Interview de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, à Canal Plus le 16 juin 2011, sur le baccalauréat et la violence à l'école. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, à Canal Plus le 16 juin 2011, sur le baccalauréat et la violence à l'école.

Personnalité, fonction : CHATEL Luc.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative

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MAITENA BIRABEN Que la force soit avec vous, Caroline ! Egalement, Luc CHATEL, le ministre de l’Education nationale, de la jeunesse et de la vie associative, est l’invité politique de « La Matinale. » Il est le ministre du bac, en quelque sorte. Première épreuve de philo, c’est aujourd’hui. Toujours autant de stress pour les élèves, alors que le taux de réussite à cet examen a atteint l’an dernier 85,6%, du coup : « passe ton bac d’abord », ok, mais avec « mention » en plus. Bonjour. Soyez le bienvenu.
 
LUC CHATEL Bonjour.
 
CAROLINE ROUX Bonjour. L’an dernier, c’est vrai que d’un bachelier sur deux dans la filière générale a obtenu son bac avec mention. Ça veut dire que le bac sans mention ne vaut plus rien ?
 
LUC CHATEL Non, non, ça veut dire que, en trente ans, le système éducatif s’est démocratisé et s’est ouvert, songez qu’au début des années 80, il y avait environ 20% d’une classe d’âge qui accédaient au baccalauréat, aujourd’hui, ce sont 65% d’une génération qui y accèdent. Et je crois que c’est un vrai signe au moment où on est dans l’économie de la connaissance, où l’exigence du monde de l’entreprise est toujours plus importante vis-à-vis du diplôme, vis-à-vis du savoir.
 
CAROLINE ROUX Ce n’est pas lié à l’harmonisation des notes, comme le disent certains, entre les filières littéraires et scientifiques, qui fait que le niveau grimpe du coup mécaniquement, et que ça abaisse le niveau général du bac ?
 
LUC CHATEL Non, il n’y a pas de volonté de dire : on va baisser la barre pour faire passer davantage d’élèves au-dessus, non, ça, c’est absurde, il y a un niveau d’exigence qui est important, c’est vrai, mais aujourd’hui, les entreprises, le monde du travail recrutent avec un niveau d’exigence plus fort qu’il y a vingt-cinq ou trente ans, c’est-à-dire que certains postes pour lesquels on recrutait avec un niveau bac il y a vingt-cinq ans, aujourd’hui, c’est peut-être un niveau BTS ou c’est un niveau licence, donc il y a cette exigence, vous savez, on s’est engagé à élever 50% d’une classe d’âge au niveau bac + 3, ce sont les objectifs de Lisbonne, c’est très important parce que c’est devenu un enjeu de compétitivité. Et on sait surtout que, un élève qui quitte le système éducatif avec un diplôme, il a trois fois plus de chances d’avoir un emploi que le camarade du même âge qui le quitte sans diplôme.
 
CAROLINE ROUX Alors, pour la première fois, la proportion de bacheliers dans une classe d’âge pourrait battre le record de 66%, c’est un chiffre qui stagne depuis quinze ans. Pourquoi il stagne et quel est votre objectif en la matière ?
 
LUC CHATEL Ça doit nous interpeller, parce que, effectivement, les chiffres que je viens de citer tout à l’heure ont enregistré une forte progression entre 1980 et 1995, et depuis, la proportion ne progresse plus.
 
CAROLINE ROUX Pourquoi ?
 
LUC CHATEL Pourquoi, parce que je pense que le système éducatif a réussi le défi de la massification, la démocratisation, mais on n’a pas réussi le défi qualitatif, c’est-à-dire, une solution pour chaque élève en sortant du système éducatif, en gros, aujourd’hui, on travaille trop dans l’Education nationale comme il y a vingt-cinq ou trente ans, quand on avait 20% d’une classe d’âge dans la classe, aujourd’hui, quand on a 65%, ce n’est plus le même métier, le travail du professeur, il change, il évolue, l’organisation du système éducatif doit évoluer, et donc c’est le travail que je mène, c’est l’idée de différencier, c’est l’idée de personnaliser l’enseignement…
 
CAROLINE ROUX Vous n’avez pas répondu à l’objectif chiffré.
 
LUC CHATEL Alors, l’objectif chiffré, je vais vous dire, aujourd’hui, l’objectif, à mon avis, doit moins être un objectif chiffré pour le bac que, un objectif qui parait simple comme ça, mais qui est horriblement difficile, et qui est 100% d’une classe d’âge doit quitter l’école avec un diplôme, avec une qualification. Quand vous regardez toutes les études, si vous sortez sans diplôme, toute votre vie, vous allez en pâtir, toute votre vie, vous risquez une situation de précarité et d’être laissé au bord du chemin.
 
CAROLINE ROUX La réforme du bac, c’est inenvisageable, c’est terminé, on n’en parle plus, dans LE PARISIEN ce matin, il y a Claude LELIEVRE, qui est un historien de l’Education nationale, et qui dit : aucun ministre ne s’attaquera bille en tête au symbole ; ça veut dire que vous êtes comme tous les autres ministres, vous avez peur du bac ?
 
LUC CHATEL Non, je n’ai pas peur du tout, je pense que le bac est un héritage très fort de notre système éducatif, moi, j’y suis très attaché, et il n’est pas question de supprimer le bac, si c’est votre question. Chaque année, il y a des marronniers…
 
CAROLINE ROUX Aller le réformer…
 
LUC CHATEL Mais le réformer, vous savez, le bac, il se réforme chaque année, chaque année, il y a des nouveautés, cette année, nous avons par exemple six nouvelles filières professionnelles qui sont évaluées au bac, cette année, nous avons des changements dans les langues vivantes, l’année prochaine, dans le cadre de la réforme du lycée, il y a des disciplines qui seront évaluées en 1ère et non plus en terminale. Donc le bac, il évolue en permanence. Simplement, je pense que l’idée de cet examen, qui, je le rappelle, est la première étape, le premier grade de l’enseignement supérieur, qui est aussi un symbole d’égalité du système éducatif, le bac, c’est le même à Chaumont, à Saint-Denis de La Réunion et à Paris, et ça, c’est très important…
 
CAROLINE ROUX Il n’y a rien qu’il faut changer, il n’a pas des défauts, il coûte cher, ça mobilise énormément de moyens…
 
LUC CHATEL Non, il ne coûte pas cher, non, c’est absurde…
 
CAROLINE ROUX Il ne coûte pas cher ?
 
LUC CHATEL C’est absurde de dire qu’il coûte cher, il coûte 83 euros par élève, ça coûte cinquante millions d’euros le bac…
 
CAROLINE ROUX Ce n’est pas cher 83 euros par élève ?
 
LUC CHATEL Le budget de l’Education nationale, c’est 60 milliards, donc rapportés à l’enjeu que ça représente, c’est-à-dire le fait que chaque élève qui a passé toute sa scolarité dans le système éducatif puisse sortir avec un premier diplôme, et le Sésame que ça représente par rapport à l’enjeu, par rapport à l’enseignement supérieur, je crois que c’est un investissement qui est très important, le bac.
 
CAROLINE ROUX Alors, il y a un phénomène dont on a beaucoup parlé dans la presse ces derniers jours, et je voulais avoir votre sentiment sur le sujet, la fraude 2.0, comme on dit, est-ce que vous redoutez des fraudes, davantage de fraudes lors de cette session du bac, à cause des Smartphones, et quelles dispositions vous avez prises ?
 
LUC CHATEL Alors, nous avons eu plus de fraudes l’année dernière que l’année précédente, donc c’est un indicateur. Deuxièmement, le rôle de l’Education nationale, c’est de s’adapter à la société qui l’environne, donc effectivement, aujourd’hui, ce n’est plus l’antisèche cachée dans le taille-crayon, mais c’est plutôt les Smartphones, donc oui, nous nous adaptons. J’ai pris des directives très claires vis-à-vis des centres d’examens pour que, évidemment, on interdise les téléphones portables, leur usage et autres, ensuite, nous sommes extrêmement vigilants, et puis, mon rôle, c’est aussi de rappeler les sanctions qu’encourent ceux qui peuvent frauder aujourd’hui ou dans les jours qui viennent, ça peut aller jusqu’à cinq ans d’exclusion, cinq ans sans passer un examen, cinq ans dans une vie, c’est long.
 
CAROLINE ROUX Ça peut être dissuasif en effet. Alors, une information révélée par LE FIGARO ce matin, la philosophie serait enseignée dès la seconde pour préparer les étudiants justement à cette année de terminale, où on découvre une nouvelle matière, enseignée dans 297 lycées ; est-ce que vous confirmez cette information ?
 
LUC CHATEL Absolument, je confirme, j’avais annoncé cela, il y a quelques mois, j’ai voulu aller plus loin dans l’enseignement de la philosophie, qui est une spécificité française, aujourd’hui, c’est l’épreuve de philo du bac, nous allons parler toute la journée de la philo, c’est formidable, on a un grand élan philosophique dans notre pays, avec le développement des cafés philos, avec le développement de conférences, nous organiserons à Langres, en Haute-Marne, au mois de septembre…
 
CAROLINE ROUX Oui, mais pourquoi dans 297 lycées uniquement ?
 
LUC CHATEL Parce que nous avons lancé un appel à projet, et nous avons proposé à des lycées qui le souhaitaient dès la seconde de pratiquer l’enseignement de la philosophie. Alors, ça peut se faire via de l’accompagnement personnalisé, ça peut se faire par la participation de professeurs de philosophie à d’autres cours du programme, en tout cas, nous avons effectivement près de 300 lycées qui ont répondu à cet appel à projet.
 
MAITENA BIRABEN Alors, on en vient maintenant à l’histoire de Saint-Gratien.
 
CAROLINE ROUX Oui, on en a parlé dans la première partie de l’émission, vous êtes sans doute au courant, ça se passe dans le Val d’Oise, un foyer logeant des réfugiés politiques s’est ouvert l’été dernier, il y a des élèves qui sont – 29 élèves – scolarisés dans les établissements de Saint-Gratien, mais qui n’ont pas accès à la cantine. Alors, les parents d’élèves sur place se mobilisent, ils disent que l’école est dans l’illégalité sur cette affaire, et la municipalité UMP donc refuse l’accès à ces enfants ; qu’est-ce que vous en pensez, déjà, de cette affaire, est-ce que ça vous choque ?
 
LUC CHATEL D’abord, je veux rappeler une chose, c’est que tous les enfants qui sont en France, qu’ils soient français ou étrangers, y compris dont les parents pourraient être en situation irrégulière, sont les bienvenus à l’école de la République. C’est un point très important qu’on oublie souvent. Et ces enfants sont scolarisés. Ensuite, la question, la polémique porte sur la participation à la cantine. C’est du ressort de la municipalité, c’est-à-dire que c’est la municipalité qui décide de sa politique tarifaire en matière de cantine, donc vous avez des villes dans lesquelles, même si on a des graves difficultés familiales, eh bien, on peut quand même accéder à la cantine, manifestement, le maire de cette commune a décidé que non. Donc…
 
CAROLINE ROUX Elle a raison ?
 
LUC CHATEL Moi, je trouve ça choquant, voilà, mais c’est un avis très personnel, et ce n’est pas mon rôle de tancer le maire d’une commune, puisque c’est sa compétence. Mais c’est vrai que ça peut paraître choquant quand on laisse ces enfants, qui sont scolarisés, à la porte de la cantine.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 16 juin 2011

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