Extraits de la déclaration de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, lors de la conférence de presse conjointe avec son homologue russe Sergueï Lavrov, sur les relations bilatérales, les relations entre l'UE et la Russie, et les situations de crise, Libye et Syrie, Moscou le 1er juillet 2011. | vie-publique.fr | Discours publics

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Extraits de la déclaration de M. Alain Juppé, ministre des affaires étrangères et européennes, lors de la conférence de presse conjointe avec son homologue russe Sergueï Lavrov, sur les relations bilatérales, les relations entre l'UE et la Russie, et les situations de crise, Libye et Syrie, Moscou le 1er juillet 2011.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes

Circonstances : Voyage d'Alain Juppé en Russie les 30 juin et 1er juillet 2011 : déplacement à Moscou le 1er

ti : Mesdames et Messieurs, je voudrais dire à mon tour tout le plaisir que j'ai d'être avec Sergueï Lavrov. Nous nous sommes déjà rencontrés à plusieurs reprises, notamment à Paris pour le Sommet ministériel du G8, mais c'est la première fois que je viens à Moscou en ma qualité de ministre des Affaires étrangères. Je voudrais remercier mon homologue de la qualité de son accueil et de la densité des échanges que nous avons eus ce matin, puisque nous travaillons depuis presque deux heures et nous allons continuer à l'heure du déjeuner.

Je viens à un moment où les relations entre nos deux pays sont excellentes. Elles se manifestent notamment par des contacts étroits entre nos présidents, nos Premiers ministres et également entre les ministres des Affaires étrangères. J'indiquais à Sergueï Lavrov que je souhaitais que nous puissions nous voir aussi fréquemment que possible pour échanger des informations et bâtir ensemble des positions communes chaque fois que c'est possible.

Nous avons abordé nos relations bilatérales. J'ai dit qu'elles étaient excellentes, notamment dans le domaine économique, puisque depuis dix ans les échanges commerciaux entre la France et la Russie ont été multipliés par trois et qu'aujourd'hui nos parts de marché, ici en Russie, atteignent 5 % dans un grand nombre de domaines : les transports, l'énergie, l'aéronautique, etc. Je ne vais pas tous les citer. Nous sommes décidés à aller de l'avant, je voudrais en particulier signaler ce grand projet qu'est l'aménagement touristique du Caucase du Nord, auquel la France est prête à apporter son expertise et sa participation.

Nous avons également abordé les questions européennes, les questions des relations entre l'Union européenne et la Russie. J'ai assuré M. Lavrov de la volonté de la France de régler le plus vite possible la question des visas : il faut que rapidement nous puissions supprimer les visas de courte durée, ce qui implique encore quelques efforts de part et d'autre mais nous avons de bonnes raisons de penser que nous y parviendrons d'ici la fin de l'année.

Nous avons également évoqué les relations de l'Europe et de la Russie dans le domaine de l'énergie et j'ai indiqué que la France était attachée au respect des contrats gaziers d'approvisionnement à long terme.

Nous avons parlé des questions de sécurité, des relations entre l'OTAN et la Russie. Pour la France, il est très important que la Russie puisse être pleinement associée au projet de défense anti-missile. Nous avons d'ailleurs à ce sujet, sur certains points, des préoccupations communes.

La sécurité, c'est aussi la sécurité à l'échelle du continent ; le Sommet d'Astana de l'OSCE a affirmé notre volonté de bâtir un espace de sécurité et de prospérité commun et nous sommes convenus que la France et la Russie pourraient dans ce domaine faire des propositions à leurs partenaires pour concrétiser cette belle intention et ce beau projet.

Et puis nous avons abordé les situations de crise. Sergueï Lavrov vient d'en évoquer quelques unes, la Syrie par exemple, où nous sommes bien d'accord pour favoriser d'abord l'arrêt, le plus rapidement possible, de toute forme de violence et la recherche d'un programme de réforme authentique. Nous n'avons pas sur ce point exactement la même approche s'agissant de l'intervention du Conseil de sécurité des Nations unies mais nous sommes prêts à continuer à y travailler.

Pour ce qui est de la Libye, on connaît nos différences, et nous ne les avons pas cachées bien entendu. Nous avons des divergences sur l'interprétation des résolutions du Conseil de sécurité et leur mise en œuvre mais, au-delà de ces divergences sur les moyens, comme l'a dit Sergueï Lavrov, nous avons une communauté de vues sur les objectifs politiques. Nous pouvons, nous voulons, nous souhaitons travailler ensemble à la définition d'une solution politique qui s'inspire notamment des principes qui ont été posés au G8 avec le soutien du président Medvedev.

S'agissant du Proche-Orient, une réunion du Quartet est prévue dans quelques jours à Washington le 11 juillet, et je suis sûr que nous pourrons conjuguer nos efforts pour favoriser une reprise des négociations entre les deux parties.

Nous avons également évoqué la question de l'Iran, où, comme l'a dit Sergueï Lavrov, nous pouvons travailler ensemble pour arrêter ce processus de militarisation qui est en marche aujourd'hui en Iran et nous opposer à une prolifération qui constituerait une menace pour la région et même au-delà.

Voilà, ce compte-rendu n'est pas exhaustif puisque nous avons évoqué beaucoup d'autres questions ensemble, dans un très bon état d'esprit et je me réjouis donc de cette séance de travail qui a été à la fois fructueuse et très amicale.


Q - Bonjour, une question à Alain Juppé. Elle concerne la livraison d'armes françaises aux rebelles libyens. La France considère qu'elle est conforme aux résolutions de l'ONU, d'autres pensent que non. C'est notamment le cas de M. Lavrov, si j'ai bien compris ce qu'il a dit hier. Ce que je voudrais savoir c'est : est-ce que la France a pris cette décision unilatéralement ou est-ce qu'elle a consulté ses partenaires ?

Et deuxième question : est-ce que d'autres livraisons de ce type sont prévues dans d'autres pays, par exemple, en Syrie, au Yémen, etc. ?

R - M. Lavrov a reçu la réponse. Je ne sais pas si elle l'a satisfait. Mais nous en avons bien sûr parlé. Pour être bref, je dirais que du point de vue français - et nous ne sommes pas les seuls à penser ainsi - nous nous situons exactement dans le cadre des résolutions 1970 et 1973, qui dans son article 4 prévoit que, par dérogation à la 1970, tous les moyens peuvent être utilisés pour aider les populations civiles à se protéger.

C'est donc dans ce cadre-là que nous avons agi. Nous en avons informé nos partenaires de l'OTAN et le Conseil de sécurité. La question de savoir si nous envisageons de faire la même chose ailleurs me paraît assez surprenante. Il n'y a pas de résolution du Conseil de sécurité, que je sache, qui s'applique à la Syrie, au Yémen, ou ailleurs. Comme je l'ai dit, nous avons sur ce point une divergence, il n'est pas question de la dissimuler. Cela ne nous empêche pas de travailler ensemble pour œuvrer à une solution politique qui est la seule qui pourra permettre aux Libyens de construire la Libye nouvelle qu'ils espèrent, c'est-à-dire une Libye démocratique.

(…)

Q - J'ai une question pour M. Lavrov, s'il vous plaît. La France affirme qu'une résolution de l'ONU n'amènera en aucun cas à des actions militaires. Dans ce cas, la Russie, serait-elle prête à soutenir la résolution ? Et si non, quelles mesures la Russie, serait-elle prête à entreprendre pour exercer une pression sur Damas afin de régler la situation ?

(…)

R - Un mot si vous me le permettez sur la Syrie. La France est bien sûr d'accord pour que les solutions politiques, là encore, puissent prévaloir en Syrie. Elle est favorable à ce qu'un programme de réformes ambitieux puisse tenir compte des aspirations du peuple syrien. Je viens de dire, Syrie, oui. Il nous semble, pour ce qui nous concerne, que le Conseil de sécurité ne peut pas ne pas s'exprimer sur la situation pour appeler à la cessation immédiate des violences qui se déroulent en Syrie et pour demander la mise en œuvre d'un programme de réformes effectif.

Des annonces ont été faites à plusieurs reprises jusqu'à présent et rien n'a suivi. Nous constatons par ailleurs que la situation en Syrie commence à constituer une menace pour la stabilité de la région : plus de dix mille réfugiés sont entrés en Turquie ; il y a des tensions au Liban, sur le Golan. Cela me semble donc justifier une prise de position du Conseil de sécurité dans des termes et des conditions qui naturellement n'ont rien à voir avec les résolutions 1970 et 1973 s'appliquant à la Libye. Les circonstances sont différentes même si pour nous l'interdiction ou la non utilisation de la violence, même la violence d'Etat, contre des manifestations populaires est une constante que nous souhaitons voir affirmée partout.

Q - J'ai une question pour le ministre français. A votre avis, à quel point le thème de l'accord Medvedev-Sarkozy est de nouveau d'actualité ? À quel point, lors de vos pourparlers, le thème de la Géorgie, le thème de l'occupation de la Géorgie est à l'ordre du jour ? Et à votre avis, comment cet accord est-il respecté par la Russie ?

R - Comme je vous l'ai dit, nous avons abordé tous les sujets d'intérêt commun et en particulier la Géorgie. Pour nous, les accords qui ont été conclus en août et en septembre 2008 restent valables et doivent être appliqués. Nous sommes attachés à l'intégrité territoriale de la Géorgie. Nous sommes évidemment tout à fait hostiles à toute forme d'utilisation de la violence pour parvenir à cet objectif. Nous souhaitons que le processus de dialogue et de discussion qui est en cours à Genève soit le lieu où la solution puisse émerger et où un accord puisse être conclu de manière stable et définitive.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 4 juillet 2011

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