Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, suivie d'un questions-réponses sur les grandes priorités des programmes publics concernant la filière aéronautique, Le Bourget (Seine-Saint-Denis) le 23 juin 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, suivie d'un questions-réponses sur les grandes priorités des programmes publics concernant la filière aéronautique, Le Bourget (Seine-Saint-Denis) le 23 juin 2011.

Personnalité, fonction : FILLON François.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : 49ème Salon international de l'aéronautique et de l'espace, au Bourget (Seine-Saint-Denis) le 23 juin 2011

ti : Mesdames et Messieurs,


Je voudrais faire un point sur la visite que je viens de faire du salon de l’Aéronautique. J’étais venu en 2009, le contexte était extrêmement morose puisque nous étions en pleine crise économique. Et deux ans après, le contexte a complètement changé, les perspectives sont bien plus favorables. Entre le moment où cette note a été écrite et le moment où je m’exprime, tous les chiffres sont explosés. Airbus a pris près de 800 commandes et engagements, je crois qu’il y a déjà plus de 47 milliards de commandes enregistrées contre 13 milliards en 2009. C’est le signe que la reprise économique est là et c’est le signe que nos entreprises peuvent aborder 2012 avec confiance.

Derrière cette confiance, c’est l’unité européenne qui est récompensée, ce sont des entrepreneurs qui ont su surmonter les difficultés, qui ont su repartir à la conquête des marchés mondiaux, et qui ont su faire preuve d’innovation avec une main-d’œuvre qualifiée, motivée, des ouvriers aux ingénieurs.

Les efforts que nous avons entrepris depuis le début de la crise portent leurs fruits.
Et si on parle souvent des mesures qui ont bénéficié à l’industrie automobile, on parle moins de celles qui ont permis à l’industrie aéronautique de passer le creux de la crise. Je viens de visiter les stands des grands acteurs de notre industrie, nous avons toutes les raisons d’en être fiers, je pense à l’A400M, je suis certain que cet avion permettra de répondre aux besoins opérationnels des armées de l’air dans le monde entier.
C’est la démonstration, malgré des difficultés liées au nombre des partenaires de ce programme, c’est la démonstration que la voie européenne, la voie de la coopération est la seule qui puisse permettre à l’industrie aéronautique européenne de continuer à se développer et à innover. Dans les opérations que nous menons actuellement en Libye aux côtés de nombreux pays, les qualités du Rafale et de ses armements sont reconnues. Et tout milite pour que nous accentuions nos efforts en matière d’exportation.

Cette fierté à l’égard de notre industrie aéronautique elle doit être partagée avec les PME.
J’ai tenu à m’entretenir avec plusieurs de leurs représentants.
La créativité des PME, le dynamisme des PME sont les meilleurs garants d’un succès qui est celui de toute la filière, et qui ne peut se construire que grâce à la synergie entre les acteurs.
C’est d’ailleurs pour favoriser une relation plus équilibrée entre les grands groupes et les fournisseurs que nous avons créé le comité stratégique de filière aéronautique en septembre dernier.
Ce comité se réunira, avec Eric Besson, cet après-midi, notamment pour travailler sur la question de la structuration de la sous-traitance, qui est un enjeu majeur pour tout le monde.

L’aéronautique, je le disais à l’instant aux responsables des entreprises avec lesquelles je m’entretenais, c’est à la fois une passion française, mais c’est une passion française qui a débouché sur la création d’un moteur essentiel en matière de croissance économique.

C’est un secteur dont le dynamisme est très largement porté par l’export : en réalité c’est les trois quarts de l'activité du secteur aéronautique qui sont à l'export. Ce qui me permet de dire devant vous, au moment où s'ouvrent tous ces débats sur la mondialisation, que la mondialisation peut réussir à l'industrie française et à l'industrie européenne, et que nous n'avons pas de raison de la redouter, nous avons au contraire toutes les raisons d'avoir confiance dans l'ouverture de ces marchés, pour peu que nous continuions à faire les efforts nécessaires de compétitivité, d'innovation, de création, de recherche, pour rester au premier rang.
Le renforcement de la compétitivité, c'est la priorité absolue du Gouvernement, nous sommes engagés à l'origine de la filière aéronautique, nous sommes engagés par les programmes publics qui ont été lancés, par les soutiens qui ont été mis en place à ces programmes, mais nous avons aussi beaucoup contribué ces dernières années à améliorer la compétitivité de cette économie, de cette industrie, notamment avec le Crédit d’impôt recherche qui a changé l’image de notre pays pour les investissements de recherche, et qui profite évidemment beaucoup à l'industrie aéronautique.

Le programme des investissements d’avenir, c'est le deuxième levier que nous avons mis en œuvre, apporte également un soutien sans précédent à la recherche.
Le Président de la République, lundi dernier en inaugurant le salon, a annoncé les premiers projets retenus.
Il y a déjà plus de 1,2 milliard de crédits qui ont été alloués à l’aéronautique civile et 500 millions pour l’espace.
Tous les secteurs en bénéficient, qu’il s’agisse des démonstrateurs technologiques ou de programmes plus directement opérationnels.
Nos structures de recherche et de développement sont également les bénéficiaires de ce programme, je pense en particulier aux pôles de compétitivité.

Et enfin, sur les six instituts de recherche technologique qui ont été retenus en mai dernier, deux concernent l'aéronautique : l’Institut de recherche technologique EASA à Toulouse, qui va accueillir des projets à hauteur de 600 millions d’euros et l’Institut de recherche technologique Jules Verne à Nantes, consacré aux matériaux composites, qui va comprendre un très large volet aéronautique.

Je veux insister sur le fait que ces investissements d’avenir constituent d’abord un acte de foi dans le développement de l’industrie française, dans le développement de notre recherche et de l’innovation dans notre pays mais c’est aussi une révolution culturelle dans la manière d’apporter les aides d’Etat aux laboratoires de recherche et aux entreprises. Ces aides d’Etat ont été apportées sur la base de jurys totalement indépendants qui ont choisi les meilleurs projets. Quand on est dans une situation de pénurie d’argent public et qu’on est dans une situation de compétition internationale extrêmement rude, on n’a pas le droit de dépenser un euro pour autre chose que les projets les meilleurs. C’est l’excellence qui doit attirer l’argent public.

Dans le passé, les critères d’aménagement du territoire, les critères politiques, le critère d’égalité qui est tellement défendu dans notre pays ont conduit parfois à saupoudrer, à gaspiller de l’argent public sur des projets de recherche, sur des projets d’innovation, sur des projets industriels qui n’étaient pas au niveau de la compétition internationale. Moi, je suis très fier de pouvoir dire à tous ceux qui me remettent des missives, me téléphonent pour défendre leur projet que je n’interviendrai jamais, que personne n’interviendra jamais, que seuls seront choisis les projets qui auront réussi à passer l’examen de ces jurys.

Depuis 2007, nous avons agi avec beaucoup de détermination pour soutenir le développement de notre outil industriel, je pense aux aides de la DGAC, je pense au soutien d’Oséo aux PME qui a été considérablement accru, et puis je pense à l’intervention du Fonds stratégique d’investissement dont on a vu aujourd’hui un exemple au cours de cette visite qui a permis à plusieurs entreprises de ce secteur de passer un cap difficile ou d’aborder dans de meilleures conditions de nouveaux développements. Nous voulons inscrire cet effort avec la mise en œuvre de ce fonds stratégique dans la durée et je veux dire que le Gouvernement l’assumera complètement. Voilà, pour dire une nouvelle fois l’admiration qui est la nôtre pour l’industrie aéronautique de notre pays. Dans quelques minutes je vais m’envoler pour Bruxelles et je veux dire que c’est avec des projets majeurs, comme Airbus, comme Ariane, qu’on rend l’Europe plus forte, qu’on la rend plus concrète pour nos concitoyens. Ce sont des projets qui nous rappellent que dans la compétition internationale, la France et l’Europe ont toute la capacité pour être à l’offensive en tout cas, c’est la leçon que je tire de ce remarquable Salon du Bourget qui a démontré d’abord une nouvelle fois que c’était le plus grand salon aéronautique du monde mais surtout qu’il était soutenu par une industrie aéronautique française et européenne qui est au premier rang. Si vous avez des questions, je suis prêt à y répondre.


Questions-réponses

Journaliste AFP - Monsieur le Premier ministre, Bonjour. Vous avez visité un certain nombre d’équipements militaires, vous me permettrez donc d’en venir directement à l’Afghanistan. Le président de la République a annoncé dans un communiqué un retrait progressif d’Afghanistan manifestement comparable en termes d’échéance avec les Etats-Unis. Est-ce que vous pouvez nous donner un petit peu plus de précisions et est-ce qu’on pourrait avoir votre réaction aussi à la déclaration de l’opposition qui parle d’aveu d’échec de la part du pouvoir.

François Fillon - Quelle est la stratégie que nous avons suivie avec nos alliés en Afghanistan avec nos alliés américains en particulier ? C’est une stratégie de montée en puissance des forces afghanes pour qu’elles soient capables d’assurer la sécurité de leur pays et pour qu’elles soient donc capables de permettre le retrait progressif et ordonné des forces alliées. C’est la stratégie qui a été développée depuis plusieurs années. C’est celle qui a justifié le renforcement des moyens français en particulier, qui ont été décidés et soutenus par la majorité parlementaire. Cette stratégie, elle donne des résultats. Et il est normal - et c’est la décision qui a été prise par le président Obama, c’est le sens de l’entretien que le Président Obama a eu hier avec le président Sarkozy - il est normal, au fur et à mesure que cette stratégie donne des résultats que les alliés réduisent le nombre de leurs forces en Afghanistan.
J’ajoute que la mort de Ben Laden et la désorganisation d’Al-Qaïda qui était un des objectifs de la campagne initiale conduite en Afghanistan est un élément qui vient renforcer cette perspective. Et donc la France naturellement - puisque la France est dans une alliance, cette alliance est largement dominée par les Etats-Unis en nombre - s’agissant de leur engagement, la France va engager le retrait de ses forces dans les mêmes proportions et, grosso modo dans le même calendrier que les Etats-Unis.

Les critiques de l’opposition n’ont pas beaucoup de sens. Je rappelle d’abord que cette opération, enfin la participation française aux opérations en Afghanistan, a été décidée à une époque où l’opposition était au pouvoir. Les conditions n’ont pas changé en fonction du résultat des élections en France. Et par ailleurs, il est normal que la France dans cette opération conduise sa stratégie en liaison étroite avec les Etats-Unis ; nous sommes dans une Alliance, c’est un dispositif allié qui a été mis en place, et il y a une grande cohérence dans la décision qui vient d’être annoncée par le président de la République.

Journaliste France Inter - Vous avez souligné le succès d’Airbus avec plus de 700 commandes prises au cours de ce Salon, aucune commande pour le Rafale. Quelle est votre analyse de la situation, et que vous a-t-on dit chez Dassault à ce propos ?

François Fillon - Les besoins du monde en avions de combat ne sont pas exactement les mêmes qu’en avions de transport, heureusement. Le succès d’Airbus est remarquable, et le chiffre que vous venez de citer est déjà largement dépassé puisque monsieur Gallois me parlait de 800 à l’instant. S’agissant du Rafale, nous faisons tous nos efforts pour aider Dassault Aviation à commercialiser cet avion .C’est évidemment difficile, parce qu’il s’agit d’un avion de très haut niveau technologique, donc d’un avion qui implique un investissement, à la fois financier et un investissement en termes de technologie, de capacité à mettre en œuvre son système d’armes, qui est réservé à quelques pays qui en ont les moyens. Par ailleurs, la compétition avec les Etats-Unis est extrêmement rude, et donc nous ne dissimulons aucune de ces difficultés, mais les discussions que nous avons engagées avec plusieurs pays sont toujours en cours, et nous avons bon espoir de pouvoir réussir à exporter le Rafale dans l’un ou l’autre de ces pays dans les prochaines semaines ou dans les prochains mois. Voilà, je vous remercie beaucoup.


Source http://www.gouvernement.fr, le 24 juin 2011

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