Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à La Chaîne Info LCI le 22 juin 2011, sur l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste, les "tests de résistance" des centrales nucléaires et le Front national. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, à La Chaîne Info LCI le 22 juin 2011, sur l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste, les "tests de résistance" des centrales nucléaires et le Front national.

Personnalité, fonction : KOSCIUSKO-MORIZET Nathalie, BARBIER Christophe.

FRANCE. Ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement;

ti : CHRISTOPHE BARBIER Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, bonjour.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Bonjour.
 
CHRISTOPHE BARBIER L’Assemblée a interdit hier, mais avec les seules voix UMP, la fracturation hydraulique, cette technique d’exploitation des gaz de schiste. Mais elle n’a pas interdit l’exploitation en soi de cette ressource gaz de schiste. Est-ce que c’est pas une demi-mesure un peu hypocrite ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Mais non ! C’est une mesure qui permet d’interdire aujourd’hui l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste en France. Et je vous renvoie là-dessus à l’interview d’un américain qui est détenteur de certains des permis, hier, dans LE MONDE, qui disait qu’il y a une technologie connue efficace, économiquement possible aujourd’hui, c’est la fracturation hydraulique, si on nous interdit la fracturation hydraulique, on nous interdit l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste. C’est précisément ce qu’on fait. Je vais vous dire, la raison pour laquelle on l’a fait comme ça, en interdisant la technologie et pas en abrogeant directement les permis, c’est tout simplement parce que abroger les permis c’est retirer une autorisation administrative qui a été donnée, même si de mon point de vue elle n’aurait pas dû l’être, et ça ouvre la voie à des indemnisations. Donc, on risque d’avoir à payer des dédits aux entreprises concernées, et c’est tout.
 
CHRISTOPHE BARBIER Tandis que là vous êtes sûre qu’en interdisant juste la technologie on ne va pas vous faire de procès ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On peut nous faire un procès. Si, on peut nous faire un procès, probablement il y en aura. Mais, disons que on a moins de risques de perdre, voilà. Tout simplement, c’est l’argent des Français, donc on fait attention avec l’argent des Français. L’objectif c’est d’interdire l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste. En ce moment, ces technologies nous semblent dangereuses pour l’environnement. Et c’est objectif est atteint, et on essaie de l’atteindre avec le minimum de risques juridiques et de risques financiers pour les finances de la Nation.
 
CHRISTOPHE BARBIER Néanmoins, le gaz de schiste, ben c’est bien si on peut en exploiter. C’est quand même un peu moins d’argent à dépenser pour acheter du pétrole à l’étranger. Est-ce qu’un jour on pourra l’exploiter avec d’autres technologies ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Le produit en lui-même ne pose pas de problème, je veux dire c’est du gaz comme on en importe par méthaniers. Le problème c’est les technologies utilisées. On a démontré, on a vu aux Etats-Unis, c’est des risques de pollution de l’eau, c’est des problèmes de paysages considérables, c’est aussi beaucoup de circulation, c’est des quantités d’eau très, très impressionnantes à utiliser. En été de sécheresse, c’est quand même pas bien venu. Donc, aujourd’hui, les technologies disponibles ne nous donnent pas envie. On n’y va pas. On ne veut pas, on choisit de ne pas le faire.
 
CHRISTOPHE BARBIER Est-ce que vous allez engager la recherche vers d’autres technologies ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Propres. La loi qui a été votée, hier, donne une clause de revoyure, c’est-à-dire qu’il n’y a pas d’autorisation d’engager la recherche, en revanche on dit aux députés « tous les ans, vous aurez un rapport, vous vous saisirez du sujet et vous regarderez si vous voulez qu’on lance une expérimentation sur une nouvelle technologie qui aurait été évoquée, vous regarderez ça ». Les parlementaires seront responsables de ça.
 
CHRISTOPHE BARBIER L’Agence internationale de l’énergie atomique préconise, elle, des tests de résistance et des inspections dans les centrales nucléaires d’ici dix-huit mois. Est-ce que c’est suffisant ? Est-ce que la France fera plus ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET D’abord, c’est énorme, en fait ! Ca, c’est le résultat du séminaire qu’il y a en ce moment, à Viennes, de l’Agence internationale de l’énergie atomique. Il faut comprendre que, ça peut paraître bizarre, mais aujourd’hui il y a plus de coopération en matière de nucléaire militaire, d’inspections en matière de nucléaire militaire, qu’en matière civile. En fait, on considère que le nucléaire civil c’est un sujet souverain. Chaque pays est renvoyé à sa propre responsabilité. Moi, je crois que ça ne peut pas durer comme ça, notamment après l’accident de Fukushima. Quand il y a un accident, il ne s’arrête pas aux frontières. La sûreté nucléaire c’est un sujet mondial. Et la France s’est fortement engagée à travers sa présidence du G8, sa présidence du G20, un séminaire que j’ai organisé à Paris le 7 juin, pour créer un mouvement pour tirer les enseignements de l’accident de Fukushima. C’est le résultat de ce mouvement. On va pouvoir avoir…
 
CHRISTOPHE BARBIER …et nous serons encore plus exemplaires, nous ? Nous ferons des tests encore plus exigeants ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Nous, on va plus loin que ça d’ores et déjà, si vous voulez. Mais il y a vraiment deux niveaux. Il y a ce qu’on fait, nous, pour la sûreté en France, et la France est responsable de faire la sûreté maximale. Je veux dire, c’est normal, ça me semble absolument évident, en France on doit rechercher la sûreté maximale mais on doit aussi la recherche dans le monde, et pour ça on doit avoir un effet d’entraînement, un effet de mobilisation, on doit être en quelque sorte à l’avant-garde. Et j’ai proposé à un certain nombre de pays, comme la Russie, comme le Japon, de créer, d’incarner cette avant-garde pour faire en sorte que tout accident, finalement, soit l’occasion d’améliorer la sûreté mondiale. Il y a aussi, par exemple…
 
CHRISTOPHE BARBIER Vous mettrez plus d’argent dans la sûreté ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET On va mettre plus d’argent, bien sûr.
 
CHRISTOPHE BARBIER Combien ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET C’est en cours de discussion, mais on va mettre plus d’argent. Il y a aussi la création de forces d’intervention rapide au niveau régional, parce que la sûreté c’est la prévention, mais c’est aussi les capacités d’intervention quand malheureusement l’accident arrive. Avoir une force d’intervention au niveau régional, ça me semble aujourd’hui indispensable. De ça, ça été discuté à Viennes aussi.
 
CHRISTOPHE BARBIER Est-ce que vous regrettez le limogeage d’Anne LAUVERGEON, d’AREVA, dans ce cadre-là ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Moi, je suis très surprise de cet espèce de grand débat qu’il y a eu sur ce sujet. Anne LAUVERGEON a fait deux mandats à la tête d’AREVA, dix ans comme responsable d’une entreprise.
 
CHRISTOPHE BARBIER Mais, en plein débat nucléaire on pouvait la prolonger un peu pour assurer la transition.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Dix ans ! Ou alors, il faut dire que quand on a un mandat de cinq ans, parce que là elle avait été renouvelée une fois, quand on un mandat de cinq ans, en fait, il n’y a pas écrit cinq ans, c’est un mandat à vie. Donc, dix ans ça peut donner lieu à un renouvellement. C’est un renouvellement qui se fait dans la continuité avec son n° 2 qui prend la place. C’est une suite assez naturelle.
 
CHRISTOPHE BARBIER Les batteries des voitures électriques peuvent être dangereuses : courts-circuits, explosions. C’est LE CANARD ENCHAINE qui l’assure en s’appuyant sur des rapports venus de l’intérieur de votre ministère. Est-ce vrai ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Oui, c’est un rapport de l’INERIS que j’ai commandé. Toute nouvelle technologie peut avoir ses revers, et on est en train de regarder précisément quelles sont les bonnes conditions, pas seulement de fabrication des batteries, mais aussi surtout de charge des batteries : est-ce qu’i l y a lieu d’avoir des mesures de sécurité particulières pour par exemple un parking public dans lequel il y aurait une station de charge des batteries ?
 
CHRISTOPHE BARBIER Ca pourrait donner un moratoire sur le développement de la voiture électrique ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Je crois surtout qu’il faut qu’on définisse les bonnes conditions, comme toute nouvelle technologie. Il y a des mesures de sûreté à prendre. Il faut qu’on définisse les bonnes conditions. Ce rapport existe, il est regardé de très près. Je crois qu’il n’a pas lieu non plus de l’utiliser, comme certains seraient tentés de le faire, contre la voiture électrique, en disant, « c’est la catastrophe, on arrête tout ». Non ! Il faut simplement regarder les choses comme elles sont. Chaque technologie à ses revers.
 
CHRISTOPHE BARBIER Claude GOASGUEN et sa mission sur le droit de la nationalité propose d’en finir avec la bi-nationalité. On choisit d’être français, point barre. Vous qui êtes d’une famille d’origine polonaise, est-ce que vous adhérez à cette nouvelle philosophie de la nationalité ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, moi, je ne suis pas d’accord. Je pense que ce n’est pas dans la culture, dans l’histoire française, et je pense qu’en plus ce serait mettre dans des situations très compliquées un tas de gens qui n’ont rien demandé et qui vivent bien leur bi-nationalité. Etre binational c’est pas forcément être déchiré, ça peut être une richesse.
 
CHRISTOPHE BARBIER On additionne.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Vous avez des franco-américains, vous avez des franco-italiens, vous avez des franco-marocains, on en connaît de célèbres. Ca peut être une richesse aussi. Si vous voulez, les identités multiples c’est aujourd’hui une réalité dans le monde contemporain pour certaines personnes. Est-ce que c’est ça le problème ? Est-ce qu’il faut exercer cette espèce de violence qui les conduit à devoir choisir alors qu’il n’y a pas lieu de choisir. Quand vous êtes français et américain, la France et l’Amérique ne se font pas la guerre demain, qu’est-ce que vous voulez, elles sont plutôt alliées. Pourquoi il faudrait choisir ?
 
CHRISTOPHE BARBIER Vous dénoncez dans un livre « Le front antinational », la fausse modération de Marine LE PEN, mais est-ce que le durcissement de position de l’UMP, comme celle-ci, ce n’est pas une alliance objective avec Marine LE PEN, en tout cas une aide à son projet ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non ! Là-dessus, je vais être très claire, il n’y a pas de sujet réservé. L’immigration, la sécurité, ne sont pas plus les sujets réservés de l’extrême-droite que d’autres questions seraient des sujets réservés de la gauche. Tous les sujets qui sont dans le quotidien des Français sont dans le monde politique et doivent faire l’objet de propositions. Après, on est d’accord ou on n’est pas d’accord avec les propositions. Mais ils doivent faire l’objet de propositions. Moi, ce que je critique vis-à-vis du mouvement qui est en train de se passer autour du Front national, c’est que je trouve qu’il y a une espèce de grande naïveté. On fait comme si l’accession d’une nouvelle présidente, alors en plus une femme, et puis il y a cette idée qu’une femme c’est plus soft, avait changé fondamentalement la nature du parti. Ce n’est pas le cas, et je le cite notamment dans les livres, les cadres en particulier n’ont pas changé. Je cite un certain nombre de noms, de parcours personnels de cadres qui me semblent extrêmement problématiques. Alors, d’ailleurs, j’ai vu que depuis Marine LE PEN avait convoqué un conseil de discipline pour en virer un certain nombre, mais je l’invite à lire le livre pour compléter la liste.
 
CHRISTOPHE BARBIER Offensive de l’UMP contre la primaire socialiste. Il s’agit de faire peur aux Français pour que ça soit un fiasco cette primaire ?
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Non, je crois qu’il faut simplement… on n’a pas à s’immiscer dans un sujet interne au Parti socialiste. Le Parti socialiste choisit de faire une primaire, je veux dire c’est leur choix, c’est leur droit. En revanche, la façon dont les choses se font soulève un certain nombre de questions. Moi, je le dis comme maire, je trouve que la possible confusion entre la fonction de président de section socialiste et la fonction de responsable d’une collectivité territoriale qui serait amené à savoir qui a voté et qui n’a pas voté, donc qui se déclare de gauche parmi ces fonctionnaires territoriaux, est problématique.
 
CHRISTOPHE BARBIER Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, merci et bonne journée.
 
NATHALIE KOSCIUSKO-MORIZET Merci.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 4 juillet 2011

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