Déclaration de M. Eric Besson, ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique, sur le bilan du fonds de modernisation des équipementiers automobiles, Paris le 14 juin 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Eric Besson, ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique, sur le bilan du fonds de modernisation des équipementiers automobiles, Paris le 14 juin 2011.

Personnalité, fonction : BESSON Eric.

FRANCE. Ministre de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique

ti : Monsieur le Président du comité stratégique de filière automobile,
Monsieur le Directeur général du Fonds stratégique d’investissement (FSI),
Monsieur le Directeur du Fonds de modernisation des équipementiers automobiles (FMEA),
Mesdames et Messieurs les représentants des constructeurs et équipementiers français,
Mesdames et Messieurs,


Je souhaite d’abord vous remercier, cher Hervé GUYOT, pour le dynamisme de votre présentation. J’y ai reconnu votre engagement et celui de vos équipes.
Je remercie également les trois dirigeants d’entreprises qui ont bien voulu témoigner devant nous sur le rôle du FMEA dans leur développement industriel.
Enfin, je suis heureux de la présence parmi nous des partenaires du FMEA : les constructeurs, les équipementiers, le FSI et l''ensemble des entreprises investies.

1. La réussite du FMEA illustre le succès du « Pacte automobile » adopté par le Gouvernement au plus fort de la crise passée.

Face au ralentissement exceptionnel de la production automobile subi en 2008 et 2009, le Gouvernement a décidé un plan massif de soutien à l’ensemble de la filière. Ce plan, le « Pacte automobile », nous l’avons conçu dans un esprit résolument offensif. Notre ambition était claire : que l’industrie automobile française sorte de la crise en position de force. C’est aujourd’hui mission accomplie.

Premièrement, ce Pacte a permis à l’industrie automobile française de sortir de la crise dans de bonnes conditions.

Nous y sommes parvenus en mobilisant des moyens inédits de financement :
- L’Etat a prêté 6,2 milliards d’euros aux constructeurs automobiles. Ces prêts sont aujourd’hui intégralement remboursés, avec trois ans d’avance. Ils ont évité une interruption brutale des programmes d’investissement en France. Ces prêts s’accompagnaient d’engagements des constructeurs en matière d’emploi, d’investissement et de relations avec les fournisseurs qui sont toujours valables.
- Nous avons également mobilisé, via OSEO, 900 millions d’euros de garanties de prêts pour les PME de la filière. Cette mesure a bénéficié à ce jour à plus de 2 200 entreprises.

Pour éviter des pertes irréversibles d’emplois et de savoir-faire, nous avons également mis en place des aides transitoires :
- Les conditions de recours au chômage partiel ont été temporairement assouplies. Nous ne voulions pas perdre, par des licenciements, les compétences des salariés de l’automobile. En 2009, 44 millions d’heures de chômage partiel ont été autorisées. L’Etat en a alors pris les deux tiers à sa charge.
- Par ailleurs, pour préserver la consommation automobile, nous avons versé 1 400 000 « primes à la casse » de 2009 à 2011. Elles ont représenté plus d’un milliard d’euros de soutien direct au consommateur et indirect à la filière automobile.

Les résultats ont été au rendez-vous. Pendant la crise, la chute de la production automobile a été moindre en France que chez nos principaux partenaires. En 2010, nous avons enregistré une hausse de 9 % de notre production nationale. Si bien qu’en seulement un an, les deux tiers du recul de production subi durant la crise ont été rattrapés.

Deuxièmement, ce Pacte automobile a permis de renforcer la compétitivité des sous-traitants de la filière.

Comme vous le savez, 84 % de nos entreprises automobiles sont aujourd’hui des PME de moins de 250 salariés. Elles sont même 80 % à compter moins de 50 salariés. Ces PME s’insèrent dans une pyramide de production qui fait le succès de notre filière automobile.

Renforcer les sous-traitants de la filière, nous l’avons fait par la promotion du « Code de performance et de bonnes pratiques relatif à la relation client-fournisseur dans l’automobile », mis en place en 2009. En 2010, nous avons créé la Médiation des relations inter-entreprises et de la sous-traitance. Son action vise à développer la confiance réciproque en matière d’achats.

Les PME automobiles bénéficient également du renforcement des moyens d’OSEO.

Enfin, nous avons mis en place le FMEA, dont nous dressons aujourd’hui le premier bilan.

À travers le FMEA, nous avons voulu :
- renforcer les fonds propres et quasi fonds propres des entreprises stratégiques de la filière ;
- les aider dans leur développement et leurs efforts de consolidation ;
- faire ainsi émerger de nouveaux champions français et européens de la sous-traitance automobile.

A lui seul, le tour de table du fonds illustre une prise de conscience collective : la co-responsabilité qui existe entre les acteurs de la filière et l’engagement résolu de l’Etat à leurs côtés. Le FMEA a été doté de 600 millions répartis en trois tiers entre le FSI et nos deux grands constructeurs nationaux. Son « petit frère », le FMEA rang 2, doté de 50 millions d’euros, réunit le FSI, le FMEA et cinq équipementiers de rang 1.

Ces deux fonds sont aujourd’hui d’évidents succès.

Le premier facteur de succès repose sur les principes de gouvernance des fonds. Les investissements en fonds propres et quasi-fonds propres du FMEA obéissent à des principes sains :
- agir en investisseur avisé, ce qui garantit la solidité du projet industriel envisagé ;
- intervenir sous forme minoritaire, ce qui évite toute préemption excessive de la dotation du fonds. Cela préserve également la dominante familiale du capital de certaines PME ;
- investir pour une durée allant jusqu’à huit ans, ce qui donne le temps de réussir les opérations projetées ;
- suivre attentivement la mise en œuvre des projets industriels, par une présence très active au sein des conseils d’administration ;
- enfin, réinvestir les gains obtenus dans d’autres PME automobiles.

Cette gouvernance n’a pas desservi le dynamisme du FMEA : en deux ans et demi, les 20 premières entreprises dans lesquelles il est intervenu ont pu renforcer leur haut de bilan de 300 millions d’euros.

Ceci m’amène au deuxième facteur de succès du FMEA : la consolidation des sous-filières de l’automobile. Au-delà des témoignages de ce matin, les investissements du fonds permettent de faire émerger et de développer des entreprises de référence.

- Dans le domaine du décolletage, je pense par exemple aux 25 millions d’euros investis dans Maike automotive. Ce nouveau groupe, né du rapprochement de 4 sociétés, ambitionne de devenir l’un des leaders français de son secteur d’ici trois ans.
- Dans le domaine de l’emboutissage, je pense aux 25 millions d’euros investis dans SNOP. Cette opération a permis de financer le rachat et l’intégration de la plupart des actifs de Wagon automotive, qui était en redressement judiciaire.
- Dans le domaine de la plasturgie, je pense aux 55 millions d’euros investis dans Mécaplast, qui va renforcer sa politique de développement des équipements plastiques innovants.
- Dans le domaine de la fonderie et de l’usinage, je pense aux 2,5 millions d’euros investis dans l’opération de rapprochement entre trois petites PME : Saint-Jean industries, Fournier industries et Autocast.

Je pourrais citer bien d’autres exemples dans les fixations, l’étanchéité, les matériaux composites, l’électronique et les autres métiers de l’automobile. En effet, le FMEA et le FMEA rang 2 sont aujourd’hui présents dans les 12 sous-filières de l’automobile.

Le dernier facteur de succès du FMEA tient à sa capacité à détecter de nouvelles opportunités de renforcement des sous-traitants. Les équipes d’investissement des fonds sont des interlocuteurs reconnus de la filière automobile. Elles apportent des réponses industrielles à des situations parfois difficiles et complexes. Elles bâtissent des scénarios industriels solides, porteurs d’investissements et d’emplois pour nos territoires. Dans les prochains mois, le FMEA va poursuivre activement son implication aux côtés des sous-traitants automobiles.

Nous pouvons annoncer aujourd’hui que le FMEA va investir 10 millions d’euros dans Métaltemple. Cette entreprise conçoit et fabrique des pièces complexes en acier et en fonte pour l’automobile et l’industrie mécanique. Le groupe Métaltemple, qui emploie aujourd’hui 450 salariés, a été constitué en 2008 à partir de deux sites industriels français et un site italien :
- son site aquitain est spécialisé dans la production de pièces pour l’industrie mécanique (poids lourds, engins de travaux publics, bateaux) ;
- son site savoyard de Saint-Jean-de-Maurienne, repris en 2008 suite à un redressement judiciaire, fournit plusieurs groupes automobiles internationaux.

L’intervention du FMEA dans Métaltemple apporte une solution industrielle durable aux deux sites français de l’entreprise, notamment à Métaltemple Savoie. Cette opération s’accompagnera de remises de créances publiques et privées pour que les difficultés passées de l’entreprise n’hypothèquent pas l’avenir. Métaltemple pourra ainsi financer son programme de modernisation et d’extension de son parc industriel pour un montant de 15 millions d’euros au cours des 3 prochaines années. Je sais que cette décision était attendue par l’ensemble des salariés de l’entreprise et des acteurs locaux, reçus à mon cabinet voici une dizaine de jours. Elle marque l’aboutissement de notre mobilisation pour sauvegarder en France une technique industrielle unique et écologique : la fonderie de précision à urée. Ainsi, Métaltemple s’affirmera comme un acteur compétitif de la fonderie de précision à l’échelle européenne.

Sur les perspectives futures du FMEA, je juge essentiel que le fonds poursuive son intervention dans trois directions :
- le renforcement des synergies industrielles, commerciales et technologies entre équipementiers de toutes les sous-filières de l’automobile ;
- l''accompagnement de sous-traitants dont l''avenir serait rendu incertain par le départ prochain à la retraite de leurs dirigeants ;
- l’appui à la conquête de marchés étrangers.

J’ajoute que le succès du FMEA doit servir de référence pour d’autres filières industrielles. J’entends dupliquer ce modèle de partenariat entre l’Etat et les grands groupes industriels pour renforcer le financement du tissu français de PME.

Offensif dans sa conception comme dans sa mise en œuvre, le Pacte automobile a répondu aux besoins de notre industrie. Naturellement, cela ne s’arrête pas là.

2. Aujourd’hui, nous poursuivons notre action volontariste au service de la filière automobile et de ses salariés.

Nous continuons d’abord à aider les entreprises automobiles dans leurs difficultés industrielles. Je vous indique que pour la seule année 2010, l’activité du Comité interministériel pour la restructuration industrielle a permis la sauvegarde de 23 000 emplois dans l’automobile.

Nous œuvrons également pour mettre la filière automobile française à l’avant-garde du véhicule du futur. C’est le sens des 750 millions d’euros que nous mobilisons dans le cadre des Investissements d’avenir. Ils permettent le cofinancement de projets aussi essentiels que la chaîne de traction électrique et hybride, l’allègement du poids des véhicules, le développement des infrastructures de recharge.

Les projets qui nous sont aujourd’hui présentés sont des emplois pour demain et confortent notre avance technologique.

3. Pour conclure, je veux enfin vous dire que la France reste et restera une base industrielle d’avenir pour l’industrie automobile.

Notre vigilance sur ce point est absolue. Il existe en France certains handicaps de compétitivité, notamment l’accélération du coût du travail au cours des dix dernières années. Mais sachons aussi reconnaître nos éléments d’attractivité. Depuis 2007, nous avons su renforcer certains facteurs d’attractivité industrielle. Je rappelle que le Gouvernement a :
- triplé le crédit impôt recherche qui n’existe pas ailleurs (+ 3 milliards d’euros pour nos entreprises) ;
- supprimé la taxe professionnelle (8 milliards d’euros de pression fiscale en moins) ;
- exonéré de charges les heures supplémentaires (3 milliards d’euros de charges sociales en moins) ;
- mis en place les Investissements d’avenir (35 milliards d’euros).

Cette politique porte ses fruits. L’investissement industriel est aujourd’hui fortement reparti : d’après l’INSEE, les industriels français prévoient un rebond de 15 % de leurs dépenses d’investissement en 2011.

Pour sa part, la filière automobile continue de développer l’outil industriel français. Ce qui signifie investir en France, y affecter le développement et la production de nouveaux modèles et de nouveaux produits, et enfin créer dans nos territoires de nouveaux emplois.

Au-delà des nombreux outils que j’ai évoqués, le Gouvernement continue aujourd’hui d’aider spécifiquement l’industrie automobile à travers :
- le bonus écologique (360 millions d’euros en 2011) ;
- le crédit impôt recherche (300 millions d’euros pas an).

Notre soutien est donc sans ambiguïté. Mais nous veillerons toujours à ce que l’engagement en France des constructeurs et sous-traitants automobiles le soit tout autant. Notre détermination est claire. La filière automobile française prend place dans le renouveau de notre politique industrielle. À l’œuvre depuis quatre ans, ce renouveau repose sur 3 piliers :
- la consolidation de nos 11 filières stratégiques ;
- l’innovation et la mise en œuvre des Investissements d’avenir ;
- enfin, le maintien et le développement d’activités économiques dans nos territoires.


Je vous remercie de votre attention.


Source http://www.minefe.gouv.fr, le 15 juin 2011

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