matins de sortir une idée nouvelle du chapeau, etc, et qui alimente le buzz ou le mauvais buzz, ce ne serait pas mal. Les Français attendent de nous qu’on travaille et qu’on travaille jusqu’au terme de la future élection présidentielle. C’est ça ce qu’attendent de nous les Français.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ah, eh bien vous me parlez d’élection présidentielle : vous allez soutenir Jean-Louis BORLOO ?
 
MAURICE LEROY Nous verrons bien.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non mais si Jean-Louis BORLOO est candidat ?
 
MAURICE LEROY Non mais vous savez…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non mais Maurice LEROY…
 
MAURICE LEROY Mais je vais vous répondre.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors répondez-moi.
 
MAURICE LEROY Voilà, je vais vous répondre. Jean-Louis BORLOO ici-même, devant vous, vous devez vous en souvenir…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, je m’en souviens : c’était la semaine dernière.
 
MAURICE LEROY Ici dans ce studio, qu’est-ce qu’il vous a dit Jean-Jacques BOURDIN ?
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous l’avez regardé ?
 
MAURICE LEROY Bien sûr. Il vous a dit qu’il a toujours été solidaire de tous les gouvernements dans lesquels il a siégé pendant les neuf années. Je parle sous votre contrôle. Vous n’attendez pas de moi que je ne sois pas solidaire…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais il n’a pas dit que ça.
 
MAURICE LEROY Je suis ministre de la République, j’ai un travail, j’ai été nommé par le président de la République sur la proposition de François FILLON, j’ai une mission : c’est la politique de la Ville. On en a parlé ensemble : les zones franches urbaines, l’emploi, favoriser le lien social dans les quartiers.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN On est d’accord, on est d’accord.
 
MAURICE LEROY C’est ma mission gouvernementale. Et les Français attendent de moi comme de tous les ministres du gouvernement qu’on ne soit pas dans l’agitation politique permanente mais qu’on soit au travail…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Enfin l’agitation – pardon, l’agitation politique elle s’approche, là, avec la présidentielle.
 
MAURICE LEROY Eh bien vous me réinviterez en février et on en reparlera.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non mais Maurice LEROY, est-ce que vous trouvez – vous soutenez Jean-Louis BORLOO dans son envie de se présenter à la présidence de la République ?
 
MAURICE LEROY Moi je n’ai pas à soutenir Jean-Louis BORLOO là-dessus.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous n’avez aucune idée ?
 
MAURICE LEROY Je n’ai pas à soutenir Jean-Louis BORLOO – et les idées que j’ai n’ont aucun intérêt ni aucune importance. Il n’y a qu’un seul sujet : moi je suis ministre, sinon c’est schizophrénique cette affaire, et donc j’ai en charge – j’ai en charge – de mettre en oeuvre la politique gouvernementale sur les villes. Pas seulement que sur la ville, on n’a pas parlé du Grand Paris mais qui a été un grand succès : c’est énorme ce qui vient de se faire sur le Grand Paris, un accord unanime de toutes les forces politiques avec Jean-Paul HUCHON pour faire en sorte que cet immense projet présidentiel de Nicolas SARKOZY de faire de Paris et de l’Ile-de-France une ville-monde et durable se mette en oeuvre. C’est énorme ! J’étais avec Guillaume PÉPY hier, le président de la SNCF.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non mais, je suis d’accord, mais là vous fuyez.
 
MAURICE LEROY Mais non, je ne fuis pas.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je vous vous vois partir dans tous les sens, Maurice LEROY.
 
MAURICE LEROY Mais je ne pars pas dans tous les sens. Non, non, je ne pars dans aucun sens, non, non.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je vous pose une question précise.
 
MAURICE LEROY Oui.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Imaginons, présidentielles…
 
MAURICE LEROY …mais je vous ai répondu précisément.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …premier tour, Jean-Louis BORLOO candidat, Nicolas SARKOZY candidat, vous votez pour qui ?
 
MAURICE LEROY Mais, ça c’est de la politique fiction, et moi je ne fais pas de la politique fiction.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais ce n’est pas de la politique fiction. Nicolas SARKOZY sera candidat et Jean-Louis BORLOO sera probablement candidat.
 
MAURICE LEROY Vous voyez, vous dites vous-même « probablement », vous n’en savez rien.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non, mais, alors vous pensez…
 
MAURICE LEROY …mais vous n’en savez rien.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …qu’il n’est pas certain, que ce n’est pas certain qu’il sera candidat ?
 
MAURICE LEROY Mais, est-ce que vous avez vu qu’à chaque élection présidentielle il y a eu beaucoup de monde dix mois ou un an à l’avance dans les starting-blocks et qui n’ont pas fait la course.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, je vous pose la question...
 
MAURICE LEROY … donc, moi, je suis un garçon simple, je fais…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous pensez qu’il doit être candidat ou pas ?
 
MAURICE LEROY Mais, je n’ai pas à le penser.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous n’avez aucune idée sur rien, alors !
 
MAURICE LEROY Si, j’ai une idée précise. Vous savez, l’élection présidentielle j’en ai mené deux comme porte-parole de François BAYROU, d’ailleurs le second porte-parole était Jean-Louis BORLOO en 2002, on était portes parole tous les deux. Et vous savez, pour avoir mené de très près l’élection présidentielle aux côtés de François BAYROU à l’époque comme porte-parole, moi je sais qu’on ne s’improvise pas candidat à la présidentielle. On ne s’improvise pas…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …mais est-ce que vous recommandez à Jean-Louis BORLOO d’être candidat ou pas ?
 
MAURICE LEROY Je ne le recommande pas plus à lui qu’à François BAYROU ou à quelqu’un d’autre. Ca, c’est quelque chose que l’on ressent vraiment soi-même. C’est un rapport entre soi et le peuple français.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce qu’il peut compter sur vous, Jean-Louis BORLOO ?
 
MAURICE LEROY Mais…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …Maurice LEROY, franchement ?
 
MAURICE LEROY C’est-à-dire ?
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous êtes un allié fidèle ?
 
MAURICE LEROY Le sujet ce n’est pas d’être un allié fidèle. Moi, je suis au Nouveau centre, je n’ai pas eu à quitter l’UMP, vous l’avez rappelé au début. Moi, je n’ai pas eu à quitter l’UMP. Je suis au Nouveau centre, voilà. Et avec François SAUVADET, avec les députés du Nouveau Centre, on a formé un parti, on avait un groupe parlementaire dans lequel j’étais à l’Assemblée nationale. Moi, je suis dans la majorité présidentielle de Nicolas SARKOZY. Vous avez observé qu’on eu un contrat de gouvernement et un contrat de majorité. Je suis fidèle à mes électeurs, à mes mandants, et je suis fidèle au contrat qui a été signé avec Nicolas SARKOZY et avec François FILLON. Ca, c’est une fidélité.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bon ! Question politiquement concrète, je vais terminer.
 
MAURICE LEROY Oui.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Une petite question, on va s’amuser un peu parce que ça c’est le langage administratif, Maurice LEROY. Alors, ZUS, ZRE…
 
MAURICE LEROY …zone urbaine sensible.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …ZFU, ZRU, ZEP. Lequel de ces cinq sigles n’existent pas ?
 
MAURICE LEROY Redites-les au ralenti.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN ZUS.
 
MAURICE LEROY Ca existe. Attendez, ça existe, je vais vous le faire, on va faire simple.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Allez-y !
 
MAURICE LEROY ZUS, ça existe ; ZFU ça existe ; ZRU et ZEP. ZRE ça n’existe pas.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN ZRE ça n’existe pas. Alors, ça, c’est du langage administratif, tout ça, bravo.
 
MAURICE LEROY Vous voyez, je suis incollable.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous êtes incollable sur les zones.
 
MAURICE LEROY Et que je n’ai pas besoin d’antisèche sur le sujet.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bon, eh bien, très bien.
 
MAURICE LEROY Voilà.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Merci. Alors, ZUS c’est zone urbaine sensible.
 
MAURICE LEROY Zone urbaine sensible.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN ZEP, zone d’éducation prioritaire.
 
MAURICE LEROY D’éducation prioritaire, on le sait.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN ZFR, zone franche urbaine ; et ZRU, zone de redynamisation…
 
MAURICE LEROY …redynamisation urbaine. C’était le pacte de relance pour la ville d’Alain JUPPÉ.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bon, okay. Eh bien, merci Maurice LEROY d’être venu nous voir.
 
MAURICE LEROY Merci à vous, Jean-Jacques BOURDIN.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je rappelle votre livre, je vais le montrer quand même parce qu’on n’est pas là…
 
MAURICE LEROY …aux Éditions du Cherche-Midi.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Voilà. Parole d’affranchi, celle de Maurice LEROY, aux Éditions du Cherche-Midi. Merci.
 
Source : Premier ministre,  Service d’Information du Gouvernement, le 10 juin 2011

Rechercher