Conférence de presse de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur l'avant-projet de la Maison de l'histoire de France, Paris le 16 juin 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication, sur l'avant-projet de la Maison de l'histoire de France, Paris le 16 juin 2011.

Personnalité, fonction : MITTERRAND Frédéric.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Remise du rapport d'étape du Comité d'orientation scientifique de la Maison de l'histoire de France à Paris le 16 juin 2011

ti : Monsieur le Président, cher Jean-Pierre Rioux
Mesdames et Messieurs les membres du Comité,
Monsieur le Président de l'Association de préfiguration de la Maison de l'Histoire de France, cher Jean-François Hébert,
Mesdames, Messieurs,


Cinq mois après avoir installé le Comité d'orientation scientifique de la Maison de l'histoire de France présidé par Jean-Pierre Rioux, je reçois le document d'étape présentant ses préconisations concernant ce grand projet culturel. Fruit de ses travaux de ses réunions plénières comme des groupes de travail qui ont été constitués, des échanges au sein du Comité comme de ses visites et de ses consultations, que je sais avoir été nombreuses, ce rapport est un rapport d'étape qui offre un chemin et qui porte une vision. C'est un travail d'historiens et de personnalités culturelles venus d'horizons scientifiques, culturels et épistémologiques très différents.

Il porte en lui une exigence de rigueur, une vision et une « éthique de responsabilité » (Max Weber) au service d'une grande idée pour notre temps : celle d'un lieu trait d'union entre les questions du présent, les chemins de l'avenir et les travaux sur le passé. Conformément à ce que j'avais souhaité, ce Comité a bien été, sous la conduite vigilante de son Président et de son rapporteur, une instance de réflexion, d'élaboration et de travail afin d'apporter à l'association de préfiguration chargée de la mise en oeuvre de ce projet - dont j'ai confié la présidence à Jean-François Hebert - une expertise dans l'ensemble des champs et des disciplines de l'histoire, de l'archéologie à l'histoire du temps présent, des sciences sociales aux études dites « post-coloniales ».

Lors des nombreux entretiens et des séances de travail qui ont eu lieu ce Comité a pris la mesure de l'importance d'un réseau ouvert sur les enjeux du patrimoine, des mémoires et de la diversité des histoires vécues ; il a mesuré l'exigence d'une histoire sachant articuler l'approche globale et la perception locale, qui ne soit pas repliée dans un récit essentialiste et unificateur, capable de prendre en compte la richesse de nos écritures historiques : l'apport de l'école des Annales, des interrogations de Michel de Certeau dans L'invention du quotidien ou encore, plus récemment, celles de l'histoire du genre.

La remise de ce rapport donne de la chair et de la consistance au projet. Il traduit pleinement l'esprit dans lequel le Président de la République m'a confié cette mission : l'ouverture à une histoire pensée et construite par les historiens et les producteurs d'histoire ; la volonté de construire un projet inscrit dans la durée, en cohérence avec les attentes du public mais aussi avec les besoins de la communauté savante.

C'est assurément une étape importante dans ce projet qui, je le sais, a nourri la polémique et échauffé les esprits, parfois jusqu'à l'irrationnel. Je souhaite que ce rapport soit un document de référence à partir duquel chacun se prononce, sans a priori ni oeillères. Dès aujourd'hui ce document sera disponible sur le site du Ministère de la Culture et de la Communication et sur le site de la Maison de l'histoire de France ; il sera par ailleurs adressé à près de 1000 personnalités, historiennes et historiens, associations d'enseignants, conservateurs de musée, acteurs culturel des territoires. Désormais la Maison de l'histoire de France a un programme de travail et un projet culturel et intellectuel qui, je l'espère, sera à même de fédérer toutes les femmes et toutes les bonnes volontés soucieux de la res publica, ce bien public qui a mobilisé les universitaires, les Inspecteurs généraux, les conservateurs du patrimoine, les éditeurs et les acteurs culturels qui ont fait le choix de rejoindre ce Comité. Je veux toutes et tous les remercier et saluer leur engagement, leur dévouement, leur travail remarquable.

Je me suis fortement engagé, vous le savez, et j'ai accordé toute ma confiance à ce Comité dans la conduite de ses travaux. Il a pleinement rempli sa mission, telle que je l'avais alors définie, consistant à être consulté et à se prononcer sur tous les aspects du projet :
- la création d'un projet numérique
- la constitution du réseau des musées et lieux d'histoire et de mémoire
- les projets d'expositions temporaires et autres manifestations,
- une galerie des temps
- les échanges internationaux et les relations avec les musées d'histoire en Europe et dans le monde
- les relations avec le monde éducatif et avec les organismes de recherche, dans toute leur diversité
- les politique des publics.

Sur aucun de ces sujets, le Comité n'a été bridé ni retenu. Sur aucun de ces chantiers, son champ d'investigation et sa réflexion souveraine n'on été limités. Il a travaillé en toute indépendance et en bonne intelligence. Le rapport que vous aurez entre les mains, et qui n'est qu'une étape dans l'avancement du projet, en témoigne pleinement.

Dans l'esprit qui a présidé à sa création et dans une confiance renouvelée, je sais pouvoir compter sur les membres de ce Comité pour avancer vers l'avenir et poursuivre le travail qu'il a engagé. D'ici la fin de l'année, le Comité d'orientation scientifique continuera à se réunir et à préciser le projet qui vous est présenté aujourd'hui, en tenant compte des avis, observations, propositions qui lui seront faites.

Il poursuivra notamment le projet d'exposition de préfiguration pour la fin de l'année 2012, dont Pascal Ory et Martine Segalen, que je tiens à remercier, ont accepté d'assurer le Commissariat. Cette dernière dira la France à parti de six thèmes qui semblent incarner sa singularité et sa trace dans la longue durée : le rapport à l'espace, l'histoire de la démographie, des peuples de la France, le rapport au pouvoir, aux langues, à la religion, aux Droits de l'homme, en ayant toujours en tête les points de comparaison avec d'autres formes de constructions nationales en Europe, voire hors d'Europe. Ces séquences, telles qu'elles ont été pensées, manifestent bien la volonté de rassembler et de fédérer les divers courants de la réflexion historique et les traditions épistémologiques : des Annales à la microstoria, des sciences sociales à l'approche sociale du politique, de l'histoire du genre aux post-colonial studies, elle n'entend exclure aucune approche.

A partir d'aujourd'hui et jusqu'à l'automne, s'engage une nouvelle phase, une phase de consultation à travers les envois que j'ai mentionnés, mais aussi à travers une présentation du projet dans un certain nombre de rencontres professionnelles, en lien avec des partenaires naturels du projet, mais aussi dans le cadre de rendez-vous incontournables, comme les Rendez-vous de l'histoire de Blois. En se déplaçant dans les régions, dans les territoires, au plus près de ceux qui transmettent et diffusent la connaissance historique, ceux qui portent ce projet pourront pleinement répondre à l'ambition affichée par la Maison de l'histoire de France : un projet inscrit dans le territoire, avec ce que l'avant-projet du Comité présente comme des correspondants locaux, un projet citoyen et républicain destinée à rendre plus visible l'histoire telle qu'elle s'écrit en s'adressant à un large public, mais aussi en offrant une tribune pour des rencontres annuelles à forte dimension épistémologique et historiographique, ce que l'avant-projet mentionne comme « Les rencontres de l'histoire de demain ». Faire le point sur les recherches les plus innovantes, sur les sources nouvelles, sur les approches les plus prometteuses : tout cela trace une perspective bien différente de celle que l'on a pu lire au cours des derniers mois.

Désormais dotée d'un avant-projet, la Maison de l'histoire de France peut avancer selon le calendrier que l'association chargée de sa préfiguration m'a proposé. Parallèlement à ce travail de fond, d'élaboration culturelle et scientifique, l'association chargée de la préfiguration de la Maison de l'histoire de France poursuit son travail. Elle rassemble déjà une équipe compétente, que je salue et dont je tiens à souligner l'engagement. Au 1er janvier 2012, l'Etablissement public de la Maison de l'histoire de France deviendra le pilote et la tête de réseau de ce projet. Conformément à ce que j'ai indiqué et rappelé à diverses reprises, la Maison de l'histoire de France sera installée dans le quadrilatère de Rohan-Soubise, aux côtés des Archives nationales. Et je ne doute pas que ce projet ambitieux au service de l'histoire et de sa transmission entrera naturellement en résonance et en écho avec le projet scientifique, culturel et éducatif des Archives Nationales auquel j'attache le plus grand prix.

Permettez-moi de conclure. Avec cet avant-projet, pour lequel des femmes et des hommes d'expérience et de talent ont décidé de s'engager et de donner une partie de leur temps et de leurs compétences, chacun peut toucher du doigt et mesurer ce que sera cette institution culturelle et ce que pourrait être sa place dans le paysage européen.

La Maison sera un lieu de confrontation et de débats, portes et fenêtres ouvertes, si j'ose dire, et non « une école d'application de l'identité nationale » pour citer l'avant-projet. Dans le monde des simulacres et dans la « société des écrans », dans l'univers de l'image globalisée privée de toute temporalité, il me semble que le cadre retenu reste pertinent, si l'on veut bien admettre que la nation française n'est ni un clan, ni une race, ni une tribu, si l'on veut bien admettre que la France est aujourd'hui un « pays-monde », façonné par ces « identités en réseau » dont nous parle le grand poète Edouard Glissant, fruit d'une construction lente et complexe, un pays mu également par une vraie ambition politique européenne.

Voilà l'ambition de la maison de l'histoire de France : c'est une ambition au service d'une certain idée de la République, c'est une ambition au service d'une citoyenneté réaffirmée, c'est une ambition à l'écoute de toutes les diversités, de la diversité des mémoires, des patrimoines et des cultures de la France du XXIe siècle.


Je vous remercie.


Source http://www.culture.gouv.fr, le 17 juin 2011

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