Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à RMC le 7 juillet 2011, sur le rapport de la Cour des comptes à propos de la politique de sécurité et la politique de l'immigration. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Claude Guéant, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, à RMC le 7 juillet 2011, sur le rapport de la Cour des comptes à propos de la politique de sécurité et la politique de l'immigration.

Personnalité, fonction : GUEANT Claude, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration;

ti : JEAN-JACQUES BOURDIN Notre invité ce matin est Claude GUÉANT, ministre de l’Intérieur, de l’Outre-Mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration. Claude GUÉANT, bonjour.
 
CLAUDE GUÉANT Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Merci d’être avec nous ce matin, Claude GUÉANT. Vous avez lu le rapport de la COUR DES COMPTES sur la sécurité en France et sur, en fait, le fonctionnement et l’efficacité des services de sécurité, 250 pages ?
 
CLAUDE GUÉANT Oui, je l’ai lu, bien sûr, puisque j’ai fait part de mes observations à la COUR DES COMPTES, et je trouve qu’il est assez navrant qu’une institution comme la COUR DES COMPTES livre un rapport qui est plein d’autant d’inexactitudes, d’approximations.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN C’est un rapport bâclé ?
 
CLAUDE GUÉANT Je ne sais pas si il est bâclé, mais en tout cas ce rapport me met en colère parce qu’il ne traduit pas la réalité de la situation, ni des efforts qui ont été conduits. Un exemple, le rapport dit dans le lange inimitable de la COUR DES COMPTES, parce que les rapports sont toujours écrits comme ça, « les résultats sont contrastés ». Bon, ce que je voudrais dire quand même c’est que par rapport à 2001 nous avions l’an dernier 500 000 victimes de moins en France. C’est quand même pas négligeable, c’est pas contrasté, c’est un vrai résultat. C’est moins qu’avant 1997, alors même que la population française a augmenté de six millions. Alors, je dis, moi, que c’est un vrai succès de la politique de sécurité du gouvernement.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, que dit le rapport de la COUR DES COMPTES ? La COUR DES COMPTES dit que « l’Etat a consacré des moyens croissants budgétaires, technologiques, et humains, à la lutte contre l’insécurité. Les résultats sont contrastés », écrit la COUR DES COMPTES, « les statistiques montrent un recul des atteintes aux biens et une hausse des violences aux personnes ». Vous contestez ou pas ?
 
CLAUDE GUÉANT Tout n’est pas contestable, mais tout est dans la façon de le dire. Par exemple, quand on compare l’augmentation des violences aux personnes et puis la diminution aux atteintes aux biens, il y a une chose qu’il ne faut pas oublier, c’est que les violences aux personnes représentent, et c’est trop bien sûr, toute violence est excessive, 13 % de la délinquance en général. On ne va pas comparer 13 % avec le reste. C’est un exemple d’approximation. La Cour conteste là l’opportunité, l’utilité de la vidéosurveillance. La vidéosurveillance est quelque chose de formidable tant au stade des enquêtes judiciaires qu’au sens de la politique de prévention.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais, Claude GUÉANT, la Cour dit à propos de la vidéosurveillance, 10 000 caméras ont été installées en France alors qu’on en avait promis 20 000. Donc, on fait des promesses et on ne les tient pas, quoi, si bien compris.
 
CLAUDE GUÉANT Eh bien, là, la promesse est tenue puisque nous sommes à 45 000 aujourd’hui, et que nous serons à 60 000 l’année prochaine.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien.
 
CLAUDE GUÉANT Quant aux moyens, Jean-Jacques BOURDIN, quant aux moyens, on a mis en place des moyens, c’est vrai.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, alors on va parler des moyens, justement.
 
CLAUDE GUÉANT Par exemple, on a créé le fichier national des empreintes génétiques. C’était en 2003. Qu’est-ce que ça a permis ? Ca a permis d’élucider davantage d’affaires. Il faut savoir qu’en 2001 il y avait 26 % des affaires qui étaient résolues, c’est-à-dire des crimes et délits dont on retrouvait les auteurs. Et puis, l’année dernière, c’était 37 %. Et ça continue à gagner.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Claude GUÉANT, parlons justement des policiers parce que je les entends, et vous les entendez mieux que moi, puisque vous dirigez…
 
CLAUDE GUÉANT …j’en vois beaucoup, c’est vrai.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN … vous en voyez beaucoup, et moi je les entends, qui m’appellent, et ils me disent quoi ? Ils me disent, on a maintenant des missions qu’on comprend mal, les réformes compliquent notre tâche, et d’ailleurs une policière de 39 ans s’est suicidée à Cagnes sur Mer lundi matin, et c’est ce qu’elle exprimait dans une lettre laissée, écrite, avant son suicide.
 
CLAUDE GUÉANT C’est vrai.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Des policiers demandent un moratoire sur le remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant en retraite. Oui ou non, est-ce que vous allez geler ce non remplacement d’un policier sur deux partant en retraite ?
 
CLAUDE GUÉANT La police et la gendarmerie sont soumises aux mêmes règles que l’ensemble de la fonction publique.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, il n’en est pas question ?
 
CLAUDE GUÉANT C’est-à-dire que sur deux fonctionnaires partant à la retraite, un n’est pas remplacé.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et vous ne reviendrez pas, vous ne gèlerez pas cette…
 
CLAUDE GUÉANT Et se sera encore le cas l’année prochaine. Pourquoi ? Parce qu’il y au n impératif majeur, c’est que la France maîtrise ses finances publiques. Je voudrais dire deux mots là-dessus, bien que je ne sois pas ministre de l’Economie. Maîtriser les finances publiques, ça signifie que la France emprunte aujourd’hui sur les marchés à 3,6 %. Ce n’est pas seulement l’Etat qui emprunte, mais c’est les collectivités locales, c’est les entreprises, c’est les particuliers pour acheter leur maison par exemple. Et si nous ne maîtrisons pas nos finances publiques, eh bien le coût du crédit va déraper. Nous n’avons pas l’intention de devenir la Grèce ou le Portugal. Ce serait un choc terrible…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …pourquoi, il y a un risque, Claude GUÉANT ? Il y a un risque ?
 
CLAUDE GUÉANT Nous n’avons pas l’intention, c’est bien pour ça que nous maîtrisons nos finances publiques.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Parce qu’il y a un risque alors, si vous n’avez pas l’intention.
 
CLAUDE GUÉANT Mais, bien sûr qu’il y a un risque.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Il y a un risque de devenir l’Espagne, le Portugal, aujourd’hui.
 
CLAUDE GUÉANT Il faut s’en prémunir, c’est pour ça qu’il faut avoir une politique de finances publiques sérieuse, et le gel d’un emploi sur deux en fait partie. Le sérieux de la gestion fait que nous pouvons emprunter à des taux extrêmement bas, qui garantissent le développement de notre économie et le bien-être de nos concitoyens. Il y a toujours un risque. Regardez ce qui se passe aux Etats-Unis !
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais c’est un casse-tête dans la police et la gendarmerie. J’ai même entendu, vous les avez entendus, vous les entendez mieux que moi, plus que moi, Frédéric PECHENARD et Jacques MIGNAUX qui dirigent la police et la gendarmerie, le dire eux-mêmes, « c’est un casse-tête pour nous ».
 
CLAUDE GUÉANT Mais, cela étant, il y a des réponses. La bonne gestion n’est pas interdite. Les deux directeurs généraux ont mis en place ces dernières années des mesures qui sont extrêmement bénéfiques. Par exemple dans la gendarmerie, quinze escadrons de gendarmerie mobile ont été supprimés. Pourquoi ? Parce que…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …vous allez en supprimer d’autres ou pas ?
 
CLAUDE GUÉANT Non, pour l’instant, on s’arrête là.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non, vous vous engagez, il n’y aura pas d’autre suppression d’escadron.
 
CLAUDE GUÉANT Il n’y a pas d’autre suppression qui soit programmée au-delà des quinze, je le dis de façon tout à fait claire.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ni dans la gendarmerie, ni dans la police ?
 
CLAUDE GUÉANT Alors, dans la police il n’y a pas eu de suppression, il y a eu des réductions d’effectifs.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Il y en aura ?
 
CLAUDE GUÉANT Il n’y pas eu de suppression, il n’y en aura pas dans les compagnies républicaines de sécurité. Mais ce qui est en cause c’est quoi ? C’est que ce sont des unités spécialisées dans l’ordre public. L’ordre public n’est plus ce qu’il était à la Libération, en France. Heureusement, l’ordre public est devenu beaucoup plus paisible, les relations sociales se sont apaisées. Et les effectifs sont transférés des unités spécialisées de maintien de l’ordre à la gendarmerie départementale ou à la sécurité publique. De la même façon que cette année, au deuxième semestre, malgré cette contrainte sur les effectifs, je vais déployer avec l’accord du Premier ministre l’équivalent de 4 000 policiers et gendarmes supplémentaires pour renforcer la présence de la police dont la population attend beaucoup.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, Jean-Pierre, de Biarritz, c’est un auditeur, il m’a écrit, il m’a dit, « mais ce n’est pas un problème d’effectif dans la police et la gendarmerie, mais plutôt un problème de répartition des tâches. Hier, j’ai fait Bayonne – Bordeaux, 170 km sur la route, j’ai recensé trois contrôles de vitesse mobilisant de nombreux fonctionnaires ».
 
CLAUDE GUÉANT Mais la sécurité routière est aussi un impératif. C’est aussi une mission de la police et de la gendarmerie. Enfin, nous avons l’année dernière déploré un peu moins de 4 000 morts en France sur nos routes. Jamais nous n’avions eu aussi peu. Mais c’est encore beaucoup trop. Et la sécurité routière est une grande cause nationale. Il faut continuer à faire des progrès.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que nous tiendrons l’objectif avancé par le président de la République, le candidat Nicolas SARKOZY, en 2007, franchement ?
 
CLAUDE GUÉANT Il nous avait fixé l’objectif d’arriver à 3 000.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN 3 000.
 
CLAUDE GUÉANT Bon, je voudrais rappeler quand même que quand il est devenu ministre de l’Intérieur, il faut rappeler qu’il participe de cette politique de sécurité routière depuis longtemps, il y avait 8 000 morts. On est descendu à 4 000, mais il nous reste encore à faire un effort. Et les 3 000 ce sera encore trop, bien entendu. Mais c’est un impératif national et humain.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Claude GUÉANT, parlons d’immigration. Il y a une convention de l’UMP sur l’immigration aujourd’hui. Vous allez y participer, je crois.
 
CLAUDE GUÉANT C’est vrai.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors, question toute simple : faut-il ouvrir un débat sur la bi-nationalité ? Oui ou non ?
 
CLAUDE GUÉANT A mon sens, c’est un faux problème.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc, on n’ouvre pas le débat sur la bi-nationalité ?
 
CLAUDE GUÉANT Je vais vous répondre complètement.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, allez-y, allez-y.
 
CLAUDE GUÉANT C’est un faux problème parce que les binationaux n’ont pas le choix, ils sont binationaux du fait des législations des Etats. Et la réalité du problème c’est celle des conditions dans lesquelles on entre dans la nationalité française. Imaginez qu’on demande à quelqu’un qui a déjà une autre nationalité, qui vit en France, « est-ce que vous voulez abandonner votre nationalité d’origine ? », il va dire oui, bien sûr, pour devenir français. Mais la question c’est de savoir si il épouse complètement notre style de vie, si il a bien intégré nos principes républicains les plus fondamentaux, si il maîtrise le français. Et c’est la raison pour laquelle je souhaite rehausser le niveau des exigences à l’égard de ceux qui veulent entrer dans la nationalité. Quand un monsieur refuse, qui veut entrer dans la nationalité française, refuse de serrer la main d’un fonctionnaire de préfecture qui se trouve être une femme au motif que c’est une femme et que lui serrer la main serait un geste impur, je dis ce monsieur ne doit pas entrer dans la nationalité française parce que il ne correspond pas du tout à la règle de vie commune qui est la nôtre. Et je vais adresser ces jours prochains une circulaire aux préfets pour leur demander d’être vigilants, plus vigilants, plus exigeants sur les critères de l’assimilation, parce que l’assimilation c’est le mot qui est écrit dans la loi, pour entrer dans la nationalité. Autre exigence, la langue. Aujourd’hui, pour entrer dans la nationalité française, il suffit de se débrouiller en français. Eh bien, je vais demander que désormais les postulants à la nationalité française aient un niveau de connaissance du français qui soit celui que l’on maîtrise au collège.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Lionnel LUCA, vous connaissez ?
 
CLAUDE GUÉANT Oui, très bien.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Député UMP et qui reste d’ailleurs secrétaire national de l’UMP chargé des questions d’immigration.
 
CLAUDE GUÉANT Exact.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Il a dans un premier temps annoncé sa démission, puis il est revenu sur cette démission, a déclaré « On peut s’étonner que ceux qui ont été colonisés veuillent à tout prix conserver la nationalité de leur colonisateur ». Vous partagez ces propos ou pas ?
 
CLAUDE GUÉANT Je le répète, ce n’est pas de leur fait. Il y a un certain nombre de pays…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN …donc, vous ne partagez pas ses propos.
 
CLAUDE GUÉANT Non, je ne partage pas ses propos. Il y a un certain nombre de pays qui attribuent la nationalité sans que les gens en aient même conscience. Donc, ils n’y peuvent rien.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Donc, pour vous, la bi-nationalité ce n’est pas un débat.
 
CLAUDE GUÉANT Pour moi, le vrai problème, le gouvernement n’a aucune intention de modification de la loi dans ce domaine. Le vrai problème c’est celui…
 
JEAN-JACQUES BOURDIN … on ne change pas loi dans le domaine de la bi-nationalité. On ne changera pas loi ?
 
CLAUDE GUÉANT … de l’accès à la nationalité française. Exact.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bon, on ne change pas la loi.
 
CLAUDE GUÉANT On ne changera pas la loi.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Claude GUÉANT, nous allons parler immigration dans un instant.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Claude GUÉANT, parlons d’immigration avec cette convention UMP sur l’immigration. J’ai regardé le programme : je ne vois pas grand-chose de nouveau si ce n’est un système à point envisagé, testé en vue de sélectionner les candidats à l’immigration. Vous allez le mettre en place, le tester ?
 
CLAUDE GUÉANT Cette convention a un immense intérêt : on sait qu’elle fait parler d’un sujet qui intéresse les Français et qui est important pour l’avenir de notre pays. Je n’y suis pas encore allé puisqu’elle a lieu aujourd'hui, donc je verrai tout à l'heure quelles sont les propositions qui seront faites mais je relevais un certain nombre de propositions qui sont intéressantes et qui vont nourrir bien sûr la réflexion du gouvernement.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je vois conditionner le regroupement familial après deux ans de présence sur le territoire contre dix-huit mois actuellement.
 
CLAUDE GUÉANT C’est quelque chose sur lequel on peut travailler parce que le regroupement familial continue à être un sujet de préoccupation.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Marine LE PEN dit : « C’est le sujet majeur de préoccupation ».
 
CLAUDE GUÉANT C’est un sujet parce qu’il y a effectivement des abus, des fraudes et il convient de lutter contre les excès du regroupement familial.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui. La Droite populaire répète encore une fois que le gouvernement ne s’attaque pas suffisamment au regroupement familial.
 
CLAUDE GUÉANT Il faut être plus vigilant, je le répète, et c’est ce que je fais dans le cadre du droit existant, dans le cadre aussi – ne l’oublions pas – d’un principe international qui est celui du droit à la vie familiale. C’est quand même quelque chose qui est important et qu’il faut respecter. Mais je le répète, il y a des abus, il y a aussi un certain nombre d’abus aux prestations sociales et j’ai lancé à cet égard une mission pour voir comment on pouvait mieux lutter contre ces abus-là. Il faut que tout cela soit engagé avec vigueur.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors je vais donner des chiffres sur l’immigration et vous allez me dire si vous les contestez ou pas.
 
CLAUDE GUÉANT Oui.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Parce que ça nous permet de revenir sur certaines idées reçues. 11,5 millions d’immigrés ou enfants d’immigrés résident en France.
 
AUDE GUÉANT C’est exact.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ce sont les chiffres que vous avez, ça fait 19 % de la population.
 
CLAUDE GUÉANT Oui, oui, c’est exact. Ce sont les chiffres qu’on lit effectivement dans les rapports officiels et cela d’ailleurs donne la mesure du problème national que nous avons à affronter. La France est un pays qui a toujours accueilli des gens venus de l’immigration mais il faut intégrer les immigrés et c’est beaucoup. C’est la raison pour laquelle je lutte à la fois contre l’immigration irrégulière et pour une meilleure maîtrise de l’immigration légale, pour que ceux qui arrivent chez nous puissent être intégrés, se couler dans nos modes de vie, les accepter complètement et que par conséquent l’harmonie sociale règne dans notre pays.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-il vrai que la France est l’un des pays européens qui accueille le moins d’étrangers ?
 
CLAUDE GUÉANT Invités du jeudi 07 juillet 2011 Département Veille et Ressources d’informations – 01.42.75.54.58 9 Je ne le crois pas.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et pourtant, ce sont les mêmes chiffres tirés du même rapport du HCI, les chiffres dont vous venez de me parler.
 
CLAUDE GUÉANT Oui mais écoutez, quand on cite les chiffres, les précédents chiffres, je trouve qu’il y a une contradiction.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Flux net de 100 000 personnes par an, 200 000 arrivent, 100 000 personnes par an quittent la France : flux net, 100 000 personnes.
 
CLAUDE GUÉANT Il y a chaque année 200 000 autorisations de séjour.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et 100 000 quittent la France.
 
CLAUDE GUÉANT Je sais mal comment on peut mesurer ceux qui quittent.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Moi je vous dis, ce sont les chiffres du HCI.
 
CLAUDE GUÉANT Oui, oui, mais je dis qu’il y a en France un problème d’intégration et que par conséquent, il faut limiter l’immigration.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Certains chiffres sont bons et d’autres sont faux ?
 
CLAUDE GUÉANT Cela me semble une évaluation un peu approximative ; je ne vois pas sur quoi on peut la fonder.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Donc vous contestez : la France n’est pas l’un des pays européens qui accueille le moins d’étrangers ?
 
CLAUDE GUÉANT La France accueille beaucoup d’étrangers et il convient de réguler les flux.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Je vous pose la question : est-ce que la France est l’un des pays européens qui accueille le moins d’étrangers ? Parce que sans cesse on nous dit : « La France, la France », mais la France est très fermée !
 
CLAUDE GUÉANT Ça n’est pas un problème statistique. Non, la France n’est pas fermée. Écoutez, 200 000 autorisations de séjour par an Jean-Jacques BOURDIN, c’est l’équivalent d’une ville comme Rennes. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce que ça représente.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous savez que la Suisse accueille six fois plus d’étrangers que nous ? Six fois plus ?
 
CLAUDE GUÉANT Bien écoutez, la Suisse c’est la Suisse ; la France c’est la France.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous savez que la Norvège, l’Italie, l’Espagne ont une proportion d’immigrés plus de deux fois supérieure à la nôtre ?
 
CLAUDE GUÉANT Mais nous ne sommes pas obligés de faire comme les autres. La France c’est la France, avec ses caractéristiques. Prenez un exemple en matière d’immigration de travail. En matière d’immigration de travail, on nous dit il faut faire venir des étrangers parce que nous en avons absolument besoin. Moi, qu’est-ce que je constate ? C’est qu’il y a 2 650 000 demandeurs d’emploi en France ; c’est que – et c’est une différence entre la France et d’autres pays comme l’Allemagne ou la Suisse – chaque année, nous avons 110 000 actifs de plus et l’INSEE nous promet que cela va se poursuivre. Eh bien ce n’est pas la peine de faire venir des étrangers en France pour qu’ils deviennent chômeurs. Pourquoi dis-je cela ? Parce qu’il y a presque 25 % des étrangers non communautaires, c'est-à-dire originaires de pays situés hors de l’Union européenne qui sot au chômage.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Marine LE PEN a rendu publique une lettre ouverte aux policiers, gendarmes et douaniers de France. Que dit-elle ? Elle dit – et elle souhaite s’entretenir avec vous d’ailleurs ; vous êtes prêt à la recevoir ?
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, j’ai vu ça dans la presse.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, c’est ce qu’elle a encore dit ce matin sur RMC.
 
CLAUDE GUÉANT Ceci dit, je n’ai reçu aucune proposition, donc j’attends de recevoir une proposition.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Elle dit : « Depuis le début de l’année 2011, les reconduites à la frontière sont en chute libre ». C’est vrai ou faux ?
 
CLAUDE GUÉANT C’est absolument faux. Il y a un objectif qui est fixé chaque année. L’objectif en 2011 comme en 2010 est de 28 000 et nous sommes à 14 500 éloignements effectués.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Aujourd'hui ?
 
CLAUDE GUÉANT Pour le mois de juin – mois de juin compris, pour le semestre. Donc nous sommes exactement en ligne et même nous sommes en avance par rapport à l’année dernière de quelques centaines mais ce n’est pas ça qui compte. En tout cas, dire « chute libre » : comme d’habitude elle dit n’importe quoi.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Parce qu’elle dit : « Les centres de rétention sont vides, pratiquement vides ». C’est vrai ou faux ?
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, les centres de rétention sont occupés. Je peux vous dire quand j’ai vu ces déclarations et que j’imaginais que vous m’en parleriez, ils sont occupés à 26 % de leur capacité, mais l’objectif ce n’est pas de mettre les gens en centre de rétention. L’objectif ce n’est pas de priver les gens de liberté. L’objectif, c’est de les reconduire chez eux et ce que je constate, c’est que nous les reconduisons. Il faut savoir, Jean-Jacques BOURDIN, que depuis 2007 nous avons éloigné 210 000 étrangers. Enfin, nous ne sommes pas inactifs – loin de là.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN « Il paraît que la France – je cite encore Marine LE PEN – se soumet aveuglément et sans protester aux directives européennes en la matière ».
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, je crois que cette affirmation est intéressante parce qu’elle ne parle pas des politiques – des directives européennes, mais elle parle de la cour de justice.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN De la cour de justice, oui.
 
CLAUDE GUÉANT Alors je trouve que c’est intéressant parce que dans un État démocratique, quand on est Républicain, on accepte les décisions de justice.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Est-ce que vous ne regrettez pas d’avoir déclaré que deux tiers des enfants d’immigrés sortent sans diplôme du système scolaire ? Franchement ?
 
CLAUDE GUÉANT Vous savez les statistiques, on leur fait dire un peu ce qu’on veut, d’autant que les tableaux de statistiques sont toujours un peu hermétiques.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Ça peut arriver de se tromper aussi, Claude GUÉANT.
 
CLAUDE GUÉANT Mais derrière la polémique sur un chiffre ou un autre, la réalité c’est que les enfants d’immigrés – et ça, c’est écrit noir sur blanc par l’INSEE – sont deux fois plus nombreux à sortir de l’appareil scolaire sans qualification. Et quand je dis cela, Jean-Jacques BOURDIN, je m’empresse de dire que je ne veux pas stigmatiser évidemment ni les enfants ni les enseignants : je veux dénoncer une insuffisance, un échec de notre politique d’intégration. Les enfants d’immigrés ont le droit de réussir comme les autres lorsqu’ils sont scolarisés dans nos établissements et par ailleurs, il faut qu’ils réussissent pour qu’ils s’intègrent bien dans la vie nationale.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Alors Haut Conseil à l’intégration encore – décidément, ce Haut Conseil à l’intégration !
 
CLAUDE GUÉANT Mais il travaille très bien, ce conseil.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Il travaille très bien, oui. 40 % des enfants d’immigrés parviennent en 2nde générale et technologique sans avoir redoublé au collège contre 50 % pour les autres.
 
CLAUDE GUÉANT Oui, mais ça veut dire qu’effectivement il y a un échec global mais il n’y a pas que des échecs et Dieu merci. On peut saluer des réussites individuelles considérables.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Claude GUÉANT, depuis l’entrée en vigueur de la loi réformant la garde à vue, loi donc qui est entrée en vigueur le 1er juin et qui limite notamment la garde à vue aux seules infractions passibles d’une peine de prison, le nombre des gardes à vue a baissé de 26 %. C’est vrai ou c’est faux ?
 
CLAUDE GUÉANT C’est exact.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Le nombre de gardes à vue a baissé par rapport à juin 2010, 26 %.
 
CLAUDE GUÉANT Le nombre de gardes à vue a baissé de 26 % effectivement. Nous sommes actuellement – le Premier ministre nous en a fait la demande à Michel MERCIER, le garde des Sceaux, et moi-même – en période d’évaluation de la réforme de la garde à vue. C’est un chiffre qui est préoccupant, c’est le chiffre d’un mois ; peut-être ne sera-t-il pas confirmé. Ce qui est préoccupant encore davantage, c’est que le taux d’élucidation des affaires a baissé de 9 % et que le taux global a baissé par conséquent.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui, a baissé de 9 %. Donc là aussi, vous confirmez.
 
CLAUDE GUÉANT Je le confirme et c’est une interrogation. Dès la mise en oeuvre de la réforme, j’ai dit une chose : il faut bien sûr – c’est la décision du conseil constitutionnel, la décision de la cour de cassation – mieux assurer les droits de la défense, mais n’oublions pas les droits des victimes et il est impossible d’imaginer que cette réforme se traduise par une baisse d’efficacité de la police au service de la justice. Il est impossible que ce soient les voyous ou les coupables d’actes délictuels ou criminels qui tirent leur épingle du jeu dans cette affaire.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Bien. Question politiquement concrète Claude GUÉANT pour terminer. Ma question sera simple là aussi : je vous demande si vous ne regrettez pas vos propos concernant les deux otages qui heureusement sont revenus sains et saufs dans notre pays. Je rappelle ce que vous aviez déclaré : « Les journalistes ont fait preuve d’une imprudence vraiment coupable. Ils font courir des risques aussi à beaucoup de nos forces armées qui, du reste, sont détournées de leur mission principale ». Vous avez ajouté : « Les scoops ne devraient pas être recherchés à tout prix ». Voilà. « Et ce genre d’enlèvement à un coût tout à fait considérable ». Vous regrettez ces propos ou pas ? Franchement ?
 
CLAUDE GUÉANT Écoutez, avec le recul – le temps n’est pas à la polémique.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Non, non, mais avec le recul, est-ce que vous les regrettez ?
 
CLAUDE GUÉANT Mais écoutez, ce que je veux dire très sincèrement, c’est que j’aurais été plus satisfait, eux-mêmes, leurs familles, leurs amis, s’ils n’avaient pas été privés de liberté aussi longtemps.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Oui mais est-ce que vous regrettez ces propos ?
 
CLAUDE GUÉANT Je veux dire que le temps n’est plus à la polémique. Le temps n’est plus à la pol??mique et je dis clairement que j’aurais préféré qu’ils ne soient pas détenus.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Et vous auriez préféré ne pas dire ce que vous avez dit ?
 
CLAUDE GUÉANT Aujourd'hui je suis heureux parce qu’ils sont libérés et je le suis d’autant plus que j’ai avec beaucoup d’autres travaillé très dur sur cette affaire-là et je veux saisir cette occasion que vous me donnez pour rendre hommage à ceux qui ont concouru à leur libération, qui sur le terrain, dans les forces armées, à la DGSE, ont fait un travail fantastique en prenant beaucoup de risques.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Mais il est difficile de dire : « Je regrette ce que j’ai dit » pour un homme politique ?
 
CLAUDE GUÉANT Mais ce jour-là, je le pensais.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Vous le pensiez ? Aujourd'hui vous le pensez toujours ?
 
CLAUDE GUÉANT Je dis aujourd'hui que je me réjouis qu’ils soient libérés et que j’aurais préféré qu’ils ne soient pas détenus.
 
JEAN-JACQUES BOURDIN Merci Claude GUÉANT d’être venu nous voir ce matin sur BFM TV et sur RMC. Merci.
 
Source : Premier ministre, Service d’Information du Gouvernement, le 8 juillet 2011

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